‹ Lettres et opuscules inédits de Leibniz. Précédés d'une introductionChapitre 22 sur 42 · iSTTftES · texte numérisé non relu

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uns pour Des Cartes, çt les autres contre ce mesme philosophe* L'esprit est naturellement volage , et pilrce qu'on n'estime point assez les vérités évidentes 4H) se plonge volontiers dans des sentimens peu solides et maime contraires entr'eux. Cependant o/)j9orlet constare sibi. Le P, Malbranche a asseurément J'esprit boa et pénétrant, mais il est embarrassé dans son système des idées, qui ne sont pas des façons d'estre de nostre âme et sont hors de nous, et quand on luy demande comment il faut concevoir que nous ayons des perceptions de ces idées, qu'il veut estre hors de nous, il répond qu'il ne comprend pas comment cela se fait et qu'il ne pense pas qu'on le puisse jamais comprendre ; mais il entre par là dans un profond pyrronisme.

Je suis, monsieur.

Votre très humble et très obéissant serviteur,

FoUGHKfi.

EoDtrait de la réponse de Leibniz (1).

, Le R. P. de Malebranche considérant les idées pomme l'objet immédiat externe de nos pensées, il

(1) Cet extrait est éciit de la main de Leibniz sur lu première feulUe de Jaietue de Foucber^ Leibniz, quand il ne conserTait pas

DU usiiHiz. :f:i5

est vray qâ*oh ne les scauroit mettre iqd'en Dieu, puisqu'il n'y a que Pieu qui puisse agir «ur nous immédiatement Mais puisque tout vient de Dieu eomme de la cause générale, je crois que pour expliquer le détail des causes secondes, il o*Qst pas nécessaire de le faire entrer et qu\ainsi il suflit de monstrer comment nous trouvons en nous les objets immédiats de toutes nos connoissances. Cepeadant mon opinion ne renverse point ce qu'il y a de bon dans la sienne, qui sert mqme à donnet* des . réflexions propres à nourrir la piété suivant Tancienne philosophie des Orientaux, qui attribue tout h Dieu, ce qui n'est pas h mépriser quand on ¥mtend bien.

F0UCH5R A LEIBNIZ (1).

De Paris, le 15 juillet 1«M.

Je VOUS réponds. Monsieur, positivement et par

avance puisque vous le souhaités. Il y a cinq jours

- que j'ay receu vostre dernière. 1"* J'ay donné vostre

la minute de ses leUres, avait soin d'en extraire ainsi Ta p^lisée » principale, et de la meUre, soit an eoiDiiienceiafot« mik ^ pQ &e la lettre qui demandait une réponse.

(1) Inédit. L'original autograpiie est conservé dans la bibliotliè<|QeéeJièonaytr« ' . ' ' , ..

réponse à M. le président Cousin* 2^ Il a mis dans le journal du 2 de juin 1692, un extrait de la lettre que vous m'avez fait Thonneur de m'écrire. Sf" J'ay fait répondre à cette lettre, dans laquelle il est parlé des aiiomes que vous scavez : Natura non agit salkUim^ et Eœtrema in idem recidunt. Laquelle réponse est insérée dans le journal du 16 mars 1693 ; de sorte que la pièce que vous m'avez envoyée vous tiendra lieu de réplique, ti? Je crois que vous aurez vu l'extrait de M. Tabbé Nicaise, qui contient vostre jugement sur les ouvrages de Des Cartes, il est inséré dans un journal de cette année, b"" La pièce que vous avez envoyée à M. Pelisson a esté insérée aussi dans le 1" journal de janvier 1693. Toutes ces pièces, comme je pense. Monsieur, ne vous doivent point inquiéter, car elles ne vous font point deshonneur. Vostre mechanique ou dynamique a esté mise de la part de Messieursdel' Académie, entre les mains de M. de Yarignon, lequel a écrit son sentiment sur vostre ouvrage, et ne le fera point imprimer sans vous l'avoir fait scavoir à ce que me dit M. l'abbé Galois, lequel est toujours disposé à mettre dans ses mémoires les pièces qu'il vous plaira de luy envoyer. Il faut, si vous le trouvez bon, les addresser à Messieurs de l'Académie, et les réduire en forme de lettre. Je les donneray à M. l'abbé Galois, et auray

soing qu'elles soient dans lesmémoiresde l'Académie» Vous me mandez que vous m'envoyez une ou deux fois vostre réponse par le journal. Mais, je ne Tay reçue que cette seule fois. M. Tabbé Galois a receu vostre lettre de M* Polisson. M. Lantin s^est défait de sa charge et la remet à son fils. Il travaille présentement à faire les remarques sur Diogène Laerte ; il les nomme son Spicilegium. Il travaillera après à son histoire du Plaisir et de la Douleur, mais il me mande qu'il doute fort si vous approuverez son dessein. Il écrira à la manière du chancelier Bacon, par observations, histoires et remarques. Je suis fort de vostre avis, Monsieur, qu'il seroit à souhaiter qu'il nous donnast de son vivant un Lantinian. Ce seroit l'un des bons livres que l'on pourroit avoir. Car il a fait d'excellentes réflections sur diverses choses. Il voudroit bien aussi luy et moi que vous en fissiez de mesme quelque jour. Pour éviter les transitions et la géhenne des divisions de matières, le plus court est de dire tout franc ce que Ton pense sans autre ajustement ; mais souvent la prudence ne le permet pas. Je m'empresseray de vous communiquer ce qui luy reste des mémoires de feu M. de Saumaise et de M. de la Marre. Vous aurez bientôt, comme j'espère, un quatrième livre de Dissertations sur la philosophie des académiciens. Il y sera traitté des*

IIS tKTTRBS

premières notidne, le tout dans Testendue de deux fMilles en petît-romain. Je vous enverroi» volontiers lôj^ mémoires de M. d'Avranchés sur Thistoire dés cartésiens. Quatrièmement, je n'en say qu*unexemplaire dont l'auteur m'a fait présent. S'il estoit à Paris, je luy en demanderois un pour vous. La vîé du cardinal Ximènes est imprimée et on commence de Texposer en vente. Il y en a deux de deux auteurs qui paroîssent en même tems. Celle d*Avrillôn a esté faitte par M. Tevesque de Nismes, et l'autre par un chanoine d'Usez. Votre projet, Codecû furis geniium diplomaticus, a esté inséré dans le journal» Je vous ay donné la connoissance de M. Bulleau, secrétaire du roy, très habile en histoire. Il m'apprend qu'il vous écrivoit. Je donneray oette lettre à M. Brosseau, qui m'a fait la faveur de m'envoyer les vostre et la dernière nouvellement. Je suis, Monsieur, - Vostre très humble et très obéissant serviteur,

FOUGHER.

J'auray l'honneur de voir M. de Laloubere (1), et tacheray de le connoistre. Je le priray de vous faire réponse.

H) Antoine de Ja Loubèr^ (1600—1664), géomètre, Traité de la mon* des vaisseaux. Paris, 173 i.

DE LBIBN». 110.

LEIBNIZ A FOUGHER (l),

aaofttiaM.

On doit être bien aise, monsieur, que vous donniez un sens raisonnable aux doutes des académiciens. C*est la meilleure appologie que vous pouvie:^ faire pour eux. Je serai ravi de voir un jour leurs sentimens digérés et éclaircis par vos soins. Mais vous serez obligé, de tem.^en tems^ de leur prêter quelques rayons de vos lumières comme vous avez conomçncé,

11 est vrai que j'avois fait deux petits discours il

y a vingt ans (2), l'un de la théorie du mouvement abstrait, où je l'avois considéré hors du système, conime si c'étoit une chose purement mathématique ; l'autre de l'hypothèse du mouvement concret et sys-' tématiqué, tel qu'il se rencontre effectivement dans la nature. Ils peuvent avoir quelque chose de bon. puisque vous le jugez ainsi, monsieur, avec d'autres. Cependant il y a plusieurs endroits sur lesquels je

(1) Celte letire, en réponse Si celic de Poiither insérée en paVifedans le Journal de» savantM du i6 mars, figure ^l^-m^e dau9 te journal du 3 août 1693, el dans Opéra, édil. Dulens, t. ir, p. 1, 2Zi2. Elle est indispensable poiir rinlelligeuceeila liiiii«iide«}eUi'eR qui précèdent et qui suivent.

(2) Mogunt, 1671. ^Leibn, opera^ édit. Dutens, t. II, |k S,

p. uns.

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crois élre mieux instruit présentement; et entre autres , je m*explique tout autrement aujourd'hui sur les indivisibles. C'était l'essai d'un jeune homme qui n'avoit pas encore approfondi les mathématiques. Les loix du mouvement abstrait que j'avois données alors devroient avoir lieu effectivement, si dans le corps il n'y avoit autre chose que ce que l'on y conçoit selon Des Cartes, et même selon Gassendi. Mais comme j'ai trouvé que la nature en use tout autrement à l'égard du mouvement, c'est un de mes argumens contre la notion reçue de la nature du corps, comme j'ai indiqué dans le journal des savans du second juin 1692.

Quand aux indivisibles, lorsqu'on entend par là les simples extrémités du tems ou de la ligne, on n'y sauroit concevoir de nouvelles extrémités, ni des parties actuelles ni potentielles. Ainsi les points ne sont ni gros ni petits, et il ne faut point de saut pour les passer. Cependant le continu, quoiqu'il ait partout de tels indivisibles , n'en est point composé, comme il semble que les objections de sceptiques le supposent, qui à mon avis n'ont rien d'insurmontable, comme on trouvera en les rédigeant en forme. Le père Grégoire, de Saint-Vincent (1), a

(1) Grégoire de Saint-Vincent de Bruges (i58/ii— 1667), Opus geometricum quadraturœ circtUi^ etc. Antr., 1647, in-foL

DE LElfiT^JZ. 121

fort bien montré par le calcul même de la divisibilité à rinfmi, Tendroit où Achille doit attraper la tortue qui le devance, selon la proportion des vitesses. Ainsi la géométrie sert à dissiper ces difficultés apparentes.

Je suis tellement pour Tinfini actuel , qu^au lieu d'admettre que la nature Tabhorre, comme Ton dit vulgairement, je tiens qu'elle Tafifecte partout, pour mieux marquer les perfections de son auteun Ainsi je crois qu'il n'y a aucune partie de la maty^re qui ne soit, je ne dis pas divisible , mais actuellement divisée ; et, par conséquent , la moindre particelle doit être considérée comme un monde plein d'une infinité de créatures différentes.

6 ou 16 ayril 1695.

Monsieur, J'ay dû juger par la dernière que j'ay reçue de vous, il y a longtemps, que vous vouliés suspendre notre commerce à cause de la guerre. Et c'est pour cela que je n'ay point voulu vous importuner. Cependant je ne crois pas que vous ayiez voulu le quit-

(i) laédiu LViginal autographe est conservé dans la bibliotbèque de Hannover.

ter entièrement , car plusieurs autres m'écrivent nonobstant cette guerre où la philosophie ne prend aucun intérêt. Et c'est ce qui fait que je vous écris celle-cy pour mMnformer de vostre santé, et pour vous dire que la mienne, depuis quelque temps, n'est pas des mieux affermies. C'est ce qui me fait penser à publier quelques pensées, et entre autres mon système sur la communication des substances et l'union de l'âme avec le corps, dont je vous ay mandé quelque chose autres fois. Je crois que c'est le seul qui puisse fournir une explication intelligible et fay recourir à la toute puissance de Dieu. Je seray bien aise que des personnes judicieuses y fassent des réflexions, et j'en attends surtout de vous, qui pourront servir à donner des lumières. On pourra adjouter peut-estre ce que M. Arnaud m'avoit objecté et ce que je lui ay répondu/ Et peut-estre aussi le R. P. de Malebranche ne nous refusera pas aussi ses lumières là- dessus. J'apprends la mort de M. Lantjn. Cependaiit j'espère qu'il nous aqrà laissé de belles choses dont le public pourra encor jouir un jour. El je vous supplie de m'en donner des nouvelles. Un professeur célèbre à Léide , nommé M. Vol* der (1), ayant publié^ sur la fin de Tannée passée,

(1) Voîder, chargé par Hugens d'avoir soin de seff manuscrits. Voy. Comm, epist, Leibnitii et-Bernoulli^ p. ÔS.

DE LBIBNIC. l%&

une réponse à la critique de Mgr Tévêque d'Avranches, un amy qui me la porta me pria de luy en dire mon sentiment; en la lisant je fis des remarques, car il me seml^loit qu'il ne satisfaîsoit pas assés. Un jour cela se pour ra joindre à d^autresanimadversions sur la philosophie de M. Des Cartes, que j'ay faites, surtout si Ton songeoit encor à une nouvelle édition de la censure de M. d'Avranches.

Vous aurez la bonté, monsieur, de «l'honorer bîentost de vostre réponse, afin que je sois au moins aâséuré de vostre bon estât, et du progrès de vos méditations.

La perte de M. Tévenot, de M. Pélisson , de M. Ménage, de M. l'abbé Boisot (1), de M. Lantin, me paroist faire quelque tort, non seulement à la France, mais encor à nostre siècle, car je ne vois pas qu'assez de jeunes gens se mettent sur les rangs pour remplir le vuide. Et je ne scay pas ce qu'on se deuvfa figurer du siècle dont nous ne sommes guère pluâ éloignés. Si vous me pouvés faire connoistre des personnes dont on puisse espérer qu'ils en feront l'ornement, je vous en auray de l'obligation, et je suis avec ?èle, monsieur, vostre très humble et très obéissant serviteur, Leibniz^

(i) Bomi (1638**19M), savant compiratcur des mémoires de

Granvelle. ,-

12& LETTAES

5 16 juillet 1695.

Vous aurés vu que tout mon système , fondé sur la considération de Tunité réelle qui est indestructible et sui juriSf et dont chacune exprime T univers tout entier d'une manière qui luy est particulière, et cela par les loix de sa propre nature sans rececevoir de l'influence de dehors, excepté celle de Dieu qui la fait subsister depuis qu'il Ta crée par un renouvellement continueU Si M. Lantin vivoit, je crois qu'il prendroit un plaisir particulier dans ces considérations, comme on peut juger par une lettre qu'il m'écrivit il y a vingt ans ou environ, jugeant dès lors que mes méditations dynamiques De conatu pourroient éclaircir encor les matières de métaphysique. Si le public reçoit bien ces méditations, on m'encouragera à donner encor des pensées assez singulières que j'ay pour lever les difficultés de fato et contingentif et pour éclaircir une différ^ce essentielle qu'on peut concevoir entre les formes matérielles et les intelligences ou esprits. Ce qu'on trouvera d'autant plus curieux, que les mathématiques

(i) Inédit Leibniz a écrit de sa main sur la première fenille : « Extrait de ma lettre à M. Tabbé Fouclier. »

y serviront merveilleusement, en sorte que sans en avoir quelque teinture, il seroit difficile de s'en aviser.

Quoique votre système, monsieur, ne soit pas nouveau pour moi , et que je vous aye déclaré en partie mon sentiment, en répondant à une lettre que vous m'aviez écrite sur ce sujet il y a plus de dix ans, je ne laisserai pas de vous dire encore ici ce que j'en pense, puisque vous m'y invitez de nouveau.

La première partie ne tend qu'à faire reconnoistre dans toutes les substances des unités qui constituent leurs réalités, et les distinguant des autres, forment, pour parler à la manière de l'école, leur individuation ; et c'est ce que vous remarquez premièrement au sujet de la matière ou de l'étendue. Je demeure d'accord avec vous, qu'on a raison de demander des unités qui fassent la composition , et la réalité de l'étendue. Car sans cela, comme vous remarquez fort bien, une étendue toujours divisible n'est qu'un com-

(1) GommuDiqné aa Journal des savantSy et suivi d^éclairdsseméats que nous croyons inutile de donner parce qu'ils se trouvent dans le Journal des savants , A. 1696, et dans Dutens, t. II, p.i.

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posé chimérique, dont les principes n'existent point, puisque sans unités il n'y a point de multitude véri* tablement. Cependant je m'étonne que l'on s'endorme sur cette question ; car les principes essentiels de l'étendue ne scauroient exister réellement. En effet, des points sans parties ne peuvent être dans l'univers, et deux points joints ensemble ne forment aucune extension. Il est impossible qu'aucune longueur subsiste sans largeur, ni aucune superficie sans profondeur. Et il ne sert de rien d aporter des points physiques, puisque ces points sont étendus et renferment toutes les difficultés que l'on voudroit éviter. Mais je ne m'arrêterai pas davantage sur ce sujet, sur lequel nous avons déjà disputé , vous et moi, dans les journaux du seizième mars 1693, et du troisième août de la même année.

Vous aporte'X d'autre part une autre sorte d'unités qui sont, à proprement parler, des unités de composition ou de relation, et qui regardent la perfection ou l'achèvement d'un tout, lequel est destiné à quelques fonctions, étant organique. Par exemple, un horloge est un, un animal est un ; et vous croyez donner le nom de formes substantielles aux unités naturelles des animaux et des plantes, en sorte que les unités fassent leur individuation, en les distinguant de tout autre composé. Il me semble que vous

avez raison de donner aux animaux un principe d*individuation autre que celui qu'on a coutume de leur donner, qui n'est que par rapport à des accidens .extérieurs. Effectivement il faut que ce principe soit interne, tant de la part de leur âme que de leur corps; mais quelque disposition qu'il puisse y avoir dans les organes de l'animal, cela ne suffit pas pour le rendre ^nsible ; car enfin tout cela no regarde que la composition organique et machinale, et je ne vois pas que vous ayez raison par là de constituer un principe ^ensitif dans les bêtes, différent substantiellement de celui des hommes ; et après tout, ce n'est pas sans sujet que les cartésiens reconnoissent que si on admet un principe sensitif capable de distinguer le bien du mal dans les animaux, il est nécessaire aussi, par conséquent, d'y admettre de la raison, du discernement et du jugement. Ainsi, permettez-moi de vous dire, monsiem*, que cela ne résout point non plus la dilBculté.

Venons à votre concomitance, qui fait la principale, et la seconde partie de votre système. On yous accordera que Dieu, ce grand artisan de l'univers, peut si bien ajuster toutes les parties organiques du corps d'un homme^ qu'elles soient capables de produire tous les mouvemens que l'àme jointe à ce corps voudra produire dans le cours de ia vie.

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sans qu^elle ait le pouvoir de changer ces mouve* mens, ni de les modifier en aucune manière, et que réciproquement Dieu peut faire une construction dans Tàme (soit que ce soit une machine d^une nouvelle espèce ou non), par le moyen de laquelle toutes les pensées et modifications, qui correspondent à ces mouvemens, puissent naître successivement dans le même moment que le corps fera ses fonctions, et que cela n'est pas plus impossible que de faire que deux horloges s'accordent si bien, et agissent si conformément, que dans le moment que Thorloge A sonnera midi, Thorloge B le sonne aussi, en sorte que Ton s'imagine que les deux horloges ne soient conduits que par un même poids ou un même ressort. Mais après tout, à quoi peut servir tout ce grand artifice dans les substances, sinon pour faire croire que les unes agissent sur les autres, quoique cela ne soit pas? En vérité, il me semble que ce système n'est de guères plus avantageux que celui des cartésiens ; et si on a raison de rejetter le leur, parce qu'il suppose inutilement que Dieu considérant les mouvemens qu'il produit lui-même dans le corps, produit aussi dans l'âme des pensées qui correspondent à ces mouvemens; comme s'il n'étoit pas plus digne de lui de produire tout d'un coup les pensées et modifications de l'ame, sans

qu'il y ait des corps qui lui servent comme de règle, et pour ainsi dire, lui aprennent ce qu'il doit faire; n'aura-t-on pas sujet de vous demander pourquoi Dieu ne se contente point de produire toutes* les pensées et modifications de Tame; soit qu'il le fasse immédiatement ou par artifice, comme vous vou^ driez, sans qu'il y ait des corps inutiles que l'esprit ne sçauroit ni remuer ni connoître? Jusqueslà, que quand il n'arriveroit aucun mouvement dans ces corps, l'ame ne laisseroit pas toujours de penser qu'il y en auroit ; de même que ceux qui sont endormis croyent remuer leurs membres, et marcher, lorsque néanmoins ces membres sont en repos, ne se meuvent point du tout. Ainsi, pendant la veille, les âmes demeureroient toujours persuadées que leurs corps se mouvroient suivant leurs volontés, quoique pourtant ces masses vaines et inutiles fussent dans l'inaction et demeurassent dans une continuelle létargie. En vérité, Monsieur, ne voit-on pas que ces opinions sont faites exprès, et que ces systèmes venant après coup, n'ont été fabriqués que pour sauver de certains principes dont on est pré* venu î En effet, les cartésiens supposant qu'il n'y a rien de commun entre les substances spirituelles et les corporelles, ne peuvent expliquer comment les unes agissent sur les autres ; et par conséquent, ils

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en sont réduits à dire ce qu'ils disent* Mais vous, Monsieur, qui pourriez vous en démêler par d'autres voyes, je m'étonne de ce que vous vous embarrassez de 'leurs difficultés. Car qui est-ce qui ne conçoit qu'une balance étant en équilibre et sans action, si on ajoute un poids nouveau à l'un des cotés» incontinent on voit du mouvement, et l'un des contrepoids fait monter l'autre, malgré l'effort qu'il fait pour descendre. Vous concevez que les êtres matériels sont capables d'effets et de mouvement; et il s'ensuit fort naturellement que le plus grand effort doit surmonter le plus foible. D'autre part, vous reconnoissez aussi que les êtres spirituels peuvent faire des efforts, et comme il n'y a point d'effort qui ne suppose quelque résistance, il est nécessaire ou que cette résistance se trouve plus forte ou plus faible ; «i plus forte, elle surmonte, si plus foible elle cède. Or, il n'est pas impossible que l'esprit faisant effort pour mouvoir le corps, le trouve muni d'un effort contraire qui ]ui résiste tantôt plus, tantôt moins, et ^ela suffit pour faire qu'il en soufre. C'est ainsi que saint Augustin explique de dessein formé dans ses livres de la musique l'action des esprits sur les cprps.

. Je sçai qu'il y a bien encore dea questions à faire ^yant que d'avoir résolu toutes celles que l'on peut

agiter depuis les premiers principes ; tant il est vrai que l'on doit observer les loix dès académiciens, dont la seconde défend de mettre en question les choses que l'on voit bien ne pouvoir décider, comme sont presque toutes celles dont nous venons de parler ; non pas que ces questions soient absolument irrésolubles, mais parce qu'elles ne sont que dans un certain ordre, qui demande que les philosophes commencent à s'accorder pour la marque infaillible de la véri'é, et s'assujétissent aux démonstrations depuis les premiers, principes ; et en attendant, on peut toujours séparer ce que Ton conçoit clairement et suffisamment, des autres points oif sujets qui renferment quelque obscurité.

Voilà, Monsieur, ce que je puis dire présentement de votre système, sans parler des autreô b^aiiX sujets que vous y traitez par occasion, et qui m^ériteroient une discussion particulière (1).

(1) Celte leure est la dernière de Tabbé Foucher ; sa mort Tint interrompre eetle cori^spoûdance. Cn trouvera, dans l'Appendice, quelques nouvea.ux détails sur l'abbé Fouclier, et des notes inédites de Leibniz relatives aux sujets dont il est question dans ses lettres.

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