‹ Lettres et opuscules inédits de LeibnizChapitre 24 sur 49 · SUR L^ART DB CONNAITRE LES HOMMES · texte numérisé non relu

SUR L^ART DB CONNAITRE LES HOMMES

De VaffahilUé.

On entehd icy la vertu qui porte les gratad séî* gneurs à être humains et honnêtes sans déroger à leur jgrandeur. On veut qu'ils ne la pratiquent que par faste, pôiir avoir une grande cour. Maîà poUrquoy dés meilleurs motifs n'y entreroient-ilà past Ces manières gagnent les cœurs, et font qu'on jouit mieux de la conversation des honnêtes gens. îl mt semble aussi, que c'est un arrêt trop dur qu'on prononce sur la fin du chapitre, en disant que l'affabilité des gens de qualité, qui n'ont aucun mérite, est une bassesse. Quand ils n'auroient aucun autre mérite, c'en est un de s'attirer la conversation des gens de mérite par leur affabilité.

De la libéralité.

■ On avoue que la libéralité des grands seigneurs sëroit fort estimable si elle étoit l'effet d'une &me belle et généreuse. Mais on prétend qu'ils sont bien différents de ce qu'on les croit ; qu'ils font des profusions à la Veue du monde» mais qu'ils plaignent la plus petite dépense chez eux ; qu'ils ne payent point leurs dettes ; qu'ils refusent le nécessaire à leurs proches; qu'ils retiennent les appointemens de leurs domestiqués ; qu'ils De récompensent point un vieux serviteur^ pendant qu'ils font des régals aux étrao^

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gers. On a raison de blâmer cette conduite, mais on n^auroit point raison de Tattribuer & tous. Il y en a qui sont bons ménagers pour pouvoir être magnifiques en fems et Keu,' et qui répandent leurs bien-, faits avec ordre et avec choix. Lorsque cela vient d'une inclination bienfaisante naturelle ou acquise, rien ne nous empêche d*y reconnoître la vertu de la libéralité.

De la clémence.

On Foppose à la cruauté, et cependant on doute que ce soit une vertu véritable, et on allègue entre autres raisons qu'elle n'est point durable comme Ton montre par les exemples d'Alexandre, de Jules César, d'Auguste, où il y auroit pourtant moyen de répondre en faveur de ces grands hommes. On prétend aussi que c'est une erreur de croire qu'un homme doux devienne cruel ou vice versa. Cette objection est générale contre toutes les vertus, comme «

s'il n'y avoit point de véritable vertu sans persévérance. Mais le naturel même est sujet au changement, et l'acquis encor davantage. La coutume est une autre nature et change quelques fois le naturel, et une habitude venue de l'accoutumance contraire. Ainsi les vertus ne sont pas si enracinées qu'elles ne puissent se perdre. Au reste VavJteur objecte que

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la clémence des Hoysest quelquefois politique, car elle sert à gagner les cœurs , soit : c'est une très louable politique. Mais (dit on) la clémence quelques fois est l'efifet de l'f " ' ' ' ,

montrer qu'il est au donner la vie. Je veu quelques fois ; mais c( naires. Le prince à q n'a point besoin d'ei quefois à l'importunit un criminel, la faute e

que cela n'aille trop loin et que le bien public n'en souffre. On ajoute que la bonne humeur où l'on trouve un souverain est aussi souvent cause de sa clémence. Tant mieux, diray-je. Il est louable de vouloir que les autres prennent part à son contentement; ne donne-t^n pas un pardon général (certains cas uoirs exceptés) dans les réjouissances publiques?

Voilà des remarques faites sur le cbamp pendant la lecture d'un petit livre agréable et ingénieux, mais qui seroit encor plus utile si le vuide que j'y trouve étoit rempli.

Je suis avec dévotion, madame, de votre Altesse Électoralei le plus humble et le plus obéissant sër* viteur, Leibniz.

nannOTer, ce 3S de sepltisbre 1708.

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