‹ Lettres et opuscules inédits de LeibnizChapitre 32 sur 49 · RUYSBROECK · texte numérisé non relu

RUYSBROECK

L'opinion d'Alexandre, d'Amaury, de David de Dinant et de Spinosa, et peut estre aussi de Parme* riidé et Mélisse, qu'il n'y a qu'une seule substance qui est Dieu, approche de celle de quelques mystiques. Weigelius et un certain Angélus Silesius (3) m'y paroissent aller. %

(1) Je passe trois notes qui n'ont pu être déchiffrées qu'en partie, et qui i)c sont d'aiileurs que de très peu d'importance. Quant aux réponses à Tarlicle Borarius, où Bayle discute le ^yslèmode Leibniz, on les trouvera dans Erdmann, p. 150. C'est le motif ^ui noas empêche de les donner ici.

(3) Ruysbroeck (Jean de), u célèbre contemplatif, qui s'enfonça dé telle sorte dans les abtmes^e la théologie mystique, quMl passe pour un des plus grands maîtres de cette science. » (fiayle, p. 673, 2, XI.)

(8) Nous donnerons les remarques de Leibniz jur Weigelius. Voy. sur Angélus Silesius, Leitr. à Hanscbius.

sua lb digtionnaieb de batlb. 170

Paulictens (1),

M. Bayle reconnoist qu'il n'y a qu'un principe seavoir le bon suivant la Sainte Ecriture* Mais il tient qu'il est impossible de répondre aux difficultés sur la cause du mal (2). Lactance répond qu'en estant lemal on osteroit le bien. Si lollanturmalatoUipa'' riteriapienlium^ nec ulla veritatisreman^evestigia. M. Bayle réplique que cette réponse est pitoyable et pleine d'erreurs^ que les théologiens disent que si . Adam n'avoit point péché il auroit été heureux, que l'homme n'a été sujet au mal physique que parce qu'il a renoncé à la sagesse. Selon Lactance, les bons anges seroient sans sagesse. On peut sentir le bien sans avoir senti le mal. Mais je crois qu'on peut

(1) Note manuscrite grand in-folio, d^une écriture fine et difficile à lire, détachée des précédentes.

(2) Conférez ce passage de la Théodicée , p. 550. » Ce que M. Bayle fait dire aux Pauliciens, p. 2323, n'est point concluant, savoir que le franc arbitre doit venir de deux principes afin qu'il puisse se tourner vers le bien et vers le mai : car étant simple en lui-même, il devroit plutôt venir d'un principe neutre si ce rai- 3onnement avoit lieu. Mais le franc arbitre va au bien, s'il rencontre le mal c'est par accident, c'est que ce mal est caché sous le bien et comme masqué. Ces patoles qu'Ovide donne à Médée :

Video mdiora proboque, Détériora sequor...

signifient que le bien honnête est surmonté par le bien agréable, qui fdit plus d'impression sur les âmes quand elles sont agitées par les passions. »

186 IIEMARQUBS CIUTJQUBS DE LEIBNIZ

tousjours soutenir que sans la permission du mal, le bien n'auroit pas esté si grand. Peut estre qu'il n'y auroit point eu d'incarnation, il est seur que Dieu a fait le meilleur. Les petites raisons à rencontre n'entrent point en ligne de compte quand il s'agit de l'harmonie universelle. Sans le péché nous-mêmes ne serions point. Il y auiroit des autres créatures. I^M. Bayle objecta que l'auteur des choses estant infiniment bienfaisant deuvoit produire du mal ; may je dis que si avec le bien pur, c'est-à-dire sans douleur et sans péché, la perfection des choses ne seroit que comme 6, et si avec le péché et la douleur cette perfection est comme 8, Dieu ne peut se dispenser de permettre le péché. La perfection consiste dans rharmonie , et souvent il faut reculer pour mieux sauter ; il faut aussi considérer que le mal n'est pas mal absolument, c'est-à-dire à Dieu et à l'univers, mais à celuy qui le fait.

!^. M. Bayle, p. 2325, appelle M. Pfannerus théologien allemand (1); c'est un jurisconsulte, conseiller de Weimar, auteur de l'histoire latine de la paix de Munster et d'autres ouvrages.

On attribue le mal à la liberté des créatures, mais c'est un auteur infiniment bon et sage qui les fait

(1) Le théologien allemand qui rapporte ce passage. V. Bayle, p. /|82, t. 11 de redit, de 1820.

SUR LE DICTIONNAIRE DE fiATLE. 181

d'une manière quMl sait qu'elles pécheroient. Oc Dieu a trouvé bon de faire Thomme sensible, c'està-dire de permettre le mal pour un plus grand bien. Mais en quoy consiste ce bien, je ne suis pas en pouvoir ny en obligation de le vous expliquer , il consiste dans l'harmonie universelle, car les petits détails ne suffisent pas, et il est inutile d^y entrer.

Felico culpa quœ talem meruit hab^re redemptcyrem (1 ). Quand on dit que les voyes de Dieu ne sont pas nos voyes (ch. 55, v. 8), il ne faut pas entendre comme s'il avoit d'autres idées que nous de la bonté et de la justice, il a les mêmes que nous, et nous le savons de luy comme celles des grandeurs et des liombres, mais nous n'entendons pas comment il les applique, parce que nous ne sommes pas informés du fait dont la trop grande étendue passe nostre compréhension.

M. Bayle dit, p. 2326, qu'il ne fautpomt discuter avec un Manichéen sans establir premièrement l'élévation de la foy et l'abbaissement de la raison (2). (Mais j'aurois peur de passer pour prévaricateur et

(1) Bayle cite en note cette parole d'un père de TEglise sans reniroyer au texte. (Ihid,y p. A 83.)

(2) a Tout cela nous avertit qu'il ne se faut point commettre avec les Manichéens, sans établir , avant toutes choses, le dogme de Vélévation de Içk foi et de l'abaissement de la raison^ et en note M. Amyrant a fait un livré qui porte ce titre, » (J6»d., p. ASft.)

182 nBMABQUBS CaiTIQUBS DK LEIBNIZ.

de trahir la foi en la faisant passer tacitement pour absurde). Un bien facteur ne doit point donner des grâces dont il sait qu'on abuseroit. VoyesSénèque De beneficiis, Dieu ne devoit point donner la liberté (1).

M. Bayle dit aussi selon Gotta, de Gicéron, que la raison est cause de tous les maux, il ne falloit donc point la donn0\ — Mais pour dire la vérité, la raison est une si grande et si belle chose, qu'il semble que le monde n'ait pas valu la peine d'estre créé sans la raison, et si on ne la pou voit accorder aux créatures sans le péché, il falloit mieux, à mon avis que le péché arrivât (2).

On ne conçoit point, dit M. Bayle, p. 9536, que le premier homme ait pu recevoir, du bon principe, la faculté de faire du mal. — Pourquoy ? Les créatures sont essentiellement imparfaites.

M. Bayle adjoute selon les idées que nous avons d'un estre créé, pq^s ne pouvons pdnt comprendre qu'il soit un principe d'action^ et que recevant à tous moments de sa durée son existence et celle de ses facultés, il crée en luy-même des moda^lités par une vertu qui luy soit propre. (Mais si Dieu luy donne 46S facultés, elles luy sont donc propres, et ces facultés ne sont autre chose que la vertu de produire

(i) Suivant Bayle, fd., ib.

(%) C'çst Lei|)i)iz qui p^rle.

sua LE DIGTIONNAIRli DE BATLE. 188

des modMités) (1). Ces modalités doivent estre ou . ipdistinctçs de la substance de Fâme comme veulent les nouveaux philosophes, ou distinctes comme Tasseurent les péripatéticiens (distinctes» autrement rame ne seroit pas la même, ce que M« Bayle asr seure pourtant); si elles sont distinctes, ce sont estres tirés du néant. (Soit, c'est l'essence de la substance de le faire continuellement.) Elles ne peuvent donc être produites que par une cause qui peut créer. (Créer n'est pas tirer un estre du néant, mais tirer une substance du néant, c'est à dire un estre capar ble de produire la source d'une série de modificaitions)* Toutes les sectes conviennent que l'homnie n'est pas une telle cause fje ne crois point cela); le P, Malbranche {Traité de la na^lure et de la grâce) veut que le mouvement vienne d'ailleurs et qu'on Ip pqisse arrester ; cela est contradictoire, il faut de la force pour arrester (il est vray que la créature ne sauroit arrester l'impresi^on, mais elle ia modifie) : la créature ne sauroit estre mue par une simple permission d'agir (je l'avoue, si elle n'avoit la faculté ou force d'agir), une simple permission ne tirera pas des choses purement possibles ny mettra ia di-

(1) Toutes ces parenthèses renferment la pensée de Leibniz, répondant coup sur coup à celles de Bayle, ei font voir par leur rapidité même à quel point il était préparé sur toutes ces questions abstruses de la theodicée. i . -

18& REMAHQCES CRITIQDBS DB LBIBNIZ

vinité en estât de voir ce que la créature fera (je raccorde). La pluspart des théologiens fondent la préférence sur le décret, d'autres veulent que le décret porte que la créature se trouve dans les circonstances où Dieu a prévu qu'elle pécheroit : ainsi quelques uns veulent que Dieu ait prévu le péché à cause de son décret, d'autres qu'il ait fait le décret à cause qu'il avoit prévu le péché. De quelque manière qu'on s'explique, il s'ensuit que Dieu a voulu que l'homme péchât (il faut dire qu'il l'a voulu permettre) et qu'il l'a préféré à la durée perpétuelle de l'innocence (concefifo) qu'il luyestoit facile de procurer et ordonner {nego^ salva rerum majore perfectione).

P. 2328, l'invention de la science moyenne est chimérique, car elle n'empêche pas que tous les péchés et tous les maljieurs de l'homme ne soient du choix libre de Dieu. M. Jurieu confesse qu'il n'y a personne qui soit plus incommodé que lui des difficultés de ces décrets. Il s'est expliqué encore avec plus de force sur tout cela, et vous ne sauriez nier qu'il ait réfuté invinciblement toutes ces méthodes ; et par conséquent il ne vous reste aucune ressource 4 moins que vous n'adoptiez mon système des deux principes. (Le principe du mal n'est pas une substance , c'est la possibilité des choses , c*est cette possibilité qui porte que parmy tous les systèmes

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