‹ Lettres et opuscules inédits de LeibnizChapitre 2 sur 49 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Cette introduction a trois parties, qui répondent aux trois premiers manuscrits de Leibniz , que nous publions. Déjà, dans un livre qui a récemment paru et qui est le complément de celui*-ci (1), l'éditeur a fait connaître Tune des pièces qu'il avait rapportées de Hannover. Et l'accueil que le public a foit à la réfutation de Spinoza par Leibniz l'encourage à donner ce nouveau recueil. Le fait si curieux des entretiens de la Haye entre Leibniz et Spinoza, dont le souvenir même paraissait perdu et qui sont d'une importance capitale pour rhistoire de deux des plus vastes systèmes de philosophie au xvii* siècle, a paru considérable et était de nature à intéresser dans un temps où l'on est singulièrement curieux d'histoire de la philosophie. Ces nouvelles pièces sont au nombre de onze. La première, intitulée : Sentiment de M. Vévèque de Worcester et de M. Locke des idées, el principalement de l'idée de la substance, est un

(1) Réfutation inédite de Spinoza^ par Leibniz , précédée d*aii mémoire par A. Foaclier de Gareil. Ladraoge, éditeur. Paris, 1854*

documentphilosophiquedegrandprix(l). Les questions de métaphysique et de critique se succèdent dans la corresponcîaQpe dpLeil^n}? avpc l'abbé Foucher, que nous avons fait suivre (2) : et de nobles et belles vues de morale pratique se révèlent dans récrit à madame Télectrice de Brunswic-Lunebourg, qui forme le troisième des manuscrits publiés (3)* Les considérations qui vont suivre ont paru nécessaires pour relier ces pièces détachées et montrer Tunité philosophique de Tœuvre si fragmentée de Leibniz et dont il semble avoir négligé de réunir les matériaux épars.

ï. — THÉORIE DES jDÉES (4)-

L'abbé Foucl^e]r est un philosophe et uq savsfut 4u xyii' siècle, tf pp peu popnu. Il y qi beaucoup de

(1) Voir la troisième partie de riutroduction, où Ton en rend compte.

(2) lia première [partie de rintrpduetion est consacrée à cette correspondaifce.

(3) Voir la deuxième partie de Tintrodaclion, inlitulée Morale^ et dans la préface Tindication des autres pièces gui se trouvent dans ce volume.

(4) Celte première partip, cpns^crée à la cprreQpo^d^nce de Leibniz avec l'abbé Foucher fait, en outre, mention ()e tpis ouvrages, de ce dernier, dont voici les litres : 1* Critique de la recherche de vérité, 2** Réponse à dom Robert J)esgqbet^, p" JhPQiÇl^ ^^ ^^^~ démiciens.

mTRODUGTlON. XXilj

bien à en dire que personne n'a dit. L^ibnfz en faisait une eslime particulière : non seulement il le jugeait digne d^étre son correspondant, honneur très partagé quand il s'agit de Leibniz, qui a tant écrit, mais le ton de ses lettres indique qu'il Ip distinguait parmi ceux de France.

L'abbe Foucher, à qui Leibniz donnait le conseil glorieux pour sa mémoire, de traduire Platon, s'est particulièrement occupé de deux choses qui rendent ses lettres précieuses : 4^$ aoadémipiens ou disciples de Platon dans le passé, et de la re* cherche de la vérité du p. Malebranche dans le présent. Je ne parle pas de sa discussion connue et publiée dans le Journal des savants avec Leibnis au sujet du système de ce dernier, qu'il ne voulqt point admettre. Tout ce qui a trait à l'harmonie pf éétablie est divulgué, et l'on yient trop tard peur en parler aûjou]rd'hui (1). 11 n'en est pas de mémp des depx ouvrages de l'abbé Foucher, l'un en feveur des Académiciens, l'autre contre le livre du P. Malebranche, qui ont inspiré à Leibniz quelques réflexions fondamentales sur la vraie méthode àp philosopher, et l'on nous saura gré sans doute d^en

(1) Notisy reviendrons toutefois dans les concIu«ion$, car la d|9cu^sion de Foucher est sans contredit ia plus forte de tpul^s pejles qui ont paru au xvii* siècle, et les réponses que lui fait Leibniz et qu'il savait être destinées par son correspondant au Jqurnài des savants^ sont méditées et décisiVes. '

XIIV INTBODUCTIOK.

dire quelques mots ; car je ne sache personne qui l'ait fait.

Le P. Malebranche n'eut pas de contradicteur plus sérieux. Les lettres de Foocher à Leibniz nous apprennent le sujet de la dispute : « Je voudrais,' luiécrit-il, que vouseussii juelques

conférences que nous a iible le

P. Malebranche et moi s e. Il me

semble toujours que son ■■, qui ne

sont pointdes façons d'eî insoute-

nable (1). Le Gentiment du P. Malebranche sur les idées, ce sentiment que l'abbé Foucher ne peut admettre, nous est connu. C'est le fond même de sa philosophie ; il lui donne des développements quelquefois sublimes dans son livre de la Recherche de la vérité. On a beaucoup comparé Malebranche et Platon, et Ton a découvert de frappantes analogies entre ces deux grands preneurs des idées. Elles sont évidentes, au moins pour la forme; mais quant au fond, l'abbé Foucher pensait tout autrement. Platon n'était pas pour lui ce génie sublime et même un peu aventureux qu'a tant aimé l'Ëglise naissante. C'était aussi, c'était même surtout l'auteur de ces dialogues sévères et dialectiques qui s'appellent le Théétète, le Philebe etleParmeni(/e(2}. L'abbé Foucher, il feut bien le

(1) Voj. Lettres, p. M.

(3) Voy. Uttrea, p. 36, 76, Sfi.

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