COMMYNES
* Le 12 juillet 1491, MaximiUen adressa aux populations de la Bourgogne un manifeste où il leur annonça quMl ne tarderait point à les affranchir de la domination française.
* Déjà dans une lettre du 29 juin 1479, le comte Engelbert de Nassau avait engagé Charles VIII à renvoyer Marguerite à son père : c ce qui seroit un grand commencement de bien. • Documents /ran^ çais à Saint'P/iersbourg,
' Archives de Florence.
DE GOMMINES. 83
Quelques jours après» Laurent Spindli écrit de Lyon à Laurent de Médicis :
J*ai envoyé à Côme votre lettre du 2 et celle du seigneur d^Argenton : il tous répondra, comme il lui appartient, puisque c'est une affaire qu'il doit mener lui-même. Quant à ce qui a été fait par Tabbé de San- Antonio ', je pense que le roi finira par céder à votre réclamation : il s*y conformera comme il convient, et il vous fera de plus indemniser. Je crois que le seigneur d'Argenton restera notre ami ; et pour ne pas Tirriter, je lui ai toujours dit que, si Dieu nous faisait la grâce de réussir et de nous dédommager d'une partie des torts que vous avez soufferts du temps de Lionetto *, vous lui feriez bien sa part : j'estime que cet espoir rengagera à faire quelque chose et même beaucoup 8*il igoute foi à ma parole *.
Laurent Spinelli ne se trompait point : Commines tenait beaucoup à conserver Tamitië de Laurent de Médicis, et, quelques jours après, il lui adressait une longue lettre, où il embrassait de ses regards toute la situation politique de rSurope, depuis les menaces du roi des Romains et du roi d'Angleterre jusqu'aux combats qui se livi*ent à Grenade, sans omettre l'espoir, mal justifié, qu'il nourrit déjà, de voir naître bientôt un héritier de la couronne de France :
Seigneur Lorens, je me recommande bien fort à votre bonne grfice et vous mercie de vous lettres. Desà n'est riens sourvenu puis se mariage, qu'à ta vérité est grant exemple de fortune, comme disent vous dites lettres, car le roy Ta espousée comme
* Cf. Dksjaroins, 1. 1, p. 230.
* Lionetto de Rosai. La banque de Lyon, qu*il dirigeait, avait ^pronré de fortes pertes.
' ArchiTes de Florence.
yraye duchesse et héritière de Bertainge, avec très-grant douère. Mes, se que plus les aide après Dieu, a esté ]a bonne délibéracion, qu'il avoient d'eux bien défendre et la grant réparaeion qu'il avoient fet à la ville de Rennes, et sans cella riens ne s'en fût fet, et s y est fort sagement conduit le prinse d'Oranges, et bon besoing \y a esté, car sy les Allemans ussent entendu ledit mariage, il ût esté en grant dangier de sa parsone et tous ceux qui s'en melloient.
De la pès de Honguerie, nous la tenons pour fette au profit et honneur du roy de Behaigne, avec queque poy de soupesou de guère par desà. Mes le plus dangereux est le roi d'Engleterre et solicite les autres. Le roy d'Espainge n'a point encore fet en Grenade, mes la chose ne peut guère durer. Partout y a embassadeurs, et puis aucuns seigneurs d' Allemainge ne désirent point le roy des Romains trop grant. Toutfois il leur demande ayde : ne se sy la ly front. On en a yci petite crainte.
Puis aucuns jours, c'est cuidé prendre Mes par intelligence de ung des XIII gouverneurs de la ville, et si mesieur Gracian de Gevaro ùt eu ses gens au jour qu'il avoit prins, et un autre gentilhomme de Loreine, la chose ne fût point faillye. Et depuis avoient reprins jour au XXV* de se mois de genvier, auquel ledit gouverneur devoit avoir la guarde d'une porte, car il en ont la guarde tour à tour. Ung portier les a descouvers, et a ledict gouverneur esté prins : s'ût esté au profit de monseigneur de Loreine. Le roy se fet ung très-beau prinse et sage, et tous ses voisins quièrent son amitié, etay espérance que Dieu ly donnera quequefois ung beau fils d'esté reyne, qui sera sage dame. Et atant fais fin à este mavesse lettre, priant à Dieu, seigneur Lorens, qu'il vous doinst l'accomplisemamt entier de vous désires.
A Orléans, le XIIP de janvier.
De la main du plus que tout vôtre,
CoMBfTNES.
Au sHgneur Lorens de MidicU ^
* Archives de Florence.
Trois mois après, Laurent de Médicis descendait au tomLeau, laissant après lui une gloire et une puissance dont ses héritiers ne surent pas toujours porter le poids, et la première lettre que Commines adressa à Pierre de Mëdids qui lui succéda, reproduisit une de ces réclamations pécu* niaires qui remplirent une trop grande partie de la vie du seigneur d*Ârgenton :
Seigneur Pierre, je me recommande à tous, tant comme je puis. N'a guères que moj estant à Paris, dis à Pellegrin Lorin, qui reœut pour moy VI mille frans, qui m'estoyent deus en la ville, pour ce que c^estoit monnoje, et n'avois homme qui si bien s'i cognust, et aussi pour ce que me fiois de ly, car il a XX ans que hante fort en mon logis, se qu'il fist, et ly ordonnay bailler ladite somme par la ville à aucuns, au bout d'un jour ou II, sus qu'il estoit en franchise avec son frère Philippe, qui, à ce jour avoit esté prins pour debte et par le moyen dudit Pellegrin éehapé. Auquel lieu allay parler aux deux. Après plusieurs paroUes me rendirent partie de mon argent ; du surplus, montant deux mille YP frans, s'obliga à moy devant notaires ledit Pellegrin de me payer ladite somme dedans troys moys, et voulentiers lui eusse preste, sans se mettre en ce dangier, car je luy pourchassois du bien par mariage : toutesfois n'a guères s'en est party , sans me riens mander, ne advertir, et ne sçay où il est tiré. Pour quoi doubte à grant pàine recouvrer mon argent, et pour ce vous prie qu'il vous plaise mander Philippe son frère, devant vous, lequel je tiens cause de ce que par son dit frère m'a fait, dont en riens ne me mescontente, mais que recouvre le mien, et lui dire se qui vous samblera propice, affîn qu'il face dilligence que son frère me paye. Il vous alléguera quelque transport que me fist ledit Pellegrin d'une debte du trésorier de Bretaigne ; mais je n'en ay riens peu recouvrer. Pour quoy de rechief vous supplie vous employer pour moy en ceste matière et m'en faire responce ; tels tours ne prouffitent point aux bons marchans. Et
ai en rieiui vous plaist m'emplojer» saves que tougjours sois à
votre commandement. Priant à Dieu, seigneur Pierre, que vous
doint tout ce que vous déeirez.
Dreux, ce IX* d^aoust.
Le tout vAtre,
Philifpb de Commtnbs.
Au êriffneur Pierre de Médiciê <.
La lettre suivante présente plus d'intérêt : Commines venait d*étre envoyé à Senlis pour négocier, au nom du roi de France ', un traité qui devait confirmer l'union de la Bretagne et de la France, ramener la paix sur les frontières des Pays-Bas et calmer le ressentiment de Maximilien :
Au seigneur Pierre de Jfédicie.
Seigneur Pierre, je me recommande à vous autant comme je puis. J*ai receu les lettres qu'il vous a pieu n'a guères m'escripre, et en ay dit le contenu au roy et à nul autre. Et à ce que j'ay entendu par sa responce, crois que le trouverez tel envers vous« comme luy et des prédécesseurs ont esté envers vostre maison. Et s'il y a faulte en ce que je vous dis, elle viendra de vous, comme plus & plaîn j'ay dit à Pransquin Norry pour ce vous escripre.
Au seurplus à ce matin a esté conclu la paix entre le roy et l'archeduc Philippes, en la présence des embassadeurs de Tempereur et du roi des Rommains. Je vous en envoyé le gros, car les choses ne sont pas encore couchées par le menu, ne ne seront de huyt jours. Tay esté présent aux choses dessus dictes, Il y avoit icy embassadeurs pour le comte PaUetin et pour les Suysses et tous tendans à fin pour estre médiateurs de ceste paix.
Quant votre homme sera venu, je le adresseray envers le roy
^ Archives de Florence.
' Mém., t. II, p. 318.
et partoat ailleurs, là où ge pourray. Et si en autre chose vous plaist m'employer, vous me trouverez tousjours à votre oommandatent. Priant à Dieu, seigneur Pierre, qu'il vous doint accomplissement de tout ce que vous désirez.
Escript à Senlis, le YIIP jour de maj.
Le tout vôtre,
Ck>MlfYNES ^
Ce fut en vertu des dispositions du traite de Francfort, renouvelées par le traité de Sentis, que Commines recouvra ses domaines héréditaires qui avaient été confisqués lors de sa trahison ; mais rien ne permet de croire qu'il ait revu le foyer paternel et les campagnes dans lesquelles il ne pouvait plus retrouver une patrie *.
L'homme de Pierre de Médicis que Commines se chargeait « d'adresser, » c'est-à-dire de guider et de conduire, se nommait Francesco délia Casa. Nous reproduirons quelques-unes de ses dépêches à Pierre de Médicis :
La première est du 18 juin 1493 :
Je vous écrivis la dernière fois, que madame de Bourbon m'avait demandé si vous seriez content que le roi de France TOUS fit entrer dans la nouvelle ligue entre le Pape, les Vénitiens et Milan : répondez à ce siget par le premier courrier. Monseigneur d^Argenton m'en a depuis touché un mot, et vous savez combien cela importe. Je me recommande à Votre Magnificence. Je n'ai rien de plus à vous dire pour cette fois, sinon qu^il me
* Archives de Florence.
* La maison d'Albret réclama la terre d'Avesnes, en vertu du traité de Sentis, c par lequel avoit été décide que chascun retournerôit au « sien ; • mais ce domaine resta à Charles de Croy, prince de Chîmay, qni avait épousé Louise d*Albret. (Documents cités par M. Rahlenbeck.)
88 LETTRES BT NEGOCIATIONS
paraît certain que je mènerai à bonne an ce que voue m'avez confié, sans que nous en recevions ni grief, ni tort aucun. Je regrette seulement que nos amis, que tous savez, ont en quelque sorte apprivoisé quelques-uns de ces seigneurs avec lesquels j^ai affaire et qui désiraient pouvoir encore tirer quelque chose de nous. Monseigneur d*Argenton en est un, et néanmoins il est tout vôtre ^, mais le gouvernement est ici tel aujourd'hui que personne ne peut £Ekire fond sur rien et qu'on n'j voit que confusion \
La seconde est écrite dix jours après :
Le roi revint ici samedi passé, qui était le 22 de ce mois, au soir. Le lendemain matin, dimanche, je fus introduit par monseigneur d'Argenton auprès de Sa Majesté, et j'eus ma première audience dans un petit cabinet à l'usage privé du roi, ^ù se pressaient une soixantaine des principaux et plus grands seigneurs duToyaume. Sa Migesté, un faucon sur le poing, ouvrit votre lettre, y jeta un rapide coup d'œîl, puis voulut lui-même la lire et la connaître tout entière. Après cette lecture, il se retira avec le sénéchal et monseigneur d'Ai^nton, et ayant pris connaissance de la lettre de la Seigneurie et délibéré avec eux, il me dit que j'étais le bien venu,*qu'il me ferait bientôt entendre et qu'il me ferait donner réponse de mes lettres de créance. Cela dit, il s'en alla à la messe. De mon côté, je me retirai avec monseigneur d^Argenton et le sénéchal qui m'annoncèrent avoir reçu du roi ordre et commission de m'entendre Je lendemain sur mes lettres de créance, avec Tassistance de quelques autres seigneurs qui en sont chargés.
Le prince de Salerne est, comme je vous l'ai dit précédem-
* Solo mi dolgo che li amici nostri, che vol sapete, hanno in modo avvezzi qualcuno di questi Bignori, con chi io ho a fare, che ancora da noi desiderrano poasere trarre qualche cosa. E M. d^Argenton ne è uno, che nondimanco è tutto vostro.
* Archives de Florence ; Dbsjardins, Négoc, dipl. entre la France la To$cane,U I, p! 2*21.
ment, grâce au sénéchal, un des délég^ués admis dans les conseils relatifs aux affaires dltalie. JUTétant aperçu, en causant avec lui, qu'il était choisi pour siéger à mon audience, je ne pus m^empécher de voir dans cette désignation une inadvertance peu honorable pour le roi et pour nous, et secrètement j*en avertis monseigneur d^Ai^nton en lui en démontrant la portée. Gelui-<;i reconnut la justesse et Texactitude de mon observation , il retourna auprès du sénéchal et le roi ordonna qu'on désignerait le lendemain avec le général de Languedoc, comme délégués chargés de cette affaire , le maréchal des Cordes, gouverneur de Bourgogne, le sénéchal et Argenton. C'est ce qu'on fit.
Monseigneur d' Argenton, comme vous savez, est tout vôtre : il me vient ici bien à point, car c'est un homme prudent et trèsentendu, et en outre il espère se servir de vous ou du moins se faire honneur de vos affaires. Je le vois, en ce qui touche toutes les nôtres, faire tous ses efforts, et bien qu'il n'ait pas grande autorité, comme les autres le craignent, il lui .en reste assez pour que, avec son activité et son habileté, il soit encore pour vous nu instrument excellent et nécessaire. Ecrivez-lui, remerciez-le, et tâchez de le satisfaire, si vous pouvez, sur les trois chefs de demande que je vous ai transmis de «a part, ou au moins sur une partie de ceux-ci , surtout quant à son affaire avec Lorino qu'il désirerait faire retirer de l'ordinaire; il a écrit à Pérou deBaschi de le solliciter; tâchez donc de l'obliger ou de vous en excuser de la meilleure façon, et, en tout cas, songez à le récompenser par quelque service ; car c'est un homme assez convoiteux et qui ne sert pas tant par amour que pour tirer de vous quelque chose *.
* M. d* Argenton é, com voi sapete, tutto vostro, e di qna mi viene a«ai a proposito, perché è prudente e intende assai, e inoltre perché ^ra Talersi di voi, o almeno farsi onore délie materie vostre. Lo Teggo in ingni nostra cosa andare di buone gambe ; e, benché non sia di grande autorità, perché é temuto da costoro, nondimanco non é di si poca che, acozzata con la aua prontezza e destrezza, non ci sia uno ottîmoe neceisario instrnmento. Scrivetegli une lettera e ringraziatelo 6 sopra i tre capi, di che per lui vi scrisBi per^tra, vedete o di
Péron de Baschi est très-ayide, et je sais qu'a MiiaQ on Ta fort bien traité de présents et d'autres choses. S'il vous semble bon, d'après ce que m'a dit Ârgenton, vous lui donnerez quelque gratification.
Il me parait étrange que nos amis d'Italie poussent si avant leurs affaires : j'en causais avec monseigneur d'Argenton, qui, par aventure, fait aux autres de ce côté des promesses qu'il ne songe pas à tenir S et il me répondit que je ne faisais pas autant de diligçnoe pour votre service que le seigneur Ludovic ' n*en fait pour son affaire.
Monseigneur d' Argenton me dit que si l'affaire de Naples va plus avant, vous devez songer à une seigneurie pour vous particulièrement.
Je reçois à l'instant votre lettre du 14, à laquelle je ne trouve rien de plus à répondre. Je ferai diligence pour connaître aussi en détail que possible les promesses du seigneur Ludovic et autre chose, si je le puis ; mais il £aut marcher adroitement avec ces gens, car tous ceux qui ont ces secrets entre les mains, sont des hommes gagnés par le seigneur Ludovic, et monseigneur d'Argenton lui-même oriente habilement sa voile de ce côté pour voguer avec le vent qui souffle *.
La troisième lettre, commencée le 16 juillet 1493, ne fut achevée que le lendemain :
Vous ajant écrit, il y a huit jours, par Mathieu del Vecchio et
tutti di parte satisfargli potendo, e massime in questa sua con il Lorîno, che desiderebhe lo traessi de Tordinario ; e a Pérou de Basche ne scrive che la 6oIleciti« si che vedete di servirlo o piglianie buona escasazione, e ad ogni modo pensate di rieompensarlo di qualche piacere, perché e uomo che appetisce assai, e non ser^e tante per amore, quanto per valersi di voi di qualche cosa.
* Che, per awentura, altri di costà promette quelle che non pensa di osaervare.
^ Ludovic Sforza, tuteur du jeune duc ée Milan, puis duc de Milan lui-même. ^
' Archives de Florence; Desjahdins, 1. 1, p. 223.
vous ayant fait savoir alors le résultat de Faudienoe du roi et de la conférence que j'ai eue avec les cinq conseillers chargés des affidres d'Italie, je n*ai pas grand chose à vous dire pour le moment.
Monseigneur d'Argenton est parvenu par son habileté et sa prudence à se faire admettre au nombre des cinq, mais il n*en est pas beaucoup plus avancé, car les autres, connaissant ce qu'il vaut, ne lui disent pas tout. Nous lui sommes très-obligés de 06 qu'il nous sert activement partout où il le peut, non pas autant pour Tamour naturel qu'il vous porte, que pour se faire aussi honneur de nos affaires et se prévaloir de nous : il me rappelle souvent ses affaires et me demande si vous m'avez répondu à ce sujet. Voyez si vous pouvez lui être agréable en quelque chose, et veuillez y aviser *.
Lorenzone arriva, il j a deux jours; il avait, me dit-il, laissé à Orléans, Antonio del Repoli avec quarante-neuf faucons. J'en parlai de suite au sénéchal, avant le départ du roi, et Sa Msgesté me fit dire de les envoyer à Melun, qui est une ville distante d'ici de dix lieues, où le roi sera demain et où je me rendrai ce soir pour accompagner la cour partout où elle ira. Ce matin j'ai reçu votre lettre adressée à François Nori et à moi, par laquelle j'apprends que tous les faucons sont destinés au roi. Nous les lui remettrions, si déjà nous n'en avions mis deux de côté pour monseigneur d'Argenton, qui m'avait prié avec beaucoup d'insistance de les faire venir ; mais, au moment de les présenter, je tacherai que le sénéchal les réclame lui-même pour monsei-
' M. d'Argenton per sua industria e prudenza è auto ammesso per imo de cinqne, ma non ô tirato molto inanzi, ne gli fanno intender totto perché conoscono che yale ti*oppo. Noi gli eiamo obligati, che ci lenre prontamente di quanto pu6, non tanto per amor naturale che ▼i porta, quant o ancora per farsi oonore délie oose nostre, e per valersi di noi ; e spesso mi ricorda e demanda se délie sue faccende mi avete riposte oosaalcuna; vedete, potendo, oompiacergli in qualchecosa, e nearnsate.
gneur d'Argenton. Je vous dirai une autre fois comment le roi les aura reçus '.
La lettre suivante complète celle que nous venons de citer :
Je vous écrivis de Paris, il 7 a quatre jours, tout ce qui m'était arrivé alors. Depuis je suis venu ici où le roi se trouve pour se livrer à loisir à la chasse dans les environs. J'y ai fait amener, sur l'ordre de Sa Majesté, votre envoi de faucons : le roi, curieux de les voir, alla les visiter à la tombée de la nuit. Il en est parti de chez vous cinquante-quatre, dont trois sont morts en route, à ce que m'a dit Antoine. Vous savez qu'au moment du départ, il j en avait quatre en mauvaise santé.
Laurent Spinelli en a, parait-il, eu trois, pour les donner à je ne sais quel seigneur. Les quarante-huit autres qui sont arrivés ici, ne pourraient être en meilleur état, sauf un seul ; il ne leur manque pas une plume, et ils sont beaux et gras au possible. Je vous avais écrit que monseigneur d'Argenton m'en avait demandé une couple et que je les lui avait promis, si je pouvais en disposer ; mais, vu votre recommandation et la volonté de roi, tous les oiseaux seront, comme vous Fordonnez, fidèlement remis à Sa Majesté ; et bien qu'une lettre de Lyon me mande que vous en ave^ promis deux à Filippo de Gagliano pour son frère Julien, qui demandait qu'on les remit ici à un trésorier de la reine, je vous excuserai et moi aussi sur ce que le roi a voulu les garder tous pour lui : je prendrai le même prétexte visà-vis de monseigneur d'Argenton ■.
Au* dessus de ces détails d'un faible intérêt, se plaçaient des questions politiques qui réclamaient une urgente solution. L'Italie était profondément divisée. Tandis que Florence se rapprochait du roi de Naples, le Pape, le duc de
* Archives de Florence ; Desjardins, 1. 1, p. 233.
* Archives de Florence; Dbsjardins, 1. 1, p. 239.
Milan et Venise formaient une étroite alliance, et on ne savait encore dans quel but on avait stipulé dans ce traité la levée de nombreux hommes d*armes. Il importait à Florence, flottante et indécise au milieu de ces discordes, de trouver un appui dans le conseil de Charles VIII. Le 31 août 1493, Francesco délia Casa écrit à Pierre de Médicis :
Depuis que le roi a quitté Paris, monsei^eur d'Argenton n'a plus mis le pied à la cour. J^apprends qu*il doit j être aiyourd^hoi et j*en suis fort aise, ca^r bien quMl ne pèche pas en toute eau, il viendra néanmoins fort à propos à nos ambassadeurs dans bien des choses '. Quand ils seront arrivés, ils devront, me semble-t-il, faire en toute diligence un bon choix d'un ou deux de ces principaux seigneurs qui gouvernent, et entrer avec eux en étroite intelligence et en bonne amitié, car si nous ne nous attachons à quelque bon ami particulier, nous n'aurons jamais aucune certitude dans nos affaires; et un bon ami dévoué et intime nous aidera mieux qu'une foule de relations sans valeur '.
Francesco délia Casa ajoute cinq jours après :
Je ne pois laisser de vous dire, quoique je pense que vous n*en ferez pas grand cas, qu'un ami secret m'a dit que Peron a eu un entretien secret avec le pape, pendant une nuit, dans une chambre où il n'y avait qu'eux, et il craint que le Pape ne lui ait parlé de votre ligue avec le roi de Naples.
n me semble que vous devez le plus tôt possible nous écrire conunent nous pouvons vous justifier de cette ligue, qu'on dit exister, et il ne serait pas mauvais, je pense, qu'en écrivant an
^ L'Argenton , dipoi che il rè parti de Paris , non è auto mai in oorte, 6 intendo che oggi ci debbe esaere, che assai mi piace perché non oetante che non peschi in ogni pelago, nondimanco a moite cose Terra assai a proposito à nostri ambasciadori.
* Archives de Florence ; Drsjardins, t. I, p. 248.
roi, TOiUEi écrivissiez aussi au sénéchal de Beanyais, qui n*a plus son titre de sénéchal de Garcassonne. Je n'ai pas autre chose à vous mander. Nos ambassadeurs se dirigent vers Tours où le roi sera, à ce* que je suppose, dans une dizaine de jours *.
Gommines était-il cet ami secret? Il y a quelque motif de le penser car Francisco délia Casa écrivait le 9 novembre de la même année :
L*évéque de Saint-Malo a eu un entretien secret. Je Pai su par le seigneur d'Argenton...
Le seigneur d'Ârgenton nous assure, et je le crois, qu'il parle et travaille pour nous '.
Ue autre ambassadeur florentin, Tévéque d^Arezzo, écrit le 29 novembre 1493 à Pierre de Médicis :
Je me tiens volontiers sur mes gardes pour ne pas être pris, et je pense qu'il fait bon de ne pas bouger, car soit que vous avanciez, soit que vous reculiez, vous vous heurtez à des lances en arrêt : je voudrais bien que la cuve eût déposé son marc avant que nous goûtions le moût. Il est bon d'aller doucement, mais trop est trop, dit-on ici. Voici le Pape admis dans Tappointement du roi d'Espagne. On sait qu'abandonnés à vous-mêmes, vous ne pourriez soutenir le choc des Français et des Lombards s'il vous atteignait. Qu'importe ? Je vous ai enseigné mille charmes pour Pamortir, diversions, mariages, chapeaux, etc., la nature vient de m'en révéler un nouveau qui per eoêdem, etc. On sait que le principe de ce mal fut la corruption de ceux de là-bas pour abaisser celui d*ici : pourquoi n'essajèrent-ils donc pas de jeter la cruche d'huile, pour un porc plus gras ? Nous avons appris, par le moyen de monseigneur d'Argenton, que les promoteurs de Tentreprise ont tellement réussi i échaufler le roi qu'on ne Fa jamais vu si Airieux.
* Archives de Florence; Dbsjardins, t. I, p. 252.
* Archives de Florence ; Dbsjardins, 1. 1 , p. 260.
L*aIla8ion que j'ai touchée ci-dessus du porc plus gras, je ne la tiens pas d'un méchant bavard. On la juge utile cum res in dubio sit. C'est un grand personnage qui m'a glissé à Toreille et iub jftrameiUo le mot en question du porc ^
Commlnes, qui rendait de si notables services, n'agissait pas, nous Tavons déjà vu, avec un complet désintéressement; et Francesco délia Casa écrivait le 14 janvier 1494 à Pierre de Médicis :
Monseigneur d'Argenton reviendra dans quelques jours à la cour ; je voudrais bien pouvoir lui répondre quelque chose au si\jet de ce que je vous ai écrit à sa prière '.
Tout annonce qu'il fut fait droit, au moins en partie, à ces réclamations, puisque Commines se montra plus que jamais l'ami des Médicis et le défenseur des intérêts de Florence.
Cionunines combattait à la fois, dans le conseil de Charles YIII , l'opinion du roi et celle du duc d'Orléans qui boulaient tous les deux une expédition en Italie, l'un avec l'espoir de recevoir à Rome , des mains du Pape , la couronne d'empereur d'Orient *, l'autre avec l'ambition plus modeste de disputer aux Sforza l'héritage de son aïeule Valentine Visconti, le beau duché de Milan.
Charles VIII était « très-jeune et foible personne, plain « de son vouloir, peu accompaigné de sages gens , ne de
* ÂrchiTes de Florence ; Dbsjardins, 1. 1, p. 350.
* UArgenton tomerà, fra pochi di, in corte; che detiderrei potergti respondere qualche cosa di quanto acrissi a sua richiesta. Archive» de Florence; DebjakdivSj 1. 1, p. 268.
' Le 6 septembre 1494, André Paléologue déclara céder à Charles VIII tous ses droits à Tempire d'Orient.
« bons chiefs ^ d Quant au duc d'Orléans, c'était « un a jeune et beau personnaige , mais aimant son plaisir *. »
Lorsque Gommines affirmait que servir les Italiens, c'était se mettre à l'hôpital, et beaucoup donner pour ne rien obtenir', il ne faisait que reproduire l'opinion même de Louis XI, qui s'était toujours montré peu disposé à intervenir dans les affaires d'Italie. Commines avait vu, sous Louis XI, Olivier le Diable triompher de ses sages avis. Il ne se sentit pas moins humilié quand un autre valet de chambre de son ancien maître, Etienne de Vesc, qui était aussi « homme de « petit estât et de petite lignée *, » fit, sous Charles VIII, rejeter de nouveau ses conseils. Parmi ses contradicteurs, se trouvait également le général des finances Guillaume Briçonnet, qui avait épousé la fille de Jean de Beaune, le marchand de Tours qui avait jadis reçu le dépôt des premières largesses du roi de France en faveur du transfuge. Briçonnet, d'après notre historien, était « un homme de finance auquel le cœur ce faillit ^. » Étrange rapprochement ! Briçonnet avait, comme receveur du roi, enregistré la pension et les dons de 1472 qui rappelaient la trahison de Commines ; Etienne de Vesc avait été l'un des témoins dont la déposition avait constaté ses fraudes dans la destruction des titres du château de Thouars : l'un et l'autre lui rappelaient ses hontes.
Ce qui, d'après Commines, manquait aux conseillers du roi et au roi lui-même, c'était « le i3ens. » Il observe des premiers : « Le sens des conducteurs du voyaige n'y servit
* Mém., t. II, p. 327.
» Mém., t. II, p. 557.
* Aférn., t. II, pp. 291 ©t 329.
* Mém.yt. II, p. 291.
DE COMMIMES. 97
a goms \ » et il va jusqu'à dire de Ghaples VIII ? a Le « roy n'estoit pourveo, ua de «ens, ne d'argent *. »
Ludovic £forza, iaitenr de son neveu le jeune due Jean* GaIcas, «ppeleât les Françias en Italie : il rëclamait de CbarJaB YIII rinvestttttre d^ la ville de Gènes, et pour par- T«mr i ee Imt, il donna à certains «erviteufs du roi de Fraiieo» uotamment a Etienne de Vesc, huit mille ducats. C'était tpop peu, selon Comm.ines qui ne put on ne voulut recevoir sa part dans ces dons. « Si argent ils dévoient a prendi^e, ditrii, ils en dévoient demander, plus ^. » Ludovic $forsa litait du resta trop habile peur iie pas réussir, car voici le portrait que nous en a laissé Coumiines : c L^ict seigneur Ludovio estoît homme tr&s-saige, mais i fort craintif et bien souple quand il avoit paour (J'en « parle comme de celluy que j'ay congneu et beaucoup de i choses traicté avec luy), et homme sans foj ^i{ veoit son t prouffit pour romprç \. p Tejleç é^tvsnî Iqs fatigues qui venaient d'Italie ^.
Chartes YIII , de son côté, entretenait en mêm.^ iP^f^ d'autres jfrati^ues avec le Pape, l^» Yé»iti^W ^t 1^9 Fl^ rentins^ h^ ppi|i d§ ]es dirige $tVAit ^t4 ^iâé à âin servir iwr d^ hm%^sw d'A^joUj m W U^ et iMMWtné Pefron 4e Baschi, que nous avons déjà vu employé aux mêmes intrigues par le roi Lo«4s XI ^. Les Florentins, de plus en plus inquiets, avaient envoyé i^évêque d'Arfese et Pierre .Soderipi
* Jfém., t. II, p. 328.
> Jfém., t. II, p. 314.
«ir<^., t. II, p. 311.
' MAm.^ t. II, pp. 321 et S57.
• Mém., t. II, p. 315.
vers Charles VIII i pour dissimuler avec luy ^ » Cominities se trouva , nous l'avons déjà vu , au nombre de ceux qui « besognèrent » avec ces envoyés de Florence *. Une autre ambassade, conduite par Pierre Capponi, rencontra le roi a Lyon '. Capponi , à qui on attribue cette célèbre réponse dans les murs de Florence menacée : < Si vous c sonnez vos trompettes, nous sonnerons nos cloches, » n*était, d*après Commines qui s'entendait en trahisons, qa'un traître, perfide vis-à-vis de Pierre de Médicis comme vis-à-vis de sa patrie^. Commines eut peut-être, nous le veri*ons plus tard» certains motifs de calomnier Pierre Capponi.
A Vienne, on discuta longuement dans le conseil du roi quelle conduite il fallait tenir vis-à-vis des Florentins. Commines continuait à défendre leurs intérêts. Il écrivait le 6 août 1494 à Pierre de Médicis :
Au sHgnewr Pierre de Médicis.
Seigneur Pierre , je me recommande à vous tant comme je puis, pour ce que à Feure que vos gens partirent de Lyon ils me escripvirent, me priant que si je venoye ycy en court, que je voulsisse aider à adolsir les choses qui étoient mal entendues ' céans, et Ton vous trouveroit toujours bon serviteur et amy du roi.
Je fais responce à Laurens Spinelli au contenu de leurs dites lettres, pour ce que Ton m'a dit à Lyon en passant qu'il est retourné à Chambéry, et luy escrips qu'il me face briefve responce pour ce que je ne sçay quel chemin je prendray au partj
* Mém.y t. II, p. 336.
» J/^., t. II, p. 339.
* Mém., t. II, p. 340.
DE GOMMINES. 99
que le poj fera d'icy, et pour le temps que je j serai, m'emploieray voulentiers à vous faire quelque service. Et ne convindray à dire ce que m*escriprez, à personne du monde, espérant que Yos envois et vos paroUes seront semblables. Toutesfois il est force que chacun congnoisse ses amis par effect et en bref. Et si je estoie party à Feure tirant en France, si renvoyeray-je les lettres en teUes mains que le roy les pourra veoir et entendre, et messeigneurs d*auprès de luy ; toutesfois j^espère estre encoures là où sera le roy^ m'ouffrant tousjours vous servir en ce que il sera possible. En priant Dieu, seigneur Pierre, que vous doint ce que désirez.
Escript à Vienne, ce VI* jour d'aoust.
Le plus que tout vostre,
Ph«« DB COICMTNBS *.
On nous a conservé aussi la lettre que Commines adressa le même jour à Laurent Spinelli. II y examine tous les griefs dirigés contre la seigneurie de Florence et lui donne de sages conseils :
A Lawtenê SpinéUy.
Lanrens, je me recommande à vous tant comme je puis. Voua savez que à Theure de vostre partement de Lyon, vous et Cosme m*avez escript, me priant, que si je venoie en court, que misse peine de donner à entendre au roy et à messeigneurs qui sont auprès de luy le contraire des charges que Ton donnoit contre vérité à la seigneurie de Florence et au seigneur Pierre de Médicis : en passant à Lyon ay sceu comment vous m'avez escript puis naguëres et que les lettres estoient allées à Paris, lesquelles je n'ay point eues, et que vous seul devés estre de retour à ceste heure à Chambéry.
Pour quoy, tant pour satisfaire à vostre requeste que pour
* Bbnoist, Lettres de Camjfneif p. 25.
faire service audit seigneur Pierre de Médicis, aj mie peine^ dès que suis arrivé 7ej,de savoir Ja véritédont proeédoit os grant mescontentement que le roj avoit contre luy, et len aj parlé aux principaulx. Tous disent générallemeiit, et ettcosres d'aacuns qui votddroient âdre plaisir à vostre maison, que en tontes assemblées et en tous lieux ledit seigneur Pierre s'est montré vraj parcial pour le roj Alphons, et qu'il a fdi x^œvoir son armée dedans le port de Pise et de là sont partis pour venir commencer la guerM en rivière de Gennea. Aiissy m'a esté parlé du reffos que entre voib avez fsiit de prester argent, quant en avez esté requis , et que Ton vous voolloit baOler bonnes seuretés et prouffît, et que en bref^ termes eussiez est» paie et que Gennevo^ n'ont pas fait ainsi. J'aj fait responce pour vostre escuse, que an général ne l'eussiez jamais fait, et que d'autres princes vous eussent peu contraindre à faire le semblable ; mais que en particulier je creoys qu'on eust trouvé argent aveoqaes entre vous, au moins quelque somme raisonnable.
Il m'a esté respondu que autresfois Florentins ont preste deux cens miDe ducas contans au roy Perrand eft payé cinquante mille ducas tous les ans comme par tribut. tSest Bilicle ay-je tenu comme rapport fait contre vérité et l'ajr excusé à ceulx à qui il avoit esté dit, disant que de tribut jamais ne l'eussiez payé et que si Florentins paioient aucun argent par années, qu^U fallolt que ce feust pour quelque entretennement de gens d'armes à l'eure qu'ils estoient ^es alliés. D'autres plusieurs choses m'ont esté dictes, que je passe pour briefv^.
Et pour an de ma lettre, j'ay prié aucuns personnaiges et an bon lieu que ceste hayne voulsist repenser sans aiàjonster plus grant foy aux rapports, ni faire nulle rigueur jusques à ce que plus amplement le roy feust informé de vos excuseSt, et que après ce coup ne m'en empescheroie plus si Je vous veoye .gens obstinés. Et me semble bien que si ladite seignorie de Morence se vouloit déclarer franchement pour le roy et que le .seigneur Pierre en feust moien, qu'ils seroient receus plus en faveur et amytié avecques luy qu'ils ite leiffent jamais %^^ec le feu roy
DE COMMIMES. 101
LojF9> & qid DîQiL pardoint. Et ne fault point craindre qne à Tappétit de mil ennemis qu'ils eussent, le rojr feist chose dont ib dt^ deussent douloir; et seroient les choses mieulx entendues
que jamais. Et si n*entend point qu'ils feissent nulle déclaration jusqnes à ce qu'ils veissent Teure propice.
Si TOUS TOUS mectez en dissimulations , les rapports et les malveillances crojtront chacun jour ; aussi vous véez bien qu'il n*en est plus temps. Je ne sçay que je deviendraj au partement du roy, qui sera brief ; et pour ce, si vous me vouliez respondre fitictes-le diligentement. J'escrips trojs lignes au seigneur Pierre» et remects la créance sur vos lettres. Vous savez que je luj vouldroye faire service et à toute sa maison. En priant Dieu, Laurens, que vous doint accomplissement de tout ce que vous désirez.
Escript à Vienne, le VI* jour du mois d*aoust.
Le tout Tostre, Ph" db CotfmrvEB *.
Laurent Spînellî, qui gouvernait la banque de Pierre de Mëdicis, ëtait, dit Commines, « un homme de bien en • son estât et assez nourri en France, mais des choses de c nostre court ne povoit avoir congnoissance *. >
Au milieu de ces graves discussions, Commines ne négligeait pas le soin de ses intérêts privés. Pour être plus certain de conserver le comte de Dreux, il se ât remettre à Vienne deux déclarations différentes par Alain d'Albret qui faisait partie de la même expédition. La première, du 9 août, porte qu'Alain d'Albret ne le forcera jamais ni à prendre la seigneurie d'Avesnes , ni à rendre le comté de Dreux. La seconde, du 22 août, ajoute en termes contradictoires mais destinés à multiplier les garanties pécu-
* Benoist, Lettrée de Comynes, p. 23.
' Mém., t. II, p. 350.
niaires, que Commines a remis mille livres à Alain d'Albret, six cents à sou fils, de pins trois perles, et de ce chef Alain d*Albret reconnaît devoir au seigneur d'Argenton trois mille livres, qui devront être payées avant tout rachat du comte de Dreux ^
Les perles vendues par Commines brillèrent peut-être dans les fêtes qui signalèrent la marche des Français en Italie : il eût mieux valu une solide armure pour les périls qui marquèrent leur retour.
La guerre venait d'être définitivement résolue , et dès ce moment, Commines, qui Tavait combattue dans les conseils» montra le plus grand zèle pour en assurer le succès. Il nous apprend notamment qu'il équipa, à ses frais, une grosse galléace c très-puissante , avec grant artillerie ^ et grosses c [Hèces, » telles que les Italiens n'en avaient jamais vues de semblables '. C'était, selon toute probabilité, le plus gros navire de la flotte, car ce fut celui que choisit le duc d'Orléans, qu'on croyait appelé à prendre le commandement de toute l'armée de mer.
* Documents des archives des Basses-Pyrénées, publiés par M. Rahlenbeck. II y a quelques lacunes dans ces documents. Par une chai'te du 13 décembre 1493, le terme du rachat du comté de Dreux avait été prorogé.
' Ce goût pour les armes qui devaient briser les remparts et détruire les gros bataillons, paraît avoir été héréditaire dans la famille de Commines. Son père avait réuni au château de Renescure un assez grand nombre de canons que le duc Philippe employa en Orient contre les infidèles. Commines remarque que le fait de Tartillerie n'avait jamais été si bien entendu en France que dans Texpédilion de 1494 et que les Italiens y connaissaient peu de chose. (Mém.^ t. II, p. 346.)
» Mém., t. II, p. 335, 342 et 346.
En ces besoins pressants , on demanda cent mille francs aux Soli de Gênes à l'intérêt de 3 4/â pour cent par mois ^ On empranta aussi à un marchand milanais cinquante mille ducats, qui furent avancés par le duc de Milan, à la condition qu'ils fussent garantis personnellement par divers seigneurs. Le seigneur d'Argenton, entre autres, s'engagea pour six mille ducats *.
Commines ât mieux encore : il fut l'un des premiers à monter à cheval , afin de ne pas se trouver au milieu des courtisans dont il méprisait l'inexpérience '. Mais il fut rappelé presqu'aussitôt, parce que le projet d'expédition parut un instant ajourné; et lorsqu'on l'exécuta, le roi, mieux avisé, retint Commines près de lui.
* Coctier menace de poursuites pour avoir reçu de Louis XI 93,000 ëcus en six ou sept mois, en avança 50,000 pour Texpédition dltalie. (Commines, éd. Lenglet, t. IV, p. 289.)
* Mém.,%, II, p. 331.
' Espérant passer les monts en moindre compagnie. {Mém,, t. II, p. 331.)
104 LETTRE» fiT NBOOi^ATIONS
VIJI