‹ Lettres et opuscules inédits de LeibnizChapitre 26 sur 49 · DISCOURS SUR LA GÉNÉROSITÉ · texte numérisé non relu

DISCOURS SUR LA GÉNÉROSITÉ

ses aetions qu'il possède des perfections et des vertus quMI est difficile de practiquer et qui ne se ren^ contrent pas dans les hommes vulgaires, et il i^ura le courage de Pompée qui, s* embarquant pour une affaire pressante au péril de faire naufrage , dit à ceux qui Ten vouloient détourner : Il est nécessaire que j-y aille, mais i) n*edt pas nécessaire que je vivet l^at é^épLTij ^p 0Ô3C eêvèrjocv) (1) ; il aura la tempérance d'Alexandre qui, ayant en son pouvoir la femme de Darius, quiestoit peut estre la plus belle personne de PAsie, fit céder ses passions k sa gloire. Quant à la justice, c'est elle quMl se doit proposer priqcipaleiaent dans ses actions, de quoy je parleray par après.

Le généreux doit garder inviolablement cert»nes manières propres à régler sa conduite :

Premièrement il doit éviter tout ce qui e§t bas et tout ce quMl ne voudroit pas estre sçeu de tout le monde.

Secondement , lorsqu'il est en doute da. ce quMl doit faire, il prendra le party qui paroist estre le plus h couvert de tout soubçon de péché et d'injustice. Et autant qu'il doit estre hardi quand il s'agit de hazapder ses commodités et même sa vie, autant il doit estre craintif lorsqu'il y a. danger de commettre un crime. C'est en cela seulement qu'il doit estre timida.

(1) Ces mots sont écrits dans roiiginal en caractères française

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Troisièmement, il aura pour suspect tout ce qui est le plus aisé, et que le moindre homme de la lie du peuple, s'il estoit à sa place, seroit aussi bien que lui.

Quatrièmement, il aura pour suspect tous les partis et toutes les voyes où Tintérest domine, et c'est par un principe plus noble quMl doit agir.

Or, comme la fausse gloire se voile souvent d'un masque qui Ta fait ressembler à la générosité ; il faut considérer que toute action qui va contre la justice, c'est à dire contre le bien public, et en un mot tout ce qui est contre la vertu n'est pas glorieux ; que toutes les actions qui seront justement blâmées et même punies si elles ne réussissent point, et que le seul hasard peut justifier, ne sont jamais glorieuses, quelques succès qu'elles puissent avoir ; au contraire toute action qui sera louée quand même elle seroit malheureuse , est digne de celuy qui cherche une gloire vj^ritable. En effet, on peut juger que le bien que nous recevons de la gloire ne consiste que dans notre esprit ; car qui se soucieroit de la gloire s'il ne devoit jamais rien apprendre luy-méme de sa renommée ; par là on peut juger que la gloire nous plalt parce qu'elle nous fait faire un jugement avantageux de nous mesmes par le témoignage des autrès qui augmente notre satisfaction. Mais si nous

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sçavons que ces gens se trompent, et que notre conscience dont nous sommes bourrellés nous force de confesser intérieurement nos crimes et nos imperfections» quefle part y pourrons nous prendre et quelle douceur pourrons nous trouver dans ces vains dehors pendant que Tamertume intérieure qui nous remplit l'esprit s'y mesle ? Et c'est pour cela qu'on a tousjours plus estimé l'approbation de quelques hommes excellons que d'une foule d'ignorans et de vitieux. Surtout il faut se, garder des actions qui paroissent glorieuses aux hommes corrompus, mais qui eneffect sont détestables à cause des maux qu'elles produisent dans le monde, comme font les guerres injustes et peu nécessaires, les séditions, et tout ce qui entraîne les meurtres, les incendies, les désolations publiques. Car toutes ces chos^ ne peuvent jamais estre excusées que lorsqu'elles servent à éviter des plus grands maux.

Il ne reste donc que de dire quelque chose de la justice qui est l'âme de la générosité : c'était autres fois la profession des héros de chastier les méchans et de protéger l'innocence ; et jamais ce qui sera injuste ne passera pour généreux.

Or le principe de la justice est le bien de la société, ou pour mieux dire le bien général ; car nous sommes tous une partie de la république universelle dont Dieu

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