‹ Lettres et négociations de Philippe de ComminesChapitre 25 sur 27 · AFFAIRES D ITALIE · texte numérisé non relu

AFFAIRES D ITALIE

(Octobre 1478 — janvier 1479.)

Commiaes revenait dltalie plus puissant que jamais. II avait réussi dans ses négociations et s*était montré plus habile que les diplomates italiens eux*mâmes. Tels étaient ses nouveaux titres À la &vettr croissante de son maître.

Gommines rentré à la ooor de Louis XI continua à diriger toute la politique française en Italie. Peu après son retour nous le voyons s^efibrcer de s*emparer de lettres qui avaient été adressées au Pape. De qui émanaient-elles et quel en était Tobjet ? Nous manquons d'éclaircissements à œt égard ; mais il est probable qu elles avaient été écrites par cet évoque de la maison de Frégose qui au mois de septembre 1478 fut reçu en audience par Louis XI \

On écrit à ce sujet de Milan à Tambassadeur Jdan Cagnola :

Monseigneur d'Argentou conuait parfaitement ceux qui ont porté les lettres en coar de Rome. Suivant ses instractiotis, nous avons immédiatement écrit à Pavie , A Plaisance et à Parme qu'on interceptât et qu'on saisit les lettres ; mais les messagers

* Voyex tome W, p. 210. Peut-être Urbain de Fiesque, évéque de Fréjns. Comparez Dados, t. II, p. 336.

DB COMMINBS. 31

étaient déjà passés. Vous pourrez le faire savoir audit seigneur

d'Argentan

MiUn 14 octobre 1476*.

Gommines continuait à entretenir de fréquentes relations avec Milan et avec Florence.

Nous avons vu qu*il adressa à la duchesse de Milan la copie d une lettre de Louis XI, du 8 septembre 1478 '• Il est probable que ce fut cette même lettre qu*il fit parvenir à Laurent de Médicis, et celui-ci de son côté la communiqua à son fils qui se trouvait en ce moment aux bords de 1 Âdda :

Â% fnag%\ltque Laurent^ mon pire irii-hmoré^

Je n^ai reçu qu'aujourd'hui à cette heure vos lettres du 3 et du 6 de ce mois. Comme je n'ai tenu ni route, ni sentier, elles ont été expédiées à Milan, puis de Milan à Parme ; et comme j*avais quitté le Parmesan pour me rendre à Pavie, le commissaire de Parme , ne sachant pas la route que je suivais, les envoya par la poste à Lodi de telle sorte que, comme je l'ai dit, je viens seulement'de les recevoir toutes les deux à la fois. En ayant pris lecture, je vous remercie de ia copie que vous m^avez envoyée de tout ce qu'écrit le roi de France à monseigneur d*Argentoni*Pour ces affaires de France il me semble que Votre Magnificence ne* peut et ne doit qu'en porter un jugement très-favorable, et il en est de même de la nouvelle de a 'conclusion que vous avez prise selon le mandat du seigneur de Forli *.

A cette époque on des hommes les plus habiles dont se

* Archives de Milan (trad.).

* Tome I*', p. 208. Cf. p. 220.

* Archiyea de Milan (trad.).

soit honorée la diplomatie italienne au XV siècle, repré* sentait en France FÉtat de Milan. Nous nous félicitons de pouvoir reproduire quelques nouvelles dépèches d'André Cagnola.

Le lecteur connaît déjà la première lettre qu*il adressa lors de son arrivée à Tours ^ La seconde, écrite six jours après, n*est pas moins intéressante :

Ulastrissimet et exoelientissimes seigneurs,

Voilà déjà plusieurs jours que je retarde le départ du courrier afin d'annoncer à Vos Altesses la résolution prise par le roi Très-Chrétien pour régler les affaires d'Italie ; et comme jnsquUci je n*ai reçu aucune assurance, ni appris aucune résolution, j*ai attendu. Cependant le courrier qui m*a remis vos lettres du 30 du mois dernier, devant repartir, ifno me pressant de hâter son retour , il m*a paru bon de faire connaître à Vos Altesses tout ce qui s*e8t passé jusqu'ici. Depuis la première visite que nous fîmes à Sa Majesté, nous n'avons pu en obtenir d'audience. La cause en a été un fort refroidissement de Sa Miyesté, accompagné de catarrhe, qui lui a causé un tel accablement qu'elle n'a pu recevoir personne, de sorte que, née nniverealUer^ nec particulariler , nous ne Pavons pu voir. Sa Migesté nous a toutefois envojré presque chaque jour ses conseillers , c'est-à-dire Je grand chancelier, monseigneur d'Argenton, monseigneur d'Arp^jon , le président et le maître des requêtes. Nous sommes entrés avec eux en beaucoup de pourparlers , en ce qui touche les instructions des ambassadeurs qu^elle veut envoyer en Italie. Us nous demandaient de vouloir leur apprendre quelle était l'opinion de Vos Seigneuries au sïget de la ligue, nous assurant que Sa Migesté veut dire et faire tout ce qui vous semblera bon, et s'exprimant tocgours dans un langage doux et poli. Comme nous ne leur pouvions rien népon-

• Tome ^^ p. 219.

DE COMMINËS. â3

dre si oe n'est oe qne nous avons in numiatiif Sa lii^jesté résolut finalement de les envoyer avec la commission de dire et faire tout ce que vous leur conseillères an sigetde la ligne. Nous en Ations à ce point, quand nous avons reçu les lettres de Vos Altesses avec la minute incluse des instructions que vous voudriea que Ton délivrât aux ambassadeurs du roi. Elles me furent remises aigourd*hui une demie heure avant le jour ; et d*après Tordre de Vos ExcellenoeSy je les ai montrées d'abord à Tambassadeur de Florence, et, après en avoir délibéré avec lui, à tons les autres envoyés. Elles leur ont plu grandement ; mais celui de Venise, n^ajant jusqu'ici pas reçu d'avis de la seigneurie » n*a rien voulu dire, bien qu'il les porte aux nues. Nous avons réjBolu, renvoyé de Florence et moi, de les traduire ce soir en latin, et puis nous les ferons présenter adroitement, de sorte que nous croyons qu'elles seront ainsi expédiées avec Tannexe pour que aidaiur et mutetur êeeitnium wiiMaiem dominorum eo^foederatorum. Nous rendrons compte à Vos Altesses de tout ce qui se fera ultérieurement.

Cette ambassade sera fort honorable , parce qu'à ces deux seigneurs se joindront plusieurs autres hommes distingués , mais séculiers, que par un autre courrier je vous ferai conniutre m icripto '. On me dit qn'il y aura plus de cent cinquante chevaux. Les nouvelles des affaires de Gènes et de Florence m'ont été fort agréables, et aussi à mes magnifiques compagnons. Nous avons tout communiqué audit seigneur d*Argenton, qui en a éprouvé beaucoup de plaisir. 11 annonce que demain j'aurai une audience du roi. Je le remercierai comme il le mérite pour les avis si bienveillants qu'il a donnés à Vos Altesses. En continuant à tout communiquer audit seigneur , j'expédierai tout ce qui est contenu dans mes instructions particulières. Pour le moment, je ne m'étendrai pas davantage. Je vous écrirai plus

* Cette ambassade de Louis XI en Italie comptait parmi ses membres Qui d^ArpaJon, Antoine de Morlhon, président an parlement de Toulouse, Jean de Voisins, Pierre de Caraman, etc.

GOHHHIKS. — ni. 3

â4 LfiTTRte ET NàOOCIATIONS

amplement par an antre ooorrier. Je me recommande hnmUe* ment à Vos Aliènes.

Tonrs, le 12 de novemlire 1478.

Jbah AjiD&i CACorouk.

Auit ittusMsiimei princes et eweeUentUrimei seiçneurs les dues de MUan '.

Neuf jonrs après, antre dépêcha de Cagnola. Elle est concile en ces termes :

niostrissimes et excellentissimes seignenrs,

Ce matin monseigneur d*Argenton me fit dire qn*il voudrait bien m*entretenir et qu*il serait yolonfiers venu chez moi; mais comme n ne pouvait s'éloigner des Montils, il me priait de passer chez lui : c*est ce que je fis. Il me dit que Sa Migesté était véritablement bien disposée à faire tout ce qu'elle pouvait dans rintérét de Vos Excellences et de leurs États, et qu'elle n'y fsillirait pas, qu'il n'était pas besoin de lui adresser des remercîments pour les avis qu'il donnait, etc.» que c'était peu de chose en comparaison de ce qu'il ferait pour Vos Excellences à Toccasion. Il igouta que certainement Sa Migesté, quand elle songe que du côté de Vos Excellences on n'a pas cherché à lui être agréable en choses futiles et de peu d'importance, se refroidit beaucoup et psrfois se montre irritée ; il nous dit que Sa Migesté, comme vous le savez, désire beaucoup d'avoir Donato de Conte * parce que c'est un homme de valeur, pour remployer ici à son service et qu'elle vous a déjà fait comprendre ce désir ; mais jamais vous n'avez voulu lui faire ce plaisir, et le roi en conclut qu'il pourrait difBcilement espérer qu'on s'efforçât de lui complaire en choses d'importance. Monseigneur d'Argenton me dit que Sa Msgesté m'avait d^à entretenu sans résultat de cet objet, eliam que son indisposition l'avait empé-

' Archives de Milan (trad.).

* Voyes tome I, p. 227.

DE COMMIMES. 35

cliée de me donner une audience particulière. Il me supplia de

Touloir engager Vos Altesses à complaire & Sa Migesté eé

à lui donmer Donato ; et si vous éprouyez quelque crainte , il

assure que Sa Migesté vous accordera toutes les promesses et

les garanties qu'il sera possible, pour que Vos Bxodlenœs

soient assurées que ce Donato ne pourra jamais rien faire

contre vous. Je lui ai répondu que si Vos Bxcelleaees n'ont

pu complaire à Sa Blajesté en ce point, ce n'est pas que vous

ne sojes très-disposés & lui être agréable en choses plus impor*

tantes, car Sa Migesté doit être certaine qa*eQe peut disposer

et de vos États et de toutes vos ressources, mais que Donato a

tendu tant d*embûclies contre votre État, et qu*il est peut-être

encore animé de si mauvaises intentions (car jvrf nocaU primo^

etc.) que vous ne pouviez croire qu'il f&t dans l'intention de

Sa Migesté de mettre en péril cet État , puisque cela ne saurait

être avantageux à Sa BCajesté, laquelle plus tard en recevrait

grand déplaisir, à cause de l'amour qu'elle porte à Vos Altesses

et à leur État. Je lui dis de plus que j'en écrirais volontiers

à Vos Altesses, que je vous ferais connaître le désir de Sa

Majesté, que vous en feries Tobjet de vos réflexions et de vos

délibérations, et que vous vous arrêteriez au parti qui vous

paraîtrait le plus utile et le plus salutaire. Le seigneur d'Ar-

genton me fit de grandes instances à ce sqjet et me dit

qu'actuellement on ne pourrait faire un plus grand plaisir au

roi. Je n'ai rien à ajouter si ce n'est que je me recommande

humblement à Vos Altesses.

Tours, 21 novembre 1478.

Jbam Avdris Cagmola.

Aux ŒMitrisHmei princes et exeelïeniUHmts srignewre meiidgneuTS les dues de Milan ^

Id se place la lettre de Cagnola, du 28 novembre 1478, que nous avons déjjà publiée *. Immédiatement après vient

* Archives de Milan (trad.).

« Tome I» p. 222.

â6 LETTRES BT NéoCCtATIONS

celle du 1*^ décembre, que nous pablions pour la première fois :

Illustrissimes princes et excellentissimes seigneurs,

Vos Altesses auroni tu par met dernières dépêches que je faisais tous les efforts possibles pour avoir les lettres que le roi Très«Chrétien adresse à ceux d*Asti, etc. Je tous informe par la présente que je les ai obtenues par Pentremise de mon* seigneur d'Argenton, qui rend réeUemait les offices d*an bon ami à Vos Excellences. Je les envoie jointes à la présente avec la traduction italienne, afin que vous comprentes bien le tout. Vos Excellences pourront les faire parvenir à Asti par un homme qui revêtirait la livrée de courrier du roi, afin de leur donner plus de relief. Et en vérité, elles me semblent de bonnes lettres très«-favorables à Vos Excellences et à leur État. J*ai travaillé fort habilement pour les avoir, parce que par le passé je n^avais pas trouvé le terrain bien préparé, quoique de mon cÂté j*aie usé de toute la diligence qu*il m*a été possible. Ici on ne peut pas faire tout ce que Ton veut, mais ce que Ton peut. Vos Altesses ne penvent assez reconnaître ce que fait monseigneur d'Argenton. Je lui ai donné in teripto ce que par une précédente lettre j*ecrivais à Vos Seigneuries. Nous avons eu ensemble de longs entretiens sur les mouvements des Suisses ; et il nous était venu à la pensée de demander au roi qn*il voulût faire comprendre aux Suisses quelles sont les relations de Vos Excellences avec Sa Migesté, grâce à la parenté et à ralliance qui les unit, afin que, autant quUls ont i cœur Tamitié de Sa Mtgesié, ils voulussent bien renoncer à tout dessein de tenter aucune entreprise contre Vos Altesses et leur État. Nous avons cru devoir remettre cette affaire entre les mains dudit seigneur, parce que Sa Majesté est absente et en vojage pour une dévotion à Notre-Dame à environ trente lieues d*ici , et elle ne veut personne avec elle. Il faut dépêcher les affaires en agissant ainsi. Nous pensons que si Sa Majesté écrit aux Suisses, ceux-ci pourront aisément se retirer.

I DE COMMINBS. 97

Tours l*' déoemble 1478.

Jban André Cagvôla.

Aux illMstriiHmes ptincei et exeéllentUsimet sH^neurs les duci de Milan ^

Cagnola fait connaître dani sas lettres du 14 décembre 1478 qa*il a obtenu de Louis XI son intervention ofBcieuse afin de détourner les Suisses de leurs projets contre le duché de Milan :

lUostrissime et exoellentissime dame,

Je n*ai pas répondu plus tôt à tout ce que Votre Altesse m'a mandé par ses lettres du 19 et du 20 du mois dernier , surtout an siget des mariages que veat faire célébrer Sa Majesté *, etc. Tout est entravé par les difficultés que Ton éprouTe ici d'obtenir une audience, surtout quand le roi est absent et loin d*ici» comme je l'ai écrit précédemment. Comme il ne veut recevoir aucun de nos ambassadeurs, je lui ai expédié un message por- ' teur d'une lettre qui contenait une justification étendue de Votre Altesse, rédigée avec la plus d'habileté quMl me fut possible , mais sans m'écarter de la réponse écrite que Votre Excellence m'a adressée. Ensuite j'ai écrit et plus longuement à monseigneur d*Argenton qui, avant de partir dMçi, me toucha un mot de ce fait, et je lui exposai toutes nos raisons, et je priais instamment Sa Seigneurie de vouloir adroitement présenter ces excuses, de telle façon que Sa Mig^té en demeurât satis* faite, en obtenant de Sa Miyesté qu'elle consentit à m'entendre parce que je les développerais davantage. Monseigneur d'Argenton me rendit le service d'un bon ami. Il ne voulut pas présenter la lettre lui-même, mais il fit en sorte que le messager la remit : ce qui eut lieu. Sa Mtgesté lut la lettre et la fit lire

' ArchiTes de Milan (trad.).

* Vojez tome I«', p. 203.

ensuite ao^it seignear, avec lequel il 8*en entretint le soir. Ledit seigneur m'écrit que Sa Migesté se montre quelque peu hésitante, disant qu'elle ne sait rien du mariage du duc de Saroie, ni des autres, et qu'elle serait très-satisfaite du mariage avec le prince de Galles S parce qu'il serait très-avantageux à Sa Majesté» qui a à traiter avec le roi d'Angleterre. Il ajoute que Sa Majesté se montra calmée , que voe excuses lui ont été agréables, qu'elle exprima le désir de m'en entretenir, et qu'au retour de son pèlerinage elle me ferait dire où je devrais aller la trouver. J attendrai donc. Si le roi m'en parle, j'espère que je le contenterai, et je lui ferai comprendre que tous les mariages ont été traités avec sa participation et son approbation. De tout ce que je saurai, je rendrai compte à Votre Altesse. Je puis vous assurer que Sa Migesté n'était pas encore informée de cette réponse par ses ambassadeurs, lesquels, à ce que j'apprends, ne sont pas encore arrivés ici, et encore moins à la cour ; car mon messager n'y a vu personne, sauf les gens de Sa Majesté. J'envoyai aussi la copie des lettres de messire Léonard Botta *, et aussi de celles du podestat de Chiavenna, en lui faisant connaître le mouvement fait par les Suisses à l'instigation du Pape. Monseigneur d'Argenton m'a écrit qu'il est content d'apprendre ces nouvelles. J^ai aussi reçu la réponse à la lettre que les autres ambassadeurs et moi nous adressâmes à Sa Majesté pour la prier de persuader ou de commander aux Suisses de renoncer à tenter des entreprises contre les États de Votre Aitesse, etc. comme je vous l'ai fait connaître par ma lettre du l*' de ce mois '. Sa Majesté nous a feût répondre par ledit seigneur d'Argenton qu^elle écrirait à quelques-uns de ses amis là bas, lesquels sont de grande autorité, et qu^elle le ferait en très-bonne forme, de sorte que cela vaudra mieux que si elle s'adressait aux communes de Suisse, auxquelles elle ne juge pas

* Voyez tome I, pp. 230, 231.

* Ambassadeur milanais à Venise.

* Voir ci-dessus p. 36.

DE COMBIINES. 39

à propos d'écrire, parce que Sa Mi^^^ ^^ voudrait pas les Misposer, au moment où elle espère obtenir huit mille hommes qu'elle emplojerait dans sa guerre contre le duc Maximilien , et elle a déjà envoyé Taisent pour les lever. Depuis j*ai appris par une autre lettre de ce seigneur que Sa tfi^esté a écrit à ses amis de là bas en bonne forme, et qu'elle a envoyé ses lettres par un courrier habile et expérimenté, en le chargeant d'employer tous les moyens possibles pour qu*on ne fasse pas la guerre contre les Etats de Votre Excellence , et s*il n'y pouvait réussir, pour qu'ils tâchent au moins qu'on n'y emploie aucune personne de rang, afin que la chose ait moins de gravité ; car le seigneur d'Argenton m'écrit que Sa Majesté est d'opinion que si les Suisses tentent quelque entreprise, ils n'y persévéreront pas longtemps et que dans quinze jours ils rentreront chez eux.

Il ne me reste plus qu'âme recommander humblement à Votre Altesse.

Tours, 14 décembre 1478.

Jeàm André Caonola ^

Au d%c de Milan.

Le 17 décembre 1478, GagnoU insiste sur les services que ne cesse de loi rendre le seigneur d*Argenton :

Illustrissimes et excellentissimes seigneurs,

Le magnifique seigneur d'Argenton se recommande mille fois à Vos Excellences, en disant qu'il est leur vrai servi* teur, et je vois bien par les résultats qu'il en est ainsi ; car dans les afRures de Vos Excellences il remplit réellement l^offloe d'un véritable ami, et sans lui nous perdrions parfois la tête, surtout dans les affaires particulières de Vos Excellences.

Je me recommande humblement, etc.

Tours, 17 décembre 1478.

Jban Ambré Caohola.

A%a> imcê de MUan ^

* Arehives de MUan (trad.).

* Archives de Milan (ti'ad.).

40 LETTRES ET n6G0CIATI0NS

lans la lettre suivante, Cagnola ae réjouit de ce que les armements des Suisses ont abouti à une retraite précipitée.

lUostrissimes et excellentissimes seigneurs,

En me rendant de Thoaars ' à Tours, je rencontrai en route Martin de Sixto, votre courrier, qui me remit les lettres de Vos Altesses, du 15 du mois dernier, et qui m'annonça de bouche la houteose retraite des Suisses '. J'en ai ressenti un si grand plaisir que je ne saurais récrire, car je ne puis cacher que cette affaire me donnait beaucoup de souci. Je pensai à revenir tout droit sur mes pas, pour rapprendre au roi, mais je me sentais accablé d*un refroidissement et d*une indisposition telle que je pouvais à peine me tenir à cheval, et le chemin était long et mauvais. Aussi je poussai jusqu'à Tours, qui n^était pas loin, et le jour suivant j'envoyai Martin à Sa Mijesté et à notre monseigneur d'Ai^enton ; et j'écrivis à l'un et l'autre in bona forma , en leur donnant sur le tout des nouvelles certaines. J'attends maintenant le retour de Martin et je rendrai compte à Vos Altesses de tout ce que j'apprendrai. Tous mes collègues les ambassadeurs ont ressenti aussi un plaisir singulier.

J'expliquerai adroitement le fait de Donato audit seigneur d'Argenton, qui m'en a parlé, et aussi à Sa Migesté, s'il en est besoin. Ce sera, je crois, dans quatre ou cinq jours, et j'informerai du tout Yes Exoellences.

Tours, 6 janvier (1479).

Jban André Cagnola.

Aua iUmtriisimei prinees et dua de

* Résidence de Gonunines. Louis XI 8*j trouvait en ce moment. Voyes tome I«, p. 236.

* Dix mille Suisses STaient traversé le Ssiat-Gotbard au mois de novembre 1478. L*hiver les força à rentrer dans lear pajs.

• Voyes tome !•', p. 228.

• Achives de Milan (trad.).

DB COMMINBS. 41

Gominiiies aTftit éerit direotement A la dachesse de Milan le 23 décembre 1478. Sa lettre ne s^eet malheureusement pas retrouvée ; mais nous connaissons la réponse qui lui fut adressée le 16 janyier :

A monseigneur Philippe de Comines, seigneur d*Argenton.

Répondant à vos lettres do 23 du mois dernier, nous vous faisons connaître que nous n'avons aucun doute que vous ne vous r^uissies de tout ce qui touche à notre honneur, à notre satis- Action et à notre consolation, Vu TaiTection que vous nous portez, autant que tous nos autres amis. Nous vous remercions des bons procédés dont vous usez envers nous dans nos affaires* comme nous en sommes informés et assurés par nos envoyés là bas et comme nous en jugeons par les effets. S*il s'en présente quelque occasion* vous pouvez être certain que nous n*emplojerons aucune autre entremise plus volontiers que la vôtre ; et il nous semble qn*il n*est pas nécessaire de la réclamer, puisquVlIe s'offre spontanément et promptement en toutes nos affaires.

Thomas Portinari nous a montré tout ce que vous lui écrivez K 11 nous a fait un plaisir singulier, et nous Tavons chargé de vous tépondre en la forme que vous verrez par ses lettres. Nous nous 7 référons.

liilan, 10 février (1470) *.

Revenons au différend des Suisses et des Milanais. On avait cru un instant que Louis XI accepterait les délicates fonctions d'arbitre, mais il craignait trop de se mettre mal avec les cantons helvétiques où il recrutait au besoin ses meilleurs soldats. La lettre suivante de Cagnola complète

* CommiBas, écrivant à Cico Simonetta la 13 décembre 1478, men« ttonae lea lettres adreeséee à Thomas Portinari. Vojrez tome 1**^, p. 227.

* ArehiTes de Milan (trad.).

celle qu'il écrivit le II mai 1479 et que nous avons déjà publiée ' :

«Taireçula réponse demonseigneiir d'Argenton aux lettres que je lai ai éeritee de Paria sur la note qne Vos Bxoellences m'ont adressée an siget du mémoire des Suisses, le 2 du mois dernier. Il m^assure que Vos EKcellences né doivent pas croire qu'à la suite de oe mémoire Sa Majesté écrive ou fasse rien qui tende à votre pr^udice, qu'elle ne veut à aucun prix statuer sur ce diffirend et que pour rien au monde elle n'acôepieiuit une pareille charge, mais que Sa Majesté désire vivement la paix et qu'elle est d*avis qu*on ne doit pas s'arrêter à un peu d*ait^nt pour s'affk«nchir de ces dilBcultés.

Charles Yisconti se trouvait id, quand le roi passa par cette ville ; U y demeura un jour et parla audit seigneur d*Argenton. Il vous écrit aifleUMm tout oe qu*il a appris de Sa Seigneurie. r^ ses lettres vous seres au courant de tout plus ai pUnwm.

L'illustrissime seigneurie de Venise a écrit ici à ses ambassadeurs, par lettres du 12 du mois dernier, que Is pape n*a pas encore accepté le compromis, et qu'il a dit ne pas vouloir Tacoepter jitwta fortnam tuntram. Autant que je puis comprendre lesdites lettres, je ne m'explique pas que ladite seigneurie soit encore disposée à le ratifier. L'ambassadeur florentin et mcR nous n'en avons pas été peu surpris, et nous en avons conçu de l'ombrage. Il nous semble que les Vénitiens ne marchent pas avec cette entente qui, à notre sens, serait utile ; et il serait trèsregrettable que nos adversaires en eussent connaissance, bien que nous crojons toutefois qu'ils ne l'auront fait que par de justes considérations. Nous autres ici, Deo iea/s, nous avons marché en grande union et en bonne intelligence, et ainsi feronsnous à l'avenir.

JsAK ktn>Kà CAaN<«.a '.

* Tome I, p. 250.

* Archives de Milan (trad.).

DE COMMINBS. 43

ArrAIRES DE SàVOIB.

(JuiUet et aodt 1479.)

Parmi les pins vives préoccupations de Louis XI figurait en ce moment le mariage du jeune duc Philibert de Savoie, que le seigneur dlllins avait conduit en Dauphin^.

J'ai reproduit ailleurs ^ une lettre dont Fauteur (je Tai attribuée à Angelo Cato, mais il faut la restituer au seigneur d'Illins) se vante de la fausse confiance qu*il a su inspirer à on ambassadeur milanais qui se trouvait en ce moment à Vienne. Cet ambassadeur était Aloys Bechetto, et nous verrons par la lettre suivante qu'il était plus habile et mieux instruit qu'on ne le supposait :

fllostrissimes ef excellentisslmes seigneurs, .

I>epui8 la lettre que je vous adressai le 6 de ce mois de Saint- Marcellin, llllastrissime seigneur duc est arrivé dans cette ville de Vienne , sur les limites du Dauphiné et du royaume de France. Par des moyens adroits, j'ai appris que monseigneur d*Illins venait d*ezpédier un de ses neveux à monseigneur d'Aiffenton à qui il envoie la réponse donnée par le marquis de Montferrat au sqjet du mariage. J*ai fait parvenir i Vos Altesses la copie de cette réponse avec ma précédente lettre ^ et ce que monseigneur d'IUins écrit à ce siyet, vous le verres

* Tome I, p. 281.

« * Vojex tome I, p. 282.

par la copie ci-jointe, que j'ai obtenue par une bonne voie ^ Cela sera ntile pour s'éclairer sur les projets da roi Très-Chrétien, mieux que par le rapport de RiTarolo, à qui je n'ajoute pas foi. Monseigneur dlUins ne m*a point parlé de l'envoi de sa lettre. et je n'ai pas laissé voir que je Feusse appris d'ailleurs ; et, si je rayais connue avant qu'elle fût expédiée, j'aurais tâché qu*elle fût mieux justifiée et moins froide en oe qui touche Vos Excellences. Quoi qu'il en soit, on ne peut faire des hommes plus qu'ils ne veulent. Cependant, ayant appris ces jours-ci que Vos Altesses avaient communiqué cette affaire à messire Jean André Cagnola, pour l'avertir in omnem evenium et afin qu'il soit prévenu i temps de tout <se qui se passe, j'ai pensé qu'il n'y avait pas de mal à lui envoyer les copies de la lettre et de la réponse. II pourra ainsi au besoin , diaprés ce que Vos Altesses lui ont déjà mandé , faire usage de cet avis en ce qui lui semblera utile. J*ai tout fait pour le mieux ; il me semblait que cela, loin de nuire, pouvait servir. Je lui envoie donc ces lettres par un des courriers que j'ai avec moi, et pour que Vos Seigneuries soient mieux au courant de tout, je vous adresse également aigourd'hui la copie de ce que j'ai écrit i messire Jean André

Vienne, le 18 juUlet 1470.

Alots Bossius.

Aux UlùstrUrimei et exeelUnUaimes dues de Milan ^

Le courrier expédié de Vienne par Bechetto remit en effet à Cagnola la réponse du marquis de Montferrat et la lettre du seigneur d'IUins.

Cagnola écrit à ce sujet à la duchesse de Milan :

* C*Mt sans aucun doute la lettre que j*ai publiée pp. 281-283, d*après cette copie conserrée à Milan.

* Arohives de Milan (trad.).

1 i Jl t%»

DB COMlitMBS. 45

Ces joun passés, j*ai été ararii par un courrier spécial que m'envoTa AloTs Becbetto, qui réside au nom de Vos Excellences près de rillusirissime duc de Savoie, que monseigneur dlUins sMtait décidé à écrire à monfeigneur d'Ârgenton afindesaToir oequ*avait résolu Sa Majesté au siget du mariage delà flUe et sœur de Vos Excellences avec ledit duc, ou si elle jugeait à propos de faire quelque protestation, parce que Sa ^Seigneurie, le 12 du présent' mois, erit in aetate^ et rien ne pourra plus se faire, si Ton ne proteste pas, etc. ^ : ce dont Vos Excellences sont, je crois, informées ad plénum par ses lettres. J*ai été fort content de recevoir ces nouvelles, et surtout de voir la copie des lettres qu*écrivait monseigneur d^Illins , dans une traduction italienne, et de connaître les raisons qu^allègue le seigneur marquis de Montferrat pour ne point s'allier audit duc. Toutes ces lettres m*ont été en diligence envoyées par Alojs, comme je crois ^iam qu*il les aura fait parvenir à Yqs Excellences.

Je m*empressai de me rendre chef notre monseigneur d'Ar* genton, et je lui communiquai aussitôt le tout, en insistant forte* ment sur cette matière. Monseigneur d'Argenton me répondit qu'il n'avait pas encore* les lettres originales de monseigneur d*Illins , mais il n*en est pas surpris, dit-il, parce quMl croit que le messager qui les porte, sera allé directement à la cour, pentant Vj trouver. De son côté, il fera pour Vos Excellences tout ce qu'il ferait pour son propre seigneur. Il igoute qu'il croit que Sa Migesté ne prendra pas d'autres dispositions, mais qu'elle laissera les choses dans les termes où elles sont, parce que Sa Majesté sait bien que le mariage est conforme aux intérêts dudit duc. Ledit seigneur d'Argenton a été aussi fort content de connaître l'autre information que me donne Aloys, relativement au sauf-conduit que le roi Ferdinand demande au duc de Savoie pour Prosper Adomo, afin qu'il puisse demeurer dans le port de Nice avec des galères et de l'infanterie, etc. Aussi dépécha-t-il

* Vojsc tome I*', p. €82.

4e LBTTltSS ET NltoOCIATIONS

immédiatement ua courrier à Sa Majesté pour TaTertir de ces pratiques et pour la prier itUm^ au nom de tous nos ambassadeurs, de ne pas vouloir j prêter Foreille si elle en était requise, parce que nous avons la conyicUon que tout cela tend à de mauvaises fins.

n ne me reste plus qu*A me recommander Uerum à Vos Excellenees.

Jbam ÂXùvà Caqhola ^

Noos verrons bientôt le dénouement des intrigues de Louis XI en Savoie.

' Archives de Milan (trad.).

DB OÛMMntBS. 4ff

AF7AIBXS BS MILAN.

(Aoat et octobre 1479.)

Un autre ambassadeur milanais, Charles Visconti, était venu rejoindre Jean André Cagnola en France. Il ëorit le 2 août 1479 à la duchesse de Milan :

Illustrissimes et exoellentissimes dame et seigneurs,

J^ai déjà écrit à Vos Seigneuries comment Sa Miyesté était revenue de Champagne à Nemours et par quels motifs , et comment monseigneur d*Argenton était venu ici, et comment fj étais retourné moi-même K Je vous ai écrit aussi que par le conseil et de l'avis dudit seigneur , je m*étais arrêté ici avec les autres ambassadeurs. Il m'a dit sans détour (car cela était ainsi réglé par Sa Majesté) que puisque je n'avais pas de commission et n'étais pressé par aucane nécessité, il ne eonrenait point que je donnasse au roi d'antres embarras ; qu^au surplus lorsque Jean André serait parti et que j'aurais quelque motif sérieux ou une commission de Vos Excellences, je pourrais alors plus facilement être introduit et m'approcher do roi. n m'a fait entendre toutefois qu'il est bon de le ménager, niri quaiUnm eogit nâeenUas d'expédier et de communiquer au roi les commissions qui pourront m'étre transmises.

Après être demeurée quelques jours à Nemours et dans les environs pour chasser, Sa Majesté a résolu de se rendre à Dijon, afin de prendre possession du duché de Bourgogne et

* yoj9z tome I, p. 276.

4S LBTTREâ BT NÊQOCtATIONS

d^j recevoir les serments d'obéissance et de fidélité. Il fut ordonné qu*elle j ferait ane entrée solennelle ; et afin que d*une solennité on en fit deux, on a mandé en cette ville les ambassadeurs d*Espagne pour jurer publiquement entre ses mains la paix conclue avec leur roi, ut est moris $orum ; car ils ne se contentent pas d*un serment per proeuratorem. Don Frédéric est demeuré à Nemours, ainsi que d*autres qui êequuniur régenta parce que Sa Majesté a résolu d'aller à Dijon fort simplement et de ne pas j faire de séjour. Il j a encore une autre raison, c'est que les environs ne sont pas entièrement débarassés de la peste, et pour ce motif peut-être il lui semble préférable d'avoir avec lui le moins de monde possible, sauf seulement sa garde et de plus quelques gens d*armes qu*il n^a pas coutume de prendre avec lui. On pense que c*est pour leur faire place que Sa li^ietM laisse en arrière ceux qui ne lui sont pas aussi nécessaires. Suivant les ordres donnés, tout doit être ikit maintenant S mais nous n*en avons encore aucune information, ni monseigneur d'Argenton non plus, lequel a toiyours été ici pour s'occuper des aifaires du roi qui ne se confie pas en beaucoup de personnes, et aussi de quelques aflTaires qui lui sont propres. Il fait entendre qu*il a le projet de partir bientôt, quand il aura reçu des lettres de Sa Migesté.

Le roi ne fera pas de séjour à D^'on, mais se dirigera aussitôt après vers Tours; et dans Fintervalle (telle semble sa résolution) il rejoindra la reine et se tiendra avec elle jusqu'à ce qu*il soit à Tours ou dans le voisinage. Aussi monseigneur d*Ar* genton a-t-il conseillé aux magnifiques ambassadeurs, dès qu*i]s sauront que Sa Majesté s'est embarquée, car elle veut voyager par eeux per Jlumen Ligeris^ de se mettre eux aussi en route, sans attendre d autres ordres, car l'envoyé de Venise lui avait dit qu'ils étaient ici par la volonté du roi. Us ont résolu

* Le 31 juillet 1479 Louis XI prêta à Saint-Bénigne de D^oa le serment de maintenir les usages, franchiçes et privilèges du duché de Bourgogne.

de noirre le conseil du seigneur d*Argenton, et je croit qne vers ie milieu du mois d'août ils se réuniront à Tours. Si Vos Seigneuries expédient des courriers, elles savent maintenant où les adresser^.

Monseigneur d*Argenton m'a montré une lettre écrite par le gouverneur de Normandie, qui est chargé de l'expédition contre, le duc Maximilien. Cette lettre l'informe que le duc rassemble le plus de monde qu'il peut et qu'il fait de grandes menaces , mais qu'on en tient peu de compte, et pour le lui montrer , on a fait des courses jusqu'aux portes du lieu où il se trouve, qui s'appelle Saint-Omer, et en même temps on a causé de grands dommages à tout le pays d'alentour. Il écrit aussi quMl a envoyé à Sa Miyesté, en l'exhortant à ne pas être avare de caresses, un comte du duché de Luxembourg, homme de distinction ', qui se fait fort de remettre dans les mains du roi et de réduire à sa volonté environ vingt^uatre châteaux, terres et bonnes places. Il compte beaucoup sur cet homme et espère par son entremise réduire à la volonté du roi tout le duché de Luxembourg comme naguère par monseigneur de Chftteau- Guyon on a obtenu la soumission de la Franche-Comté.

D'après ce qUe l'on entend, le roi a résolu pour cette année de ne plus tenter la fortune dans cette entreprise do Picardie, car il lui semble qu'elle lui a été assez favorable dans les affaires de Bourgogne. Il préfère se tenir uniquement sur la défensive et empêcher qu'on ne puisse lui nuire, sauf Je cas où il se présenterait une occasion favorable de porter quelque bon coup. I) trouve que la victoire de ce c6té viendra totyours assez à temps, car il est persuadé qu'il ne peut être vaincu *.

Le président de Toulouse ' se loue beaucoup des honneurs

* Je ne sais s'il s^agit du comte de Chimay qui Ters cette époque conquit Virton et plusieurs chAteauz dans le Luxembourg.

* Cinq jours après la date de cette lettre, Tarmée de Louis XI était défaite A Omnegate.

* Antoioe de Morlhon. Voyez tome W, pp. 246, 873. coaiiwu. — Ht. 4

et ddi marques d^affection qu'il a dûs à Vos Bxoelleiicet. Je sais qu^il en a fait le meilleur rapport à Sa Majeeté qui s'est fait envoyer Facte de compromis, le bref du pape et les lettres de plusieurs cardinaux « mais , qui sans vouloir les lire , les adressa à monseigneur d*Argenton pour qu*il les fît ouvrir par les magnifiques ambassadeurs. Vos Seigneuries en auront les copies avec les lettres de Jean André.

Le président est entré dans de longs développements ^ur se justifier et pour expliquer tout ce qu'il avait &it à Rome juxia tenorem mandaiorum regis^ etc. H me fit aussi entendre que Sa Majesté voulait faire une réponse au pape et aux cardinaux, mais qu'elle ne dirait que ce qui semblerait bon aux magnifiques ambassadeurs. Ceux-ci, s'étant retirés à part et ajant délibéré, résolurent de n'y rien mettre du leur ; car , soit qu'on adopte , soit qu'on n*adopte pas les raisons qui les dirigent, ils ne s'en départiront pas. Quant i la oonduite du président et de ses collègues, on résolut de mettre de la réserve à recommander le président. Tout en ne blâmant personne, on se bornerait à dire qu'on croyait que tout était comme il Tavait dit, et que par suite on 'le remerciait de ce qu*il avait fait ; mais l'envoyé de Venise qui était chargé de porter la parole, s*étendit si longuement dans son exorde, que la conclusion qui avait été prise, lui sortit de la mémoire ; il s'appesantit donc beaucoup sur l'éloge de ce qui avait été fait in ffimre^ in eommuni ei im ipecie^ en disant que le président avait commission de faire ainsi, qnod eonirarium e$t^ puisque la correspondance de la seigneurie de Venise 8*en plaint de tout point. Autant en font Vos Excellences par Ta vant- dernier courrier. Il semble toutefois par vos dernières lettres que a Umeritate aliorum eacipiatur iieprm' sidens. On nous avait bien recommandé de ne pas le remercier notnine ligm^ pas même d'une manière spéciale, verbum nnttum : in quo valde aimiratui tum Venetnm tapi$ntiam. Ceci s'étant passé en présence de monseigneur d'Argenton, nous croyons que ce président insistera pour qu*il en fasse rapport et par lettres et de bouche. Il me semble que pour lui c'est plus, qu'une

DE OÛimmBS. 51

damie quittance et Fabeolutioit mâne de ses fantei «*tt lui arrire d*en commettre dans les épreaveB que lai réeerve l'avenir. Je crois que la chose déplaisait aux collègaes de l'envoyé de Venise ; mais, pour ne pas faire de scandale en le contredisant, il leur pamt préférable de se taire

Paris, le 2 août 1479.

ChaBUES VlSCOlCTI.

ÂMm Ulmitriirimêi priMet et eaeettentiutmes srifnmn^ la àUluuê€t UiMCde Milan '.

Charles Visconti, dans sa lettre du 9 septembre 1479, donne quelques détails sur la cour de Louis XI ; mais le passage le plus curieux est celui où il raconte que pour accroître son crédit il adopte les mœurs de France et ^u'il se monseigneurise avec Commines. Quelle est la valeur de ce mot ? Ne réclame-t-il point tout un commentaire ?

Illustrissimes et excellentissimes dame et seigneurs.

Par ma lettre du SI août datée d'Orléans ' et remise à un courrier que la seigneurie de Venise a envoyé ici à son ambassadeur. Vos Excellences auront appris tout ce que m'a dit monseigneur d'Argenton au scget du différend qui existe entre vous et les Suisses, et ce qu*il m*a fait connaître des intentions et des déjirs du roi à ce sujet ; Uem^ tout ce que Jean-Baptiste d'Imola, nominê pontijtcis^ a exposé à Sa Majesté, et la réponse et le congé qui lui furent donnés. Actuellement il ne me reste rien à vous dire, qui soit digne de vous être mandé, sauf que la reine n'est pas allée trouver le roi à Salomes, comme cela était

* Archives de, Milan (trad.).

* Il y a ici probablement un dé&at de mëmoire chez Charles ViscoDti, car la letti*e à laquelle il fût allusion, porte la date du l*** septembre. Vojec tome I*', p. 283.

tt LBTTRB8 ET NÉGOCIATIONS

parce qu'elle a eu, à ce que Ton dit, une légère flèTre tierce ; elle eet encore ici et est guérie , c'est-à-dire que la fièvre Ta quittée. Le roi est attendu de jour en jour. Il a envoyé tout le monde ici, hors sa garde et le petit nombre de gens qui ne le quittent jamais

Gomme je Tai écrit dans ma correspondance précédente» il a paru à monseigneur d*Argenton que je devais attendre à Orléans les magnifiques ambassadeurs et leur communiquer tout ce quUl m'avait dit et rester ici avec eux. Il lui semblait que nous étions ainsi assez rapprochés du roi, d'autant plus que par SQB ordres toute la cour se rendrait ici, paueii exeêptiij jusqu'à ce qu'il me survînt quelque nouvelle occasion ou quelque commission de Vos Excellences , qui me permit de me présenter et d'être reçu plus facilement. Je me conformerai à son avis et à son conseil, non-seulement parce que Vos Excellences me l'ont ordonné dans mes instructions, mais aussi parce qu'il connaît à fond le caractère de Sa Migesté. Je continue à le trouver plein d'affection et de zèle pour les intérêts de Vos Excellences, et par égard et considération pour vous il me caresse et m'honore beaucoup et parfois cogii me à monselgneuriser avec lui \ et je le laisse faire d'autant plus volontiers que je montre ainsi que je n*ai pas d'eloignement pour les mœurs de ce pays et surtout pour sa conversation, laquelle est vraiment très-agréable *, et j'ai la môme opinion de tous les seigneurs et gentilshommes de cette cour, bien que primo aspeciu d'autres s'en feraient une idée différente, car ils ressemblent j»eu aux nôtres. SMl arrive que Vos Seigneuries écrivent au seigneur d'Argenton, jugeant que cela est dans leurs intérêts, elles pourront lui faire entendre que vous connaissez toute l'affection qu'il porte aux affaires de Vos Excellences et à leurs serviteurs. Je crois que cela ne peut avoir d'autre effet que de servir à la confirmer dans le même esprit.

* A monsignore cum luy.

* Laqaale in T«ro e molto gentile.

Yoilà déjà plusieon Jours que don Frédéric est ici. J'ai appris par les siens qu'il avait écrit au roi qu*il désirait aller voir Sa Migesté, et que le roi lui avait répondu de Tattendre ici. Il se tient plus à l'écart de la cour qu*il ne faisait auparavant. Quand nouf fûmes à Lorris, don Jean André et moi, don Frédéric resta à plus de sept lieues, bien qu'il j eât des loge* mens plus voisins ; et » comme je Tai appris, durant tout le séjour que le roi fit à Lorris (il j fut onze jours), il n'y vint jamais, sauf le jour que nous j fûmes, lorsque Sa Migesté en partait,, et ce fut pour cela quMl j vint. Je ne sais pas s'il Ta fait easu aut eamultô^ pour ne pas être toujours trop près du feu, ou bien ut obtetUia auetaritatum iueatur^ ou pour quelque autre motif que Ton ne devine pas encore. Monseigneur d'Argenton m*a dit que, bien que le roi Tait raillé à propos de ses opinions et de cette guerre et de Téchec qu'il a subi , et que par d'autres paroles encore il ait cherché à Pirriter, don Fré« deric s'est néanmoins conduit avec beaucoup de patience , de politesse et de prudence, en montrant combien il était étranger à toute ambition et à toute passion dans ces affaires, comme s'il avait renoncé i tout. Aussi a-t*il beaucoup gagné dans l'opinion de tous ceux qui sont ici.

Je me recommande humblement à Vos Seigneuries.

Tours, 9 septembre 1479.

Charles Visconti.

Âuûf UlMitrUsimes et excêUefUiuinM trignêurs les duct de Milan '.

On a vu ailleurs que malgré les compliments qa*an défaut de mémoire engagea Tambassadeur de Venise à présenter au président du parlement de Toulouse, Louis XI lui fit fort mauvais accueil *.

* ArehiYes de Milan (trad.)-

• Tome K, p. 274.

AU mois de septembre 1479, le roi de France songeait à enro jer nn autre ambassadeur en Italie : c'est ' ce que Charles Visconti mande à Cecco Simonetta :

Magnifique chevalier et très- honoré seigneur,

Par des lettres collectives do don Jean André et de moi, adressées à nos illustrissimes seigneurs, Votre Seigneurie connaîtra tout ce que nous a dit monseigneur d'Ai^nton sur le dessein et lu résolution inébranlable qu'a pris le roi d envojer on des siens à nos illustrissimes seigneurs à Florence, à Rome, à Naples * etc. et quelle est la raison qui Yj porte en vérité.

Je tiens de bon lieu qu'on a longuement délibéré sur la question d'envojer un gouverneur en Piémont et un autre en Savoie. Trois personnages étaient sur les rangs. On a cité monseigneur de Cbâteau-Gujon, seigneur de Franche-Comté et ami du roi, qui est mainteraent ici. On a également nommé don Frédéric, et Ton a parlé aussi de monseigneur d'Argenton . .

Tours, 18 septembre 1479.

Charles Yisconti.

Au maçnijlqne chevalier Cecco Simonetta^ premier secrétaire du duc et sou eouseiUer >.

Parfois Commines, malgré la confiance que lui montraient les ambassadeurs milanais, les trompait, et cest ainsi qu au moment marne où il redoublait de protestations de dévouement pour la duchesse de Milan, il préparait une révolution qui devait renverser son autorité et £aire expier à Simonetta son refus de rendre la ' liberté à Donato de Conti. Le 19 septembre , Charles Visconti était encore

' Ici M trouvent trois lignes en chiffres.

* Archivas de Milan (trad.).

plongé dans une fausse sécurité , alors que le parti de Ludovic Sfoiza avait déjà triomphé :

lUastrissimes et excellentissimes dame et seigneurs,

Sa Migesté est venue ici le 11 du mois passé ; elle en est partie le 16, pour aller à Notre-Dame de Behouart. Elle a voulu peu de suite avec elle. Don Frédéric, la chancellerie et nombre de seigneurs sont restés ici, et il en est de même de monseigneur d*Argenton. Il nous a dit de la part du roi, que s*il nous arrivait des nouvelles des progrès de messire Roberto * ou de tout autre capitaine, nous lui en fassions part, parce qu'il en informera Sa Majesté, qui Ta ainsi décidé. Nous lui avons fait connutre tout ce que Vos Excellences nous ont écrit , à don Jean André et à moi, de cette excursion dans le Tortonèse, etc., et des bonnes mesures prises par Vos Excellences. Il en a été fort satisfait, parce que dans les quatre ou cinq derniers jours étaient arrivées des lettres qui répandaient des bruits fort sinistres. La veille du départ du roi, comme j'étais à la messe dans la chapelle de Sa Migesté, et Sa Migesté dans un lieu attenant à ladite chapelle, garni de fenêtres grillées, d*où elle voit tout le monde, et où, si elle le veut, elle n*èst vue de personne, (car il s*y trouve une sortie par laquelle le roi se dérobe à la foule qui Fattend), Sa Majesté, m'ayant aperçu, appela mon* seigneur d'Argenton et lui donna, pour qu*il me la montrât, une lettre que venait précisément de lui apporter un messager de Yeroeil. Elle le chargea aussi de me demander si j^en savais rien, soit par Vos Seigneuries, soit par d'autres, et ce que j*en croyais. Lesdites lettres contenaient ce que Votre Seigneurie nous a écrit à don Jean André et à moi, et beaucoup plus ; elles igoutaient que Vos Seigneuries considéraient ce qui se trouve au delà du Pc comme perdu, qu'elles manifestaient des craintes pour Verceil, et qu'elles priaient Sa Mi^jesté de bien vouloir porter remède à cette situation. Je sais que Sa

* Robert de San-Severino. Vojez tome I*', p. S94.

Majesi regrette beancoup tout ceci en ce qui regarde Vos Excellences ; mais, pour ce qui concerne Yerceil, elle dit que c*est une bagatelle et que vous n'ayez pas lieu de tous effrayer. J*ai fait répondre à Sa Mi^jesté par ledit seigneur que je n'arais rien reçu, et qu'il me paraissait certain que les choses n'araient pas cette importance, pas même la moitié, et que je n'j vojais pas un si grand danger, parce que nous savions quelle est l'armée de messire Roberto et des autres ennemis de Vos Sei* gneuries, et aussi parce que Vos Excellences peu auparavant nous ont appris que lui et les siens, voyant qu'ils ne pou* valent rien faire dans la position qu'ils occupaient, s'étaient retirés en désespérés et nuurimii Uin^riius s'étaient dirigés vers Tortone, et qu'ils avaient des chiens dans les jambes, c'estrà-dire l'armée de Vos Excellepces beaucoup plus puissante que la leur. Ils ne pouvaient donc, à mon sens, faire grand mal ; et si, grâce à leur célérité, ils s'emparaient de quelque lieu ou de quelque place «bondonnée, cela n'en vaudrait que pis pour eux ; car entre ces trois chances ils devraient en choisir une : ou s'enfermer dans . une forteresse et faire comme la souris qui va manger le fromage dans la souricère ; ou tenir la campagne et affronter l'armée de Votre Seigneurie qu'elle n'égale nec numéro^ neque viriute ; ou continuer à faire ce qu'ils font comme des fugitifs. Quant à Parme, à Plaisance et même à Alexandrie, je dis que ce n'étaient pas des morceaux pour lui, ni pour sa petite troupe. Il me sembla bon de réfuter jaussi quelques objections secrètes, par exemple : une trahison. J'exposai que les affaires de la ligue et celles de Vos Seigneuries avaient pour elles le vent de l'opinion et de la fortune, et que lors même qu'il j aurait un ribaud, comme il s'en trouve partout, rien n'était à craindre, parce que Vos Seigneuries sont non -seulement aimées, mais adorées de tous les honnêtes gens , et que je croyais que dans peu l'on verrait que ce n'est qu'un feu de paille ^ Le seigneur d'Aigenton me dit depuis que ces

* Ludovic Sforza rassembla une armée pour renverser Bonne de

DE GOIIMINE& 97

raisons avaient para fort vraisemblables à Sa Majesté, - qu'elle en avait été fort satisfidte et qu'elle se sentait tranquillisée.

Vos Seigneuries apprendront par notre lettre collective les délibérations qui ont eu lieu au unjei de Tenvoi de gouverneurs en Piémont et en Savoie. On j a parlé de trois personnes : don Frédéric, monseigneur de GhAteau-Guyon et monseigneur d'Argenton. Peut-être les nouvelles de Tortoiie feront^elles hâter renvoi de ces gouverneurs, car le roi y trouvera un prétexte.

Vos Seigneuries sauront aussi que Sa M^esté songe à envoyer un de ses secrétaires en Italie. Je ne saurais me rezpliquer, sinon par ce motif qae Sa Msjesté s'est repentie d'avoir renvoyé Jean-Baptiste d'Imola si em aèmfio^ et que le grand chancelier a peut-être rappelé à sa conscience la position de tous ceux qui ne peuvent aller pour étB dispenses à Rome , ce i quoi nous avons pensé trop tard. Boe non imptêi âtirêm wimm. 3*êl fiât comprendre audit seigneur d'Argenton que nos adversaires croiront peut-être que la ligue a réclamé cette mission» c«nme s'il s'agissait de mendier la paix, et qu'ils en deviendront plus arrogants, et surtout, si Sa Majesté ouvre les voies, ils estimeront que Sa Mi^^^ s'^ refroidie envers la ligue. Il me répondit qu'aucune décision n'était encore prise et que peutêtre on changerait d'avis , mais, que si la mission avait lieu, on aurait égard à tout.

Aussitét après le départ da roi, monseigneur d'Argenton manda François Gaddi, et il lui dit que le roi voulait qu'il suivit son secrétaire pour l'aider dans la besogne. François, ne voyant pas ce qu'il pourrait faire de plus que ce qu'on ferait par une lettre ou par ledit secrétaire , et remarquant surtout qu'on

Milan. Il en confia le commandement à Robert de San-SêTêHno. Les portes de Tortone lai farent Uvrées le 23 août 1479. En an seul jour, dit-on, quarante-deax ehêteaux ai'borérent sa bannière. Le 8 septembre, o*e8t-à-dii*e onse jours avant la date de cette lettre, Louis Sforsa entrait vainqueu;* à Milan.

Tanûifait prévenir par ledit seigneur, sans lui en avoir dit un mot tant que Sa Majesté était ici, s'est imaginé que c^était un oongé honnête , et il était heureux de s*en retourner, oatte résidenee ne lui allant guère ; mais le motif ne lui en plaisait pas , car il pensa que c'était parce que ces jours derniers Sa MiÛ^>^ 1^ 't une rude réprimande. Il avait parlé au roi pea auparavant, et ayant oublié certaines choses, il voulut revenir près de lui. Mais le roi, soit qu*il voulut parler à un autre, soit qu*il ne voulût plus rien entendre à ce siget, lui tourna le dos et le renvoja avec un air courroucé et des paroles qui ne Tétaient pas moins. Je crois qu*il avait trompé François ; car parfois il lui avait fait asses bonne chère, par amour pour son beau cousin Laurent. Peut-être avait-il trop d^assurance, et voulaitil trop se familiariser ici. François a dit qu'ensuite il resterait à Florence ; mais le seigneur d'Ai^gsnton lui répondit que le roi voulait qu'il revint de toute façon, mais qu'il devait aller prendre part à la mission. Cependant riea n'est conclu encore, ni quapt à lui, ni quant au secrétaire.

• L'ambassadeur de Hongrie n*est pas efusore expédié. Le roi lui a promis qu'aussitôt après son retour il lui donnerait Tau-

dience de congé.

Gharlbs Visconti.

Aux trêt-Ulustres princes et eacellentiisimês ieifnenrs ki dues de Milan ^

Le même jour probablement Charles Visoonti api^t la révolution de Milan qui avait démenti toutes ses prévisions. Danjs le préambule de sa lettre du lendemain nous ne retrouverons plus le nom de la duchesse de Milan :

Illustrissimes seigneurs,

Par mes lettres d'hier j'ai écrit tout ce que j'avais appris , principalement au siget de l'envoyé que le roi se proposait d'en-

DE COHMINSS. 09

Toyer en Italie avec Praoçois QêàdU etc. Aiùoiird*hoi est arrivé loi le dit envojéi dont le dipart est décidé. Il se nomme Pierre Pshnerio , secrétaire , et il semble youloir se mettre en route demain. J'apypends qa*il a commission de faire pour la ligne tout ce qui sera ordonné, n&a de plus. François Q^Aii ira jusqu'à Florence, pour faire entendre les motifs de cette mission, et pour disposer la matière, etc. Monseigneur d*Argenton et d'autres encore insinuent que le roi a été prié secrètement par le pape et le roi Ferdinand de leur enrojer un des siens, que la paix se ferait anssitAt» mais qn*il fallait ceiaLpro h<mare partium etc. Si c*e8t à cette fin et pour un but si important, il me semUe qu'un pMW>nnage de plus d*autorité eût été plus convenable. Je m*étais d*abord arrêté à tout oe que je TOUS ai écrit hier dans ma correspondance , mais actuellement je veux croire que reç[wiiitm koeffeerii. Vos Seigneuries 7 verront plus dair.

Sa Majesté, à ce que Ton entend, ira peut-être de Notre-Dame de Behouart jusqu'au Mont-Saint-Midiel. On n'en a pas encore la oertitude ; mais les gens qui sont an courant de ses afiùres, le crdent.

L'ambassadeur de Hongrie a paru vouloir aller à Notre-Dame de Behouart pour obtenir in iHnêre son audience de congé, et afin de pouvoir retourner ad partes $ua$ avant l'entrée de Thiver. Il lui fut dit de ne pas bouger, car Sa Majesté ne voulait voir que les personnes qu'elle avait désignées. Aeçre fsrt tanUam diloHonêm.

Monseigneur d'Argenton se rend à Chiaon, où est sa femme ;«il nous a recommandé da l'informer des nouvelles qui nous arriveraient. Le roi l'a chargé de les lui communiquer immédiatement.

Je me recommande humblement à Vos Excellences.

Tours, 20 septembre 1479.

Charles Visconti.

Auw iUuêtrissimes princes et eœeUentissimes seigneurs les dues de Milan ^

* Archives de Milan (trad.).

Naos renoontrons ici 1196 dépèdie de Gagnolà da 21 septembre 1479. Elle se rapporte aux intrigues dont Tltalie était en ce moment le théâtre, et mentionne la mission donnée par Louis XI à ce Pierre Palmeri à* qui Philippe d^ Commines adressa une lettre déjà publiée ^ :

lUastrissimes et ezcellentissimes seigneurs,

Vos Altesses am*ont tu par mes lettres préoédentes toat ce que monseigneur d*Argeuton m'avait confié de la pensée qu*a- Tsit le rot dVnvojer au-delà des monts pour réconcilier la ligue dltalie arec le pape et le roi Ferdinand, quoique jusqu^à ce moment Sa Mfljesté n'eût pas une résolution bien arrêtée. J'informe par la présente Vos Excellences que cet euToi est décidé , et la personne choisie par le roi est un de ses secrétaires, nommé Pierre Palmieri*. U vojagera arec quatre ou dnq ohe* Taux, et François de Craddi sera, je crois, de sa compagnie. Ils sont partis ce matin. Leurs instructions sont conformes à la teneur des lettres que ces jours derniers Sa lliyesté a écrites au pape et aux potentats de Fillustrissime ligue ; Je sais que Vos Excellences les ont déjà Tues. En somme elles contiennent que Sa Mi^esté consent à accepter le compromis , iiUêrtemoUibui êribus^ c'est-à-dire 1* que Ton cesse les armements et que les gens d'armes rentrent dans leur pays 7 2* qu*on lére les censures fulminées contre les Florentins ; 9* que ailaU^ Une inié ftiiiiuaiUur. Venrojé du roi est chargé d'engager et d'exhorter le pape et le roi Ferdinand à adhérer à ces conditions, et il fera toutes les instances possible pour arrÎTer à ce résultat. François Gaddi est euTojé à Laurent ' pour l'instruire de tout. Le secrétaire Tojage aTec peu de chcTaux pour aller plus Tite. Aussi ai-je Tdnlu tous expédier le présent courrier pour

• Tome I^, p. 2M.

^ * AAibassadeur du roi Ferdinand. Vojez tome I*', pp. 208, 272 . ' Laurent de Médicia.

DB OOliliinS. 61

qtt*il Id daTanoe, afin que Vos Bxcellencef mnaai immédiatement aa courant de la situation des choses : ce qui leur permettra de mieux savoir ce qu'elles ont à répondre. Je crois toutefois, d'après tout ce que j*entend8, que le secrétaire devra se régler d'après les résolutions de Tillustrissime ligue. Selon ce que j*aipu comprendre, je suis porté à croire que cette mission non iU ùbipt$fiÊiiUa' menio ; car il est venu UA secrètement un messager du roi Ferdinand, qui peut-être aura excité le roi à renouveler ses prières et ses exhortations afin que le pape et le roi Ferdinand, s'ils adhèrent aux conditions, puissent dire qu'il^ le font par condescendance pour Sa Miyestë et sortir ainsi de oes difficultés en sauvegardant leur honneur. François Gaddi est envoyé dans ce but à Laurent, pour lui faire cette confidence : c'est tout ce que je sais du mystère de cette mission, laquelle, si elle était autre, semblerait à coup sûr plus nuisible qu'avantageuse, car on pourrait penser que ces nouvelles exhortations ont été provoquées par l'illustrissime ligue : oe qui aboutirait à l'amoindrissement de sa réputation. Aussi avons-vous signalé cet inconvénient à monseigneur d'Argenton quand il nous parla de cette mission. Il nous dit que l'ambassade aurait un caractère tel qn elle ne paraîtra point provoquée par les seigneurs de la ligne et qu'elle aura d^heureux résultats. Veuilles ne pas dévoiler ce mystère, que j'ai connu depuis par une autre voie.

Messire Antonio d'Alexandre, comme je Tai écrit ailleurs, s'était mis en route pour retourner vers son roi ; mais il s'arrêta à Lyon et y est demeuré. J'apprends que, s'il l'a fait, c'est uniquement pour revenir ici, si les événements prévus se réali-» sent : je le sais non ex levi heo. J'ai voulu en prévenir clairement Vos Excellences, afin qu'elles sachent comment il convient le mieux de délibérer, sans pourtant trop divulguer la chose, tant que vous ne l'aurez pas apprise par d'autres voies , afin d'épargner des désagréments à la personne qui m'en a informé. J'apprends encore que le roi a écrit au pape et au roi Ferdinand qu'il envoie quelqu'un vers eux. Les lettres doivent avoir fait la moitié de la route. Que Vos Excellences veuil-

62 LBTTRRS BT NÉGOCIATIONS

lent prtndre le tout en considiratioii. Je me recomnaiide, etc. Tovrt, le 21 septembPB 1470.

Jean Anûr^ Oaohola.

Aux Ulustrissimes princes et excelkntUHmes ducs de Milan K

La lettre suivante, & peine postérieure de quatre- jours , est aussi de Cagnola : elle est adressée à un secrétaire de Ludovic Sforza :

Magnifiée tanguam Kùnorifiee frôler^

J'ai eu grand plaisir d^apprendre par les lettres de nos illustrissimes seigneurs les événements de là bas. Aussi j*espère que le retour de cet illustrissime seigneur Ludovic erit felix et faustns et salnirii au salut et & la prospérité des Ëtats de nos illustrissimes seigneurs et que les choses continueront toujours ainsi. Puisse Notre Seigneur Dieu ezauoer ma prière !

Dans les temps passés j'écrivais assiduement à messer Gicoo, qui me paraissait Fhomme gui euneta gubemavU. Aussi me semblait-il nécessaire de lui dévoiler à Toceasion le^ mystères des circonstances, afin que comme celui in que camietebat tumma totiut illiut statue, il sût mieux comment diriger les choses. Votre Magnificence Taura vu par maintes lettres que je lui ai adressées et qui sans doute vous seront* venues dans les mains, depuis les derniers événements. Je lui parlais ainsi avec grande soumission de ce qui me concernait en particulier, le jugeant nécessaire pour les mêmes motifs. Je sais que vous, qui savez tout, n*en serez pas surprix.

Maintenant que j*apprends jVkM? summa hujus provindae ai te délata est^ j*en ferai autant, et je ne cesserai de me confier à vous tout le temps que je serai dans ce pays. Je vous parlerai donc beaucoup plus franchement que je ne le ferai dans les

* Archives de Milan (ti*ad.).

IWCOiaONBB. 03

lettrM dnoftlM, que d'hahitade on lit te ùmi/eelu mMUotum^ où touYent on ne garde pas la diecréiion qa*<m devrait, œ qui aboutit quelquefois au détriment de celui qui écrit.

Or ce changement, i^ intetti^Mi cmnia^ a été interprété ici in malam parUm^ pour trois motifs : d'abord parce qu'on estime qu'omaif UU $taiu$ Ht ei $$$$ Méat ai owHUmodam i099tûm0m régis Ferraadi ; aguo ii^f&nmt que la ligue restera rompue et que le roi Ferdinand pro lOito, n'ayant plus contre lui PÉtat de Milan, changera aussi l'État de Florence ad liHtum. Si cela arrivait, rien ne pourrait être plus désugréaUe à ce seigneur roi, lequel, à ce que je sais, aussitôt qu*il reçut ces nouvelles, manda l'ambassadeur de Florence et parut prendre ombrage de ce changement, principaliter pour ce motif ; car Sa Majesté porte grande affection au magnifique Laurent, et elle m'a fait dire par monseigneur d*Argenton qu'elle écrirait à Madame ' de ne se séparer de la ligue d'aucune manière, qu^autrement elle ferait connaître, etc. Elle agit ainsi par méfiance du roi Ferdinand, à qui elle ne témoigne pas une grande sympathie. En second lieu. Sa iS^iesbi craint que les seigneurs Vénitiens n'agissent pas à l'égard de nos illustrissimes seigneurs rineen, neejUeliter , imo^ qu'ils ne portent leurs vues plus loin ; et in spede le roi craint le seigneur Robert, dont il connaît parfaitement le caractère, à ce qu'il dit. Bt guoai tertium^ dnbitat ne fropter diesensionee quae farte ariri poeeent^ et par suite de quelques désordres, cet Etat ne tombe aux mains des Vénitiens.

«Tai voulu transmettre toutes ces informations à Votre Magnificence pour qu€i vous en fassiez Tusage qui vous semblera convenable, et pour que vous les communiquiez à qui cela vous paraîtra être utile et ne pas nuire, surtout à moi. Je vous les adresse comme fidèle serviteur de nos illustrissimes seigneurs, et non par aucune autre considération ; car je tiens pour constant

' Bonus de Milan resta à Milan jusqu'au 2 novembre 1479, entouré des Taines et meiisongèi*es protestations de respect de Ludovic S(bna.

64 LBTTRB8 ET NEGOCIATIONS

qae da cAté de ces seignouri de France on ne trouve qne bonté et sincérité d*âme et les meilleures dispositions envers nos dits seigneurs, ce que Je ne cesse de faire entendre là où il est besoin. Cependant je n'ose pas écrire publiquement ce que je vous mande, parce que cela serait peut-être mal interprété, et je ne sais encore avec qui me mettre en relation, si ce n'est avec Votre Msgniflcence, que depuis longtemps j*honore comme un frère très-fidèle

Tours, 26 septembre 1479.

Jean Anbr^ Gagnola.

Au maçn\/ique Sarthélemi Caleho^ secrétaire dtteal K

Le lendemain, les deux ambassadeurs milanais, Cagnola et Visconti adressèrent à Milan une lettre par laquelle ils s'inclinaient devant la révolution qui venait de s'y accomplir.

Illustrissimes et exoellentissimes seigneurs,

Jeudi dernier 23 de ce mois, nous reçûmes les lettres de Vos Excellences en date du 10, par lesquelles vous nous faisiez connaître la mesure que vous avez prise pour le salut, la tranquillité et le repos de vos Ëtats, de faire arrêter messire Cicco, son frère, Orpheo, etc., et vous noas chargiez de le notifier au roi Très-Chrétien, en lui présentant etiam les lettres que Vos Excellences lui adressent. Nous n'avons d'autre réponse & y faire, que comme fidèles sigets et serviteurs de Vos Excellences, nous sommes très-satisfaits d'apprendre que Vos Excellences ont pris des mesures destinées à éloigner toute occasion de désordres et de scandales, de telle sorte que vous pourrez vivre l'esprit tranquille et joyeux, et que la paix et la sécurité de vos Ëtats se trouveront assurées. Nous savons que Vos Excellences ont tout fait avec sagesse et praehabito maturo eomilio.

* Archives Je Milan (trad.).

DE GOMMINES. 65

Aussi faut-il espérer que vous obtiendrez les résultats désirés. Nous avons tout fait conniutre à Sa Majesté» et nous lui avons fait remettre les lettres que Vos Excellences lui écrivent, parce que Sa Migesté est actuellement aux Forges près de Chinon, à une journée d'ici; et nous avons ordre de Sa Migesté d'adresser tout ce qui arrive à monseigneur d'Argenton. qui le lui fait passer ensuite. Sa Majesté vous répond, illustrissime dame \ comme vous le verrez par la lettre incluse. Le roi craint un peu que Vos Excellences ne se détachent de la ligue et que le roi Ferdinand n'ait maintenant assez d'autorité près de vous pour vous entraîner dans ses voies et vous faire abandonner Laurent de Médicis. Aussi nous a-t-il chargés par monseigneur d'Argenton d'écrire à Vos Excellences de ne le faire à aucun prix ; car, s il en était autrement, il se brouillerait avec vous. Nous vous récrivons afin que vous sachiez mieux quelle conduite il y a lieu de tenir.

Aussitôt qu^arrivèrent les nouvelles de Milan, Sa Migesté manda l'ambassadeur florentin, avec lequel elle s'entretint longtemps. Cet ambassadeur nous répéta que Sa Majesté ressentirait un grand déplaisir si Vos Excellences se détachaient de la ligue, et il s'est longuement étendu à ce sig'et. Bien que nous croyions qu'il a mis plus de chaleur dans les sentiments quMl attribue au roi, qu'il n'j en a en réalité, vu le zèle que l'envoyé florentin porte à sa cause, nous avons voulu toutefois informer de tout Vos Excellences, afin que vous jugiez mieux ce qu'il j a lieu de faire. Nous ne doutons point qu'avec l'avis de votre sage conseil vous ne sachiez si bien vous conduire que toutes vos résolutions seront pleines de prudence et immunei ai omni repnhensioTie. Il n'y a pas d'autre nouvelle. *

* n fimt ne pas oublier que la dachesse de Milan était, an moins nomiaalement, maintenue en ce moment par Ludovic Sfona dans le gesTomement do duché de Milan.

' Les histerians italie» semblent trompés d*nn jour en Usant aa 11 septembre 1479 Tarrestation de Simonetta, dont il est parlé à la page précédente.

GOaUMBS. — Ul. 5

Je continue à me recommander hamblement à Yon Excellences.

Tourg, le 26 septembre 1479.

Jban-Anb&b Cagnola ; Charles Yisconti \

Dans la lettre suivante , les mdmes ambassadeurs font connaître que Louis XI a appris avec plaisir les événements de Milan.

Illustrissimes et excellentissimes seigneurs,

NoQS avons vu tout ce que Vos Excellences nous écrivent par leurs lettres du 14 du mois dernier, où elles nous apprennent rfaeureux retour de Tillustre seigneur messire Robert de San- Séverine et le grand contentement qu*en reçoivent Vos Excellences. Nous vous sommes très-reconnaissants de ce que vous voulez bien nous faire part de cet heureux événement. Il nous cause un plaisir singulier , et nous y prenons une vive satisfaction ; car il nous semble que tout tournera à la gloire et à la prospérité des États de Vos Excellences. Nous nous sommes empressés d'apprendre le tout au roi Très-Chrétien qui prend un très-grand plaisir à tout le bien et à tout le contentement qui arrivent à Vos Excellences. Sa Migesté nous a fait entendre qu^elIe s'en tiendra pour fort satisfaite, pourvu que du côté de Vos Excellences on observe surtout deux points : Pun, qu'elles ne se détachent point de la ligue et n^abandonnent pas les Florentins et le magnifique Laurent ; Tautre, que Vos Excellences ne fassent pas plus de cas du roi Ferdinand que de Sa Majesté , laquelle me charge de vous dire qu^étant unie comme elle Test par les liens du sang à Vos Excellences, elle croit ne pas devoir avoir moins d'autorité près de vous que d'autres. Nous avons jugé devoir en donner avis à Vos Excellences, afin que, connaissant la pensée du roi, vous sachiez mieux ce qu'il faut faire.

* ArchiTes de Milan (trad.).

DE CÛMMINBS. 67

Vous aarez vu tout œ que Sa Majesté tous écrit au siget du mémoire des Florentins et de Laurent, qui était contenu dans des lettres expédiées par un courrier spécial à Tambassadeur florentin. Celui-ci a aussi reçu des lettres du 15 du mois dernier, qui lui apprennent les événements survenus en Toscane depuis la déroute, etc., iUm les événemens de Milan. Bien que les Florentins pensent que Vos Excellences persévéreront dans la ligue et dans Talliance avec eux, néanmoins ad aàunianUm cautelam ils voulaient que l'on priât le roi de vous envoyer une ambassade ou des lettres pour vous fortifier dans vos bonnes dispositions, et c^est ainsi que la chose fut faite à la requête de Tambassadeur florentin. Actuellement Sa Majesté envoie monseigneur d'Argenton avec deux cents archers de sa garde ' vers nilustrissime duc de Savoie, pour raccompagner en Savoie jusqu'à Ghambérj : il montre aussi une commission de réunir dans le Dauphiné des gens d'armes et d'j faire venir, s'il le juge à propos , une partie de Tarmée qui se trouve en Bourgogne. Tout cela, dit-il, il le fait pour donner encouragement et faveur aux Florentins, si jamais Vos Excellences entraient dans les voies du roi Ferdinand et lui faisaient la guerre, parce que dans ce cas, ajoute-t-il, sa commission porte qu'il doit les employer pour protéger les Florentins, selon ce qui semblera bon à Sa Mt^esté. Il dit encore que madame d*Orléans *, ayant appris les nouvelles d'Italie et croyant que Vos Excellences vont se détacher de la ligue et suivre en tout le parti du roi Ferdinand , ne cesse , par aes lettres , de solliciter Sa Mi^esté d'aider son flls le duc d'Orléans à prendre possession de Milan avec l'appui etiam des Florentins et des Vénitiens. Il nous apprit aussi que bien que Sa Majesté eût d'abord résolu de confier à don Frédéric cette entreprise qui concerne le duc de Savoie, néanmoins, après les événemens survenus chez vous, elle a changé d'avis pour le moment, se méfiant du roi son père

• Voyei tome I", p. 207.

* Marie de ClèTes, venre dn duc Charles d^Orléans,

Elle a donc d^idé actuellement d*7 enrojar monseig^ur d*Argenton '. Quoique nous pensions que ce sont plutôt des épou- Tantails pour obliger Vos Excellences à plus de ménagements dans l'affaire des Florentins, nous ayons cru toutefois devoir tenir Vos Excellences au courant de tout, parce que ce ne sont pas des choses à négliger entièrement et aûn que vous sachiez mieux comment tous diriger. Ledit seigneur d*Argcnton nous ditd*ailleurs que, dévoué comme il Test à Vos Excellences, il fera tout ce qui dépendra de lui pour votre service et le bien 'de vos États, d^autant plus qu'il compte que vous -ferez ce qu'il espère de vous, c'est-à-dire que vous ne vous écarterez pas de la volonté de Sa Migesté, surtout quant aux deux points susmentionnés. Si Vos Excellences lui envoyaient un des leurs, il lui expliquerait ad plénum quelle est la volonté du roi et comment vous devez vous conduire avec Sa Migesté de sorte que tout réussisse et prenne une bonne tournure. Il assure encore que si Vos Excellences ou quelques-unes de vos illustres seigneuries ont à s^adresser au roi, il est bon qu'il le sache d'abord, parce que, grâce à la manière dont il écrira au roi, les choses seront exposées avec une telle habileté que ces lettres auront d*heureux résultats et porteront de bons fruits. Le séjour du seigneur d'Argenton, à ce qu'il nous dit, sera fort court en Savoie , surtout si les choses de là-bas réussissent selon la volonté du roi ; car il s'agit uniquement de faire recevoir par le duc le serment de fidélité et d'hommage au nom de ses pays. Il nouj annonça toutefois que si les choses prenaient une autre tournure, il demeurerait plus de temps pour exécuter tout ce qui a été résolu. Nous avons remercié Sa Seigneurie de tout ceci et principalement des bonnes dispositions qu'elle manifeste envers Vos Exœllences et vos Etats, et nous lui fîmes entendre que nous pensions que vous verriez sa mission près du duc de Savoie avec plus de plaisir que celle d'aucun autre ambassadeur. Nous cloutâmes que nous ne doutions pas

' Voyez la lettre de Louis XI, du 8 octobre 1479, tome I«% p. 296.

DE GOMMINBS. 69

du reste que Vos Excellences, en fils très-afléctionnés de Sa Majesté, ne 8*eiforçassent toujours de se conformer à sa volonté le plus qu'elles le pourraient, et que nous étions convaincus que Tautorité de Sa Majesté serait totgours considérable près de Vos Excellences, comme celle d*un père sur ses enfants^ d*autant plus que Sa Majesté vous témoigne des marques réelles d'affection paternelle. Il ne serait pas mauvais que Yos Excel* lences envoyassent vers le seigneur d*Argenton un des leurs, bien au courant de vos dispositions, pour lui rendre visite et pour lui faire honneur. Nous croyons que cela ne peut qu'être avantageux, et nous nous en référons du reste au jugement éclairé de Vos Excellences.

Le seigneur d'Argenton a. résolu de se faire remplacer près du roi par le comte Boffilo et monseigneur du Bouchage , auxquels , durante ejus absentia , on s'adresserait pour les affaires qui se présenteraient ; car on ne peut avoir audience de Sa Majesté qu'autant qu'elle le veut bien, et c'est très-rare. Nous suivrons donc ses recommandations. Ici rien de nouveau. Seulement, il vient d'arriver une ambassade du roi d'Angleterre. Quelle est sa mission ? nous ne le savons pas ; mais Ton dit que ce prince veut s'entremettre dans les différends qui existent entre le roi et le duc Maximilien et qu'il espère les apaiser. Cela nous paraît difficile à croire parce qu'il ne convient pas au roi d'Angleterre que ces guerres aient un terme, et lorsque une autre fois il ât la même demande , elle fut repoussée parce qu'on y avait donné une mauvaise interprétation, comme je sais que Jean André l'a écrit à Vos Excellences. Cependant, si nous recevons d'autres informations, nous en instruirons Yos Excellences, auxquelles nous nous recommandons humblement.

Tours, le 4 octobre 1479.

Jean AndrA Cagnola;

• Charles Viscoiiti.

Aux ducs de Milan '.

' Archives de Milan (trad. ).

Le 5 octobre 1479 Cagnola adresse à Ludovic Sforsa la copie d*une lettre de Commines à Pierre Palmeri. C'est celle que nous avons publiée ailleurs ^ d*après la traduction même de Tambassadeur milanais :

Illustre, puissant et très-honorë seigneur,

J*ai obtenu adroitement la copie d'une lettre adressée par monseigneur d*Argenton à ce messire Pierre Palmeri que le seigneur roi a envoyé en Italie, comme Votre Seigneurie l'aura su.

Par là vous apprendrez plusieurs choses, et surtout les pratiques que Sa Majesté entretenait relativement à messire CIcoo et celles qu*il entretient avec le roi Ferdinand, qui ont commencé par la mission de Pierre Palmeri. Je n'en avais rien découvert, sinon depuis quinze jours, bien que je susse que Sa Majesté lui voulait un mal mortel ', principalement à cause de Donato del Conti.

Je vous envoie donc la copie ci-jointe , avec celle d*une courte lettre que don Frédéric adresse à Palmeri. Votre Seigneurie sera ainsi parfaitement au courant de tout. J'approuve de toute manière votre dessein d'envoyer quelqu'un à monseigneur d'Argenton , quand il sera en Savoie , et de lui écrire également parce que je crois que cela ne pourra qu'être avantageux.

Je me recommande à Votre Seigneurie. Je la prie de vouloir faire en sorte que je puisse venir à Milan, parce que je désire voir Votre Seigneurie et parce que mes affaires privées lexigent. Je prie surtout Votre Seigneurie de vouloir bien m'envoyer des fonds pour le voyage, tout au moins les deux mois de gages qui me seront dûs à la fin de ce mois.

• Tome I*', p. 294.

' Gli voleva maie da morte.

Je me recommande humblement à Votre Seigneurie. Tours» 5 octobre 1479.

Jkan André Caonola.

Au triS'iUtutre et tris-eoeeUent teifneur Ludovic £lforui ^ ' Archives de Biilan (trad.).

n LETTRES BT NEGOCIATIONS

SUITE DBS AFFAIBES DE SAVOIE.

(Octobre 1479 — mars 1482.)

Nous touchons ici à un desi6pisodes les moins connus et les plus mystérieux de la vie de Commines : la mission qu il reçut de Louis XI pour conduire le duc de Savoie à Tours.

Les documents que nous avons déjà publiés à ce sujet ' , se complètent par la lettre suivante de Cagnola :

Illustrissimes et excellentissimes dame et seigneurs,

Au-delà de ce que nous écrivons don Jean André Cagnola et moi par une lettre collective , je n^ai rien qui mérite de tous être annoncé^ si ce n'est que monseigneur d'Argenton, qui doit être déjà arrivé en Savoie, m'a dit en partant qull avait commission du roi, aussitôt qu'il aurait accompagné Fillustre duc de Savoie à Chambérj et dès que celui-ci aurait reçu de qui il appartient le serment de fidélité, si les affaires et les États de Vos Excellences se trouvent dans une bonne situation, de revenir immédiatement. Si au contraire il éclatait quelque complication, soit pour Vos Seigneuries soit pour les Florentins, il ne doit pas se contenter des deux cents archers de la garde qu'il emmène avec lui , mais il doit aussi appeler sur les frontières cinq cents lances de celles qui sont en Bourgogne, aân de pouvoir les diriger immédiatement sur le point où cela serait nécessaire. Il m'a fait entendre encore qu'il pourrait trouver

< Tom« l^, pp. S9Ô-314.

DE COMMINBS. 73

les affaires de Savoie dans un tel état qu*il conduirait ici cet illustre duc, projet auquel le roi a toujours été opposé. Selon ce que j'ai appris de bonne source, naguère, comme Ton parlait de faire venir ici ce seigneur duc, le roi déclara qu*il ne le désirait point et que si Dieu voulait qu'il en fût ainsi, il préférait que ce fut un autre que lui qui Yy menât. En effet, bien qu'il n'eût à ce sujet aucun péché à se reprocher, il n'échapperait peut-être pas, disait-il, au soupçon, car»il ne manquerait pas de gens pour le calomnier et pour dire que cette situation était son œuvre etc., de telle sorte que je ne sais oomment le roi consentira maintenant à ce qu'on le conduise ici. Des motifs ou des préoccupations graves auront pu lui faire abandonner la résolution à laquelle il avait toigours tenu jusqu'à présent.

Tours, le 24 octobre 1479.

Charles Vibconti.

Au illustrUnmes princes et excellentissimes seigneurs les ducs de Milan '.

Telles sont les préoccupations qui régnent à Milan, que l'on s y résout à adresser la lettre suivante au seigneur d'Argenton :

Magnifique et très-cher ami,

Nous avons reçu les lettres de Votre Magnificence, datées de Lyon. Elles sont pleines de politesse et de bienveillance, et nous les avons lues avec grand plaisir, convaincus, comme nous l'avons toujours été, que Votre Magnificence tient à cœur Tavantage et Thonneur de nos affaires et de nos Etats, et que vous nous prêtez avec grand soin et avec grand zèle votre faveur et votre appui. Nous ne doutons pas que vous n'y persévériez, vu votre affection singulière pour nous. En ce qui touche les affaires de la république de Florence et de Laurent de Médicis, au sujet

* Arohives de Milan (trad.)

74 LETTRES BT NÉGOCIATIONS

desquelles Votre Magnificence nous a écrit, nous n'avons rien à répondre actuellemeifb ; car nous pensons tous envoyer dans deux jours Antoine d'AppIano , homme distingué, notre cher secrétaire, muni de nos instructions, afin que Votre Magnificence apprenne mieux de sa bouche nos desseins et nos résolutions, qui ont toi^ours été et seront toujoui*s à l'avantage et à l'honneur de la république florentine et du magnifique Laurent. Nous avons la ferm^ espérance que Votre Magnificence approuvera sans hésitation nos sentiments et nos intentions.

Nous vous souhaitons santé et bonheur.

Milan, 3 novembre 1479.

Au seigneur éPArçetUon K

La lettre suivante de Visconti et de Gagnola donne quelques détails de plus sur la mission confiée à Gommines :

Illustrissimes et excellentissimes seigneurs,

Quoiqu'il n*j ait pour le moment rien de fort important dont nous puissions informer Vos Excellences, néanmoins, afin de renvoyer le courrier que nous avions retenu jusqu'ici dans Tespoir qu'il en viendrait un autre, nous avons pris le parti d'écrire la présente lettre pour vous instruire saltem do tout ce que nous savons actuellement. Nous avons reçu la nouvelle de la perte de Colle ; elle a été apportée ici à don Frédéric par un messager, et plus clairement par un autre messager envoyé de Naples par Pierre Palmeri, lequel etiam adresse quelques lettres au roi Très-Chrétien. Nous croyons que ces lettres ont pour objet les pratiques de la paix, dont Vos Excellences doivent être plus clairement informées par vos ambassadeurs à Naples. Le roi a écrit à monseigneur d'Argenton de revenir : c'est ce que ce seigneur parait confirmer dans une lettre qu'il adresse à l'ambassadeur florentin. En ce moment il- e6t dit a pertth

* Archives de Milan (trad.).

nii non letibui que 1« seigneur d'Argenton amènera id l'illustre duc do Savoie pour quMl demeure près du roi. Cela me parait difficile à croire, à raison des nombreux commentaires qu'on en fera. Nous verrons, et nous tâcherons de pénétrer le mystère de cette arrivée aân de pouvoir en donner avis à Vos Excellences. Nous croyons toutefois que vous en serez informés ad plénum par Antoine d'Applano.

On a reçu aussi la nouvelle que la paix eet faite entre le roi d\Bspagne et le roi de Portugal, de sorte que pour le moment ils vivent en paix ensemble. En apprenant cette nouvelle, Sa Majesté a fait quelques observations , c'est-à-dire que le roi. d'Espagne aurait maintenant envie de s'occuper de l'affaire de Perpignan, qui jusqu'à présent est restée indécise entre eux. Aussi Sa Msu'esté a-t-elle envoyé dans cette place le comte Boffilo pour surveiller la garnison de gens d'armes qu'elle entretient pour la garde du pays. Cette garnison est assez forte, et il le faut parce que ces peuples sont encore tout Aragonais. Aussi faut-il que Sa Majesté fasse bonne garde. Jean de Nova n'est pas encore venu ici. Ai^'ourd'hui est arrivé Félix , qui nous dit qu'il sera ici dans trois jours. Pas d'autre nouvelle. Nous sommes dans l'attente continuelle d'apprendre quelque chose de ces pratiques de Naples. Dieu veuille les faire aboutir à une bonne paix, comme selon la raison elle nous semble devoir se faire ! Des guerres de ce côté-ci, pour le moment l'on ne dit rien, sauf que ce seigneur roi équipe de nouveau une grosse flotte contre les Flamands, parce que Sa Migesté sait quMls en font autant. Ces jours passés, ils ont presque perdu la leur dans une action contre la flotte du roi, comme nous J avons ailleurs écrit à Vos Altesses , auxquelles nous nous recommandons humblement.

TourSi 5 décembre 1479.

JSAN AnDR j CA0NOLA

et Charlbs Visconti.

Aua illnstrissimet et ewcelUntistimei dua de Milan \

* Archives de Milan (trad.).

7e LETTRES ET NÉGOCIATIONS

Une ambassade anglaise airive à Paris. Louis XI la flatte pendant quelques jours, et elle se croit un instant appelée au rôle de médiatrice non-seulement en France, mais aussi en Italie.

 Milan, on continue à apprécier vivement les bons oiSces du seigneur d'Argenton, mais on voudrait aussi pouvoir en certaines circonstances traiter directement avec Louis XL Cet espoir sera déçu :

Au seigneur Jean André Cagnola^ notre conseiller et notre ambassadeur après du roi Très-Chrétien.

Messire Jean André', répondant brièvement à vos lettres du 13 et da 16 du mois dernier ', nous dirons que vous devez remercier très-convenablement le roi Très-Chrétien de ce qu*il a bien voulu vous communiquer Texposé que lui ont fait les ambassadeurs du sérénissime roi d'Angleterre, et, s'ils passent ici avec ceux du roi Très-Chrétien, nous leur ferons bon accueil, épouvant beaucoup de plaisir et de satisfaction de la bonne intelligence qui règne entre Leurs Majestés.

Nonobstant tout ce que vous avez fait par Tentremise de monseigneur d*Argenton, nous désirons que vous vous efforciez de montrer vous-même à Sa Migesté Textrait de nos lettres chiffrées et que vous nous informiez de la réponse qu'elle vous fera.

Milan, l-" avril 1479 (v. st.) »

Quoi qu*il en soit, Commines continue à interposer ses bons offices en faveur des ambassadeurs milanais. Il en avait trouvé une nouvelle occasion au mois de janvier 1480.

• Voyez tome I«, p. 237.

* Archives de Milan (trad.). Ce fut en 1480 que lord Howard et d'autres ambassadeurs anglais arrivèrent à Paris. Voyez la chronique de Louis XI attribuée à Jean de Trojes.

Cagnola et Visconti écrivent à oe sojet :

Illustrissimes et exoellentissimes seigneurs.

Nous avons fait connaître au roi Très-Chrétien tout ce que Yos Excellences nous ont écrit, par leurs lettres du 23 du mois dernier, au scget de la plainte que doit avoir faite Tévéque de Montauban *, etc. Nous avons appris par notre monseigneur d*Argenton que cet évoque a fait un bon rapport sur Vos Excellences à Sa Majesté , mais quMl s^est plaint à monseigneur d'Àrgenton de ce qu'on n'avait envoyé personne au-devant de lui.

Nous croyons que monseigneur d'Argenton, qui est sage et plein d*affection ^ pour Vos Excellences , n'aura pas tenu grand compte de la chose, d'autant plus qu'il connaît la légèreté de cet évéque, comme nous l'avons déjà écrit , et il sera beaucoup mieux affermi dans cette opinion par les lettres récentes de Vos Excellences, parce qu'il pourra ainsi connaître la vérité. Aussi nous semble-il que vous ne devez plus vous en préoccuper.

Tours, le 16 janvier 1480.

Jean André Caonola

et Charles Visconti.

ff

Aux illuiirUHmes et exeeliefUisêimes duet de Milan '.

On voit par une autre lettre des ambassadeurs milanais que Commines continue à diriger les affaires de Savoie.

Illustrissime et excellentissime dame,

Pour satisfaire à tout ce que Votre Excellence nous a mandé ces jours derniers par ses lettres du 21 du mois de décembre pour la mise en liberté de Pierre de Piorascho, nous avons fait

' Georges d'Amboise, depuis ministre de Louis XII. ' Diecretto et affectionato.

' Archives de Milan (trad.).

présenter vos lettres à nilustrissime duc de Savoie, qui actuellement se trouve à Chînon. Et comme nous ne pouvons nous y rendre, par suite des ordres du roi Très -Chrétien , nous avons écrit à notre monseigneur d*Argenton en bonne forme, et nous lui avons envojé un de nos gens, pour solliciter cette grâce, parce que c'est lui qui dirige assez les affaires dudit duc, et nous lavons vivement prié de vouloir satisfaire au désir de Vdtre Excellence en délivrant ledit Pierre. Par ce que nous écrit ledit seigneur, il montre qu'il a fait tout ce qu'il a pu ; mais il nous semble que notre demande a été combattue par ce messire Aleran Provaria, dont font mention les lettres de Votre Excellence, lequel a dit qu'il ne peut croire que Votre Excellence ait la pensée de vouloir la liberté d*un homme qui a commis un grand crime, c est-à-dire qui a fabriqué de la fausse monnaie. Aussi n'avons-nous pu obtenir d*autre réponse si ce n'est que le duc adresse à Votre Excellence la lettre incluse par laquelle vous connaîtrez ses intentions. Comme actuellement ' le duc est sous le gouvernement des siens, on ne peut tirer de lui que ce qui lui est insinué par ses conseillers, parmi lesquels ce messire Aleran est un des principaux. Si à cet égard nous avons autre chose à faire , nous obéirons toigours à tout ce que vous commanderez. Nous aurions voulu nous rendre près de ce duc à Cbinon, mais, comme nous Favons dit, c'était impossible. L'ambassadeur vénitien en a fait l'expérience. Il a voulu j aller et n'a pu passer ; et comme il en instruisit le i*oi. Sa Majesté lui fit dire d'avoir patience et de revenir ici jusque son arrivée : ce qu'il a fait.

Nous nous recommandons humblement à Votre Excellence.

Tours, 16 janvier 1480.

Jean André Cagnola

ot Charles Vïsconti.

A r illustrissime et excellentissime duchesse de Milan '.

< Le duc de Savoie était majeur depuis le 12 août U79. Vojez tome I*', p. 282.

' Archives de Milan (trad.)

DE COAfMINES. 79

Ici nous rencontrons le nom de Hugues de San-Seveimo, probablement l'un de ces a enfants de Sainct-Séverin » dont Philippe de Commines parle dans ses Mémoires ^

Le 24 février 1480 , on écrit de Milan au seigneur d'Argenton :

Nous recommandons à sa Sérénissime Majesté le seigneur Hugues de San-Severino , comme un homme très-coiu^eux et très-expérimenté dans Tart militaire et qui nous est trèscher ; et nous la prions de le prendre à sa solde à d*honorables conditions, parce que c'est un homme de grande valeur, comme peuvent en témoigner le royaume de Naples, la Toscane, la Flaminie et presque toutes les contrées d'Italie où il a servi avec gloire sous notre bannière ducale. Nous prions Votre Magnificence de lui prêter son appui selon son pouvoir auprès de Sa Majesté, et dMnsister pour que ses vœux soient exaucés, car il ne souhaite rien tant que de servir le roi Très-Chrétien. Votre Magnificence s'attachera ainsi un homme qui lui fera toujours honneur et dont tous les actes contribueront à l'avantage et à la gloire de Sa Majesté ; et nous vous en serons reconnaissants.

Milan, 24 février 1480.

Au seigneur éCArgenton '.

La lettre suivante des ambassadeurs milanais , du 14 mars 1480 , se rapporte tout entière aux affaires d^Italie.

Illustrissimes et excellentissimes seigneurs ,

Pour exécuter tout ce que Vos Altesses m'écrivent, à moi Jean André, par leurs lettres du 20 du mois dernier, nous avons

« Mém. éd. de M"« Dupont, tom. II, p. 307.

* Archives de Milan (trad.).

lait oonnaitre la réponse qu'ont faite Vos Excellenoee au religieux eliTojé par le roi Ferdinand à Sa Migesié par Fentremise de notre monseigneur d'Àrgenton, qui 8*est trouvé ici pendant un jour. Ne pouvant aller chez le roi, cartels sont ses ordres, nous avons communiqué le tout audit seigneur, et nous lui avons remis copie de cette réponse , et aussi du paragraphe de vos lettres qui mentionne les préparatifs faits par la ligue pour la guerre et rengagement des seigneurs de Rimini et de Pesaro, afin qu*il fasse tout connaître à Sa M^esté. Ledit seigneur Fa fait, comme il nous Ta fait dire par le comte Boffilo , qui , dit-il , 8*7 trouvait présent. Sa Migesté a beaucoup approuvé cette réponse, et elle est fort contente de connaître les mesures de la ligue et surtout rengagement desdits seigneurs. Nous avons aussi pris connaissance de tout ce que Vos Altesses écrivent par leurs lettres du 27 du mois dernier , et il nous a été fort agréable d'apprendre que la paix est faite entre les Vénitiens et le Turc : c'est, nous semble-t-il , chose qui donnera beaucoup à penser à nos adversaires. Peut-être serontils plus enclins à la paix qu'ils ne l'ont été jusquMci , de sorte que la ligue obtiendra plus facilement une paix plus honorable. Aussitôt par on courrier exprès j'ai donné connaissance du tout à Sa Majesté que nous attendons toutefois ici sous peu. Nous pensons que nous ne tarderons pas à voir Sa Majesté, et nous lui offrirons les remerciments et les félicitations dont nous chargeront Vos Excellences. Et tout ce que nous dira Sa Majesté, nous en rendrons compte à Vos Altesses , auxquelles nous nous recommandons avec dévouement.

Tours, 14 mars.

Jean André CiioNOLii

et Charles Yisconti.

Aux iUtutriiiimes princes et escellentiaimes seigneurs les ducs de Milan *.

* Archivei de Milan (trad.).

DE COMMINHS. 81

Le S fain 1480, les ambassadeurs milanais transmettent des détails pleins d'intérêt sur une entrevue qu*ils ont eue avec Louis XI et sur Tinfluence quexerce près de lui le sire d'Argenton.

Illastrlssimes et excellentissimes seigneurs ,

Nous nous sommes empressés d*exécuter tout ce que Vos Excellences nous ont écrit par leurs lettres du 9 du mois dernier, où elles nous chargent de présenter au roi Très-Chrétien les lettres que vous lui adressez au siget de la ratification des pouvoirs donnés par Sa Migesté en ce qui touche la paix récemment conclue par la ligue italienne \ et de prier Sa Msgesté de vouloir bien accorder cette ratification. Le deuxième jour après la réception de ces lettres, nous sommes partis d'ici et nous nous sommes arrêtés à sept lieues de la résidence du roi, parce qu^elle est dans un lieu sauvage, où il ne nous était pas possible de trouver des logements, et parce que Sa Migesté ne veut pas que personne s^j rende sans qu'elle le sache. Dès que nous nous fûmes ainsi rapprochés de sa résidence, nous envoyâmes immédiatement un courrier, et nous écrivîmes à Sa Majesté et etiam à notre monseigneur d*Argenton qui se trouve près du roi, que nous avions à conférer avec Sa Msgesté de choses importantes et que nous la prions de nous donner audience. Monseigneur d'Argenton nous répondit, comme Vos Excellences le verront, par les lettres ci-joiutes que nous vous envoyons. En présence de cette résolution de Sa Msgesté , nous avons exposé au seigneur d*Argenton ce que demandaient Vos Excellences in bona fomuiy et nous lui avons adressé aussi les lettres que vous écrivez à Sa Majesté au si^et de cette ratification. Monseigneur

* Un traité de paix avait été signé entre le ix>i Ferdinand de Naples et Laurent de Médicis le 6 mars 1480. Le pape, avant d*j donner son adhésion, parut vouloir s'aboucher avec les Vénitiens pour former avec eux une étroite alliance.

COMMIMES. — lU.

as LBTTRB8 ET NÈQOCIATIONS

d*Arg«iitoii nom répondit comme Vos Ezeellanoes U rorront par les lettrée qn^il nous écrit. Persuadés qu^il n'j avait rien à faire que de solliciter Texpédition des lettres de ratification, nous résolûmes , aussitôt que le roi fut venu dans cette ville , de faire de pressantes démarches auprès du secrétaire que Sa Majesté a chargé de les expédier, et nous avons fait écrire la formule de la ratification sur papier à la façon française, suivant la teneur de la formule que Vos Excellences noue ont envoyée, de telle sorte qu*il n^ eût plus qu^à la faire sceller; mais le secrétaire nous répondit que le iijflus eurim est de récrire en langue française : c'est ce qu'il fit. Il ne restait donc plus qu'à la montrer à Sa Majesté.

Or, nous trouvant avec Sa Majesté pour conférer sur ce que nous avons appris des nouvelles intelligences du pape avec les Vénitiens, comme Vos Excellences le verront par notre correspondance de ce jour, après un entretien sur ce sujet et dans la pensée que Sa Majesté persévérait dans sa résolution d^accorder cette ratification, comme il l'avait décidé, nous trouvâmes bon de la remercier de cette résolution au nom de Vos Excellences, et nous le fimes en bons termes. Mais Sa Migesté répondit qu'elle ne voulait procéder à aucune ratification parce qu'elle ne voulait rien avoir à faire avec le roi Ferdinand, qui n'était rien moins que son ami, et eUe igouta qu*il ne le serait jamais tant qu'il n'aurait pas restitué aux Florentins les terres qui leur avaient été accordées, et à Vos Excellences la ville de Gênes, qui est tenue d'elle en hommage. Le roi nous dit ensuite que la ligue était rompue par la nouvelle alliance du pape et des Vénitiens, et ici il parla longuement et avec colère du roi Ferdinand, concluant tandem qu'il ne voulait pas accorder cette ratification.

L'ambassadeur fiorentin et nous, nous lui avons donné beaucoup de raisons pour l'engager à j consentir, en lui faisant entendre qu'elle était favorable à Sa Majesté et aussi à Vos Excellences, et que c'était le moyen de faire connaître à tout le inonde que Sa Mcgesté porte effectivement à Vos Excellencea

DE C0MMINE8. 83

Tamitiê qu'elle dit. Nom n'en pûmea tirer antre chose. Bien pins 11 était tellement en colère contre ledit roi Ferdinand, qu'à peine ayions^nous ouvert la bouche, il nous interrompait , de sorte que nous ne pouvions achever. Nous primes ainsi congé du roi sans avoir obtenu autre chose. Aussi demeurâmes-nous tout stupéfaits, en apprenant ce changement de résolution , après la décision qu il avait déjà prise, comme Vos Excellences peuvent le voir par les lettres de monseigneur d'Argenton. Nous ^ne pensons pas que cela ait d'autre motif que la haine que le roi porte audit roi Ferdinand, dont il a tant parlé. Nous n épargnons ni démarches, ni diligences pour le faire revenir de son opinion, car il peut encore en changer ; et si nous n'avons pu le persuader, c*est parce qu'il nous coupait toigours la parole. Nous avons, au nom de l'ambassadeur florentin et au nôtre, adressé une note à Sa Migesté, par laquelle trevibni iù$rJAi et avec de puissantes raisons nous l'engageons à accorder cette ratification , et pour que le roi la comprenne mieux, nous l'avons rédigée en français. Nous tâcherons de la lui faire présenter ; peut-être changera*t-il d'avis. Sa Majesté se tient tellement séquestrée et enfermée qu'on ne peut la voir que lorsqu'elle 7 consent ; et il est si difficile de lui parler, qu'en vérité il j a à désespérer de traiter aucune affaire. Il faut mener les choses avec adresse. Nous emplojerons de notre oAté toute la diligence possible, et de tout ce que nous saurons, nous informerons Vos Excellences, auxquelles nous nous recommandons humblement.

Paris, 5 juin 1480.

Jbàn AndbA Caonola et Charlbs Visconti.

Au» Ulustrisiimei et exedkntissimes princes le$ ducs de

' AfchiTes de Milan (trad.).

9A LETTRES ET NÈOOCUTIONS

Le 18 octobre 1480, on écrit de Milan & Charles Visoonti :

Sa Sainteté a manifesté Fintention de recommander le duc d*Urbin à la faveur da toi Ferdinand pour qu*on remploie contre lee Tores. Ensuite elle Ta fait rester, disant qu'elle le roulait garder pour la protection des terres de FÉglise, conformément à oe que le seigneur d'Argenton a écrit, comme TOUS nous l'apprenez de la part du roi. Nous ignorons le motif pour lequel le pape s*est opposé au départ dudit duc, qui était déjà convenu , comme nous Favons écrit ; mais nous supposons qu'on a persuadé à Sa Sainteté que les forces des Turcs contre les chrétiens ne sont pas aussi menaçantes qu'on le disait. Que Dieu nous ouvre les yeux et éclaire les chrétiens de sorte que les Turcs ne réduisent pas la religion du Christ à une situation telle que le mal soit ensuite irréparable : ce qui pourra facilement arriver, et bientôt, si les puissances chrétiennes n*embrassent pas sa cause avec plus de chaleur qu'elles ne le font actuellement.

Vous avez été informé par d'autres lettres de nous, que les ambassadeurs de la sérénissime ligue italienne sont arrivés et ont été honorablement reçus à Venise. Leurs propositions ayant été ouïes dans le sénat, on leur a donné la réponse dont noue vous envoyons la copie ci-incluse. Vous la communiquerez au roi Très-Chrétien.

Milan, 13 octobre 1480.

A Charles Viseonti *.

On ajoute dans une lettre du 4 novembre également adressée à Charles Viseonti :

Vos lettres du 14 du mois d'octobre reproduisent d'une manière complète vos longs pourparlers avec le roi Très-Chrétien et puis avec le grand chancelier, monseigneur d'Argenton

' Archives de Milan (trad.).

DB COMMINBS. 86

«t plnskun antres , m ce qui oonoerne la ratifloatioii par nous réclamée et les secours que Ton doit euTojer contre les Turcs \ Nous estimons que c*est dans un but utile et mû par de bons motift , comme on Ta toiyonrs tu, que le roi aura sursis à la ratification, et nous ne pensons point qu'il ait pour cela rien perdu de cet amour paternel pour nous, dans lequel nous avons mis toute notre confiance et toute notre espérance. .

MUan, 4 novembre 1480 '.

J'ai raconté dans l'on des volumes précédents comment le due de Savoie ramené en Dauphinë avait été délivré par ses partisans. Les lettres suivantes adressées au duc de Milan nous montrent Commines s'acheminant vers Turin où il corrompra le comte de Bresse et se fera livrer de nouveau le malheureux prince :

Illustre prince et excellentissime seigneur,

J'informe Votre Excellence qu'aigourd^hui j*ai appris par un certain Georges Falco, qui est venu de Pignerol, que les ambassadeurs de Sa Majesté le roi de France sont arrivés à Suze , que parmi ces ambassadeurs Tun est monseigneur de Dunois et l'autre monseigneur d'Argenton >, et que monseigneur de Dunois est devenu malade, de sorte que pendant toute la semaine ils ne quittèrent pas Suze. A Turin on fait de grands préparatifs pour recevoir lesdits ambassadeurs. Il j a environ deux cents chevaux , qui suivent la route que prendront lesdits ambassadeurs.

* La Tille d^Otrante était tombée an pouToir des Turcs le 1 i août 1480. On crut un imitant qu'ils roulaient marcher sur Rome.

' Archires de Milan (trad.).

' Voyez Mém. de Commines. éd. de M"* Dupont, tome II, p. 220. Voyez aussi ci-dessus, tome I, p. 327.

86 LETTRES BT NEGOCIATIONS

Dèt que j'apprendrai quelque choae à cet égard, j'en donnerai ayii à Votre Excellence, à laquelle je me recommande $êmf$r.

Noyare, le 4 fénJer 148L

Maffbo db Criyblu, officiai de la chancellerie à Noyare.

lUoitriiêime prince et excellentissime seigneur,

A cette heure est arrivé à mon office un jeune homme, venant de la cour du roi de France, qui est chargé de conduire à notre illustrissime dame la duchesse , un chien que lui envoie Sa Majesté le roi de France. Ce jeune homme m^a assuré que monseigneur d'Argenton est arrivé vendredi * à Turin, qu*il ira saluer d'abord notre illustrissime dame, et qu'il se rendra ensuite près de Votre Seigneurie. Il a avec lui environ trente chevaux. Dès que je connaîtrai le chemin qu'il prendra, j^en informerai Votre Excellence , à laquelle je me recommande iêmper.

NoTare, le 18 mars 1481, à la quatorzième heure.

Maffeo db Cbivblu, officiai de la chancellerie à Novare.

Commines feignait un voyage à Milan pour cacher le véritable but de sa mission en Italie. Il revint en France dès qu'il eut réussi à répandre de l'or à Turin où s*était réfugié le duc de Savoie. Le comte de Bresse s était complaisamment prêté à ce complot , et c'était à Clommines que devait àtre

' 16 mars 14^2. II faut donc placer au milieu do mois de mars Tarrestation du comte de la Chambre et le départ du duc de Savoie de Tarin pour Grenoble que j^avais fixe par erreur au mois de janvier, tome I«r, p. 327.

DE CQMMINES. 87

remis le panTTe prince qni avait à peina pendant quelques jours joui de la liberté.

Deux mois apràs, le duc Philibert de Savoie ne vivait plus, n avait expiré à Lyon, et le nom de Gommines devait rester associé au récit de ses souffirances et de ses malheurs.

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