AVENEMENT DE LOUIS XII
Le duc d'Orléans, agité par son ambition et sans cesse mêlé à des intrigues, allait être exilé en Allemagne, lorsqu'il se trouva tout à coup appelé à monter sur le trône l.
Dès le lendemain, Commines se présenta à l'audience du successeur de Charles VIII : « J'avoye, dit-il, esté aussi « privé de luy que nulle autre personne , et pour luy « avoye esté en tous mes troubles et pertes : toutesfois pour « l'heure ne luy en souvint point fort 8. »
Louis XII, comme le remarque fort bien le dernier éditeur de Commines3, avait perdu, en ceignant la couronne, la mémoire des services comme celle des injures 4. C'étaient du reste des services bien anciens, que ceux de Commines, et depuis lors bien des dissentiments les avaient effacés. Néanmoins le nouveau roi déclara « qu'il vouloit tenir tout
1 D'après Adrien de But, Louis XI, parrain de Louis XII, lui prédit la couronne dès le jour de sa naissance : Obiit Karolus, dux Aurelianensis, relinquens uxorem suam gravidam. Nato filio, novus rex Ludovicus eum levavit de sacro fonte, dioens possibile illurn sceptra posse déferre.
* Mém., t. II, p. 596.
3 Madpmoiselle Dupont.
« homme en son entier et estât ' . » Commines conserva l'office de conseiller du roi. Il assista à ce titre à la cérémonie du sacre à Reims et probablement aussi à l'entrée solennelle à Paris, le 2 juillet 1498. En effet, le 26 de ce mois, il figurait parmi les personnages qui siégèrent au conseil du roi, et il resta auprès de Louis XII pendant tout l'hiver, car lorsque les Vénitiens envoyèrent, pour féliciter le nouveau roi , un ambassadeur extraordinaire, celui-ci, nommé Pietro Stella, ne manqua pas d'aller saluer Commines, et nous remarquons l'analyse suivante d'une de ses lettres dans le Diario de Marino Sanuto : « Stella écrit que monseigneur d'Argen- « ton était aussi à la cour, et qu'il lui avait fait bonne « chère (bona ciera), qu'il se rappelait au souvenir de la « seigneurie, qu'il l'avait assuré avoir toujours parlé au roi « Charles de la grande puissance de la seigneurie, et qu'il « tenait pour certain que le nouveau roi serait fort notre « ami '. »
L'Italie restait divisée et troublée. Au moment même où expirait Charles VIII, Savonarola montait sur le bûcher. Commines ne sait s'il faut l'accuser ou le plaindre, si on a bien ou mal fait de le frapper. Un instant, il semble disposé à le croire inspiré par Dieu, puis il rejette ses révélatious, en attribuant aux avis secrets d'un de ses amis qui siégeait au conseil, ses plus merveilleuses prophéties. Sa fin fut terrible, il est vrai, et d'autant plus cruelle que sa vie avait été la plus belle du monde. Mais ce qui semble toucher Commines davantage, c'est que la mort de Savonarola entraîne
1 Mém., t. II, p. 596.
5 Diarii de Sanuto, publiés par M. Rawdon Brown et citée par1 M. Baschet, Dipl. vénit., p. 351 .
DE C0MM1NÊS. 255
le pillage du monastère de Saint-Marc, et le banquier Nasi refuse de remplir ses engagements, puisque la bibliothèque des Médicis est tombée entre les mains de la seigneurie de Florence. Ce qui accroît de plus en plus les difficultés, c'est que des deux syndics des créances à charge des Médicis, l'un Cosme Sasseti meurt presque ruiné lui-même, l'autre Lorenzo Tornabuoni est impliqué dans un complot et mis à mort l. Commines se vit réduit à de nouvelles instances et à de nouvelles prières adressées à la seigneurie florentine :
Mes très-honnorés seigneurs, je me recommande humblement à votre bonne grâce. Je renvoie devers vous ce porteur apelé Jehannet de Sallet, qui autresfois a esté sept mois à Florence à la poursuite de ce que me doit Pierre de Médecins, les héritiers de feu Lorens Tournebonne et ceulx de feu François Saxet, tant à cause de leur maison, vielle que neufve, à Lyon, vous suppliant que me vueillez faire meilleure justice, que ne m'a esté faicte le temps passé, et que je me sente que ce nouveau gouvernement ait plus congnoissance de la longue et continuelle amour que je vous ay portée et porte, que ceulx qui y ont esté puis trois ans en ça. Aucuns particuliers m'ont escript que vous m'avez ordonné quatre mille ducats en déduction du principal et que le bancq de Nasy m'en devoit respondre, mais ledit bancq ne l'a voullu faire, vers lequel j'ay envoie. La despence des poursuites a esté grande, et si me firent les serviteurs dudit bancq de Médecins grand tort en ung appointement, que plusieurs à Florence entendent bien, dont m'a esté plusieurs fois prommis de par vous de m'en rescompenser. Aussi m'a falu emprumpter argent à grant interest, par deffaut de celuy que me détiennent les dessusdits. Vous supplie vouloir avoir bon reguart à tout, et aussi me faire la justice de Pelgrin Lorin de deux mille six cents livres qu'il me robba, et s'il vous plaist m'employer en chose qui soit
1 Benoist, Lettres de Cornmynes, 2e partie, p. 9.
en ma puissance, me trouverez toujours prest à vous faire service. Priant à Dieu, mes très-honnorés seigneurs, qu'il vous doint l'acomplissement de tout ce que vous désirez. Escript à Paris le XXe jour de juillet.
Votre humble serviteur, Philippe de Commynes *.
Commines n'obtint rien, et près de trois années s'étaient écoulées, lorsqu'il écrivait de nouveau :
Mes très-honnorés seigneurs , je me recommande à votre bonne grâce, tant comme je puis. Après avoir veu une responce qu'il vous a pieu faire à vos ambassadeurs monseigneur de Volterre et messire Luc d'Albice, touchant l'argent qu'il m'est deu par ceulx de Mèdicis, ay esté délibéré de vous envoyer cest homme d'église nommé monsieur Jehan de la Font, pour vous remonstrer la perte qui se mect de tant attendre mon argent, et la despence que j'ay eu en le pourchassant, sans la perte d'ung bien bon serviteur qui est mort à la poursuite, et si vous prie avoir congnoissance que je n'ay jamais voulu pourchasser chose qui fût en riens à votre préjudice, ne dommaige, comme ont fait et font d'autres en semblable cas, mais au contraire ay serché et procuré de toute ma puissance de vous pover faire service, comme plusieurs d'entre vous savent, par quoy vous supplye de me vouloir faire payer, comme autrefois m'avez escript par deux lettres, tant du principal que des despens ; car il est bien à votre puissance et en les biens dudit de Médicis, et si sont encore soubs vous et en votre subjection, ceulx qui m'estoyent obligés comme luy : priant Dieu, mes très-honnorés seigneurs, qu'il vous doint ce que désirez.
A Paris, ce dimanche de Quasimodo.
Votre humble serviteur, Philippe de Commynes ■•
1 Benoist, Lettres de Commynes, 2e partie, p. 9 (20 juillet 1499;. * Benoist, Lettres de Commynes, 2e partie, p. 1 1 (1502).
DE COMMINES. 2oï
Comniines avait quitté la cour \ Il avait eu à se plaindre du maréchal de Gyé et luttait contre lui, d'accord avec la reine j et il y a lieu de croire que cette fois encore il s'engagea dans quelque intrigue qui amena une autre disgrâce.
Depuis plusieurs années, il ne possédait plus le comté de Dreux, qui avait été racheté en 1498 par le comte de Nevers 2, et il se voyait de nouveau menacé dans la possession du domaine d'Argenton. L'héritier des Chabot, issus de Brunissent d'Argenton, invoquait un document qui remontait au règne de Charles VII. Sous Louis XI, Commines, si peu délicat en matière de titres, avait été assez puissant pour faire condamner son adversaire à la prison comme convaincu d'avoir falsifié les lettres qu'il produisait 3 ; mais cette fois, leur authenticité n'était plus contestée.
Ces revendications se poursuivaient et laissaient à Commines peu de repos. Cependant il semblait aimer à multiplier lui-même des démêlés judiciaires que tout autre se fût efforcé de fuir, et il soulevait comme à plaisir d'autres contestations non moins fâcheuses que celles qu'il avait déjà traversées. Le seigneur de la Rochejacquelin invoquait dans l'église de Voulgeton certains privilèges seigneuriaux attestés par le placement de ses armoiries sur les fenêtres. Commines n'hésita pas à en faire briser les vitraux, autre façon de détruire les titres qui le gênaient. L'un de ses successeurs à la sénéchaussée de Poitiers \p
1 II siégea la dernière fois au conseil, le 26 juillet 1498. Mém., Introd. de Mlle Dupont, p. cxx.
* Acte du 1er avril 1497 (v. st.) aux archives des Basses-Pyrénées. Ce document vient d'être publié par M. Rahlenbeck.
5 Mém., Introd. de Mlle Dupont, p. rxxvn.
OOMMINF.S. — II. J7
condamna le 20 mars 1503 aux dépens, dommages et intérêts \
Dans un autre procès du même genre, relatif à l'église de Boësse, le sire de Sanzay s'appuyait sur l'existence des monuments funèbres de sa famille. Cette fois encore, Commines voulut faire disparaître ces preuves et alla jusqu'à porter la main sur des tombeaux. De là, de nouvelles sentences prononcées contre lui 2.
En même temps, Commiries menait une autre affaire bien plus importante, bien plus sérieuse, sur laquelle une pleine lumière n'a point encore été répandue. Nous savons combien Commines avait toujours été mêlé à toutes les intrigues dont la Bretagne était le théâtre 3, et cette fois il songeait à y intervenir dans un intérêt direct et personnel, en laissant à l'avenir le soin de faire grandir et de développer ce qu'il semait. Après avoir, plus que personne peut-être, contribué à l'union de la Bretagne à la monarchie française, il était arrivé à se demander si ce pacte, déjà presque rompu à la mort de Charles VIII, se maintiendrait après le règne de Louis XII. Au xiv6 siècle, une princesse flamande avait groupé autour d'elle les barons bretons. Aurait-on reproché à l'un d'eux, appelé à recueillir l'héritage d'Anne de Bretagne, de s'être allié à la fille d'un chevalier né dans la patrie de la comtesse de Montfort?
En 1494, Commines se trouvait à Vienne quand Charles VIII se fit remettre, moyennant certaines indem-
1 Mém., t. I, Introd. de Mlle Dupont, p. cxxvm.
8 Mém., t. I, Introd. de Mlle Dupont, p. cxxix.
3 C'est par erreur que, dans le volume précédent, p. 161, j'ai attribué à Louis XI le don d'un collier d'ordre envoyé à Commines. Ce collier était celui de l'Hermine et lui était adressé par le duc de Bretagne.
nités pécuniaires, la renonciation de tous les droits qu'Alain d'Albret pouvait avoir au duché de Bretagne, du chef de son aïeul qui avait épousé Françoise de Bretagne, petitefille de Charles de Blois ; mais Françoise de Bretagne avait un frère , Charles de Bretagne , baron d' Avaugour , dont la fille unique avait épousé le seigneur de Boussac. En 1501, Jean de Brosse, seigneur de Boussac, avait reçu défense de porter les armes et le nom de Bretagne. Cependant il était mort, laissant à son fils aîné nommé René, des prétentions qu'il n'avait jamais abdiquées. Par une étrange contradiction, les successeurs de Philippe de Valois tenaient le duché de Bretagne d'Anne, qui descendait du comte de Montfort, et ne voyaient que des usurpations ambitieuses dans les réclamations des représentants de Charles de Blois.
Quoiqu'il en fût, le contrat de mariage d'Anne de Bretagne et de Louis XII portait que si la reine n'avait pas d'enfants, le duché de Bretagne retournerait à ses plus proches parents, c'est-à-dire aux Brosse-Boussac. Anne n'avait qu'une seule fille, qui pouvait mourir, et lors même qu'elle vivrait, rien n'était plus aisé que de s'appuyer tôt ou tard contre elle sur l'arrêt rendu par la cour des pairs à Conflans en 13 il , qui avait adjugé la Bretagne à Charles d»' Blois et à ses descendants l. D'ailleurs de vifs symptômes dr> mécontentement se manifestaient parmi les Bretons, et ils regrettaient déjà l'indépendance dont ils avaient joui pendant plusieurs siècles.
1 La généalogip de la maison de Cornalines, conservée à Tourna;. , mentionne avec soin que la fille de Philippe : « fut mariée au conte de * Pentièvre, droit héritier de la conté de Biois et de la ducé de Bre-
« taigne. »
Tout porte à croire que Commines, dans le vaste horizon que lui ouvrait sa perspicacité, caressa l'éventualité qui tôt ou tard pouvait placer sur les épaules de sa fille le manteau d'hermine des duchesses de Bretagne. René de Boussac, inconstant, léger, prodigue, se livrait à des dépenses inconsidérées. Commines lui prêta à diverses reprises de l'argent, jusqu'à ce que de son débiteur il fît son gendre, en lui donnant, comme dot de sa fille, les créances mêmes qu'il pouvait revendiquer contre lui.
Ce fut au mois d'août 1504, que Jeanne de Commines, fille unique du seigneur d'Argenton, épousa René de Brosse, comte de Penthièvre. Dans le contrat, Commines s'engageait à faire célébrer les noces à ses frais, « à vestir et « accoustrer honnestement et honorablement sa fille, » et de plus à lui donner dix-huit mille écus d'or ; mais les deux tiers de cette' somme représentaient les avances faites par Commines pour dégager une partie des domaines du comte de Penthièvre. Pour le surplus, on lui remettait des perles, des rubis, des diamants à la façon de Gênes, une fleur de lis, donnée peut-être par Louis XI, un parement d'or de mille quarante-sept écus, un balai qui seul en valait plus de mille, et enfin certaines menues choses d'argent; mais il était convenu que s'il se trouvait « que ces pierreries ne fussent « bonnes et loyales, » Commines serait tenu « de les faire « valoir à la discrétion de gens de bien, eux congnoissans « en pierreries. » Il en résultait que Commines avait constitué, sans bourse délier, une dot magnifique, telle que la dame de Beaujeu n'en avait pas obtenue de son père, le roi Louis XI ".
1 Mém., t. III, pr. p. 161.
Sur ces entrefaites, l'Italie avait vu s'accomplir un mémorable événement qui dut produire une vive sensation chez le seigneur d'Argentou. Une expédition conduite par Louis XII avait passé les Alpes, et sous les remparts mêmes de la forteresse de Novare, témoins de ses anciens revers, Ludovic Sforza était tombé entre ses mains. Le duc de Milan, traité avec une impitoyable rigueur, avait été conduit au château de Loches où Commines avait passé deux mois. Moins heureux que lui, il allait languir dix années dans les souffrances de la captivité et devait rendre le dernier soupir dans les fers.
Louis XII, pour exercer une action plus puissante dans les affaires d'Italie, traitait avec l'empereur Maximilien et avec son fils Philippe ; mais ces négociations furent aussi souvent rompues que reprises, et en 1505, le bruit se répandit que la France allait porter la guerre en Flandre, en prenant pour prétexte ce droit de ressort du parlement de Paris auquel Charles VIII avait renoncé pour un terme de dix années, dans des lettres royales où Commines figurait comme témoin '.
A cette nouvelle, le seigneur d'Argenton se souvint qu'en d'autres circonstances semblables, il avait offert d'excellents conseils. Cette fois, Olivier le Diable n'était plus là pour les combattre, et il crut le moment propice pour reparaître à la cour. Il devait y trouver son ancien ami Georges d'Amboise, qui y résidait comme légat du Pape ; il comptait aussi sur l'influence de sa belle-sœur, la dame de Beaumont 2. Il se
1 Voyez plus haut, p. 3.
* Jean de Polignac , seigneur de Randan et de Beaumont , avait épousé Jeanne de Chambes, sœur d'Hélène de Chambes, femme de Commines.
rendit donc au Plessis-les-Tours (lieu plein de souvenirs pour lui), et y trouva un puissant médiateur sur lequel il n'avait point compté et qui cherchait, en protégeant Commines, à se réconcilier avec la reine. C'était, selon toute probabilité, le maréchal de Rieux, ancien tuteur d'Anne de Bretagne et depuis quelque temps l'objet de son mauvais vouloir qu'il s'efforçait de calmer. On avait promis d'avance à Commines que le roi lui ferait bon accueil. En effet, Louis XII lui parla trois fois et alla jusqu'à lui dire que ses bonnes dispositions à son égard, dues d'abord aux instances de l'évêque du Puy, Geoffroi de Pompadour (autre complice de Commines dans les troubles de la minorité de Charles VIII), remontaient à son séjour à Lyon , c'est-à-dire à plusieurs mois. Tout dépendait néanmoins d'Anne de Bretagne qui, en ce moment, voyageait dans ses États héréditaires, et ce fut à cette princesse, qui lui avait sans cesse été favorable, que Commines écrivit le 17 juillet 1505 :
Madame , tant et sy très-humblement comme je puis, me recommandé à vostre bonne grâce. Madame, tost après vostre partement de Blois, fus parler à monseigneur le légat, à Beauregoiart, et ne vous osse nommer celluy qui en a esté moyen, pour ce que je le doubte à vostre malle grâce, et plusieurs fois en a envoyé devers moy, et dès le premier coup le vous eusse fait savoir, mays je ne cuydois point que la chose avînt, pour ce que je désirois savoir s'il me feroit bonne ctière ou mauvesse avant aller. Toutesfoys, madame, il me tint les millieurs termes du monde et la millieure parolle et bien longue. Après plusieurs parolles, ,ly pryé que peusse veoir le roy. Il me dist qu'il luy en parleroit, et pour ceste heure ne se peut faire, comme il me manda, et me remyt à Tours; je manday à celluy qui avoit esté cause de mon aller audicf Beaureguart, que, sans estre seur de veoir le roy, je n'yrois point volentiers, Ency la chose est
demouré quinze jours, qu'il m'a renvoyé ung homnie, que je vinse et que le roy me feroit bonne chère : se qu'il a fait, madame, et tenu bien longues parolles, par troys foys, et hier, de vous, longtemps, au propos du petit cheval qu'il me fit monter, sur lequel entrez voullentiers aux villes, comme il me dit, et me semble, madame, qu'il désire bien vostre retour.
Madame, se commencement de bien me vient pour l'onneur de vous, et est bien en vostre puissance d'en faire bonne yssue, et, sy propos ne change, veut me mestre en lieu où je pourroys faire service, mais, sans ce que vous y aidissez et qne l'eussez agréable, il ne s'y vouldroit point employer. Par quoy tout est remis à vostre venue, et croy que jusques-là retourneré sens moy, et combien que me soye trouvé longue espace avecque le roy, où il y avoit poy de gens, et qu'il parloit à moy, n'ay en riens voulu parler de mes afaires, et croy que pour ce coup n'en parlere point. Il m'a conté, madame, comme monsieur duPuy ' ly parla de moy à Lyon, et que, sy je en eusse escript à monsieur du Puy, qu'il m'eust fait bonne response. Et sy sa pensée est comme sa parolle, madame, se que je croy, je m'en doy contenter, mais le tout dépent de vous, madame, car s'il cuydoit que n'y eusez nulle afecsion , combien qu'il ayt bien afaire de compaignie , sy doubté-je que je demourois sus moy à faire mes vignes.
Madame, madame d'Angoulesme - et monsieur son fils sont icy pour ces choses de Savoye, comme je croy, car il en est venu des gens.
Plaise vous tousjours, madame, me commander vostre bon plésir pour l'acomplir à mon povoir, en priant Dieu, madame, qu'il vous doint boune vie et longue et tout se que vous désirez.
A Tours, ce XVIIe jour de juillet.
Vostre très-humble et très-obéissant suget et serviteur,
Commynes.
A la roy ne ma souveraine dame s.
' Geoffroi de Pompadour, évêque du Puy. - Louise de Savoie, mère de François Ier. 3 Mém., t. III, pr. p. 172.