COMMINES PENDANT LA MINORITE DE CHARLES VIII
Dans les Mémoires de Philippe de Connûmes, une lacune considérable se remarque depuis la mort de Louis XI, en 1483, jusqu'aux guerres d'Italie, en 1494. C'est cette époque laissée dans l'ombre et ensevelie dans un profond silence par le seigneur d'Argenton, que nous allons étudier d'après les documents originaux. Nous l'y retrouverons avec ses qualités et ses vices. Il portera au milieu des intrigues cette vive intelligence qui ne lui fit jamais défaut et qui lui révélait les intérêts et les destinées de la société moderne ; mais, en même temps, par un constant et déplorable contraste, son honneur et sa loyauté seront livrés à de honteuses enquêtes et à une publique flétrissure.
La dame de Beaujeu s'était trouvée, en vertu des dernières volontés de son père, investie de la régence pendant la minorité de Charles VIII. Il était douteux toutefois qu'elle possédât la puissance nécessaire pour l'exercer, et quinze jours à peine s'étaient écoulés depuis la mort de
Louis XI, lorsqu'elle fut réduite à tolérer une réunion des princes du sang, jaloux de son autorité et bien résolus à la partager avec elle, s'ils consentaient à ne pas l'en dépouiller complètement. Dans cette assemblée, qui se tint à Amboise et qui se prolongea pendant quelques semaines, le duc d'Orléans fut nommé lieutenant-général de l'Ile de France, de la Champagne, du Vermandois, du Beauvoisis et d'autres pays contigus. Commines fut l'un des signataires de cette ordonnance l. Il était, dit-il lui-même, « aussi privé « du duc d'Orléans que nulle autre personne 2. » 11 s'attachait à lui parce qu'il le croyait appelé à triompher d'Anne de Beaujeu et parce qu'il espérait avoir sa part dans ses succès.
Anne de Beaujeu avait formé un conseil de douze personnes, chargées de vaquer avec elle aux soins du gouvernement du royaume. Trois nouveaux membres y entrèrent : c'étaient le sire de Saint- Vallier, de la maison de Poitiers ; Geoffroi de Pompadour, évêque de Périgueux, et le seigneur d'Argenton 3. Nous croyons ne pas nous tromper en attribuant à l'influence du duc d'Orléans l'adjonction de ces trois noms. En même temps, des lettres royales du 2 octobre 1483 confirmaient Commines dans ses fonctions de sénéchal de Poitou, et au mois de novembre de cette année, on lui confia une ambassade vers le duc de Bretagne et la
1 Recueil des ordonn., t. XIX, p. 152 (9 octobre 1483). Le nom de Commines se lit au bas d'une autre ordonnance du 24 octobre. Ibid., p. 159.
2 Me'm., t. II, p. 596.
3 Je estoie de ce conseil, qui avait esté lors créé tant par les prouches parents du roy que par les trois cstats du royaulme. Me'm., t. II, p. 294.
charge de recevoir sur son passage l'hommage des cités au nouveau roi, notamment celui de la ville de Niort, dont les échevins se rendirent au devant de lui jusqu'à Saint- Maixent1. Commines , à son retour, suivit le jeune roi à Cléry, près du tombeau de son ancien maître le roi Louis XI, et il est cité comme témoin dans les lettres royales du 5 décembre 1483 où Charles VIII renonce pour dix années à la juridiction du Parlement sur la Flandre, en faisant un pompeux éloge de ce pays « fréquenté de marchands étran- « gers plus que nul pays qui soit deccà la mer océane 2. »
Commines, associant son nom à des actes qui formaient un éclatant retour vers une ère de franchises et de libertés, n'exerçait son influence sur le duc d'Orléans que pour chercher à effacer, par des réformes utiles et par la popularité qu'elles ne manqueraient point de recueillir, le souvenir des impitoyables rigueurs du dernier règne.
On aurait tort de s'étonner si Commines , serviteur trop complaisant de Louis XI, parle « de ce royaulme tant foullé « et oppressé en mainte sorte3. » Il ira bien plus loin , car il fera peser la responsabilité des hontes et des crimes sur les ministres comme sur les rois : ce qu'il dit des grands princes soumis à l'information que les pleurs et les gémissements des victimes poursuivent devant le Juge suprême, il le répète des grands gouverneurs, et c'est en parlant des uns et des autres qu'il se demande « quelles sont les causes « pour quoy ils n'ont considération de la puissance divine.
1 Notice de M. de la Fontenelle, p. 43.
2 Godefroy, Hist. de Charles VIII, pp. 393 et 395; Recueil des ordonn. XIX, p. 215. On retrouve le nom de Commines au bas d'une autre ordonnance du 8 décembre.
3 Mém., t. II, p. 144.
« et de sa justice1. » Il cherchait à faire oublier, en feignant de l'oublier lui-même, à quelle tyrannie s'étaient associés les conseillers de Louis XI ; et il ne songeait qu'à parer de couleurs brillantes la voie qu'il ouvrait aux conseillers de Charles VIII, appelés à être désormais les bienfaiteurs du peuple.
Quel sera le remède à un état de choses où une volonté absolue, multipliant les supplices et les tailles, a absorbé à la fois les droits et les ressources de la nation ? Il faut le chercher dans une réunion solennelle de ses représentants librement élus, où se feront entendre ses aspirations et ses vœux2. Aussi Commines ne saurait assez insister sur l'utilité et la légitimité de la tenue d'états-généraux, et il va jusqu'à dire que ceux qui s'y opposent, commettent un crime envers Dieu, le roi et la chose publique 3.
La convocation des états-généraux en 1484 doit, à notre avis, être attribuée à Commines, dont le duc d'Orléans suivait les conseils 4 ; et lorsque cette célèbre assemblée se
1 Mém., t. II, p. 147.
2 Une seule fois, Louis XI avait réuni les états-généraux , et ce qui s'y passa, l'engagea sans doute de ne plus le faire. Néanmoins, il avait désigné lui-même ceux qui y siégeraient, espérant bien « qu'ils ne contrediroient pas à son vouloir. » Mém., t. I, p. 211.
Les archives de Tournay offrent sur cette assemblée des états-généraux des détails fort intéressants.
3 Mém., t. II, p. 143.
•* Dans une lettre du 12 mars 1483, adressée au duc de Bourbon, le duc d'Orléans rappelle que c'est de lui qu'émanent les requêtes présentées au roi pour la réunion des états-généraux. Preuves de l'Histoire de Charles VIII, p. 399. Le duc d'Orléans s'exprime plus explicitement encore dans son manifeste du 17 janvier 1484 (v. st.) Godefhoy, p. 46G. Les ducs de Bourbon et de Bretagne s'étaient joints au duc d'Orléans.
réunit à Tours au mois de janvier, on vit le duc d'Orléans, toujours guidé, croyons-nous, par Commines, se faire honneur de prendre part à ses délibérations. Le duc de Bourbon, que le duc d'Orléans appelait « son bon père1, » y siégeait aussi et amenait avec lui le sire de Culant , qui votait avec les membres du conseil, quoiqu'il n'en fît point partie 2. Des relations intimes s'étaient établies entre Commines, le sire de Culant et l'évêque de Périgueux.
Les états-généraux s'empressèrent de ratifier le choix des quinze membres du conseil. Pour activer leurs travaux, ils s'étaient divisés en sections, mais elles étaient loin d'être égales les unes aux autres en crédit et en autorité. Une influence prépondérante était acquise à la section de Paris 3, et c'était là que Commines avait choisi sa place avec un autre transfuge, le sire de Crèvecœur4. Commines avait été frappé du rôle que la capitale était appelée à remplir dans les destinées de la France 5. Si Charles VII n'avait pas désespéré de la monarchie, même à Bourges, Louis XI, au contraire, déclarait que perdre Paris, c'était perdre la couronne 6. Dominer à Paris, d'après Commines qu'animait la même pensée, c'était gouverner le royaume.
Quelles étaient les idées que Commines cherchait à faire prévaloir ? Quel était son plan de gouvernement? Las d'une
1 Godefroy, Hist. de Charles VIII, p. 399.
2 Journal de Jean Masselin.
3 La section de Paris comprenait l'Orléanais , le Nivernais, la Champagne, la Picardie, etc., c'est-à-dire le cœur et toute la puissance de la France.
* Journal de Jean Masselin, p. 223.
5 Voyez Mem., t. I, p. 74.
tyrannie qu'il avait connue de plus près et d'abus dont il avait pu sonder tous les désordres , il s'était pris à rêver une situation nouvelle où la nation , associée aux droits de la royauté, eût aussi partagé la responsabilité de ses devoirs, et où, de plus, le talent et l'habileté n'eussent point été le jouet du caprice d'un seul. Après avoir été le ministre de la volonté la plus absolue qu'on eût jamais rencontrée, il était arrivé à vouloir fonder ce que, de notre temps, on a appelé le gouvernement parlementaire ou constitutionnel : épisode vraiment intéressant d'une carrière si active et si agitée.
Commines, en formant ces projets pour la France, se souvenait à la fois de la Flandre, de l'Angleterre et de l'Italie.
Bien qu'il ne ressentît, comme Louis XI, qu'un profond mépris pour les représentants des communes flamandes, « qui n'estoient, dit-il, que bestes et gens de ville la plus- « part \ » il admirait leurs lois et leurs usages, leur activité, leur industrie et ce patriotisme même qui avait déjoué ses propres ruses. Parlant des provinces gouvernées par Philippe le Bon , il déclare que c'étaient « terres de pro- « mission, » parce que le duc y taillait peu ses sujets 2.
Il avait aussi trouvé en Angleterre le modèle d'institutions restées inébranlables au milieu des révolutions qui ensanglantaient le trône. En Angleterre, observe-t-il , le roi ne peut aborder aucune grande entreprise « sans assem- « b'.er son parlement (qui vault autant à dire comme les « trois estats), qui est chose très-juste et saincte ; et en « sont les roys plus fors et mieulx servis , quant ainsi le
1 Mém.,t. II, p. 112.
2 Mém., t. I, p. 19.
« font en semblables matières. Selon mon advis, entre « toutes les seigneuries du monde , où la chose publicque « est mieulx traitée, où règne moins de violence sur le « peuple, c'est Angleterre l. »
Enfin, Florence lui avait offert « une auctorité doulce « et amyable, et telle que estoit nécessaire à une ville de « liberté. » Ce qui l'avait conduit à cette remarquable conclusion : que le vrai caractère de la sagesse politique, c'était « de gouverner modérément une grande autorité 2. »
Deux points préoccupaient surtout Commines : la levée de l'impôt librement consenti par les états-généraux, et la formation d'une armée régulière qui eût fait participer la nation à ce qui touchait son honneur, aussi bien qu'à ce qui intéressait sa prospérité.
Commines n'hésite pas à affirmer que le roi ne peut lever aucun impôt sans le consentement des états -généraux. « Y a-t-il roy, ne seigneur sur terre, qui ait povoir de « mettre ung denier sus ses subjects , sans octroy et con- « sentement de ceulx qui le doibvent payer, sinon par « tyrannie ou violence? Nostre roy est le seigneur du « monde qui moins a cause de user de ce mot : « J'ay privi- « lége de lever sur mes subjects ce qui me plaist, » car luy, « ne aultre ne l'a. Est-ce que le roy doibt alléguer privi- « lége de povoir prendre à son plaisir, sur subjects qui si « libérallement luy donnent? Ne seroit-il plus juste envers « Dieu et le monde de lever par ceste forme que par vou- « lente désordonnée?3 »Si Mahomet II, à sa mort, regretta
1 Mém., t. II, p. 142.
e Mem., t. II, p. 338.
3 Mem., t. II, pp. 141, 145.
un impôt qu'il venait d'établir : « regardez que doibt faire « ung prince crestien qui n'a auctorité fondée en raison de « riens imposer sans le congié de son peuple. » Lever des tailles, « c'est grant tyrannie l. »
Charles VII, dans de graves circonstances, fut le premier qui imposa des tailles à son plaisir, sans le consentement des états-généraux : « il chargea fort son âme et celle « de ses successeurs et mit une cruelle playe sur son « royaulme, qui longuement saignera2. «C'est cette plaie qu'il faut guérir, mais il faut aussi que la nation soit consultée sur les guerres que l'on entreprendra, et que désormais l'organisation militaire repose sur l'intervention de ceux qui ont à défendre ou l'honneur ou la sécurité du pays.
Commines pose le principe : « Si vous dis que les roys en « sont trop plus 'fors quant ils entreprendent la guerre du « conseil de leurs subjects et en sont plus craints de leurs « ennemys3. » Puis il en déduit les conséquences et demande qu'il y ait une armée, soumise à une sévère discipline, régulièrement payée tous les deux mois 4, force protectrice et amie, et non plus nourrie de spoliations et de violences 5.
Commines avait vu le duc de Bourgogne réunir une milice fixe qui était toujours prête à prendre les armes et que tous les mois l'on passait en revue. On les appelait « les mesna- « giers. » Charles le Hardi les congédia, trouvant qu'il lui
1 Mém., t. II, p. 389.
4 Mém., t. II, p. 140.
5 On reprochait à Bertrand du Guesclin d'avoir établi au profit des gens d'armes l'usage de prendre sans payer.
coûtaient trop cher x ; mais il reconnut bientôt « le dom- « mage qu'il avoit eu de n'avoir des gens d'armes prests « comme avoit le roy 2. » De son côté, Louis XI désorganisa son armée, parce qu'il se défiait de ses sujets : il licencia les francs archers pour n'enrôler que des Suisses que le nouveau roi se hâta de renvoyer dans leurs montagnes. Il fallait rendre au premier devoir que tout homme a à remplir vis-à-vis de son pays, un caractère national.
Puis se succédaient dans l'esprit de Commines d'autres préoccupations non moins élevées, non moins importantes : l'unité de la législation, la réforme de la monnaie, la liberté du commerce. Ces grandes et fécondes idées allaient bientôt être soumises à une assemblée des mandataires de la nation, telle que la France n'en avait jamais vue, telle qu'elle ne devait la retrouver que quatre siècles plus tard, pour fermer le deuil de la monarchie et ouvrir la carrière des révolutions.
Les états-généraux, dont la première séance eut lieu le 15 janvier 1484, comprirent leur mission ainsi que Commines l'avait définie, et même en en exagérant l'étendue.
Le premier orateur qui était un clerc, affirma que la personne du roi et la disposition du gouvernement étaient placées dans les mains des états3; maispersonne n'alla aussi loin que le seigneur de la Roche, ancien serviteur de la maison de Bourgogne comme Commines4. « L'Etat, disait-il,
1 Mém., t. I, p. 213. « Il aymoit mieulx les estrangiers que ses « subjects dont il povoit finer assez et de bons amys » . Mém., t. II, p. 5.
2 Mém., t. I, p. 227.
3 Res magna in vestris manibus posita est : régis personna et dispositio regni. Journal de Masselin, p. 66.
4 Philippe Pot, seigneur de la Roche-Nolay, avait été élu en 1461
« est la chose du peuple : c'est le peuple qui est souverain. « Comment des flatteurs attribueraient-ils la souveraineté « au prince qui n'existe que par le peuple? Ceux qui gou- « vernent sans le consentement du peuple, sont des tyrans « et des usurpateurs du bien d' autrui. Puisqu'il est eon- « stant qu'en ce moment le roi ne peut disposer de la chose « publique, il faut qu'elle revienne au peuple, donateur pri- « mitif, et qu'il la reprenne comme sienne, puisque c'est sur « lui que retombent toujours les fautes du gouvernement. » Étrange langage chez un chevalier qui siégeait aux états comme délégué de cette province de Bourgogne, perfidement enlevée à la petite-fille du prince qui avait donné au sire de la Roche le collier de la Toison d'or ! Jean Masselin, qui recueillit ce discours et qui constate qu'il fut entendu avec une grande faveur, était lui-même un ancien clerc de Louis XI, qui avait dressé le procès-verbal de l'assemblée d'Orléans où l'on avait voulu imposer le schisme au clergé. Les rois et les peuples trouvent dans les âmes basses et vénales les mêmes adulateurs.
Ce fut un étrange spectacle que celui qu'offrirent les étatsgénéraux de Tours. Tandis que les victimes de Louis XI énuméraient leurs lamentables souffrances, d'anciens conseillers de ce même Louis XI , confondus dans cette assemblée avec les députés des communes , parlaient de liberté et de limitation de l'autorité royale. Lorsque les enfants du duc de Nemours présentèrent un si triste récit de la
chevalier de la Toison d'or. Au chapitre du mois d'avril 1478, il est déjà cité comme ayant trahi la maison de Bourgogne. Les seigneurs de la Roche et de Commines se trouvaient ensemble à la cour <!<■ Charles VIII, le 5 mars 1484. Ordonn., t. XIX, p. 280.
DE COMMINES. Il
mort de leur père, qu'ils furent interrompus par les sanglots des assistants, Commines put se rappeler qu'il s'était enrichi de ses dépouilles. Lorsque l'avocat de la maison d'Armagnac, déroulant le tableau des tortures infligées par les geôliers et les bourreaux, s'écriait, en terminant : Proh! Dei homimcmpte fidem , adJmc M sceleratissimi non modo spirant et vimnt, sed etiam dhitiis et lionorïbus fruuntur! Commines siégeait à côté de Philippe l'Huilier et d'Olivier le Roux, les plus infâmes de ces geôliers et de ces bourreaux, devenus les démagogues du lendemain, et nous ne savons quelle impression secrète de joie et de vengeance traversa son àme, lorsqu'on abandonna à la vindicte populaire ses rivaux qui lui avaient enlevé les dernières caresses de Louis XI, Olivier le Diable, qu'on pendit, et Doyac, dont on coupa les oreilles. Le duc d'Orléans recueillit les dépouilles d'Olivier le Diable, et Commines, dans ses Mémoires, crut être assez généreux en ne mentionnant pas son honteux châtiment.
Tels étaient les bizarres et émouvants auspices sous lesquels s'inaugurait ce régime nouveau qui devait avoir, disait-on, un code politique spécial, ce qu'aujourd'hui nous appellerions une Constitution.
Les opinions de Commines se retrouvent presque toutes dans les vœux exprimés par les états-généraux.
En ce qui touche les dépenses du roi et de l'État, si le domaine ne suffit point, il sera mis sur le pays des impositions modérées autres que les tailles, dont le nom est odieux au peuple. Les tailles et gabelles seront abolies.
S'il arrive quelque guerre, les gens des trois états subviendront à la nécessité du roi et du royaume.
n LETTRES ET NEGOCIATIONS
En ce qui concerne l'administration de la justice, il faut que les juges soient choisis par le roi sur la présentation des cours souveraines ; qu'ils soient inamovibles, mais responsables en cas de forfaiture ; que les procédures soient abrégées et simplifiées ; qu'on ne prononce plus par défaut la peine de la confiscation; que l'on ne puisse saisir les instruments de travail l.
En ce qui touche le fait des marchandises, il faut qu'il soit loisible à tout marchand de circuler clans le royaume et hors du royaume franchement et librement; que tous acquits et péages soient supprimés ; qu'il y ait une bonne monnaie; qu'on répare les routes et les ponts.
Enfin, en ce qui se rapporte aux deux points spécialement développés par Commines, l'impôt et l'armée, on évalua la force de l'armée permanente à deux mille cinq cents lances et à six mille hommes d'infanterie, et l'on accorda un impôt annuel de quinze cent mille livres 2.
Il faut ajouter que les états-généraux décidèrent que le duc d'Orléans présiderait le conseil , et cette résolution paraît avoir engagé la régente à faire quitter brusquement au jeune roi la ville de Tours, dont l'air, disait-on, ne lui convenait point (8 mars). L'absence du roi entraîna la séparation des états-généraux.
Dès ce moment, Anne de Beaujeu allait lutter avec une prudence et une énergie dont l'histoire lui a tenu compte, contre le parti des princes du sang.
' Il est douteux que Commines se soit pleinement félicite
1 II faut, dit Commines, « traicter les subjects en grant doulceur et en bonne justice. » Me'm., t. II, p. 3.
2 Preuves de V Histoire de Charles VIII, p. 339. Voyez aussi le Journal de Jean Masselin.
de cette première tentative de gouvernement parlementaire. Il n'avait pas réussi à établir son influence sur ces bases chancelantes et agitées, et néanmoins, pour atteindre ce but, il avait démenti son passé, condamné sa conduite, désavoué tout ce qu'il avait fait et tout ce qu'il avait approuvé. Il n'avait pas même osé s'opposer à une ordoiij nance rendue presqu'aussitôt après la mort de Louis XI, où l'on avait déclaré qu'il y avait lieu de réviser « les « grandes aliénations induement faictes du dommaine royal « à plusieurs gens lais qui les tiennent par les dons qu'ils en « ont obtenus par leurs grans importunités et autrement1. »
Cette ordonnance appelait contre le seigneur d'Argenton d'anciennes et redoutables revendications.
A peine Louis XI avait-il rendu le dernier soupir, que la maison de la Trémoïlle provoqua une enquête sur l'intention qu'elle assurait avoir été manifestée par le roi mourant, de révoquer une inique spoliation.
Le 9 septembre 1483, Antoine de Jarrye déposait en ces termes, au château d'Amboise, devant le lieutenant de Touraine :
« Noble homme, Antoine de Jarrye, dict et deppose, par son « serment, que le jeudi 28 août dernier passé 2 , environ l'heure « de trois heures après midi, lui estant ou chastel de Montils- « lez-Tours, en la chambre en laquelle le feu roy Loys estoit « malade, après son réveil de dormir, demanda ledict feuroy à « un des gens de sa chambre si Estienne de Vez, bailli de Meaux, « estoit là ; et lors ledict Estienne, qui estoit dans ladicte « chambre, se présenta devant ledict seigneur, et incontinent « que ledict seigneur l'eust apperceu, lui dict les paroles qui
1 Recueil des ordam., t. XIX, p. 140 (22 septembre 1483).
2 Deux jours avant la mort de Louis XI.
« s'ensuivent : Estienne, dictes à monsieur le Dauphin que j'ai « tenu la viconté de Thouars, que j'ai baillée au seigneur de Brésil suyre ', en laquelle je n'ai aucun droit, mais appartient aux « enfants de la Trémoïlle ; et dictes-lui que je lui prie qu'il la « leur rende et le plus tost qu'il pourra, car j'en sens ma con- « science chargée; et si je estoye en prospérité, je la leur baille- « roye, aussi Tallemont, que j'ai baillé au seigneur d'Argenton. « Je lui ai promis deux mille livres de rente ; il est estranger, « est un honneste chevalier et homme de bien , et m'a bien « servi. Pour ce, je vous prie, dictes à monsieur le Dauphin « qu'il m'en acquitte et qu'il lui baille les dictes deux mille livres « de rente, car je vueil que Talmont lui soit rendu. Je lui laisse « assez pour me acquitter ; ce ne monte pas grant chose, et est « tout ce que dont je en tiens plus ma conscience chargée *. »
La même déposition fut faite par Etienne de Vesc, bailli de Meaux, et par Jacques Goctier, premier président de la chambre des comptes.
Antoine de Jarrye était écuyer de Pierre de Beaujeu, beau-frère et tuteur du jeune roi, et on ne peut passer sous silence qu'Anne de Beaujeu, aussi « sage» que le roi son père, avait reçu de la maison de la Trémoïlle, comme prix de son intervention, une somme de dix-sept mille livres 3. Ajoutons
1 On ne rencontre aucune donation faite par Louis XI du château de Thouars. C'était Bressuire qui s'en était emparé à la mort de Louis d'Amboise, mais il n'avait agi qu'au nom du roi, et Commines paraît avoir seul étendu son autorité à Thouars. Du reste, dans le procès qui va s'engager, les revendications dirigées contre Commines porteront aussi bien sur Thouars que sur Talmont et les terres voisines.
2 Mém., t. III, pr. p. 81.
3 Anne de Beaujeu avait élevé des prétentions sur la terre de Thouars. Le 5 décembre 1483, elle y renonce pour 17,000 écus d'or payés par les La Trémoïlle. Le 10 mai 1484, elle donne quittance de
qu'Etienne de Vesc, ancien valet de chambre de Louis XI, devait atteindre à une haute fortune sous Charles VIII, qui lui donna un duché dans le royaume de Naples; mais Commines lui garda toujours rancune de sa déposition au château d'Amboise : c'était « un homme de petit estât et qui « de nulle chose n'avoit eu expérience1. » Quant à Coctier, il est aisé de reconnaître dans le premier président de la cour des comptes, le médecin à qui Louis XI donnait dix mille écus par mois afin qu'il lui allongeât la vie, et qui lui adressait d'outrageuses et rudes paroles 2.
Le 19 septembre 1483, Charles VIII ordonnait de mettre les La Trémoïlle en possession de la vicomte de Thouars et de la principauté de Talmont, « pour en jouir « à titre de provision 3. » Mais Commines forma aussitôt opposition à l'entérinement des lettres royales. Dès le 2 octobre , il fit exposer au grand conseil « qu'il estoit « question de grant chose , et que par arrest de parle- <c ment, la vicomte, terre et seigneurie de Thouars avoit « esté adjugée au roy, et la dite vicomte unie et joincte à « la couronne de France , et que , pour déduire les dites « choses, le dit de Commynes n'avoit peu trouver de con- « seil en ceste ville d'Amboise4. » Huit jours après, il demanda un délai , attendu, répétait-il , « qu'il n'avoit pu « recouvrer de conseil en ceste dite ville d'Amboise pour « communiquer sa matière 5. »
10,000 écus payés à compte et de plus d'un diamant en bague. (Archives de Thouars.)
1 MéW-, t. II, p. 329.
* 3Icm., t. II, pp. 227, 228, 258, 263, 364.
5 Mcm., pr. t. II, p. 83.
4 Archives de Thouars.
5 Archives de Thouars.
Un long et honteux procès s'engageait au moment même où Commines siégeait parmi les quinze conseillers du nouveau roi aux états-généraux de Tours. L'avocat de la maison de la Trémoïlle soutenait que Philippe de Commines connaissait parfaitement l'acte par lequel le roi Charles VII avait approuvé le mariage de Pierre de Bretagne et de Françoise d'Amboise, et qu'il avait aidé à le faire disparaître. Si Commines comptait sur le silence des témoins qui avaient tous juré, entre les mains de Louis XI, de ne rien révéler, son espoir fut promptement déçu. L'archevêque de Tours, Élie de Bourdeille, qui, au lit de mort de Louis XI, lui avait rappelé la spoliation des La Trémoïlle, déclara, le 8 octobre 1483, relever de leurs serments tous ceux qui pouvaient éclairer la justice l.
L'enquête s'ouvre dans les derniers jours de janvier.
Jacques de Beaumont, seigneur de Bressuire, dépose qu'il a été chargé par Louis XI, ainsi que Commines, d'aller rechercher au château de Thouars les lettres qui pouvaient servir au procès contre les La Trémoïlle. Il ajoute qu'il tenait dans ses mains les lettres de Charles VII, lorsque Commines les lui arracha et les lança au feu , en disant : « Le roy veult que ces lettres-cy soient jetées au feu. » Jean Chambon les en retira, et le seigneur de Bressuire les porta au roi ; Commines l'accompagnait et dit : « Sire, vecy « monsieur de Bressuire qui a des lettres qui ne servent « pas bien à nostre matière. » Louis XI les prit et les livra aux flammes, en ajoutant : « Je ne les brusle pas, c'est le « feu; » mais aussitôt après, il fit jurer à tous ceux qui étaient présents qu'ils ne révéleraient rien de ce qu'ils
4 Mém., t. III, pr. p. 95.
avaient vu. « Jean Chambon , ajoutait le roy, a cuidé nous « tromper, moi et le seigneur d'Argenton. »
Le seigneur de Bressuire observe « qu'il scet bien que le « seigneur d'Argenton a eu grant auctorité et a esté fort « en la grasce du feu roy1. »
Un autre témoin, Richard Estivalle, procureur de la vicomte de Thouars, dépose que feu le roi Louis XI « lui « déclaira les services que le dit de Commynes lui avoit faits « pendant qu'il estoit avec le duc Charles de Bourgogne, « et que pour ce le voloit récompenser. » Il apporta au roi les lettres de restitution émanées de Charles VII et reçut l'ordre de les remettre à Commines, mais il ne voulut pas le faire, parce qu'il n'avait pas de décharge, et ce fut le roi lui-même « qui les bailla en garde au dict de Commynes, « qui les print et receut. » Il a vu aussi « le feu roy Loys « prendre la lettre relative au mariage de Françoise d'Am- « boise, et la jetta ou fit jetter au feu par le dict de Com- « mynes, n'est recors lequel des deux 2. »
Voici enfin en quels termes dépose Jean Chambon , qui a retiré les lettres du feu :
Honorable homme et saige , maistre Jehan Chambon , conseiller et maistre des requestes ordinaires de l'hostel du roy, aagé de soixante ans, dit que, visitant les lettres de Thouars, quant messire Philippe de Commynes ouyt dire à qui il deppose et à autres qui les visitèrent, qu'il y en avoit une de la restitution de Thalemont , et l'autre de la permission de mariage, iceluy de Commynes les prit et les jetta au feu. Et lors il qui deppose, dit que e'estoit très-mal faict, et se leva hastivement
1 3/ém., t. III, pr. p. 103.
'-' 3Iém., t. III, pr. p. 110.
et les retira dudict feu ; et dit qu'il ne voudroit point estre présent à telles choses, mais conseilla que l'on les portast devers le roy. Et ne set depuis que devindrent les dictes lettres, sinon qu'il ouyt depuis dire aux dessusdicts que ledit feu roy les avoit jettées au feu. Et est bien recors que, certain temps après, ledict feu seigneur luy dit, ainsi que dessus a dit, que lesdictes lettres n'estoient en ciel, ny en terre ; et, en disant cela, luy monstra le feu qui estoit en la chambre, en se sousriant; et adoncques luy feit faire le serment de non révéler ledict cas, comme il avoit fait faire aux autres dessusdicts. Dit outre que, deux ans après, le procès dudict Thalemont durant, ledict feu seigneur feit venir il qui deppose, et luy dit qu'il falloit qu'il allast à Paris poursuivre ledict procès audict parlement ; et disoit ledict feu seigneur que il se esbahissoit comme il duroit tant. Et il qui deppose, luy feit responce qu'il y avoit beaucoup de difficultés audict procès, car lesdicts de la Trémoïlle mettoient en faict que les lettres de restitution estoient audict Thouars, en la puissance dudict feu roy Loys, et par ainsi n'en po voient riens monstrer, mais ils trouveroient bien gens qui en depposeroient qu'ils avoient veu les dictes lettres. Et aussi dit il qui deppose, audict feu roy, ces mots ou semblables : « Sire, vous savez bien comme il va des dictes « lettres , et la conscience y gist. » Et lors ledict feu roy Loys demanda à il qui deppose, s'il n'avoit point parlé au sieur de Cran, entendant qu'il l'eust suborné ou fait dire les paroles dessusdictes ; et il qui parle , luy respondit que non , mais le disoit pour soy acquitter envers luy. Et lors il qui deppose, luy supplia que , attendu qu'il avoit son imagination sus luy, que il ne l'envoyast point à Paris. Et alors ledict seigneur luy jura et affirma que il n'avoit point d'ymagination sus luy, en lui disant Que, au regart de ce qui avoit esté faict desdictes lettres, il ne lui en devoit challoir *.
Le 20 février, le Parlement a ordonné à Commines de produire ses moyens de défense. Trois jours après, il invoque
1 Mém., t. I, Introd. p. LXIV.
la garantie expresse mentionnée dans la donation qui lui a été faite, et déclare appeler en cause le procureur général du roi ; mais la valeur de cette garantie est évidemment bien affaiblie depuis que Charles VIII a succédé cà Louis XI. Le Parlement l'autorise toutefois « à amener « son garant, si bon lui semble \ » mais il maintient le jour de la citation.
Commines , mécontent et inquiet , songea-t-il à cette époque a rentrer dans sa patrie et à se réconcilier avec Maximilien? Quelques traces de cette intention sont arrivées jusqu'à nous. Alain d'Albret, qui avait siégé avec Commines dans le conseil de Charles VIII, l'avait associé, comme l'avait fait naguère le prince de Tarente, à l'espoir d'une couronne (c'était celle du royaume de Navarre promise à son fils). Commines prêtait de l'argent qui, le jour du succès, eût produit de notables bénéfices, et en même temps le sire d'Albret, héritier de la maison de Chàtillon, cédait les terres d'Avesnes et de Landrecies à Commines, qui voulait y bâtir un château et qui fût devenu de plein droit l'un des pairs du comté de Hainaut2. Cependant, il était douteux que cette transmission pût s'effectuer régu-
1 Archives du château de Thouars (23 février 1484).
2 Le prix des seigneuries d'Avesnes et de Landrecies fut fixé à vingtcinq mille écus d'or, et afin que le contrat ne laissât rien à désirer sous le rapport de la forme, on le fit dresser le 7 avril 1483 (v. st.) par un tabellion impérial qu"on appela de Cambray. Cet acte" a été publié par M. Rahlenbeck, Messager des sciences Hsloriqties , 1867 p. 219. Le 25 août 1485, Commines était à Montsoreau, lorsqu'il chargea Reguault du Noyer et Olivier de Yendel de payer cinq mille écus qu'il devait encore au sire d"Albret. Quelques mois plus tard, Philippe de Commines prêta mille livres au sire d'Albret. Archives des Basses-Pyrénées. — Alain d'Albret, bisayeul de Henri IV, avait épousé Françoise de Bretagne, arriére-petite-fille de saint Charles de Blois.
lièrement, et dès le lendemain du jour où Alain d'Albret s'y était engagé , Commines réclama de lui un nouvel acte où il promit d'assurer au seigneur d'Argenton, à défaut des domaines d'Avesnes et de Landrecies, le comté de Dreux, en se réservant toutefois le droit de rachat pendant dix années ' .
Le comté de Dreux avait appartenu, comme Talmont, à la maison d'Amboise, mais dès 1473, Louis de Belleville, petit-fils de Charles VI et d'Odette de Champdivers, l'avait reçu du roi en échange de la baronnie de Montaigu 2. Commines avait été présent à cette convention, et s'était épris, paraît-il, de la richesse de ce domaine que défendait un vieux château.
Depuis qu'Anne de Beaujeu avait quitté Tours, son parti s'organisait avec vigueur sous l'impulsion de son énergique volonté, et Commines comprit que le procès soulevé devant le Parlement allait prendre une gravité contre laquelle ses efforts seraient impuissants. Les circonstances devenaient de moins en moins favorables : il s'agissait d'attendre qu'elles se fussent améliorées et de retarder le plus possible la marche des débats judiciaires.
Commines a écrit quelque part que dans les procès, « il « faut avoir bonne cause, despendre largement et compter « sur la longueur du temps pour avoir raison3. » Comme il n'avait pas bonne cause, il cherchait d'autant plus à tout obtenir par « longueur de temps. »
1 Acte du 8 avril 1483 (v. st.) Archives des Basses-Pyrénées.
2 Commines avait été l'un des témoins de cet acte. — On voit par une lettre de Louis XI au seigneur de Bressuire qu'il tenait beaucoup à ce château de Montaigu où ses gens dévoient entrer sans bruit, ayant chacun une bonne arbalète. (Brantôme).
5 Mém., t. II, p. 137.
Cependant, les héritiers de la Trémoïlle poursuivent la revendication avec autant de zèle et d'activité que Commines apporte de lenteur et de mauvais vouloir à s'y soumettre. Ils déclarent le 22 juin qu'ils entendent invoquer, « en tant que mestier est et servir leur pourroit, les enques- « tes ou examens faits en ceste matière, tant touchant la « dite voulenté et déclaration du feu roy que le brûlement « des lettres et filtres desdits demandeurs l. »
Le moment est venu où Commine^ lui-même ne pourra plus échapper à ces enquêtes et à cet examen.
Le 19 juillet 1484, il comparaît devant les commissaires du Parlement.
Du lundi xixe jour de juillet 1484, pardevant messieurs J. d'Armes, P. des Plantes, J. Bouchart et J. Pelieu. Messieurs dessus nommés ont fait venir pardevant eux messire Philippes de Commynes, chevalier, seigneur d'Argenton , lequel, après serment par lui fait sur les saints évangiles de Dieu de dire vérité, a esté interrogié s'il eut jamais charge, de par le feu roy Loys, d'aller au chasteau de Thouars veoir des lettres estans en ieelui, et en quelle compagnie il y fut. Dit que, sept ou huit ans a ou environ , le feu roy Loys envoya il qui parle en la compagnie de maistre Jehan Chamhon , Loys Tindo, le seigneur de Bressuyre, maistre Riehart Estivalle et Regnaut du Noyer, audict chasteau de Thouars, pour scavoir et veoir s'il y avoit aucunes lettres servans au procès qui estoit lors entre les enfans du seigneur de la Trémoïlle et ledict feu roy, touchant les terres du feu viconte de Thouars, auquel lieu de Thouars leur furent monstrées plusieurs lettres par le seigneur de Bressuyre et autres, qui en avoient la garde, lesquelles furent mises sur une table audict chasteau.
Interrogié se lui qui parle et les dessusdicts, entre autres lettres, virent pour lors deux lettres du feu roy Charles, l'une
1 Archives de Thouars.
de la restitution faite par ledict feu roy Charles audict feu Loys, viconte de Thouars, de la seigneurie de Tallemont et Chasteau- Gaultier, et l'autre lettre dudict feu roy Charles, par laquelle il donne congié audict feu Loys. viconte d'Amboise, de marier sa fille à Pierre Monseigneur, fils du duc Jehan de Bretaigne : dit que, pour le présent, il n'a pas bonne souvenance d'avoir lors veu lesdictes lettres, et requiert délay d'y penser, afin qu'il en puisse mieux dire la vérité.
Dit, par le serment qu'il a fait, que le délay qu'il demande, il ne le demande pour éviter d'en dire la vérité , mais est seulement pour y penser, pour en sçavoir plus seurement parler ; et, pour toute souvenance qu'il ait pour le présent, dit que audict ehasteau de Thouars furent regardées plusieurs lettres, et les aucunes par eux emportées, mais ne scet depposer, comme dit a, pour le présent, se lesdictes lettres faisoient mention de ladicte restitution et congié de mariage, et requiert de rechief délay, s'il plaist à la court, d'y povoir penser, afin d'en respondre plus certainement, et jusqu'ad ce que le roy soit en Touraine, ou autre tel délay qu'il plaira à la court lui donner *.
Dix jours après, Commines est rappelé devant les commissaires du Parlement, qui lui ordonnent de répondre péremptoirement par oui ou par non :
Messire Philippe de Commynes, chevalier, seigneur d'Argenton, lequel, après serment par lui fait de dire vérité, lui a esté remonstré par mesdicts seigneurs qu'ils ont fait leur rapport à la court du délay qu'il leur avoit demandé de respondre de la matière dont ils l'interrogièrent le dix-neuf de ce présent mois, et que, tout considéré, par ladicte court a esté appointé qu'il respondra de ce qu'il scet de ladicte matière, affirmative ou négative, ainsi qu'il sçaura parler. Et, ce fait, a esté interrogié se, entre les lettres qui furent trouvées audict lieu de Thouars , furent point trouvées certaines lettres de restitution faite à mon-
1 Mém., t. III, pr.p. 119.
sieur Loys d'Ambôise, lors viconte de Thouars, par le feu roy Charles VU, de Tan 1437, signées A. le Beuf, par laquelle ledict feu roj le restituoit à la seigneurie de Tallemont et de Chasteau- Gaultier, réservée à icelui feu roy Charles par autre restitution par lui faite audict Loys d'Ambôise, Fan 1434.
Dit que, trois mois a ou environ, et après le renvoi fait par les gens du grant conseil du principal de la matière en la court de parlement, touchant les terres dudict feu viconte de Thouars, maistre Regnault du Noyer dit à lui qui parle, qu'il falloit envoyer à Paris les titres que lui qui parle, pourroit avoir touchant ladicte matière; et, pour a faire, envoya, lui qui parle, à Montsoreau quérir les lettres et titres qu'il avoit touchant ladicte matière, lesquelles lui furent apportées en un coffre en la ville de Tours, et les visita ledict du Noyer, et rapporta à il qui parle que, entre ks lettres estans audict coffre, il avoit trouvé unes lettres faisans mention de la restitution faite par ledict feu roy Charles audict feu viconte de Thouars, desdictes terres de Tallemont et de Chasteau-Gaultier ; lesquelles ledict qui parle, veit et ne les leut pas au long, mais les fit coppier par l'un de ses clercs ; et n'estoient icelles lettres de restitution vérifiées, ne expédiées parla court de parlement, ne la chambre des comptes, ne en forme telle qu'il appartient, ainsi qu'il fut dit à il qui parle par son conseil ; et a par devers lui lesdictes lettres, et sont lesdictes lettres de celles qui furent trouvées audict Thouars et apportées devers ledict feu roy Loys, ou dit an 1476, qui les bailla à il qui parle. Dit, sur ce interrogié, que audict lieu de Thouars, ou dit an 1476, furent trouvées aussi unes lettres closes dudict feu roy Charles, signées Charles et Burdelot, faisant mention de la provision faite audict feu viconte de Thouars par ledict feu roy Charles, de marier sa fille à feu Pierre, fils de feu Jehan duc de Bretaigne, lesquelles furent portées dès lors audict feu roy Loys ; et, peu de temps après, icelui feu roy Loys, estant à Thouars, manda venir par devers lui maistre J. Burdelot, chanoine de Saint-Martin, trésorier de l'église de Ne vers, auquel, en la présence de il qui parle, icelui Burdelot, interro-
gié par serment par ledict feu roy s'il avoit escript, signé et expédié lesdictes lettres, respondit que jamais il ne les avait escriptes, ne signées.
Interrogié se lesdictes lettres furent monstrées par ledict feu roy audict Burdelot, ou se ledict feu roy Finterrogia seulement, comme dit est, sans monstrer lesdictes lettres à icelui Burdelot, dit qu'il n'a en mémoire pour le présent.
Interrogié se, audict lieu de Thouars , après que lesdictes lettres furent trouvées, elles furent jettées au feu, et, se elles y furent jettées, par qui et qui les retira du feu, dit qu'il n'a point esté présent que audict lieu de Thouars lesdictes lettres ayent esté jettées au feu, et qu'il a bien mémoire qu'il n'y avoit point de feu en la chambre en laquelle il veit lesdictes lettres audict Thouars, et depuis ne les veit jusqu'à ce qu'elles furent apportées et baillées audict feu roy au lieu de Cande, auquel lieu, après que ledict feu roy les eust vues, il les jetta au feu, présens lui qui parie, le seigneur de Bressuj're, maistre Jehan Chambon et autres dont il n'a mémoire.
Interrogié à quelle requeste lesdictes lettres furent jettées au feu par ledict feu roy, et mesmement se de se faire il fut requis par il qui parle, dit que non, et que le roy le fit de soy-mesme, sans prières de lui, ne d'autres ; et, qui plus est, jamais il qui parle, ne demanda audict feu roy Loys lesdictes terres dont il est question ; mais les lui bailla sans demander, de soy-mesme, estant moins de plus grant somme dont il estoittenu envers lui, et les lui promit garantir envers tous et contre tous ; et n'eust point voulu ledict feu roy que s'il y eust eu aucunes doubtes es dictes terres, que il qui parle en eust esté adverti, pour crainte que il qui parle, ne se feust apperceu lesdictes terres n'estre pas seures, et que, par ce moyen, ledict qui parle, eust eu cause de s'en retourner dont il estoit venu, et de laisser ledict feu roy; et autre chose n'en scet '.
Une citation à comparaître devant le Parlement suivit de près ces interrogatoires; elle fut renouvelée le 2 août. * Mém.^ t. III, pr. p. 125.
Dix jours après , Commines demande de nouveau « à estre « reçu à sommer garans. » On l'y autorise une seconde fois, mais en lui intimant de se défendre au principal. Autres moyens dilatoires. Le seigneur d'Argenton cherche, porte un mémoire de Louis de la Trémoïlle « à rendre illu- « soires lesdits arrests et appoinctemens audit suppliant, « et que fin ne puisse estre mise audit procès pour ce qu'il « est possesseur des terres audit suppliant, qui sont et « furent le vray dot et héritaige de la mère d'icellui sup- « pliant, où le feu roy, que Dieu absolve, n'avoit tiltre couce louré, ne autre, ains eust et ait ordonné pour la des- « charge de sa conscience les terres que tient ledit de « Commynes estre rendues audit suppliant. » Quel droit pouvait-il donc alléguer? 11 ne pouvait produire aucun autre titre qu'un don de Louis XI révoqué par lui-même. Il parlait de garantie , mais en matière de donation, « de « raison ne chéit garant1. » Ce n'était point par de semblables arguments qu'on pouvait retarder la restitution d'un revenu de quatre à cinq mille livres, dont les légitimes propriétaires étaient privés depuis quatorze ou quinze ans.
Le 30 août , l'avocat des La Trémoïlle dépose la supplique qui suit :
« Messieurs du Parlement,
« Supplie humblement Loys, seigneur de la Trémoïlle, viconte « de Thouars, comme par ordonnance de la dite cour et à la « requeste du dit suppliant et du procureur général du roy, « messire Phelippes de Commines, chevalier, et Regnault du « Noyer aient esté interrogés sur certaines charges à eulx « imposées, estant dedans la dite court, et considéré que le dit « suppliant a grant intérest de veoir leurs confessions, il vous
1 Archives de Thouars.
« plaise ordonner icelles luy estre monstrées et communi- « quées *. »
Dès le lendemain, opposition de Commines. Son avocat Piédefer soutient « qu'il n'avoit jour, ne terme sur ladite « requeste, et néantmoins offroit et estoit content que si « ledit de la Trémoïlle vouloit prendre droit par icelles « confessions, qu'elles lui feussent communiquées; autres « ment, dit qu'elles ne lui doivent estre communiquées. » Étrange prétention qui, en portant l'interrogatoire de la partie intéressée à la hauteur d'un serment décisoire, eût remis le sort de ce procès entre les mains de celui contre lequel il était dirigé.
Cependant, Commines conservait ses fonctions de membre du conseil. Il s'en éloigna, paraît-il, aux mois de juillet et d'août, lors de ses interrogatoires.
Au mois d'août, il s'était rendu en Champagne, nous ne savons pour quel motif secret, et ce fut de là qu'il écrivit au bailli de Chartres, au sujet d'un de ses serviteurs qui avait été arrêté :
Monsieur le bailly, j'ay entendu qu'Antoine Percane, ung de mes serviteurs, lequel estoit prisonnier détenu au chastel de Chaumont , d'où avoit requis qu'il fût eslargi , pour estre innocent du faict qui luy avoit esté imputé par aulcuns ses hayneulx, comme a esté bien recongneu depuis, ne voyant adriver son eslargissement, a brisé ses dictes prisons et s'en est enfouy. Toutesvoyes a esté depuis prins au corps et mené prisonnier en prison de vostre baillage , qui me faict vous prier, attendant qu'il soit faict droict sur sa dicte affaire, dont veulx appeller au roy, voulloir tant faire qu'il ne soit mollesté en ses corps et biens, estant prest de donner caution pour luy,
1 Archives de Thouars (30 août 1484).
s'il est besoing d'ieelle. Et à Dieu prierai, monsieur le bailly,
que vous doint ce que plus désirez.
Escript de Rheims, ce mercredi après la Sainct-Berthélemy.
Le tout vostre,
Commynes.
A monsieur le bailly de Chartres i.
Au mois d'octobre, Commines siégea de nouveau au conseil, et il y prit la parole dans les derniers jours de décembre 1484, lorsque Charles VIII somma Maximilien de cesser la guerre contre les états de Flandre et d'évacuer Termonde. Secrètement préoccupé de son projet de se retirer en Hainaut, il demanda qu'on invitât en même temps Maximilieu à lui faire restituer par Baudouin de Lannoy, l'un des principaux chefs de son armée, les terres d'Ugies et de Siply, confisquées, en 1472, par le duc de Bourgogne 2.
Charles VIII, favorable aux communes flamandes, confirma leurs privilèges. Le nom de Commines se lit au bas des lettres royales qui ratifient les franchises accordées par Marie de Bourgogne à la ville de Douay 3. Cette fois, bien moins encore qu'au mois de septembre 1483, il n'osa s'abstenir de figurer comme témoin dans une ordonnance du 27 décembre, où Charles VIII renouvela la révocation de nombreuses aliénations du domaine royal faites par Louis XI 4.
Ce fut vers cette époque et dans les derniers temps de son séjour à la cour, que Commines entendit le comte de Richemont lui raconter que, depuis l'âge de cinq ans, il
* Collection de M. Labouchère.
- Mém., t. III, pr. p. 192.
3 Recueil des ordonn., t. XIX, p. 442 (octobre 1484).
* Godefroy, Hist. de Charles VIII, p. 463.
avait été constamment fugitif ou prisonnier '. Le comte de Richemont était venu réclamer l'appui de Charles VIII , et bientôt après, vainqueur à Bosworth, il ceignit la couronne: autre souvenir qui, dans la mémoire de Commines, s'ajouta à la sanglante légende des révolutions anglaises.
A partir du 27 décembre 1484, Commines ne paraît plus n la cour, qui réside alors à Montargis. S'est-il rendu à Paris? On ne le sait. Il ne se montre point : il attend avec prudence le résultat d'une importante manifestation.
Dans les premiers jours du mois suivant, le duc d'Orléans, qui croyait, comme Commines, que la capitale parlait plus haut que la France, accourut à Paris, et nous retrouverons les inspirations du seigneur d'Argenton dans les lettres que le duc d'Orléans adressa au roi le 14 janvier :
Mon très-redoubté et souverain seigneur,
Je me recommande à vostre bonne grâce tant et si humblement que je puis. Mon très-redoubté seigneur, vous avez précédemment eu cognoissance que ce qui fust conclu par vous en la présence des seigneurs de vostre sang et des estas de vostre royaulme , n'a point, esté gardé, et n'avez usé de l'auctorité, laquelle vous appartient, en vostre conseil, ne en la distribution de vos biens : pour quoy est besoing, pour le bien de vous et de vostre royaulme, qu'il vous plaise venir en vostre ville de Paris, en vostre franc et libéral arbitre, en vous ostant hors du pooir d'aultruy, et de quoy vous supplie si humblement que je puis ; car ce me seroit dure chose à porter et à pluiseurs vos parens, subgets et serviteurs et aultres notables gens de vostre royaulme, que vostre personne fust et demourast en la subjection de madame de Beaujeu, vostre sœur, laquelle, soubs umbre d'une coustume qu'elle dist estre en aucuns lieux particuliers
1 Mém., t. II, p. 158. Accessit omnium régis procerum incredibilis in eum affectio. Berjs. Andk., Vita Henr. VII, p. 25.
de vostre royaulme que une fille eagie de douze ans poeult tenir tenir en bail son frère jusque en eage de vingt ans, et sur ce regard, vous veult tenir en bail et avoir le gouvernement de vous et de vostre royaulme; et pour parvenir à son intention, a gaigniet la pluspart de vos capitaines et gens de vostre garde, tellement que nuls ne se peult sécurement tenir autour de vostre personne pour vous servir, s'il n'est de ses intelligences. Et pour ce que pour riens ne voudroye souffrir, ne endurer que vostre personne fust en telle subjection contre l'ordonnance des roys vos prédécesseurs et contre la délibération de vos estas, où j'estoys présent, je désiroys bien que madame de Beaujeu, vostre sœur, et ceulx qui sont avoecques elle adbérans à son intention, voulsissent avoir plus de regard au bien de vous et de vostre royaulme que à leur voulenté, et vous souffrir venir entre vos subgets de vostre bonne ville de Paris à vostre liberté, et là mander les trois estas de vostre royaulme et les seigneurs de vostre sang pour adviser choses qui seront bonnes pour le bien de vostre personne, et vous garder de celles qui pourroient nuyre ou appetier vostre auctorité, et donner ordre aux affaires de vostre dit royaulme. Car, en ce faisant, je ne me vouldroye porter envers eulx, sinon en toute amitié ; mais quand ils vouldroient vous contraindre et tenir en subjection telle que ne puissiez aler et venir à vostre plaisir et liberté, ainsi qu'il vous plaira, je suis délibéré, tant pour la léaulté que je vous dois, comme vostre subget et parent, qui aussi suis tenus à vous aimer pour privaulté et biens que m'avez fait, d'employer mon corps et mes biens et tous mes parens et amis, et vous tirer et mettre hors de ceste subjection : si feront le plus de vos bons subgès et serviteurs, car il n'est riens que plus je désire que de vous veoir obéyr comme roy et maistre, et avoir gens autour de vous à vostre plaisir et non pas à l'appétit d'aultruy, aussi de veoir vostre royaulme gouverné et conduit par aultre ordre et justice qu'il n'est. Pour ce, mon très-redoubté et souverain seigneur , s'ils sont refusans de se condescendre au bien de vous et de vostre royaulme, vous aurez, s'il vous plaist,
: n LETTRES ET NEGOCIATIONS
aggréable ce que par nous sera fait et pourchacié en ceste matière, laquelle, à l'ayde de Dieu et de vos bous parens, subgès et serviteurs, j'ay intention de mener au bout, de vous mettre en vostre auctorité et honneur tel que devez. Mon trèsredoubté et souverain seigneur, je prie le benoît fils de Dieu qu'il vous doye très-bonne vie et accomplissement de vos trèshauls et très-nobles désirs.
Escript à Paris, le XIIIP de janvier '.
Quatre jours après, le duc d'Orléans se rendit lui-même au sein du Parlement, et y fit lire, par son chancelier, les lettres suivantes :
Très-chiers et espéciaulx amis,
Après le décès du feu roy et que le royaulme est escheu es mains du roy qui à présent est, nous, avec nos très-chiers et amés cousins, les .ducs de Bretaigne et de Bourbon, suppliammes et requisîmes au roy que son plaisir fust pour le bien de luy et de son royaulme, faire assambler les trois estas, afin de mettre ordre et police pour le temps advenir, ayant regard aux foules et charges que depuis aucun tamps en çà avoient portées les estas du royaulme, tant gens d'église, gens nobles et le povre peuple. Et combien que aucuns le voussissent bien empeschier, toutesfois fu persisté tellement contre eulx que les dits estas furent accordés par le roy. à laquelle assamblée des dits estas, nous, cognoissans pluiseurs persuasions et menaces estre faites par aucuns qui désiroient avoir le roy et le royaulme entre mains, envoyasmes devers les dits estats leur remonstrer que pour nulles inductions, ne menaces ils ne devoyent craindre, ne laissier à délibérer et conclure tout ce que sçaroient et cognoistroient estre au bien et honneur du roy et à l'utilité de sa personne et de son royaulme et au soulaigement de son povre peuple, sans avoir regard, ne partialité à nulluy,
1 Ms. 434 de la Bibl. de l'Université de Gand, f° 185.
et que en ce les porterions et soutiendrions , à quoi les dits estats se condescendirent comme bons et léaulx subgets. Et délibérèrent que le roy debvoit user totalment de lauctorité appartenant à un roy, pour les grans biens et vertus qu'ils cogneurent en sa personne, et qu'il attaingnoit l'eage de quatorze ans, et dès lors en avant il pooit et debvoit commander toutes choses , ainsi qu'il seroit advisé par les seigneurs de son sang et de ceulx de son conseil, et qu'il feust par luy conclu en la présence des seigneurs et estas de son royaulme. Aussi furent faites pluiseurs aultres belles ordonnances et conclusions, tant pour la justice, pour gens d'église comme pour nobles, et pour la diminution des tailles et soulagement du povre peuple, lesquelles ordonnances et conclusions ont esté très-mal gardées, voire qui est plus , toutes corrompues, car n'a point donné la pluspart de ses offices par l'oppinion des seigneurs de son sang et de son conseil, et n'a usé de son auctorité comme roy doibt faire, mais tout à le voulenté de madame de Beaujeu sa sœur, laquelle, soubs umbre de coustume qu'elle dist estre en aucuns lieux particuliers du royaulme que une sœur eagie de douze ans poeult tenir son frère en bail jusques à l'eage de vingt ans , et à ceste occasion voeult tenir en bail le gouvernement, le roy et le royaulme, et pour plus parvenir à son intention a gaigniet la pluspart des cappitaines et aucuns des gens de ses gardes et print serment d'eulx, combien que jamais ne fust de coustume que aultruy eust le auctorité, ne le commandement sur eulx sinon le roy seulement, et tellement en use que ceulx qui doibvent et désirent servir et conseiller le roy, craignent de soy trouver en sa maison pour les dangiers de lors personnes, congnoissans exploix et démonstrances qui là se sont consommés et jusques à mettre hors d'avoecques luy les serviteurs qui lui avoient estes bailliés par le roy son père et par la royne sa mère et contre sa voulenté et deffence. Avoecques ce, en procédant contre la pramatique sanction et les libertés de l'église de France, par quoi tout l'argent de ce royaulme pourroit estre porté à court de Rome, distribuent aussi les
finances du roy à leurs serviteurs propres, à gens estraingniers et incogneus, pour les gaingnier, qui n'ont pas l'amour du roy, ne ne peuvent servir de riens au bien de luy, ne du royaUlme, et ont mis les deniers tant en arrière qu'il est deu de l'année passée trois ou quatre cens mille francs oultre et par dessus les trois cens mille francs qui furent accordés par les estas pour Padvénement et sacre du roy. Et pour continuer l'outrageuse despense et sans cose voellent imposer et croître les tailles de ceste présente année , de pareille ou plus grant somme, qui seroit onze cent mille francs oultre et pardessus ce que par les estas avoit esté accordé, qui seroit chose importable au povre peuple; et jà ont commenchiet à y besoingner, car en aucuns lieux, tierres, etc., ils ont décheu le povre peuple en le faisant payer cinq quartiers pour quatre, car les tailles soloient commenchier au premier jour de janvier, et le premier quartier et paiement se faisoit au dernier jour de mars ; et de présent il les fait commenchier au premier jour d'octobre qui estoit de l'année passée, et font faire le payement premier au dernier jour de décembre, qui sont choses déraisonnables et fort estraignes, dont nous sommes si très-desplaisans que plus ne poons : si sont pluiseurs des seigneurs du sang et aultres notables gens du royaulme, principalment pour l'amour que avons et debvons au roy et au bien de sa personne, lequel n'est pas en sa liberté, mais en grant subjection, aussi pour le bien du royaulme et du povre peuple qui seroit par ce moyen en voye de venir en totale destruction et désolation, se provision n'y estoit mise ou donnée ; car les tailles et aultres exactions qui soloient estre si grandes et excessives, seroient en brief tamps pires et plus grandes que jamais. Et à ceste cose, voiant la subjection en quoy le roy mon souverain seigneur est déceu par madame de Beaujeu sa sœur et par ses adhérens, laquelle voelt tout faire et gouverner, aussi la désolation et destruction qui pourroit venir par son gouvernement, la persécution de l'église, la perturbation de justice, le grant contempnement aussi que elle et ses adhérens font des belles et
notables conclusions des dits estas, cognoissans non pooir y remédier seul et que n'estions en seurté de nostre personne en leur compaignie, nous nos sommes retirés en ceste bonne ville de Paris qui est la ville eappital du royaulme, fontaine de justice et de bon conseil, et depuis nostre partement avons communiquiet et fait communiquier à pluiseurs des seigneurs du sang et aultres notables du royaulme les choses qui estoient à faire pour le bien du roy et du royaulme , lesquels avons trouvé très-desplaisans de veoir et cognoistre le roy en telle subjection et les maulx qui sont esmeulx et poevent ensievir par faulte de bon gouvernement, et par le conseil d'eulx avons envoyet devers le roy pour luy remonstrer les choses dessus dites et lui supplyer et requerre que luy plaise soy trouver en sa ville de Paris en son franc et libéral arbitre, et là, par l'advis et délibération des seigneurs de son sang, de sa court de parlement et aultres notables hommes, mander les estas de son royaulme pour prendre conclusion de la forme et manière comment il se gouvernera touchant sa personne , aussi pour adviser comment seront conduis les affaires de son royaulme et oster les désordres et abus qui y sont. Et quant au dit gouvernement de sa personne, nous ne le désirons, ne prétendons à avoir, mais sommes délibérés de nous eslongier, pourveu que les aultres qui le tiennent à présent en subjection, se recullent , auxquels nous en avons rescript , afin qu'ils aient regard plus au bien de luy que à leur voulenté particulière. De toutes lesquelles choses, cognoissans que tousjours avez esté bons et léaulx au roy et à la royne, vous voulons bien advertir et faire sçavoir que l'intention de pluiseurs des seigneurs du sang et notables hommes du royaulme et la nostre est, si madame de Beaujeu et ses adhérens sont reffusans de mettre le roy en son franc et libéral arbitre, de servir le roy et le délivrer et mettre hors de la subjection et détention où il est, et de le remettre avoecques bonne ayde de ses aultres bons et léaulx subgets en son franc et libéral arbitre, et le faire joi'r et user des auctorités et prééminences royaulx en ensievant