‹ Lettres et opuscules inédits de Leibniz. Précédés d'une introductionChapitre 17 sur 42 · A MONSIEUR L'ABBÉ FOUCHER · texte numérisé non relu

A MONSIEUR L'ABBÉ FOUCHER

Auteur de la Critique de la Recherche de la vérité (2).

Monsieur, Je demeure d'accord avec vous qu'il est de conséquence que nous examinions une bonne fois pour toutes nos suppositions, afin d'établir quelque chose de solide. Car je tiens que c'est alors qu'on entend

(1) Gilles de Iloberval (1602—1675), Mathém, Paris, 1693.

(2) Inédit, sauf un extrait donné par M. Grotefend (S<(i6nîi, 5llbum gut jweiteu (Sâcular^geier teé Sdbnijifc^eu ©«burtetageé, 1 2;u 11 18/i6). L*original autograplie est conservé dans la bibliothèque de Hannover, à la lettre F.

30 lËTTRÉS

parfttitetnent la chOËe dont il g' agit, quand on peut pa*ottver tout ce qu'on avance. Je scay que le vulgaire ne plaièt gùères à ces recherches, mais je scai ausëi que le vulgaire ne se met gueres en peine d'entendre lea choses à fond. Voslre dessein est à ce que je vois d'exanjiner les vérités qui asdeurent qu'il y a quelque chose hors ôb nous. En quoy vous paroiâsez très eqiiitablft, car ainsi vous nous accorderez toutes les vérités hypothétiques et qui asseurent non pas qu'il y a quelque chose hors de nous, mais seulement eê qui arriveroit B'il y en aVoit» Ainsi nous sauvons déjà l'arithmétique, la géométrie et un grand nombre de propositions dô métaphysique, de physique et de morale dont l'expression commode dépend de définitions arbitrairement choisies, et dont la vérité dépend des axiomes que j*ay coastume d'appelei* identiques, comme par exempte que deux contradictoires ne peuvent pas estre, qu'une chose dans un même temps est tejle qu'elle est^ par exemple, qu'elle est aussi grande qu'elle est ou égale à elle-même , qu'elle est semblable à elle-même» etc.

Or quoique vous n'entriez pas eo? profesào dans l'examen des propositions hypothétiques , je serois pourtant d'avis qu'on le flst et qu'on n'en admit point, qu'on n'eut demonstré entièrement et ce plus jusqu'aux identiques.

BB LBÎfifflZ. él

Pour ce qui est des veritez qui partent de ce qui eftt effectivement hors de nous, c'est là principalement le sujet de vos recherches. Or premièrement on ne scauroit nier que la vérité même des propositions hypothétiques ne soit quelque chose qui est hors de nous et qui ne dépend pas de nous. Car toutes les propositions hypothétiques apprennent ce qui seroit ou ne seroit pas quelque chose ou son contraire estant posé et par conséquent que la supposittoA en même temps de deux choses qui s'accordent ou qu'aune chose est possible ou impossible, néces-sàire ou indifférente et cette possibilité, impossibilité ou nécessité (car nécessité est une Impossibilité des contraires*), n'est pas une supposition que nous fassions puisque nous ne faisons que la reconnoistre et malgrez nous et d'une manière constante. Ainsi de toutes les choses qui sont actuellement la possibilité même ou impossibilité d'estre est la première. br cette possibilité et cette nécessité forme ou com* pose ce qu'on appelle les essences ou natures et les verltei qu'on a constamment nommées éternelles : et en a raison de les nommer ainsi, car il n'y a rien de s! éternel que ce qui est nécessaire. Ainsi la nature du cercle avec ses proprietcz est quelque chose d*existant et d'éternel : c'est-à-dire il y à quelque Xiù.mé constante hors de nous qui fait que tôuft ceux

3a LETTRES

qui y penseront avec soin trouveront la même chose et que non seulement leurs pensées s'accorderont entre elles ; ce qu'on pourroit attribuer à la nature seule de Tesprit humain, mais qu'encor les phénomènes ou expériences les confirmeront lorsque quelque apparence d'un cercle frappera nos sens. Et ces phénomènes ont nécessairement quelque cause hors de nous.

Plus quoique l'existence des nécessitez soit la première de toutes en elle-même et dans l'ordre de la nature, je demeure pourtant d'accord qu'elle n'est pas la première dans l'ordre de nostre connoissance. Car vous voyez que pour me prouver l'existence j'ay pris pour accordé que nous pensons et que nous avons des sentimens. Ainsi il y a deux veritez générales absolues c'est-à-dire qui partent de l'existence actuelle des choses ; l'une que nous pensons, l'autre qu'il y a une grande variété dans nos pensées* De la première il s'ensuit que nous sommes, de l'autre il s'ensuit qu'il y a quelque autre chose que nous c'està-dire autre chose que ce qui pense qui est la cause de la variété de nos apparences. Or l'une de ces deux veritez est aussi incontestable, est aussi 'indépendante que l'autre et M. Des Cartes ne s' estant attaché qu'à la première dans l'ordre de ses méditations a manqué de venir à la perfection qu'il s'estoît pro-

DB tEIBNlZ. 3S

posée. S'il avoit suivi exactement ce que j'appelle filum meditandù je croy qu'il auroit achevé la première philosophie. Mais le plus grand génie du monde ne scauroit forcer les choses, et il faut entrer de nécessité dans les ouvertures que la nature a faites pour ne se pas égarer. De plus un homme seul n'est pas capable dé tout, et pour moy quand je pense à tout ce que M. Des Cartes a dit de beau et de luy-môme, je' m'étonne plus tôt de ce qu'il a fait que de ce qu'il a manqué de faire quelque chose. J'avoue que je n'ay pas pu lire encore ses écrite avec tout le soin que je me suis proposé d'y apporter ; et mes amis sçavent qu'il s'est rencontré que j'ay leu presque tous les nouveaux philosophes plus tôt que luy. Bacon et Gassendi me sont tombés les premiers entre les mains, leur style familier et aisé estoit plus conforme à un homme qui veut tout lire ; il est vray que j'ai jette souvent les yeux sur Galilée et Des Cartes; mais comme je ne suis géomètre que depuis peu, j'estoîs bientôt rebuté de leur manière d'écrire qui avoit besoin d'une forte méditation. Et moy quoique j'aye tousjours aimé de méditer moy-môme , j*ay toujours eu de la peine à lire des livres, qu'on ne scauroit entendre sans méditer beaucoup; parce qu'en suivant ses propres méditations on suit un certain penchant naturel, et on profite avec plaisir.

au lieu qu*on est gesné furieusement, quand il faut suivre les méditations d*autruy. J'aimois tousjoUrs. des livres qui contenoient quelques belles pensées, mais qu'on pouvoit parcourir Sans s'arrester , car ils excitoient en moy des idées, que je suivois à ma fantaisie et que' je poussois où bon me sémbloit. Cela m'a encor empêché de lire avec soin les livres de géométrie ; et j'ose bien avouer que je n'ay pas encor pu gagner sur moy de lire Euclide autrement qu'on a coutume de lire les histoires* J'ay reconnu par l'expérience que cette méthode en général est bonne ; mais j'ay bien reconnu iieatitmoins qu'il y a des auteurs qu'il en faut excepter ; et comme sont parmy les anciens philosophes Platon et Aristote, et des nostres Galilée et M. Des Cartes. Cependant ce que je scay des méditations métaphysiques et physiques de M. Des Cartes, n'est presque Venu que de la lecture de quantité de livres écrits un peu plus familièrement, qui rapportent ses opinions* Et il peut arriver que je ne l'aye pas encor bien compris, Neantmoins autant que je l'ay feuilleté' moy même, j'entrevoy au moins, ce me semble, ce quMl n*a pas fait, ny entrepris de faire ; et c'est entre autres la Résolution de toutes nos suppositions, c'est pourquoy j'ay coustume d'applaudir à tous ceux qui examinent là moindre vérité jusqu'au bout; car je scay que

DB LBIBNIZ. 35

c'est beaucoup d'entendre une chose parfaitement, quelque petite et quelque facile qu'elle paroisse. C'est le moyen d'aller bien loin , et d'establir enfin Part d'inventer qui dépend d'une connoissance , mais distincte et parfaite des choses les plus aisées. Et pour cette raison Je n'ai pas blâmé le dessein de M, de Roberval, qui vouloit tout démonstrer en géométrie, jusqu'à quelques axiomes. J'avoue qu'il ne faut pas vouloir contraindre les autres à cette exactitude, mais je croy qu'il est bon de nous contrain dre nous-mêmes.

Je reviens aux veritez premières à nostre ég^.rd, entre celles qui asseurent qu'il y a quelque chose hors de nous : scavoir que nous pensons, et qu'il y a une grande variété danis nos pensées. Or , cette variété dps pensées ne scauroit venir de ce qui pense, puis qu'une même chose seule ne scauroit estre cause des changemens qui sont en elle. Car toute chose demeure dans Testât où elle est, s'il n'y a rien qui la change : et ayant esté d'elle-même in^ déterminé à avoir eu tels changements plus tost que d'autres, on ne scauroit commencer de luy attribuer aucune variété sans dire quelque chose dont on avoue qu'il n'y a point de raison, ce qui est absurde. Et' si on vouloit dire même qu'il n'y a point de commencement dans nos pensées, outre qu'on sei*oil

30 LETTEBS

obligé d*asseurer que chacun entre nous ait esté dé toute éternité, on n^échapperoit point encor ; car on seroit toujours obligé d'avouer qu'il n'y a point de raison de cette variété qui ait esté de toute éternité en nos pensées, puisqu'il n'y a rien en nous qui nous détermine à celle-cy plus tost qu'à une autre : donc qu'il y a quelque cause hors de nous de la variété de nos pensées. Et comme nous convenons qu'il y a quelques causes sous ordonnées de cette variété qui, neautmoins, ont encor besoin de cause elles mêmes^ nous avons établi des espèces ou substances particulières dont nous reconnoissons quelque action , c'est-à-dire dont nous concevons que de leur changement s'ensuit quelque changement en nous. Et nous allons à grands pas à forger ce que nous appelions matière et corps. Mais c'est icy que vous avez raison de nous arrester un peu et de renouveller les plaintes de l'ancienne Académie. Car dans le fond, toutes nos expériences ne nous asseurent que de deux, scavoir qu'il y a une liaison dans nos apparences qui nous donne le moyen de prédire avec succès des apparences futures, l'autre que cette liaison doit avoir une cause constante; mais de tout cela il ne s'ensuit pas à la rigueur qu'il y a de la matière ou des corps, mais seulement qu'il y a quelque chose qui nous présente des apparences bien

suivies. Car si une puissance invisible prenoit plaisir de nous faire paroistre des songes bien liés avec la vie précédente et conformes entre eux, les pourrionsnous distinguer des réalitez qu'après avoir esté éveillés* Or, qui est ce qui empêche que le cours de nostre vie ne soit un vain songe bien ordonné dont nous pourrions estre détrompés en un moment. Et je ne voy pas que cette puissance seroit pour cela im** parfaite comme a pensé M. Des Cartes, outre que son imperfection n'entre pas en question. Car ce pourroit estre une certaine puissance sous-ordonnée ou quelque génie qui se pourroit mêler, je ne scay pourquoy de nos affaires, et qui auroit au moins autant de pouvoir sur quelques uns que ce calife qui fit transporter un homme yvre dans son palais, et le fit gouster du paradis de Mahomet lorsqu'il fut éveillé, jusqu'à ce qu'il fut enyvré de rechef et en estât d' estre rapporté aulieuouonl'avoitprit. Et cet homme estant revenu à luy-même ne manqua pas de prendre pour une vision ce qui luy paroissoit inconciliable avec le cours de sa vie, et de débiter au peuple des maximes et des révélations qu'il croyoit avoir apprises dans ce paradis prétendu , et c'étoit ce que le calife souhaitoit. Or, puisqu'une réalité a passé pour une vision, qu'est ce qui empêche qu'une vision passe pour une réalité : il est vray que d'au-

2^8 iBTT&as

tant plu« que nous voyons de la liaison dan^ ce qui qous arrive, d'autant plus sommes nous confirmés dans Topinion que noua avons de la réalité de nos apparencçs; et il est vray aussi que d'autant que nous examinons nos apparences de plus près, d'au<tant les trouvons-noMp mieux suivies comme les myr proscopes et autres moyens de faire des expériences font voir. Cet accord perpétuel donne une grande asseurancoi mais après, tout elle ne sera que mbrale jusqu'à ce que Fhomme découvre, f^prioriy Torigine du mondç que nous voyons, et qu'il puise dans le fonds de l'essence pourquoy les choses sont de la manière qu'elles paroissent. Car cela estant, il aura démonstré que ce qui nous paroist est une réalité et qu'il est impossible que nous en soyons désabusés jamais. Mais je croy que cela approcheroit fort de la vision béatifique, e\ qu'il est difficile d'y prétendre dans rét^t où nous sommes. Cependant nous appre* nons par Ih combien la connoissance que nous avons communéinent des corps et de la matière doit estre confuse, puisque nous croyons d' estre a^seurés qu'il y en a, et que nous trouvons, av) bout du conte, que nous pourrions nous tromper^ Et cela confirme M belle pensée de M. Des Cartes, de la première distinction du corps et de l'âme, puisqu'on peut révoquer en doute l'un sans pouvoir mettre l'autre en

Dg UIBNIZ. D9

question. Car s'il n'y avoit que des apparences ou songes on né seroit pas moins asôeuré de l'existence de ce qui pense, comme dit fort bien M. Des Cartes; et moy j'adjoute qu'on n'en pourroit pas moins démonstrer Texistence de Dieu par des voyes différentes dé celles de M. Des Cartes, et qui, à ce que jècroy, mènent plus loing. Car on n*a nullement besoin de supposer un estre qui nous garantisse d'estre trompés, puisqu'il est en nostre pouvoir de nous détromper dans beaucoup de choses , et au moins sur les plus importantes. Je souhaite, monsieur, que vos méditations là-dessus ayent tout le succès que vous désirez; mais pour cet eflet, il est bon d'aller par ordre et d'establir des propositions, c'est le moyeo de gagner terrein et d'avancer seurement. Je crôy que vous obligeriez encor le public en luy communiquant de temps en temps des pièces choisies de l'AcadAmie et surtout de Platon, car je reconnois qu'il y a des Choses plus belles et plus solides qu'on ne pense. Je suis, monsieur, etc.

Lbibniz.

ftO LETTRE» -

8 décembre 1684 (i).

MONSIEOR»

Si nous perdons tous les jours nos amis parce que la mort nous les enlève, du moins nous ne devons pas prévenir cette perte par nostre négligeance, c'est pour cela que je vous prie, monsieur, de renouveller nostre amitié. Je crois que vous avez du déplaisir de la mort de M. Tabbé Mariette, et si vous méjugez propre à vous rendre quelques services en sa place, faites moy la grâce de m'employer et de m*honorer de vos lettres. M. Lantin, nostre amy^ m*a promis par sa dernière, qu'il viendroit & Paris bientôt; je le souhaite, afin que nous parlions de vous ensemble. Il vous estime extrêmement, et c'est avec raison. J'ay vu des vers que vous avez fait en françois chez M. GulU Vous pouvez croire qu'il y a longtemps, car nous ne voyons plusicy ce monsieur, qui est présentement en Angleterre. Dites moy des nouvelles de M. Thirnaus (2), de M. Hanse, et quelques autres habiles messieurs, que vous corinoissez. Vous scavez que le père Malbranche est aux prises avec

(1) Inédit, Toriginal autographe est conserfé dans la biblio* thèque de Hannover, à la lettre F.

(2) Le comte Walter de Tschirnhansen , de Kieslmgswalde (1631—1708).

M. Arnaud, qui a fait une critique de son SentimerU des Idées. Je crois, monsieur, que vous avez vu ce livre. LepèreMaibranchey arépôndu tout de mesme qu*à la critique de son premier volume de la Recherehe de la Vérité. M. Arnaud a dû, depuis, faire un deuxième volume contre luy pour défendre le premier sur les idées. On dit qu'on imprime encore la critique de M* Arnaud du TraUé de la Nature et de la Grâce du père Malbranche. J'aurois bien des choses à dire et à écrire sur cette dispute pour ce qui concerne seulement la philosophie. Car je laisse la théologie à M. Arnaud, mais nous n'avons pas icy toute la facilité d'imprimer que Ton pourroit fiouhaiten Je devroîs répondre à Don Robert des Gabets sur le sujet des Académiciens, enfm il y auroit bien des choses à faire que Ton ne fera peut cstre jamais. Jrs longa^ vita hrevis» Cependant, monsieur, je souhaitterois de tout mon cœur que nous eussions de vous sur toutes ces choses tout ce qui nous manque. Vos parolles nous sont chères. Vous me permettrez de joindre à cette lettre deux petites pièces de ma façon : scavoir de la morale ou Sagesse des Anciens^ c'est une oraison funèbre en vers de nostre raine. Ces vers de la Sagesse des Anciens ont esté traduits en latin par un habile homme de Copenague en Danemarc, nommé M. Vinding, il

lest professeur royal. J'ai commencé une espèce âc $9mmentaire de ces vers h l'instard diu commentaire des vers des Pythagoriciens : Carmina aur^a Pito- ^oreorum fait par Hiefocles. Les deux premières parties sont déjà imprimées. Le. reste n'est point enr cor achevé. Je voudrois pouvoir vous envoyer ce Hvre. Il est de la grosseur de ma Critique de la Recherche^ je ne scais si vous avez entendu parler d^ la Logique des Académiciens. C'est un livre que j'avais fait imprimer plus d'un an avant que le pre* mier volume de la Recherche du P. Malbrancbe ait paru. Celte logique est grosse comme le preipiear volume dont je parle à peu près. C'est ce qui m'fi porté à. faire la Critique. Il est parlé' de cette logiy que dans la première page de la Critique bous le titre de dissertations. Je n'en ay plus et je n'ei^ fis imprimer qu'un très petit nombre, seulement pour la communiquer aux scavants. M. l'abbé Mariette a légué son livre du mouvement des Eaux h M. de la Hir de l'Académie royale. Ce livre n'est pas ençor imprimé). Ce seroit un posthi^me , s'il avoit es|é achevé entièrement par son auteur avant sa mpr^ ; ce geroit un très excellent ouvrage, Vous scavea, monsieur, que M. Mariette estoit fort habile en ce genre, et depuis yostre éloignement il avcnt fait up très grand nombre d'expériences fort curieuses sur

ce sujet. Je donneray la présente à lûonsiçur voetrp pFédident, pour vous la faire tenir^ Je vous priet monsieur, de me faire l'honneur de (n'écrire emplar me|)t. Vous pouvez addresser chez ce monsieur » rq^ Géofroy, j'enseigneray là nion addresse, ou bi0n4ir reetement dans la rue de là. Truandene« auprès du Puis d' Amour I chez un espioier.

Je suis, monsieur, vost^e très humble serviteur,

FODCBBR,

Chanoine de Dgon.

Sans date (1).

Monsieur, Je n'ay encor pu voir les journaux de Lypsic du mois de novembre dernier. On a de la peine de les ^oir à Paris à cause de nos journaux de France dont le privilège ne souffre pas que Ton jouisse des au*» très. Vous trouverez dans ce paquet ce qui a esté imprimé de ma façon depuis que je n'ay eu l*hon^ neur de vous voir, ^cavoir la réponse à Dom Ro^ bèrt; 2^ le commentaire de la moitié de mes vers de fa Sagesse des Anciens, c'est-à-dire des cinquante^ deux premiers. Quelque difficulté des libraires m'a

(1) Inédit, Toriginal autographe est conservé d«ns la bibliothèque de Hannover,

kk LETTRES

fait différer d'achever le reste de ce livre. Il n'est point encor exposé en vente; je vous envairroîs ma Logique des Académiciens volontiers si je pouvois, mais je n'en ay plus qu'un exemplaire, j'espère qu'elle sera bientôt réimprimée. Je dois ajouter à la réponse à Dom Robert V Apologie des Académiciens. J'ay réservé à luy répondre sur ce sujet, afin de faire pour cela un livre à part, la matière le mérite bien, ce me semble.

M. Huet (1), que vous connoissez, m'a prié de vous faire ses baise mains. M. Lantin, nostre amy, a mis en musique une ode faite par M. Huet; si j'avois pu l'avoir, je vous l'aurois envoyée. Les disputes de M. Arnaud et du P. Malbranche continuent tousjours. Je voudrois que vous eussiez esté présent à quelques conférences que nous avons eues ensemble le P. Malbranche et moy sur la philosophie, il me semble tousjours que son opinion des idées qui ne sont point façons d'estres de l'âme, est insoutenable. Pour ce qui est de ses sentiments sur la grâce, je n'en dis pas la mesme chose, et je ne prononce point sur ces matières qui sont au-dessus de mon esprit. On voit icy, depuis peu, un livre nouveau de V Élévation des Eauœ^ par un Anglois. Je ne l'ay point

(i) Daniel Huet, de Gaen (1630^1721), ïïuetiana, Paris, 1722, in-i2.

BB LElfiMZ« &5

encor assez examiné pour vous en parler. On fait une place Royale nouvelle à Paris, où Ton placera la statue du roy faite par Tordre de M. le maréchal de la Feuillade. M. Osannam (1) a donné depuis peu un livre nouveau de Tarithmétique et progression des nombres. Pour la philosophie morale, je n'en trouve point de plus incontestable, ni de plus utile que celle ÔL^Epictète. Pour ce qui est des commentaires de l'empereur Marc-Aurelle Antonin, je les trouve remplis d'un si grand sens, et de tant de suc, que je ne scaurois laisser de les lire. Je scais que la morale de Platon est la source de celle des Stoïciens et surtout des plus moderpes ; mais il me semble que ces mo« dernes ont enchéri sur les anciennes idées. Auec tout cela, monsieur, nous aurions bien besoin d'une philosophie toute particulière, car nous n'en auons point encor qui ne soit défectueuse ; je voudrois bien en avoir une de vostre main, aussi bien que de celle de M. Lantin, nostre amy. Il m'avoit fait espérer une histoire du plaisir et de la douleur, je n'en vois encor rien ; j'ai peur que tous ses ouvrages ne se perdent quand il viendra à mourir. Je vous souhaite à tous deux une vie éternelle, et suis, monsieur, vostre serviteur, FOUGHER.

(i) Jacques Ozanam, de Bouligneux (i6/i0— 1717).

Extrait de ma lettre à M, Foucher^ 1686 (!}.

Monsieur ,

Enfin vostre paquet m*a esté rendu « je vous en remercie fort, et je n'ay pas cessé de lire, jusqu'à ce que je l'ay achevée J'ai lu avec un très grand plaisir vos pensées sur la Sagesse des Amiens. Il y a long temps que je scay qu'ils sont plus habiles que Des modernes ne pensent, et il seroit à souhaiter qu'on les connust d'avantage.

Lipse et Scioppius ont tâché de resusciter la philosophie des Stoïciens : Gassendi a travaillé sur

(1) Donné par M. Grotefend à la suite des Lettres à Arnavld^ in-8, Hann'sche Buchhandlung, HannoYer, i%k%. M. Grotefend s'excuse d'avoir publié cette lettre à la suite d'une correspondance dont elle ne fait -pas partie, en citant une note de la main de ieibniz où, â propos de la réponse de Foucher, il fait ^marquer l'affinité du sujet. Nous ayons cru devoir la reproduire ici à sa véritable place. C'est sans doute de cette lettre qu'il est question 4ans le billet suivant signé Brosseau. M. de Brosseau était à Paris l'intermédiaire officieux de Leibniz auprès des savants ou des philosophes.

Page 1