SUR L*ART DE CONNAITRE LÎBS HOMMES
ceux qui nous ont offetisés, en . leur pardonnant, lorsque nous sommes en état de nous venger. On r attribue à 1* ambition, et quelquefois même à l*întérêt. On Soutient qu* Alexandre traîtoît si bien la famille de Darius, parce qiie cela liiy étoit glorieux et même utile. Mais il me semble qu'outre cela, c'est un grand plaisir de pardoimeir à des ennemis soilâmis, et de soulager des inalheureui.
De la magnanimité des philosopheSé
On réfute icy Citérôn qui mettoit la magnahimité dans la liberté de l'âttie. On prétëtid que c'etts liberté est chimérique, parce qùMl faut ôombattre les passions par d'autreé passions, et surtout pàf l'ambition ; mais je trouve, comme j'ai dit, que ce n'est pas une petite force de l'ame, que de pouvoir employer les passions à propos. On apporte des
exemples de ceux qui ont tnèprlsé des royaumes,
des gouVernemens, ' des grandes charges, et ôH lâôhe de donner des raisons de leur résolution qui en diminuent le prix. Mais j'ataerois hiiéux d'en chèi*^ fcher qui l'augmentent. Pourquoy s'attacher à gâle^ toutes fes belles choses? Sûr la fin du chapitre, oii blâmé Démocrite de s'être mis eh retrailepoUr récherfchér les secrets de la nature. L* auteur prétend que le désir de savoir devroit être conté parihy les pas-
160 BÉFLEXIONS DE LEIBNIZ
sions qui causent le plus de préjudice, et qui sont les plus contraires au repos. Pour moi, si j*avois les avantages de Démocrite pour les recherches, je se* rois fort de son humeur. Un tel travail vaut mieux que le repos. Plut & Dieu que la passion qu'on blâme icy fût plus commune. 11 n'y a guère de plus agréable ny de plus utile, h^ personnes dont elle s'est emparée travaillent pour les plus solides biens du genre humain. Ils cherchent à augmenter son empire sur la nature. Leur succès ont été assés considérables pour nous faire souhaiter que le nombre de ces personnes fût plus grand. Il n'y a rien aussi de plus propre à nourrir la véritable piété, et & conpoitre et admirer les perfections divines.
De la vaillance.
On prétend que la vaillance a deux motifs principaux : le désir de la gloire qui paroit, et le désir de se reposer un jour avec honneur et commodité qui se cache. Il ne me semble pas qu'on ait besoin de le cacher. L'une et l'autre veue est belle et bonne. L'émulation n'est pas mauvaise non plus. Mais je n'approuve pas l'inclination de quelques uns de ne respirer que la guerre. Un homme raisonnable envisagera toujours la guerre comme un mal nécessaire.
SUR l'aBT du CONNAITRE LES HOMMES. 46£
Des vertus qui ont du rapport à la tempérance.
On y rapporte le mépris des richesses, la modestie de la dépense, la douleur de la mort des proches et des amis.
Du mépris des richesses.
On a raison de désapprouver la conduite des
philosophes cyniques, et de faire voir T utilité du
bien.
De la modestie dans la dépense.
On remarque fort bien que les ministres et les favoris font sagement d'éviter le faste.
De la douleur de la mort des proches et des amis.
L'auteur dit^ qu'on ne pleure pas la mort de son
ami, mais la perte' qu'on a faite. Cette remarque est
un peu trop subtile ; il faut bien que notre douleur
ait sa raison. Cependant ce n'est pas toujours une
douleur interressée. Car lorsqu'on a trouvé sop
plaisir dans la félicité, dans la vertu, dans les bonnes
qualités d'un ami, on trouvera du déplaisir dans
leur cessation, lors même que l'intérêt ne s'en ûiêle
pas. Ceux aussi qui sont d'un bon naturel, sont
toucbés des maux des personnes avec lesquelles ils
ont beaucoup de liaison quoyqu'il n'y entre point
d'autre considération.
163 RIÎFLEXI0N6 DB LEIBNIZ
Oui i>irtus qui dépendent de te prudence.
On y rapporte la gfavité^ là douceur^ la cenipliûsànce, Taffabilité, la libéralité, là clémence;
De la gravité.
On parle icy de ceux qui s'abandonnent en parti-^ culier aux passions les plus honteuses, paroissent en public avec un air sage. A mon avis le premier est blâmable, et le second est louable, et vaut mieux que s'ils étpient ençor dissolus en public. Je ne blâmerois pas aussi ceux qui prennent un air plus grave pendant Tannée qu'ils sont en charge ; ces ihàhières sont de la bienséatice.
De la douceur.
On l'attribue h la cômplaii^atice powt foenï dent à besoin, au désir de triompher d^une passioti, & l'envie de se faire aimer, au désir de se pé^sédëf dans les contestations et dabs les néj^Dtiatiôns. Ceb knotifà sont bons.
De la complaisance.
Elle Q*68t point mauvaise pour être utile, pewveu qu'elle soit sans bassesse et sans crime;