‹ Lettres et négociations de Philippe de ComminesChapitre 26 sur 27 · MOET DB LOUIS XI · texte numérisé non relu

MOET DB LOUIS XI

(Août 1483.)

Louis XI9 terminant une yie qui avait paru bien longue aux rictimes de son astuce, descendit enfin dans la tombe où rayaient précède le duc de Savoie et la pauvre duchesse Marie de Bourgogne.

Aux éloquentes paroles de Commines sur la responsabilité des rois vis-à-vis du Juge suprême, à Thommage que j*ai rendu ailleurs à la fidélité du serviteur pour la mémoire de son maître, il faut ajouter, pour rester fidèle à la vérité des faits, un témoignage irrécusable des intrigues qui s'agitaient pendant la nuit même où expira Louis XI.

Pierre de Rohan écrit à Alain d'Albret :

Monseigneur, il est besoing que fSedtes diligence de vous en venir, car il est temps que voas servies voas et vos serviteurs et amjs , et soyés sûr que en vous attendant vous aurés un serviteur là partout où je sois.

n est besoing que vous envoyés devers monseigneur de Comjnes, afin que par votre moyen il se range avec vous et avec vos am js ; car, en ce faisant, ce n^est chose , dont le seigneur qui est k présent, ne vous soit tenu et obligé, pour ce que vous entendes bien que monseigneur de Comjnea autant peut servir que homme de ce royaume de son estât.

Monseigneur, faites la meilleure diligence que vous pourrés, priant à Dieu qu*il vous doint ce que plus désirés.

DE C<»»flNB8. M

Escript ce XXX* d'aonst.

Noire maistre est allé k Dieu aujonrd'haj qui est samedj environ dix heures de naji.

Monseigneur, si tous faites jamais diligence , faites-la k présent.

Yostre serviteur et neveu,

PlERRB DB ROHAK '•

J'ai raconte ailleurs * le marché qui fut conclu entre Philippe de Commines et Alain d^Albret.

* Archives des Basses-Py renées.

* Tome II, p. 19.

00 LETTRES BT NÉGOCIATIONS

MISSION DB COIIMINBS A VBNtSS.

(Janvier-jniii 1495.)

Onze années se sont écoulées. Charles Vni, qu'anime la ▼ain désir de ressusciter la cbeTalerie étouffée sans retour sous la main de Louis XI, vient d'entrer à Rome, et Philippe de Commines a été envoyé à Venise avec la difScile mission d*empécher Tunion des Italiens contre les enrahisseurs.

Nous compléterons les documents que nous ayons déjà publiés sur cette époque si intéressante de la vie de Commines.

Le 5 janyier 1405, Taddeo Vicomercati écrit au duc de Milan :

Illustrissime et excellentissime seigneur,

L'ambassadeur du sérénissime roi d^Espagne est arrivé ici ce soir. Au devant de lui se sont rendus de Venise jusqu'à un monastère environ vingt gentilshommes et de plus Tambassadeur du roi Alphonse avec celui de Tillnstrissime seigneur duc de Ferrare et la maison du légat apostolique, le légat lui même souffrant de la goutte. Ce cortège Ta suivi jusqu'à son logement, qui est celui où résidèrent les ambassadeurs florentins, à la Znca. Comme je parlai à monseigneur d'Argenton d'aller à sa rencontre, il parut préférable à Sa Seigneurie de lui rendre visite chez lui. Je me suis réglé sur son avis. J'aurai soin de savoir ce qu'il fera, pour en donner avis à Votre Excellence...

DB ocaatans. n

Y«Bise, 5 jaiiTkr 1496.

Taddbo Yigombkcati.

Am^eiêMOâmy

Cq^dant Charles YIII paarsait aas soooès : il est entré à Naples , et la terreur de ses armes su^eod Texplosion des haines prêtes à éclater. On le flatte paroe qu'on le rsdonte.

Le 4 mars 1495, le dac de Milan fait parrenir la lettre soivante à Gommines :

Ayant appris par différentes voies l'heureux 8Ucoèt de Sa Majesté Très -Chrétienne et la soumission de Naples, nous en arons éprouTé tout le plaisir que Votre Seigneurie peut imaginer, à raison de la oonsidératîon que nous ayons pour Sa Mijesté. Nous étions dans Tattente que Sa Majesté nous les ferait connaître par 969 lettres, afin que nour puissions mieux la féliciter de ses succès ; mais jusqu'ici nous n*en avons reçu aucune information, et elle ne nous a rien fait dire par son ambassa* deur : ce qui nous surprend beaucoup, étant persuadé, comme cela est à la connaissance de Votre Seigneurie, que si nous avions cessé de la favoriser et de Taider de nos deniers, les choses n'auraient pas pris cette tournure. En effet nous avons pu voir que, lorsqu'il arrivait à Sa M^esté Très-Cliretienne quelque chose qui ne lui était pas aussi agréable qu elle l'aurait voulu, elle nous en a bien fait part afin que nous puissions subvenir à ses besoins. Nous avons trouvé bon de le rappeler à Votre Seigneurie, afin qu^elle sache le compte que fait de nous Sa Majesté Très Chrétienne en nous laissant dans l'ignorance de ses succès, nous qui A juste titre devrions être les premiers avec qui Sa Majesté pût se féliciterr et même, si Ton peut

* Archives de Milaa (trad.).

parler ainsi, lei premiers à remercier puisque nous avons été le principe et la cause de ces événements '• Milan, 4 mars 1405.

 u iHçneur SA rçeiUan '.

G*6st à cette lettre que Commines fit la réponse que nous avons reproduite comme Fœuvre la plus importante de sa correspondance politique '.

Deux mois après, le duc de Milan était entré dans la ligue italienne formée contre Charles VIII, et Commines, échouant dans sa mission, quittait Venise.

U écrivait le 25 mai 1495 au duc de Bourbon :

Monseigneur, très-humblement comme je puis, me recommande L vostre bonne grâce. Je vous envoyé encores'le double de ce que j'escripts au roy, et croj que ce sera la dernière lettre que j*e8cripraj en oeste ville, et m'en tireraj au-devant du roy le moins long que je pourray, vous suppliant, Monseigneur, toujours me commander vostre bon plaisir pour Taocomplir i mon pouvoir, en priant à Dieu, Monseigneur, qu'il vous doint bonne via et longue.

Eseript à Venise le XXV* jour de may à mydy.

Vostre très*humble et trés-obéissant serviteur,

Phiuppb db ComcTNBs K

À mon très-redùubU seigneur monseigneur h duc de Btmrhmnoys et ffÀuvergne^ lieutenant général du roi en France *.

* El principio e causa de questo facto.

* ArchiTes de Milan, (trad.) U est fait allasion à cette lettre dans celle que le duc de MUan adressa le même Jour à Commines, après avoir reça les lettres de Charles VHI qai loi annonçaient la prise de Naples. Voyez tome II, p. 168.

* Tome II, p. 170.

* La signature seule est de la main de Commines.

* Archiyes de Milan.

DE COMMINBS. 93

II est probable que lesl lettres de Commines qui forent interceptées et communiquées au doge de Venise, étaient plus importantes que celle-ci. On verra par la dépêche suivante de Taddeo Vicomercati au duc de Milan avec quelle attention elles forent pesées et examinées. C'était du moins, au milieu de ces revers, un dernier hommage rendu & lliabileté de Commines.

Illustrissime et excellentissime seigneur,

Ce matin, au sortir de l'audience de cette illustrissime seigneurie, je viens de recevoir le courrier de Milan. Il m'appor* tait deux lettres de Votre Excellence, du 5 de ce mois, avec un sommaire des lettres de monseigneur le vice*ehancelier et la copie d*une lettre, du I*' de ce mois, de messire Jean-Etienne de Castiglione, de Plorence/et Textrait de quelques lettres interceptées de monseigneur d^Argenton. Je rentrai immédiatement pour les communiquer à cette illustHssime seigneurie , ne sachant mieux lui exprimer la continuelle attente où se trouve Votre Excellence de savoir ce que la seigneurie veut faire pour joindre ses troupes à celles de Votre Excellence dans le Parmesan, comme cela a été dit plusieurs fois, et quelle serait la conduite du magnifique messire Jean BentiTOglio , dans le cas où le roi de France prendrait la route de Bologne. Après avoir fait lire les deux lettres du 5 sur cet objet, avec les extraits des lettres de monseigneur d*Argenton et le sommaire des lettres de illustrissime seigneur vice-chancelier et la copie de la lettre de messire Jean-Ëtienne de Gastiglione, de Florence, (et elles furent toutes écoutées avec une extrême attention, surtout celles de monseigneur d'Argenton), il fallut les laisser pour qu'elles fussent aussi lues au sénat. Tout se borna à quelques paroles de Tillustrissime doge, qui après nous avoir convenablement remerciés, déclara qu^ils avaient parfaitement entendu le tout et que tous manifestaient la volonté d ordonner que leurs

hommes d'armes se joignissent à oeux de Votre Excellence dans le Parmesan, parce qu*ils auront ainsi la facilité de se diriger snr Bologne ou sur Pontremoli. Cependant il np fut pas dit expressément qu'on le ferait, peut-être parce qu*ils ne sont pas encore ' tous arrivés sur TOglio. Il a été dit toutefois qu'ils se mettraient en marche un de ces matins et que le seigneur marquis de Mantoue prendrait aussi ses dispositions. Un envoyé est parti d*ici pour se concerter avec lui sur la conduite de Texpédition qui se composerait de sept mille chevaux avec huit cents stradiots et Tinfanterie dont on peut disposer. A cela je ne répliquai rien, sinon que tout le monde jugeait que cette jonction des troupes ne pouvait plus être différée sans danger, comme Votre Excellence le rappelle

Venise, 7 juin 1495.

De Votre illustrissime Seigneurie le très-humble serviteur,

ThaDDEO VlCOMRRCATI.

Au dm de Milan '.

^ Arehivet de Milao (trad.).

DB COMMINBS. 06

COMlfUfBS PKNDANT LA CAMPA6NB DS FORNOUf.

(JuilUt 1495.)

Charles VI a gagné la bataille de Fornoae qui ne rétablira pas sa domination en Italie, mais qui du moins assurera sa retraite.

La lettre suivante relative au siège de Norare, mentionne le sauf-conduit qui fut donné à Commines et dont il ne fit point Usage :

Illustrissime et ezcellentissime seigneur,

Ce matin je me suis rendu à cette illustrissime seigneurie. Je lui fis connaître que le magnifique messire Jérôme Leone, son ambassadeur, avait exécuté près de Votre Excellence son office et sa commissioui en se félicitant de la victoire remportée sur la flotte ennemie dans la rivière de GéneSi et j'exposai quelle avait été la réponse de Votre Excellence audit messire Jérôme. Pour ne rien omettre de ce dont vous m*aviez chargé par votre lettre du 20 , j'ajoutai que Votre Excellence n'aurait pas été satisfaite, si, outre ce qu'avait écrit le magnifique ambassadeur de cette seigneurie et ce que j'avais dit moi-même, elle n'avait point par des lettres personnelles rendu témoignage de son affection pour cette excellente seigneurie, et je fis conn^tre que vous m'adressiez, jointe à ma commission, une lettre à la seigneurie sur ce scget, mais que je ne l'avais pas trouvée, soit qu'elle n'eût pas été expédiée, soit qu'elle fût égarée. Alors un des secrétaires déclara qu'elle n'était pas éga-

ré6, mais que le doge, en ouvrant le paquet de la correspondance, avait voulu la voir et la lire. Immédiatement on la fit demander, et on en donna lecture en ma présence i% pleno Sênatn.

Ce matin l'illustrissime doge ne vint pas au collège, non qu*il fût indisposé , mais pour se reposer du mal qu*il avait souffert.

Cet incident terminé, je dis que je vous avais fait connaître que le comte de Caiaccio avait révoqué Tordre de faire couper les chemins aux cardinaux français qui fuyaient de Gènes, et que Votre Excellence en avait été grandement surprise, n^en ayant rien su et ayant toutefois communiqué et fait voir tout ce que vous aviez reçu au magnifique ambassadeur de la seigneurie, lequel ntiestait n*avoir jamais rien su de cette affaire. J*^joutai que néanmoins Votre Excellence s'informerait de ce qui s'est passé et que de tout ce qu'elle apprendrait, elle donnerait avis à cette illustrissime seigneurie. Ensuite je lui communiquai la lettre du comte de Caiaccio au si^et du saufconduit que réclame monseigneur d*Argenton, avec la réponse que lui a &ite votre seigneurie, et les nouvelles de Gènes relatives au retour de ce pays à son ancienne soumission à Vos Excellences, comme vous me le commandiez par vos deux antres lettres du 20. A cet égi|rd on n'a rien dit in speciê, sinon que les nouvelles de Gènes étaient bonnes, et on exprima du tout un plaisir singulier. Un des sénateqrs remercia Votre Excellence de sa communication, en disant qu'ils me feraient aussi voir tout ce que leur mandaient leurs provéditeurs à l'armée par une lettre du 20, dont on donna lecture. Il y était dit que dans un conseil où se trouvaient les seigneurs marquis de Hantoue, comte de Petigliano, comte de Caiaccio et le seigneur messire Galéas, celui-ci ayant fait connaître que le désir et la volonté de Votre Excellence étaient que l'on attaquât Novare avec les bombardes et sans perdre de temps, lui (le provéditeur) avait partagé l'opinion de messire Galéas, mais que tous les autres avait été d^ un avis contraire, malgré une répliqiie du seigneur messire Galéas. Ils pensaient qu'il fallait attendre

quelques jours pour voir ce que voulait faire le roi de France, afin de n*étre pas obligés de lever le siège honteusement» si le roi venait au secours de la ville. On avait donc donné à monseigneur d'Argenton un sauf-conduit pour venir au camp, et l'on avait commencé à distribuer de l'argent aux gens d'armes. Le comte Charles de Picante de Maleo a écrit de Tortone qu il espérait battre les Vitelleschi, qui devaient prendre cette route pour rejoindre le roi de France. Les stradiots de messire Bernard Contarini ont fait prisonniers quelques hommes d'armes qui étaient sortis de Novare : ils ont été interrogés et ont dit beaucoup de choses de la mauvaise situation où se trouve le duc d'Orléans et de sa pénurie de vivres, comme Votre Excellence l'aura appris d'eux-mêmes. Je remerciai l'illustrissime seigneurie de cette communication, en disant que je n^avais plus rien à dire, parce que dans cette armée se trouvaient tant d*hommes vaillants et expérimentés qu'ils sauraient bien faire et conseiller ce qui serait pour l'avantage de ces deux illustrissimes États...

Venise, 23 juillet 1495.

Thaddbo Vicombrcati.

Au due de Milan \

Ce fat Commines qui sauva la garnison de Novare par des négociations entourées de nombreuses humiliations et couronnées par de douloureux sacriâces.

* Archives de Milan (trad.).

eomuMBâ. -^ m.

8BC0NDE MISSION DE OOliMINBS A VENISE.

(Octobre et noVembre 1495.)

Dans les derniers mois de Tannée 1495, Commines fat de nouveau envoyé à Venise, et comme cette ambassade occupe peu de place dans ses Mémoires, il convient de reproduire tous les documents qui la rappellent.

Le 31 octobre 1495, Taddeo Vicomercati rendit compte à la seigneurie de Venise de 1 audience qu'à son passage il avait obtenue du duc de Milan :

Illustrissime et ezcellentiBsime seigneur»

Ce matin j'ai fait connaître à cette illustrissime seigneurie comme vous me Tavez mandé par une lettre du 27, Taudience donnée à monseigneur d'Argenton, son discours et la réponse de Votre Excellence. Je priai ensuite la seigneurie de vouloir satisfaire Sa Migesté le roi autant qu*elle le pouvait, quant à la mission de monseigneur d'Argenton. Après quoi j*ajoutai tout ce qui est contenu dans Tautre lettre du 28, n^omettant rien de ce qui concerne cet objet, de telle sorte que j*ai vu toute rassemblée demeurer très-satisfaite. L'illustrissime doge me charge de remercier Votre Excellence de la communication quotidienne que vous lui faites, d*une façon si amicale, de tout ce qui arrive. Ensuite, il me dit qu'ils attendront monseigneur d'Argenton , qui arrive par eau, et, quand ils auront entendu ses instructions et ce qu'il leur voudra dire, ils ne cesseront et ne manqueront pas de rechercher et de faire tout

oe qui sera utile à la consenraiion des deux États et de tonte lltalie, étant certains, comme je Pavais déclaré en votre nom, que Votre Excellence doit être dans les mômes intentions et qu'elle n'y faillira pas plus qae cette illustrissime seigneurie. Il ajouta que du reste ils agiraient avec circonspection dans tout ce qui leur est exposé, notamment en ce qui touche monseigneur d*Argenton ^

Je me recommande toigours à la bonne grâce de Votre Excellence*'

Venise, le dernier jour d'octobre 1495.

THAnnBo VicomBCAn.

Au duc de Milan '.

Commines entra le 4 novembre à Venise. Voici en quels termes Vicomercatî rend compte de son arrivée :

Illustrissime et excellentissime seigneur,

Hier, vers les huit heures du soir, est arrivé ici monseigneur d'Argenton. Plusieurs gentilshommes sont allés à sa rencontre, à une petite distance hors Venise. On n'a pas fait d'antre démonstration *, parce qu'il est venu à Timproviste et à une heure peu ordinaire. Aussitôt que je connus son arrivée, j'allai' lui rendre visite, et j'en ai fait autant aujourd'hui. Ce matin, il a eu audience de la seigneurie

Venise, 5 novembre 1495.

Thaddbo Vicomercatî.

Au duc de Milan ^

* Che non Butncharano de hsTere consideratione cum circonspectione, e circa ei particnlare de monsiguoi'e de Argentono.

' ArchiTes de Milan (trad.).

* Cf. Mém. de Commines, éd. de M«"« Dupont, tome II, p. 531. '* Arehites de Milan, (trad.)

100 LETTRES BT NEGOCIATIONS

Commmes raconte qu'il attendit pendant quinze jours la réponse de la seigneurie de Venise, et nous avons vu en efiet qu'elle porte la date du 17 novembre ^ Elle fut communiquée à tous les ambassadeurs de la ligue, comme nous rapprend la lettre suivante de Taddeo Vicomercati :

Illastrissime et excellentissime seigneur,

Ce matin avant d'aller à Téglise, rUluslrissime doge, étant entouré des ambassadeurs de la ligne, et après un discours de quelques moments, nous communiqua sa réponse à monseigneur d'Argenton, qui renferme les points principaux qui suivent :

Premièrement on rappelle que la coutume et Tinstinct naturel de cette illustrissime seigneurie a toigours été et esl encore de recevoir avec plaisir les communicatioas qui lui sont adressées par Sa Majesté Très-Chrétienne ; et elle a surtout vu avec plaisir la personne de monseigneur d'Argenton à raison de ses bonnes qualités et parce qu*il est déjà connu de la seigneurie '.

'En second lieu on lui déclare que la seigneurie ne peut lui répondre quant aux trois articles dont Sa Très-Chrétienne Migésté désire la ratification, parce qu'elle en a signifié le contenu aux seigneurs confédérés et qu'elle n'a pas encore reçu de réponse, n'entendant point toutefois par ce qu'elle a fait et par ce qu'elle sait, en être venue à une rupture avec ladite Majesté Très-Chrétienne ; car, si elle a assisté, comme elle 7 était obligée, ses confédérés, et si elle entend les assister, c^est parce qu'elle a vu que Sa Migesté ne cesse point de faire tort à Sa Sainteté, chef de la confédération.

Troisièmement elle engage Sa Migesté Très-Chrétienne à arriver à un accord et à un arrangement, afin d^enlever aux infidèles l'occasion d'envahir la chrétienté, s'ils voyaient les princes chrétiens en guerre, et elle offre son entremise à cet

* Tome II, p. 233.

* Per le bone sue quaUtate e essere cognioacuta da lei altre fiate*

effet, ooinme Votre Excellence l'apprendra par le magnifique messire Jérôme Leone^ à qui Ton adresse copie de cette réponse, afin qu'il vous la communique.

Après avoir remercié Son Altesse le doge de sa communication, j*^jotttai que le tout serait porté à la connaissance de Votre Excellence, à laquelle, cum bona iua gratta^ je me recommande toigours.

Venise» 19 novembre 1495.

Thâddeo Vicombrcati.

Au duc de Milan ^

Commines eut, à ce qu'il nous apprend, quelques nouvelles conférences avec le doge Barbarigo, et il ne tarda point à quitter Venise.

Le 24 novembre 1495 *, Thaddeo Vicomercati écrit au duc de Milan :

Illustrissime et excellentissime seigneur,

Ce matin monseigneur d*Argenton est parti pour se rendre rapidement à Milan , comme Votre Excellence la déjà appris par une autre dépêche. Tout le temps qu'il est demeuré ici , je n'ai pas manqué de le visiter et de lui faire honneur ; et hier vers les trois heures de la nuit, comme j^avais été lui rendre visite peu auparavant, sachant quMl voulait partir ce matin, je lui ûs adresser par mon chancelier, au nom de Votre Excellence, mes excuses de ce quMl n'avait pas trouvé de navire prêt à Pavie , lorsqu'il est venu ioi, comme Votre Excellence l'avait ordonné à son référendaire. Il a accueilli ces

* Archivas de Milan (trad.).

* J'ai cru pouvoir donner aux deux lettres qui vont' suivre, les dates du 24 et du 27 novembre an lieu de celles dn 14 et da 7 qa'elies portent dans les copies faites à Milan.

excuses ayec beaucoup de paroles polies, en disant qu*il regretterait que Votre Excellence en eût ëprouyé quelque déplaisir... Venise, 24 novembre 1495.

Thaddeo Vicomercati *.

Commines, à son retour, fîit reçu avec pea d'honneurs dans le Milanais, mais il eut à Vigevano avec le duc de Milan une entrevue qu'il raconte avec assez de détails dans ses Mémoires ^.

Ludovic Sforza rappelle en trois lignes le séjour de Commines à Vigevano dans cette lettre adressée à son secrétaire :

Monsieur d^Argenton est arrivé. Nous approuvons Texcuse que vous avez invoquée vis-à-vis de lui, s*il ne lui a pas été rendu d'honneurs.

* ••.•••■. •*>..é..*« Vigevano, 7 novembre 1495.

A metrir$ Bartholomeo ChalcOy noire premier secrétaire >.

* Archives de Milan (trad.).

* Mém. éd. de M^^^* Dupont, t. II, p. 533.

' Archives de Milan (trad.)-

DERTilÈRES RELATIONS DE COMMINES AVEC LE DUC DE MILAN.

(Janvier et février 1496.)

Le duc de Milan, voyant les Français rejetés au-delà des Alpes, ne les craignait plus et recommença à négocier avec Charles VIII, probablement pour écarter les compétitions du duc d'Orléans. « Pratiques venoient d*Italie et de « grandes' ».

Il est digne de remarquer que le soutien du duc de Milan fut de nouveau Philippe de Commines, et, dans la lettre suivante, le chancelier Thomasino * parle de son amitié après la malheureuse expédition de Charles VIII en Italie à peu près dans les mêmes termes que d'autres ambassadeurs milanais employaient sous le règne de Louis XI .

Illustrissime et exeellentissime seigneur,

La reddition du Château-Neuf était, à l'arrivée des lettres de Votre Excellence, déjà venue à la connaissance du roi Très-Chrétien. Comme je voulais toutefois Tannoncer à Sa Majesté, monseigneur d^Argenton me dit que cette démarche lui paraissait superflue et propre à mécontenter le roi qui, à la suite delà mort récente du dauphin, se trouvait dans de mauvaises dispositions. Comprenant en effet que cette nouvelle était . telle qu'on ne

' Mémoires de Commines, éd. de U^* Dupont, tome II, p. 557. ' Voyez tome II, p. 242.

pouvait la mentionner sans exciter quelque mécontentement dans ces circonstances» je ne fis rien puisque monseigneur d'Argenton m'engageait amicalement à n'en point parler. Cependant, pour ne pas laisser passer la chose sous silence et afin que Ton ne pût croire que votre illustrissime seigneurie n en avait pas donné avis, je me rendis^près de monseigneur du Bouchage et de monseigneur de Saint-Malo, dans l^s mains de qui passent toutes les affaires de ce pajs, et je leur fis connaître le tout, en disant que si les ministres du roi, lors de l'expédition de la flotte ^ avaient écouté Votre Excellence, comme je les y engageais, on aurait prévenu ce malheur, et que les résultats confirmeraient toigours les actes et les conseils de Votre Seigneurie. * Monseigneur du Bouchage se contenta de dire qu'il ne le croyait pas, encore que le fait fût rapporté par des marchands fiorentins. Saint-Malo ajouta que les mauvaises nouvelles couraient vite et qu'il en avait de meilleures de Naples. Je répondis que votre illustrissime seigneurie, estimant que tout ce qui intéressait le roi Très-Chrétien lui était commun. Tinformait de tout ce qui lui avait été mandé de Rome et que Sa révérendissime Seigneurie pouvait être sure qu'après Sa Majesté royale, Votre Excellence avait été plus affligée de cette reddition que personne au monde. Sur quoi, je le laissai pour ne point avoir de contestation avec lui. La nouvelle a bientôt été confirmée, et ils y ont ajouté foi.

Je me recommande toigours à Votre illustrissime Seigneurie. Lyon, 4 janvier 1496.

Thomasino.

Au duc de Milan \

Gommines intervint dans les débats soulevés par la remise des otages de la ville dé Génes à Charles VIII,

* Cf. if/m. de.Commines, tome II, pp. 554, 556.

DE COMMINE& 105

témoin la lettre gnirante écrite le 24 janvier 1496 par le duc de Milan :

....Quant aux deux otages de Gènes, le maréchal de Gyé, monseigneur d'Argenton et le président de Paris savent que , lorsqu'ils nous furent demandés, quand nous étions à Robio, nous leur répondîmes en leur démontrant toutes les difficultés que nous j voyions. Nous croyions qu'on ne réussirait pas« si Ton demandait le âls de notre gouverneur, et nous dîmes que depuis quelques années il en avait perdu quatre entre lui et son frère messire Jean, et qu'il ne donnerait point celui-ci , qui était son Benjamin. Quand ils demandèrent Luc Spinola, nous répliquâmes qu'il n*y consentirait jamais, attendu qu'il était chargé d'années, et à raison de son rang.

Ces seigneurs voulurent que ces raisons fussent écrites, bien que nous leur eussions donné Tassurance de tout; ce qui vient d'être dit. Nous ne jugeÂmes pas & propos de les contredire et de soulever une discussion. Nous promimes même de faire tous nos efforts, comme nous l'avons fait non seulement par lettres mais aussi par l'intermédiaire de messire François Bernardine, lors de son voyage à Gènes, comme le savent les ministres du roi. Néanmoins la chose aboutit comme nous l'avions prévu. L'un, c'est-à-dire le gouverneur , déclara qu'il ne laisserait pas s'éloigner son fils, surtout à cause de sa jeunesse ; et messire Luc Spinola refusa aussi de partir : de quoi l'on demanda des actes publics, comme le savent les ministres. Nous tâcherons toutefois qu'un autre membre de la famille Spinola soit envoyé en France, et Sa Migestë royale peut bien être sûre que si nous n'avons pas refusé de doâner comme otages le comte François, notre cousin ' , et messire Ludovic, qui est aussi de notre parenté, nous ne manquerons pas d'en faire autant si

* François Sforza. Voyez tome H, pp. 23i-234, 241, 242.

\0Ô LETÏRS ET NEGOCIATIONS

nous le pouYons , ^ ce qui concerne les deux otages dont nous Tenons de parler "

Nous avons déjà publié * une lettre que le duc de Milan adressait à Commines afin que son cousin Louis Sforza fût bien traité et pût rester à Lyon.

C*est aussi en faveur du comte Louis Sforza que le duc de Milan réclame le l*"^ février 1496 l'intervention de Commities dans la lettre suivante :

Les assurances que vous nous avez données, en repondant à notre lettre, de vos sentiments et de vos bonnes dispositions à travailler autant que vous le pourrez en notre faveur % nous ont fait grand plaisir^ et nous vous en remercions. Sa Majesté nous ayant annoncé dans une lettre qu'elle a promis le comte François au duc d'Orléans pour garantir les cinquante mille écus qui lui sont dus , nous lui répondons ce que nous jugeons utile de lui écrire ; et nous vous prions de vouloir bien lui faire Attendre que c est chose peu équitable et fort étrange que Sa Mi^esté nous ait demandé des otages in génère pour l'exécution des articles , et qu'à présent on soutienne qu'ils lui ont été donnés pour garantir ledit payement. Nous ne l'avons pas fait, et il n'en a point été parlé. Nous ne nions pas que ce comte ne soit aussi engagé dans ce que nous devons et voulons observer, mais le temps n'en est pas encore venu ; et nous verrions avec peine que ce comte fût retenu comme gage d'une affaire par* ticulière. Nous vous prions donc d'agir sur le roi Très-Chrétien, afin que tenant compte de l'affection et du respect que nous lui portons, et pour démontrer lui-même par des effets l'amour qu'il dit toii^ours nous conserver, il veuille garder près de lui ledit comte, pour la fin à raison de laquelle il lui a été

* Archives de Milan (trâd.) . • Tome II, p. 242.

' A operare quanto porreii in bénéficie nottro.

remis, et qu'il veuille aussi le faire bien traiter. Il est à désirer que Ton ne puisse point penser que Sa Majesté tient plus de compte de ce qui concerne le paiement de cinquante mille écus, que de la confiance qu'elle doit avoir en nous, ainsi que de Tamour et du respect que nous lui portons et qui pourraient subir une fâcheuse atteinte, si le fait était vrai.

A monseigneur éP Argentan K

Combien de temps durèrent ces intimes relations de Commines avec le duc Ludovic ? Comment vinrent-elles à se rompre? Il est difficile de résoudre ces questions. Tout ce que Ion peut affirmer, d*après ce qu*il a écrit lui-même, c'est qu'il fut lun de ceux qui , avant la fin de Tannée 1496 , votèrent dans le conseil du roi pour que le duc d'Orléans prît les armes et chassAt de Milan Théritier des Sforza.

' Archives de Milan (trad.)

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