‹ Lettres et opuscules inédits de Leibniz. Précédés d'une introductionChapitre 40 sur 42 · POUR LES PERSONNES ÉCLAIRÉES · texte numérisé non relu

POUR LES PERSONNES ÉCLAIRÉES

BT DB BOfINB INTENTION (1).

1* Il est rare de rencontrer des personnes à qui ce Mémoire soit propre ; il y en a pourtant et peutêtre plus qu'on ne pense (quoiqu'on n'ait pas tou^ jours l'occasion de les connoistre) et c'est pour elles que je Tay dressé.

2® Je trouve qu'encor les hommes éclairés et bien intentionnés se laissent emporter le plus souvent par le torrent de la corruption générale, et ne j9e livrent pas avec assez de force aux moyens de s'en tirer et de faire du bien.

. 3* Deux choses en sont causes : le défaut de l'attention ou de l'application dans chacun en particu* lier et le défaut de l'intelligence ou communication entre eux. On est diverti par les soins ordinairei^ d^ J«b vie et lors même qu'on a assés de force ou assés d'application d'esprit pour voir ce qu'il faudroit faire^ On ne trouve que rarement les gens auxquels on oseroit s'ouvrir là- dessus. Les hommes ne songent

(1) Ce mémoire inédit, écrit en entier de la main de Leibniz, est tiré de la bil)liotbèqi]e de Hannoyer.

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ordinairement qu'à la bagatelle, et il est tellement hors d'usage de penser au solide que cela passe presque pour ridicule.

à* Ce Mémoire est fait pour représenter comment îl faudroit remédier à ces deux défauts de Tapplication et de la communication, et si Dieu y donne sa bénédiction, j'espère encor d'y contribuer quelque chose, pourveu que j'aye le bonheur de rencontrer des personnes qui prennent à cœur ce qui est le plus important et le plus solide.

' 6* Je soutiens donc que les hommes pourroienl cêtre incomparablement plus heureux qu'ils ne sont et qu'ils pourroient faire en peu de temps des grands progrès pour augmenter leur bonheur, s'ils vouloient s'y prendre comme il faut. Nous avons en mains des moyens excellens pour faire en dix ans plus qu'on ne feroit sans cela en plusieurs siècles, si nous nous appliquions à fes faire valoir et ne faisions pas toute autre chose que ce qu'il faut faire. ■ 6* Cependant, il n'y a rien de si aisé que de contribuer aux biens solides des hommes, et sans attendre la paix générale ou l'assistance des princes et Ëstats, les particuliers ont déjà le moyen de le faire en partie. Et ce qu'on dit communément : «/n tnaèfnk mluisse sot est » est encore autrement véritable qu'on m l'entend vulgairement ; car \à bonne vôîonté si6-

cère et ardente suffit non-seulement pour s^aquitter de son devoir et pour estre estimable Iorsqu*on ne réussit pas, mais même pour réussir effectivement. 11 est vray que pour cela le meilleur sera que cette volonté se trouveda ns plusieurs qui soyent d'intelligence : rien n'est plus fort que la société.

7* J'avoue qu'on parle assez souvent de nos maux oumanquemens et des moyens qu'il ïaudroit pour y remédier, mais ce n'est ordinairement que par manière de discours et comme par divertissement ou par coustume et sans la moindre intention de prendre des mesures pour y remédier, et c'est pourtant ce qui devroit estre l'objet de tous nos soins, pour ne point perdre le temps prétieux de nostre vie en sou* haits impuissans et en plaintes inutiles.

8* Je trouve que la principale cause de cette négligence, outre la légèreté naturelle et inconstante de l'esprit humain, est le désespoir de réussir dans lequel le scepticisme est compris. Car comme ces soins de remédier à nos maux et de contribuer au bien commun, ne peuvent guères tomber que dans les esprits au-dessus du vulgaire, il se trouve par malheur que la plupart dé ces esprits, à force de penser aux difficultés et & la vanité des choses humainesy commence à désespérer de la découverte de la vérité et dé l'acquisition d'un bonheur solide. Aibsi, se

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contentant de mener un train de vie aisée^il&se moquent de tout, et laissent aller les choses, cts qui vient de ce qu'ils ont assez d'esprit et de pénétration pour s'appercevoir des défauts, mais non pas assez d'application à trouver les moyens de les surmonter.

9** Pour moi, je mets en fait ce grand principe de la métaphysique aussi bien que de la morale ; que le monde est gouverné par la plus parfaite intelligence qui soit possible, ce qui fait qu'il le faut considérer comme une monarchie universelle dont le chef est tout puissant et souverainement sage, et dont les sujets sont tous les esprits; c'est-à-dire toutes les substances capables d'intelligence ou de société avec Dieu, et que tout le reste n'est que l'instrument de la gloire de Dieu et de la félicité des esprits, et par conséquent tout l'univers est fait pour les esprits, en sorte qu'il puisse contribuer à tout bonheur le plus qu'il est possible.

10° 11 s'ensuit de cela un autre principe qui est purement de practique, c'est que plus les esprits sont de bonne volonté et portés à contribuer à' la gloire de Dieu, ou, ce qui est la même chose, au bonheur commun, plus ils prendront part à ce bonheur eux-mêmes; et s'ils y manquent, ils se trouveront punis indubitablement ; car dans une monarchie ou cité parfaitement bien gouvernée, il faut qu'il n'y ait point de

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bonne action interne ou externe qui li'ait sa récomr pense proportionnée, et point de mauvaise qui n'ait son chastiment. Nous n'en pouvons pas expliquer le détail par le secours de la seule raison, ny dire comment il devroit faire surtout dans une autre vie ; mais il nous doit suffire en général que cela est ainsi, et que c'est une chose seure et indubitable.

1 1* Cela estant establi, toute personne éclairée doit juger que le vray moyen de s'asseurer pour tousjours de son vray bonheur particulier, c'est de chercher la satisfaction dans les occupations qui tendent an bien général ; car l'amour de Dieu sur toutes choses et les lumières nécessaires ne manqueront jamais à un. esprit qui sera animé de cette manière. Dieu ne refusant jamais sa grâce à ceux qui la cherchent de bon cœur. Or, ce bien sincère, autant que nous y pouvons contribuer, est l'acheminement à la perfection des hommes, tant en les éclairant pour connoitre les merveilles de la souveraine substance qu'en les aidant à lever les obstacles qui empêchent le progrès de nos lumières.

Il est vray que Dieu n'a point besoin de nous, et quand nous négligerions notre devoir, les choses ne laisseront pas de se faire parfaitement bien ; mais alors ce sera sans que nous y prenions assez de part BôuB-mémes, et cette perfection générale se trouvera

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es partie dans la justice de notre chastiment» qui: sans cela se seroit trouvée dans notre bonheur par-* tioulier.

12"* Pour contribuer véritablement au bonheur des , hçtnmes, il faut leur éclairer Tentendement; il faut fortifier leur volonté dans l'exercice des vertus, c'està-dire dans rbabitude d'agir suivant la raison, et il faut tâcher enfin d' ester les obstacles qui les empêchent de prouver la vérité et de suivre les véritables biens.

13* Pour éclairer l'entendement, il faut perfectionner l'art de raisonner, c'est-à-dire la méthode de juger et d'inventer qui est la véritable logique et comme la source de toutes les connoissances. De plus, il faut faire enregistrer comme dans un inventaire général les vérités de conséquence qui sont déjà trouvées et qui ëe rencontrent non seulement dans les livres, mais encor parmy les hommes de toutes sortes de professions. Et il faut enfin prendre des mesures propres à faire faire des recherches et des expériences pour avancer à l'avenir autant qu'il est possible. Chacun de ces points mérite un éclaircissement particulier. J'ay assez médité là dessus pour pouvoir entrer dans un grand détail s'il estoit lieu icy de le faire.

ih!* Pour rendre la volonté des hommes meilleure, on peut donner de bons préceptes, mais il n'y a que

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SOUS rautorité publique qu'on les peut mettre en practique. Le grand point est le redressement de réducation qui doit consister à rendre la vertu agréable et à la faire tourner comme en nature ; mais quand on y a manqué dans la jeunesse, il faut avoir recours à la bonne compagnie et aux exemples, à une représentation vraie du bien et du mal pour faire aimer Tun et haïr l'autre ; à des examens de soymême et à des réflexions fréquentes en se disan t souvent à soy-même diccur Atc, hoc age^ respice finem ; iêem k certains règlements qu'on se fait à soy-même, et o\x Ton entre avec d'autres : enfin au châtiment et à la récompense qui sont les derniers remèdes et les moins propres à donner une vertu solide: ils sont nécessaires néantmoins pour y disposer.

15* Les obstacles de nostre bonheur, c'est-à-dire de la raison et de la vertu qui viennent de l'esprit même, cessent par les remèdes déjà marqués ; mais les empêchemens qui sont hors de nostre esprit viennent de nostre corps ou de la fortune, et pour rendre les hommes les plus heureux qu'il est possible, il faut chercher encor les moyens de conserver leur santé et de leur donner les commodités de la vie. Ainsi, il faut examiner la nature des corps de l'univers, tant pour y trouver les merveilles de la sagesse divine que pour reconnoistre en quoylls peuvent ser-

vir à nostre conservation et même à nostre plus grande perfection. Ainsi Tavancement de la science naturelle et des beaux-arts est d'une très grande importance.

16** Mais outre l'histoire de la nature corporelle, il est encor important de connoistre Tbistoire biimaine et les arts et sciences qui en dépendent. Elle comprend rbistoire universelle des temps, de la géographie des lieux, la recherche des antiquités et des anciens monumens^ comme médailles, inscriptions, manuscrits, etc., la connoissance des langues et ce qu'on appelle la philologie qui renferme encore les origines étymologiques ; j'adjoute encore l'histoire littéraire qui nous apprend les progrès de nos connoissances, et ce que nous devons aux autres aussi bien que le moyen de trouver chez les auteurs les notices dont on a besoin dans les rencontres pour profiter des travaux d' autrui.

17' Je tiens même que l'histoire humaine comprend celle des coustumes et des loix positives dont les principales sont les loix romaines qui servent de fondement à la jurisprudence privée et publique receue aujourd'hui. Outre les loix fondamentales des Estats avec les généalogies et controverses ou prétentions des princes dont il est bon d'estre informé, non pas tant parce qu'elles ^oyent bonnes en elles-

9S2 fKkQUmiB DfTBRS.

mèines, mais parce qu^elies causent des grandes révolutions qui nous enveloppent et intéressent les sociétés dont nous faisions partie.

18* Enfin, j'y comprends encor l'histoire des re^ ligions et surtout de la véritable religion révélée avec rhistoire ecclésiastique. Comme cette histoire est lapins importante pour notre salut, on peut dire aveo raison que le plus grand usage de la connoissance des antiquités et des langues mortes est celuy qu'on en tire pour la théologie, tant à l'égard de la vérité de la religion chrétienne et de l'autorité des livres sacrés que pour expliquer ces mêmes livres et leur mille difficultés» et pour connoistre enfin la doctrine et la practique de l'église de Dieu et les loix ou canons dé la jurisprudence divine.

Le moyen le plus grand et le plus efficace de parvenir à toutes ces choses et d'augmenter le bonr heur général des hommes en les éclairant, en les tournant au bien et en les exemtant des incommodités fâcheuses, autant qu'il est faisable, serôit de pouvoir persuader aux grands princes et aux principaux ministres, de faire des efforts extraordinaires pour procurer de si grands biens et faire jouir nos temps des avantages qui, sans cela, ne seront réservés qu'à la postérité assez éloignée. Et il est constant qu'outre la gloire immortelle, ils en retireroient

FRAGMENTS BIYBRS, 388

des utilités immenses et travailleroient même à leur *propre perfection et satisfaction ; car rien n'est plu9 digne des grandes âmes que laconnoissance et TexéW Gution de ce qui fait le bonheur des hommes, et découvre l6s grandeurs de Dieu qui nous donnent de Tadmiration et de l'amour pour luy ; mais, outre cela, les grandi», par ces moyens, auroient des sujets plus vertueux et plus propres à les bien servir ; et les personnes de loisirs et de moyens, au lieu de s'amuser à des bagatelles, à des plaisirs criminels ou ruineux, et à des cabales, trouveroient leur satisfaction à estre curieux de ce qu'on appelle vertuosi; et les grands mêmes, ou leurs enfans et proches, seroient souvent sauvés dans les maladies dangereuses et délivrés des maux qui nous paroissent maintenant invisibles, à cause du peu d'application qu'on fait paroistre encor pour l'avancement de la médecine et de la physique d'usage. Enfin, les arts de paix et de guerre fleuri* roient merveilleusement dans leurs Estats, tant pour mieux résister aux ennemis par terre et par mer, que pour cultiver et peupler le pais par la navigation» le commerce, les manufactures et la bonne police ou économie, outre les missions et colonies propres à porter la piété et la vertu parmy les barbares et les infidèles.

19" Mais en attendant les conjonctures favorables

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pour intéresser le public dans ces bons desseins, les particuliers doivent fairele leur, et chacun doit satis-* faire à son devoir sans se rapporter aux autres. Car on est obligé, en conscience, de faire en sorte quMl puisse rendre compte à Dieu du temps et des forces quMI lui a prestes. Ainsi, le temps qui nous reste au delà du nécessaire après nos affaires, les relâchemens que notre santé demande, doit estre employé à des occupations utiles, non-seulement à nous, mais encor aux autres, et ceux qui ont de guoy faire des dépenses considérables ne doivent pas se borner aux seules vues du plaisir, de Tambition et de Tintérest, mais en mettre encor une partie à ce qui peut procurer des avantages solides au bien public, car c'est une charité qui vaut autant et souvent mieux que les aumônes.

Et pour ce qui est des sçavans capables de contribuer à Taccroissement de nos connoissances, ils doivent songer à des travaux qui ne servent pas seulement à se faire connoistre et applaudir, mais encor à produire quelques nouvelles lumières. Ces travaux peuvent consister dans des recherches pour nous et dans des enseignemens pour les autres. Ces recherches peuvent consister en méditations et en expériences ou observations, et ces enseignemens peuvent être, de vive voix ou par écrit, communiqués en par-

ticulier ou donnés au public. En tout cela, il faut regarder au frui4, réel qu*on peut retirer, car écrire pour écrire n'est qu'une mauvaise coutume, et écrire seulement pour faire parler de nous est une vanité qui fait même du tort aux autres en les faisant perdre leur temps.

20» Ce n'est pas que je méprise les compositions^ lorsqu'elles sont faites sur des sujets utiles et d'une manière propre à nous faire gagner la peine de chercher au besoin ; car j'ai dit cy-dessus que je souhaitterois des bons inventaires de nos connoissances ; j'approuve même les livres d'amusement, comme romans, poésies, harangues, éloges, satyres, pièces galantes, car si des habiles gens et des personnes vertueuses s'en mêlent, on s'en peut servir pour faire estimer la vertu et pour rendre le vice haïssable et ridicule, pour rendre justice au mérite, pour immortaliser quelque belle pensée, en la mettant en épigramme bien fait, et pour enseigner même les arts et les sciences d'une manière qui excite la mémoire agréablement suivant la méthode des anciens, qui estoit de donner les préceptes importans en chansons ou en vers. Je ne m'oppose pas qu'on épluche les antiquités romaines, grecques hébraïques, égyptiennes, arabesques, scythiques, ^itiques^ indiennes, . car jLout cela peut avoir son

â86 , FRAGMENTS DlVBRft.

usage, et il importe au public quMI y ait des personnes qui fassent leur affaire de ces choses là ; qu^il y jiit des poètes, des antiquaires, des médaillistes, des grammairiens, des étymologistes, des lexicographes, des compilateurs et faiseurs de répertoires, des journalistes qui servent de secrétaires à la république des lettres ; car tout a son usage, et nous avons besoin des antiquaires, par exemple, à peu près comme les juges ont besoin des notaires experts, qui se font une affaire de discerner les écritures toutes faites. Enfin, il ne méprise rien dont on peut apprendre ; mais je voudrois que tout cela fût fait d'une manière à nous en faire tirer le profit sans nous faire perdre du temps et sans nous accabler d'une infinité dé mauvais livres qui étoufferont enfin les bons et nous ramèneront à la barbarie.

21* Mais, quoyque les particuliers qui ont du mérite et de la bonne intention puissent nous donner des choses fort belles et fort utiles, il est pourtant vray qu'ils feroient infiniment mieux et plus, et plus tost, s'il y avoit entre eux beaucoup d'intelligence et de communication. Car, maintenant que chacun pense à soy, il arrive que différentes personnes font la même chose, ce qui est autant de perdu ; il arriva que ceux qui entreprennent quelque travail màn-^ ^ueât de lumières^ matériaux ou autres aidep ifu#

des personnes habiles ou instruites leur pourroient fournir, et, ce qui est le plus important, mille choses se peuvent faire par deux ou trois, ou même par plusieurs qui s'entendent, et que chacun à part ne fera jamais, ou ne fera jamais bien.

â2^ On raconte que le fameux Dubel avoit Timagination bonne ; que , trouvant un morceau de pierre dans la rue, il se souvient d'un trou quMl avait remarqué dans un autre endroit, que ce frag-ment estoit capable de remplir exactement. C'est pour dire que les combinaisons des choses qui paroissent éloignées servent souvent à produire des èffects extraordinaires , et c'est encore les raisons pourquoy ceux qui se bornent à une seule recherche manquent souvent de faire des découvertes qu'un esprit plus étendu, qui peut joindre d'autres sciences à celles dont il s'agit, découvre sans peine. Mais comme un seul qe sauroit bien travailler & tout, c'est l'intelligence mutuelle qui y peut suppléer. Les sçavans se trouvent souvent court parce qu'ils ne savent pas les adresses des ouvriers, et les ouvriers demeurent dans leurs vieilles practiques faute de co?ksulter les sçavans. Un homme du commun aura fiait une jolie observation qui périra avec luy ; si elle estûit connue là où il le faut, ceseroitune souree-de BOttveltes découvertes.

288 FRAGMENTS DIVfiRS.

Un homme fort éclairé a une pensée quMI laisse pourrir parce qu'il est rebuté par les grands calculs, soit en nombres ou en espèces algâ)riques qu'il faiidroit pour Texécùter, pendant qu'un habile caU culateur, manquant de matières importantes pour employer son calcul ; et celuy de ses écoliers s'amuse à des exemples inutiles qui coûtent autant de peine que les bons. Il y a des calculs et autres travaux qu'on peut faire une fois pour toutes; mais faute de communication entre ceux qui en ont besoin, chacun le doit faire à part. Sans parler des contestations qui naissent entre les habiles gens, faute de s'entendre et de communiquer ensemble. Enfin, il ne faut point s'étonner que les hommes font si peu d'eflect ; ils sont comme les différens ingénieurs d'une même fortification, ils s' entr' empêchent et se décréditent, et un renverse les travaux de l'autre, seulement parce que ce n'est pas les siens ; et lorsque les ouvrages de l'un et de l'autre subsistent, ils ne nous satisfont pas assez ; mais si tous ces habiles hommes avoient tra* vaille sur un même plan bien arrêté , dispertitis operibus^ on auroit gagné bien du temps et bien des dépenses, et on auroit quelque chose de bien plus parfait;

23'' La singularité fait encore ce méchant effect qu'elle donne occasion à des sectes et à des enteste^

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mens de fausse gloire qui arrestent les progrès. Un scavant aura quelques vues grandes et belles. Làdessus il se veut ériger en chef de secte ; il travaille à ruiner la réputation des autres ; il se fait un grimoire étudié auquel ses disciples s'accoustument, jusqu'à n'estreplus capables de raisonner au delà ; il est bien aise de les aveugler pour avoir la gloire d'èstre seul leur conducteur.

Et c'est le cas des Cartésiens ordinaires, car Des Cartes, tout grand homme qu'il estoit, avoit cette vanité de vouloir estre solipse; il chicanoit sur les belles productions des autres, et il a tellement ébloui la vue de ses disciples, que j'ay remarqué souvent qu'ils ne donnent presque rien que des paraphrases de leur maistre, et ne s'appliquent pas assez à faire des progrès, dans la fausse créance qui flatte éga* lement la vanité et la fainéantise de plusieurs ; qu'ils en savent assez, et qu'après ce que leur maistre a fait, il n'est pa£f nécessaire d'en demander davantage*

Cependant le public y perd tout ce que des bons esprits qui se peuvent rencontrer parmy eux am'oient pu faire s'ils avoient conservé la liberté et l'application dont ils manquent maintenant, dans la créance que ce qu'ils ont appris de leur maistre leur suffit. La bonne intelligence et communication détruit ces

entêtemens. On y reconnoist aisément qu'un seul

SM VAA6IIBNTS SIYB&l.

homme est peu de chose aa prix de Funion de plusienrg. Âinsii on rendra à chacun )a justice qu'il mérite.

* 24* Nostre siècle a vu naistre des belles sociétés, et il en a tiré des grandes utilités ; mais il pourroit aller encore bien au delà. 11 y avoit eh Allemagne une société considérable dont plusieurs membres estoient princes de l'empire, et autrement grands seigneurs, ou du moins hommes distingués par les dignités et par le mérite ; on l'appeloit societatem frugiferam ; mais ils ne s'amusoient qu'à purger la langue au lieu de nous porter les fruits qu'ils pouvoient. L'Acar demie françoise a suivi quelque chose de leur plan pour ne rien dire Délia Crusca de Florence, qui est plus ancienne. La Société royale d'Angleterre a des vues bien plus grandes et bien plus belles,, et nous luy sommes infiniment redevables; mais mi peu trop d'attachement à des menues expériences leur a nui dans l'opinion du vulgaire qui n'en pénètre point Tim- ^ortance ; il a fait même que le fruit a eslé moindre qu'il ituroitpu être. Ce qui est encor plus vray dell'Acadelïiia del Cemento de Florence. L'Académie royale des sciences de Paris est un corps établi et entretenu par «onroy. Elleâdonhéquelqueschosestrèsimportantes : mais les guerres l'ont obligée de se resserrer pour «e parler d'autres considérations et changemenâ* La

société de plusieurs médecins en Àlleftfngâ^j qui ont prift ïe tfom de Curieux dé la Nature ; ost plus, an^cieune que les autres qui travaillent aux sciences. Sob preniier but estoit de donner des livres que chaque membre entreprenoit de publier sur quelqueg^ sujets naturels^ mais plustôt de curiosité que de practiquei et suivant une méthode qui est plus propre à servir de Répertoire qu'à donner des ouvertures. Depuis ils se sont élevés davantage, et ils y ont joint un recueil d'observations annuelles, parmy lesquelles il y en a beaucoup de très-utiles ; mais la communicattion entre eux est a^sez resserrée. Enfui, toutes cep itociétés, se bornant à des ç^rtainssujets, ne sci^uroient jouir assez des utilités qui résultent des cpipbinai^ sons des sciences différentes et des veues générale^ de la perfection humaine,

25* 11 y a un grand point qui manque à ces sociétés (excepté l'Académie royale des sciences de Paris) c'est qu'elles n'ont point de fonds. Ainsi, elles ne scauroient tenter des entreprises capables de faire un grand effect en peu de temps; Et cependant, c'est le prin(îîpal à quoy l'on doit buter, car ce temps est la plus prétieuse de toutes nos choses ; c'est la vie en effect. Ainsi, si nous nous amusons à aller un.pelit pas, nous ne nous appercevons guères de nos progrès, et d'autres siècles, peut-estre assez reculés, commen-

Sdâl FAACHBNTS DIVERS*

ceront enfin de profiter de nos travaux. J'avoue qoe nous devons travailler pour la postérité. On battit souvent des maisons où Ton ne logera pas ; on plante des arbres dont on ne mangera pas les fruits; mais lorsqu*on peut encore jouir luy-même de sa peioei c*est une grande imprudence de la négliger.

26* Je croîs qu'il y auroit moyen de trouver ces fonds sans que le public fut obligé de faire des frais et sans que les particularités (sic) fussent obligés à des contributions entre eux. L'Angleterre m*yparoist propre surtout pour bien des raisons ; mais c*est une matière qui mérite un discours à part, et s'il y avoit quelque apparence de faire gouster ces desseins à des personnes considérables et éclairées, on pourroit s'y étendre davantage par des ouvertures qui surpasseroient peut-estre ce qu'on en peut attendre.

Préface, p, iv.

Extrait de la leçon XII du cours de 1829 de M. Cousin.

« Yoilà donc Leibnitz se séparant également du sensualisme de Locke et de Tidéalismede Descartes, et ne rejetant absolument ni l'un ni l'autre ; c'est là, selon moi, l'idée fondamentale de Leibnilz, et vous sentez que j'y applaudis de toutes mes forces. Pourquoi ne le dirais-je pas? puisqu'on cherche à ces faibles leçons des antécédents, je le reconnais bien volontiers, c'est à Leibnitz qu'elles se rattachent, car Leibnitz, ce n'est pas seulement un système, c'est une méthode, et une méthode théorique et historique à la fois, dont le caractère éroinent est de ne rien repousser et de tout comprendre pour em« ployer tout. Telle est la direction que nous nous efforcerons de suivre, et celle que nous ne cesserons de recommander comme la seule, comme la véritable étoile sur la route ohscure de l'histoire de la philosophie. »

Introduction, p. xxij, et Lettres et Opuscules, p. 131.

Pièces relatives à Foucher, Malebranche et dom Robert des Gabets.

Nous devons à la libéralité d*un savant bien connu par ses travaux sur Leibniz, H. Foisset, quelques uns det renseU

99à APPENDICE,

goemeots qui vont saivre sfir son compatriote Tabbé Foucher. M. Foisseta bien voulu, sur notre demande, nous envoyer copie de Tarticle Simon Foucber, par Papillon (Bibliothèque des auteurs de Bourgogne), que nous donnons in extenso, avec la liste de ses ouvrages, noiais que nous ferons précéder d'un trop court extrait de la lettre de M. Foisset , qui nous parait ouvrir une vue tout à fait neuve sur Tabbé Foucher.

Extrait d'une lettre de M. Foisset î^elativement à la correspondance de Leibniz avec Foucher.

Dijon, 5 avril 1854 (i)«

ff L'abbé Foucher, au xviv siècle, était avec Huet (plus érudit encore, hais moins philosophe que lui) le porte-drapeau de ce scepticisme chrétien, qui croit servir la foi en rabaissant la raison. Leibniz, qui avait un faible contre Descartes, leur savait gré de tenir bon contre l'engouement universel pour ce dernier. Il y a là un petit coin assez curieux du caractère de Leibniz et do l'histoire de l'esprit humain. » • Nous nous rangeons entièrement à cette opinion de M. Foisset, et nous sommes heureux de nous trouver d*accordavec lui dans notre manière de considérer le scepticisme de l'abbé Foucher,. tout en lui laissant l'honneur de ce ra))prochemeiK avec Huet qui est assurément très ingénieux.

(i) Cette date sera notre excuse si la remarque pleine de justesse de M. Foisset se trouve rejelée à Tappendice.. h^ corps du yolume était ttèfà ptii^t'à iNiralhre, quand la lettre du savant membre de TÂcad^mie df pi^OB ^S e,st,pacv€BUfe« .",

APPBNBIGB» 99S

Simon Foueher (1),

Il est triste qli*uii écrivain qui a fait tant d'honneur à sa t^atrie et à la république des lettres ne soit presque plus connu que par ses écrits. Voici tout ce que j*ai pu apprendre sur son sujet. Simoii Foueher, fils de Nicolas Foueher, marchand, et d'Anne Richot, fut baptisé dans la paroisse Notre-Dame dé Dijon, le 1*' mars 16/t^. Il avait tlonc environ deux ans de plus que Leibniz. Après qu'il eut reçu l'ordre de prêtrise, il entra en la sainte chapelle de Dijon, en qualité de chanoine honoraire* A peine garda-t-il cette place deux ou trois ans. Il se rendit à Paris, où il crut pouvoir satisfaire plus aisément son inclination pour les lettres. Il y acquit Testime d'un grand nombre de savants qui Thonorèrent aussi de leur amitié. Il prit le degré de bachelier de Sorbonne. Baillet m'apprend (2) que Foueher se chargea, à la prière de Rohault, de l'oraisoù funèbre de Descartes. Le même Baillet appelle Foueher (3) le restaurateur de la philosophie académicienne, et il lui doun^ d'autres éloges. La philosophie académicienne faisait les délices de Foueher. Il avait dessein de la rétablir, la croyant la pliis conforme à la raison et la plus utile à la religion. L'histoire qu'il en a composée est admirable, au sentiment de Ménage, c'est-à-dire, de l'un des plus savants hommes de son temps, sur l'histoire et sur les dogmes de l'ancienne philosophie. L0» éditeurs du Menagiana {U) nous assurent que Ménage disait

(1) Bibliothèque des auteurs de Bourgogne.

(â) Vie de Descartes j in-ilo, port. II, p. &39. (3) Vie de Descartes, p. à92,

{li)\oy,\e Menagiana, t. II, p. 350,377 et suiv., édit. de 1715'; Bayle, Dictionnaire critique, art. GARNtfADte, et 1« utll'ûi sci Utïrèè,

ordinaireoieoi que M, Foucher et M. HaeC étaient les plus ▼ersés qu'il y eût dans rhistoire des sectes différentes des philosophes. Parallèle qoilait un honneur infini à notre auteur, venant surtout d'un juge aussi habile que Ménage. La grande applicalion à l'étude nuisit extrêmement à la santé de Foucher. File lui causa la mort dans un âge peu avancé; ce lut à Paris, on vendredi 27 avril 1696. Il fut enterré dans le cimetière de Saint-Nicolas des Champs.

CJAtalogve de §9§ oovrsgef .

!• Poème sur la mort d'Anne éTAtUrtàhe. Paris, 1666, in-ft"*, 21 pages. Pour le poëme, qui est en stances él^iaques, comme parle l'auteur. L'Épitre dédicatoire (à la reine Marie- Thérèse) est contenue en 12 pages.

2« Notwelle façond'hygromètres^^^rS. F. (Simon Foucher), 1672, brochure in-12. — Lettre du 15 décembre 1672, 18 p.

3* DISSEETAIION SUR LU REGHEBGHE DE LA YÊRIXÉ, OU SUB LA PHILOSOPHIE DES ACADÉMICIENS, OU l'oti réfute le$ pré^

jugés des dogmatistesi tant anciens que nouveaux ; avec un Examen particulier des sentiubns de M. Descartes. Paris, in-12, sans nom d'imprimeur et sans date, — Il paraît à la première page que ce fut en 1673. Le premier volume contient les dissertations sur la logique des académiciens. L'auteur avait foit un système entier de leur philosophie, lequel en contenait toutes les parties.

ft*" Critique de la recherche de la vérité, oU Von examine en même temps une partie des principes de M. Descartes. Lettrepar un académicien anonyme. Paris, Coustelier, 1675, in-12, 12i!i pages.— On fit, la même année, une critique de cette critique. Oom Robert desGabetz, bénédictin, en est

auteur. £Ue fut imprimée à Paris, in*12» chez Dupuys. Il est fait mention de ces critiques daas nue lettre latine de Paul Vindigius, conseiller du roi de Danemark, qui, parlant de Foucher, dit: Mihi in paucis carus. Cette lettre se trouve dans le recueil de Jean Decker, De scriptis à despoiis, V. Prœfat. Fabricii ad Placcium. de anomymis, et p. 606, n"^ 2437 et 2487 du Traité de Placcius.

5° Répon$€ pour la critique à la préface du second volume de la Recherche de la vérité, Paris, Angot, 1676, in-i2, 128 pages, sans la préface de 12 feuillets. -^ /i., ibid,^ La Caille, 1679, in-12.

6' De la sagesse des anciens, ou l'on fait voir que les principales maximes de leur morale ne sont pas contraires au christianisme . Paris, Dezaillîers, 1 682, in-1 2. — Jd. , ibid. , 1683, 246 pages. J'ai vu des fragments imprimés de la troisième partie.

7* Réponse à la Critique de la Critique de la Rechei*che de la vérité sur la philosophie des académiciens. Paris, 1686, in-12.

%^ Traité des hygromètres (ou machine pour mesurer la sécheresse ou l'humidité de Tair). Paris, Michallet, 1685, in-12. — Voy. l'extrait de celivre dans la Bibliothèqueuniverselle de Jean Le Clerc, Rome, I, p. 344.

9* Dissertation sdr la recherche de la vérité, con^ tenant l'apologie des académiciens^ ou l'on fait voir que leur manière de philosopher est plus utile pour la religion^ et plus conforme au bon se7is (pour servir de réponse à la Critique de la Critique, etc.), avec plusieurs remarques sur les erreurs des senSy et sur V origine de la philosophie de M. Descartes. Paris, Michallet, 1687, in<-12, 156 pages, sans la préface de 9 pages.

806 APPBNDI08.

Ces difMrtitkmsont paru par bmbeaux, ehez différents iin|N*i« meurs. — U., Paris, 1693. Tons ces morceaux sont contre Oom Robert des Gabeti. Yoyez-en Teitrait dans Basnagé, Hiêioire de$ ouvragée de$ tavanti, jain 1688, p. 253.

lO"* Lettre sur la morale de Confueiu$j pkiloëophe de la Chine. Paris, Hortemeis, 1688, in-8», 29 pages. — L*aateur y dit à la page 26 : • Je me snis expUqné là*dessns dans mon Apologie des académiciens. » Et il signe S. F.

Foncher, étant l'auteur de V Apologie desaeadémicien$,Veai donc aussi de la Lettre sur la morale de Confueius. Ce qne je fais observer, parce que certaines personnes n'ont pas cru qu*il eût composé ce dernier ouvrage.

11* Dissertation sur la regberghe de la vérité, ou sur la philosophie des académiciens. Livre I, contenant l'histoire de ces philosophes. Paris, JeanGusson, 1690, in-12. — Ce livre et le précédent, que j'ai cité au n° 9, sous le titre de Disserta^ iion sur la Recherche de la vérité^ ont été réimprimés ensemble à Paris, chezMichallet, en 1690, in-12. Yoy. Basnage, Histoire des oum^ages des savants^ août 1692.

12» Lettre a M. Lantin, conseiller au parlement de Bourgogne, sur la question :. « Si Carnéade a été contemporain d'Épicure. » — Voy. l'eitrait de cette lettre à la page 509 du Journal des savants,,\Ù9i,éd\tAn-\% La réponse de AJ. Lantio se trouye ibid.^ p. 206. Il est parlé de cette dispute entre.nos deux savants dijonuais dans les Lettres de Bayle (lettre 149, ii M. de la Monuoye). Prosper Uarcband, dans la note sur cette leitre, dit que ce que Foucber a fait sur les académiciens, contre le P. Malebrancbe, depuis 1687 jusqu'en 1693. estreoiermé en 4 vol in-12.

, IS^» Elirait (fort long) d'une tettre de: Foucber à M« Laatis

APPENDICB, SOO

sur Carnéade, dans le Journal des àamntide 1 693 . Édit. in-l 2, p. 70&.

{11"" Dissertation suq la philosophie des agadêhh CIENS, livre III. Paris, Michallet, 1692, in-12.

Id** Extrait d*one lettre à M. de Leibnilz sur les académi-* «iens. Imprimé dans le Journal des savants, 169^ , in-12» p. 182. La répouse de M. Leibniz, est ibid., p. 527.

Page 395, ibid., on lit l'extrait d'une lettre de M. de Leib-» ^iz à M. Foucher, au sujet de quelques axiomes de philoao^ phie.

16° DISSERTATION SUR LA REGHERGHB DE LA VÉRITÉ, COn-

jtenant Thistoire et les principes de la philosophie des académi* 4;iens; avec plusieurs réflexions sur les sentimens de Des** cartes, etc. Paris, J. Anisson, 1693, in-i2| 2^0 pages, et una préface de 6 pages. — Cette édition contient les dissertations dont j'ai parlé, auxquelles ont a joint une quatrième partie.^ Joy. le Journal des savants, 1693, in-12, p. 756.

17" Réponse de M. S. F. à M. de L. B. (M. Simon Foucher à M. de Leibttitz) sur un autre système de la' communication des mouvemens. Dans le Journal des savants, 1695, p. 639* Yoy. le 3* tome des Lettres de Bayle, p. 499. . 18° Dialogue entre Empiriastre et Philalèihe, in-12, sans date, sans nom de ville ni d'imprimeur. On n'a impriu^é que 360 pages de ce livre, qui est resté incomplet.

Il est à propos .d'observer qu'une partie de ces ouvrages ne portent point le nom de l'auteur, qui s'y découvre ordinaire^ ment par ces lettres initiales : S. F. , et que souvent ils ont été imprimés par morceaux en brochures.

' Foucher a été loué par plusieurs gens de lettres, entre autres par M. de Leibniz, singulièrement dans V Histoire critique

300 APPENDICe.

de la république des lettres de Jean Massoa, t. IX» p. 105. M. de Leibniz y parle de Foucher comme d'an homme très habile dans les médiuiions philosophiques.

Voici un livre dans lequel on fait Thonneur à Foucher de l'associer avec les plus fameux philosophes de son siècle. Cet ouvrage est intitulé : Bulfînger, De harmoniàanimiet corporis humant^ maxime prœstabilitâ ex mente Leibnitii^ commeu* tatio hypotetica» accedunt solutiones difficuhatum ab eruditis viris, Foucherio» Lamio, Tournemioio, Newtonio, Clarkio, atque Sthalio motaram. Leipsick, 1723, in-8^ Le même ou* vrage a été traduit en français, et on le trouve annoncé au t. XXII de la Bibliothèque Germanique, hnprimé en 1731, dans les Nouvelles littéraires de Berne, p. 185, sous ce litre: Controverse philosophique qu'il y a eu entre M. le baron de Leibnitz d'une part, et MM. Foucher, Bayle, Newton et Glarke de l'autre, sur l'harmonie préétablie qui se trouve entre l'âme et le corps, avec une préface où l'on prouve la vérité de cette harmonie, par J. J. K.

Foucher a laissé en manuscrit une tragédie de l'Empereur Léon. Il avait eu dessein de composer quelques autres ouvrages, comme : Une^aine philosophie, une véritable théologie. Je ne sais s'il a laissé quelques morceaux de ces deux derniers.

Yoy. les auteurs cités dans cet article.

Introduction, p. xxxix.

Excerpta ex notis meis inauguralibus ad Fucherii respon* sionem in Malebranchium critica (1).

Scavoir ce qu'il y a de réel dans les objets, c'est scavoir les (1) Si jamais Leibniz a donné une preuve d'estime et d'amitié à l'abb4

APPENDICE. âOt

causes des apparences. Et ce qui est la cause deleur'diTersité est hors de nous.

M. Fottcher a tort de dire, p. 23, que les vérités des mathématiques ne sont pas des vérités à proprement parler, ou pour le moins, ne sont pas les vérités que les philosophes doivent chercher; car quoy qu'elles ne disent pas s'il y a qudque chose hors de noqs, ou si ce que nous sentons ne sont que des apparences, elles ne laissent pas de nous donner moyen de raisonner solidement sur ces apparences et même de les prédire et de les procurer. Outre que ce sont des vérités hypothétiques qui ont lieu, quoy qu'on n*y pense point, et ne dé-» pendent ny de nostre pensée, ny de l'existence des choses.

Àd., p. 30. Idea est id quo perceptio sive cogitatio una ab alia differt ratione objecti.

Âd., p. 33. Les idées quoy qu'elles ne soyent point étendues peuvent servir à l'âme à connoistre l'étendue, et il peut y avoir un rapport entre ce qui est étendu et ce qui ne Test pas, comme par exemple, entre l'angle et l'arc qui le mesure.

Âd., p. 39. Et l'idée peut estre prise de deux façons, scavolr : pour la qualité ou forme de la pensée, comme la vélocité et la direction le sont du mouvement, ou bien pro objecto immediato sive proximo percepttonis. Et de cette manière, l'idée ne seroit pas une façon d'estre de notre âme. Et cela est apparemment le sentiment de Platon ou de l'auteur de la Recherche. Car quand l'âme pense à l'estre, à l'identité, à la pensée, à la duration, elle a un certain objet immédiat ou cause prochaine de sa perception.

Foucher, c'est assurément en prenant le soin d^annoter sa Critique, Ces remarques sont le complément de la corrcs|)ondance. Elles nous ont servi h lirer nos conclusions. Elles piiraissent pour la première foi*-.

iM appbndicb;

Et de eecte manière, il se peut que nom voyions tout en Dieu, et que les idées ou objets immédiés soyent les attribats de Dieu mesme. Ces formules ou façons de parler ont quelque chose de îray, mais pour parler juste, il faut donner des significations constantes aux termes.

Ad. , p. 52. Quant h la connoissance de Vâme^ il est âsseuré que la perception de la pensée même, est différente de la per*^ eeption des choses auiquelles on pense et qo*on appelle maté-^ riellei, quand on s*y apperçoit des plusieurs parties h là fois. -Par conséquent, les objets immédiés de nos perceptions ou les causes prochaines de ces différentes pensée», diffèrent aussi entre elles... Or, cette cause immédiate de la perception que lions avons de la pensée même, est Ce qui pensè en nootf on bien c*est nous, c'est-à-dire nostre âme. Et la cause immédiate hors de nous des pensées, de l'étendue, des couleurs, etc. , (s'il y en a une hors de nous) est appelée matière : donc l'âme est différente de la matière. Mais, peut estre que la nature de nostre âme, est la cause immédiate de nos perceptions des choses matérielles, et que Dieu auteur de tout, est cause de l'accord qu'il y a entre nos pensées et ce qui est hors de nous. . Ad., p. 53, Les couleurs ne sont peut-estre pas des façons d'estre de nostre âme, mais plustôt leurs causes prochaines hors de nous et hors de Dieu.

Ad., p. 56. L'auteur dit que les traces sont nécessaires pour nous conserver la mémoire des choses. Mais cela ne me paroist pa$ si asseuré. Ceux qui accordent le souvenir à l'âme séparée^ ne demeureront pas d'accord.de cecy, et par quelle trace l'âme se souvient-elle d'avoir esté, d'avoir pensé?

Ad., p. 6S. L'auteur semble raisonner ainsi quand nous disons : estre» penser, etc. , les traces de ces paroles ne sont

APFEPmiGB. 1)05

pas natorellement jointes à ces idées, donc il faut qu*il y en ait qui y soient jointes immédiatement. Mais peut-estre qu'elles y peuvent estre jointes immédiatem^t sans être jointes naturellement. Il faut examiner par quel moyen je pourrois faire comprendre à un homme qui n'entend pas nos langues, la signiiication de ces mots : estre, penser. Cela se feroit, ce me semble, en monstraiit des exemples et eu donnant à entendre négativement, que le mot dont je me sers, signifie ce qu'ils sentent ou ce dont ils s'apperçoivent en eux-mêmes ou dans les choses, outre ce qu'ils y voyent, écoutent, touchent. Ainsi ces mots se peuvent donner à entendre, non pas par des traces/ mais par la négation des traces: les unes estant une fois entendues, servent de traces quoyqUe arbitraires à l'avenir. Il faudroit prendre garde un peu plus exactement qu'on né fait, comment les enfants ou aurei (adultes) apprennent les langues sans truchement : il y à aussi certaines rencontres où

les traces sont jointes aux pensées sans estre arbitraires»

à cause d'une certaine connexii^n. .... Par exemple, pour donner à entendre à un Américain ce que c'est que penser, je luy monstrerois la posture d'un homme qui est pensif et celuy qui a donné à Nurenberg un petit nomenclateur avec des figures s'est souvent servi de cette adresse.

P. 120. L'auteur a raison de dire que la pensée n'est pas l'essence de l'âme, car une pensée est une action, et puisque une pensée succède à une autre, il faut bien que ce qui reste pendant ce changement soit plus tost de l'essence de Tâm^, puisqu'elle demeure toujours la même. L'essence des substances consiste dans la force primitive d'agir ou dans la loy de la sor^ des changemens comme la nature de la série dans les nombres.

M6 APPBTfDICE,

Siint-Denys dont je ne sais pas k nom* On en ponrroit apprendre là de certaines nouvelles. Si tous en apprenez quelque chose» TOUS me ferez plaisir de m'en faire part. G'étoit pq homme plein de candeur, droit, docile sans faste. »

M. Cousin, dont la curiosité a partout glané dans les archives du XYir siècle, a donné dans ses Fragments une lettre de René Ouvrard à Nicaise, relative à Tabbé Fouschère, comme il l'appelle» et une autre de Foucber lui-même à Tévôque d*Àvranches :

c A Paris, le U de septembre 1975.

•Bien m*en prit d'avoir trouvé M.Fouschère (^iV?) deux jours avant qu'on eût affiché et mis en vente les deux tomes un et deux de la Recherche de la Vérité, pour lesquels il avoit de rimpalience. Car présentement je le crois si enfoncé dans cette matière et dans le dessein de critiquer, que ce seroit lai fàïïe grand tort de lui aller rendre visite et de le tirer un moment de cette occupation. Je m'imagine qu'il ne voit voler devant ses yeux que des fantômes, des atomes et des idées, et qnn n'y a point de machine dans M. Descartes, dont il ne remue tous les ressorts. A vous dire le vrai, quoiqu'il soit plein d'esprit et de vivacité, je le plains de l'employer à ces sortes de critiques où l'on ne dispute que des manières de concevoir et de s'énoncer sans néanmoins apporter aucune preuve que l on doive plutôt faire d'une manière que de l'autre.tr***

« R. OuvRARD. fl

« J'ai lu votre livre Concordiarationis et fideû^i ï^ ^en de la joie de voir que vous avez démontré d'une m^olète « claire, que les sentiments de Platon s'accordent avec leChr'^

APPBNDICE^ 307

tianisme, principalement pour ce qui est du mystère de la Trinité et de la nature, du YerhA divin* Tout lé monde a fort approuvé votre style, et il n'y a personne qui n'ait admiré votre condition. Pour moi, je vous assure que je suis édifié de cette leciQr« ; car je «lis d'autant plus porté à recevoir lés vérités du Ghrîatiaii^m«, que je sui9 persuadé que les philosophes lei plus éclairés les ont reconnues.

«A l'égard des fables que vous avei rapportées* js auis fort perluadé que voua ne demandes pas qu'on hk regarde comme si elles étoient vraies^ ni qu'on y ajoute ibi comme faisoient les payens. Cependant» quelques docteurs ont eu peine à digérer les transfigurations de Jupiter par rapport à celles de notre Sauveur; mais' ces gens-là n'ont pas lu votre livre; car vous avertissez au commencement que nous ne prétendez pas que l'on ajoute foi aux fables des payens* mais seulemdnt en niontrant que leur religion les obligeoit de croire des choses si peu croyables, çt que le nôtre nous traite plus favorablement en ne nous proposant que des choses raisonnables et qui ne sont pas difficiles à croire. Voilà, ce me semble* comme l'on doit interpréter ce que l'on trouve dans votre deuxième et troisième livre ; mais il y a des esprits indociles qui ont de l'aversion pour la philosophie et qui ne veulent pas qu'on leur apprenne ce qu'ils ne savent pas.

» Je prends la liberté, Monseigneur, de vous soumettre avec autant de respect que de sincérité leurs réfles^ions, car, pour moi| je crois que s'il y en a quelques-uiis qui n'approuvent pas votre ouvrage, cela vient de ce qu'ils ne l'ont pas assez lu ni Uen coinpris. J'espère avoir l'honneur de vous présenter la première partie de mon Histoire des Académiciens aussilftt qu'elle sera Imprimée. :» Foughér.»/ ;

Introduction, p. xxvig, et note.

Malebrancke.

Void la deax extraite. Tan da commeDcement, l'autre de la fiOy de la finneuse préEiM^e contre Tabbé Foacher que Malebrancbe a retranchée :

« Il parolt depnis qoelqoe temps un livre qui a pour titre: Critique de la récherche de la vérité ^ ou l'on examine en même terne une partie des principes de Monsieur Deseartes. Lettre parunacadémicienàParis.etc. Onditqae ce Livre m'attaque, et Ton a raison de le dire ; car le titre ie marque et l'aatear en parott avoir le dessein. Gela me donne droit et m'impose même quelque sorte d'obligation de dire ce que j'en pense. Car outire que je dois désabuser certaines gens qui se plaisent à ces petites querelles, et qui décident d'abord en favear des critiques qui flattent leur passion; je croi devoir quelque ré" ponse à celuy qui m'attaque, afin qu'on ne pense pas que je ine taise ou par fierté, ou par impuissance.

» L'Auteur de la Critique me pardonnera, s'il lui plait, s'il semble quelquefois que je l'offence, je serois bien fâché d'en avoir seulement le dessein. Mais je ne puis me deffendre sans le blesser : je ne puis repousser les coups qu'il me veut porter, sana lui faire sentir et sans faire connoitre aux autres sa foiblesse et son impuissance. L'obligation de se défendre est natu" relie, mais cdle de défendre la vérité est absolument indispansable«

» Voici en deux mots son dessein. Il suppose que le Livre qu'il critique est une Méthode pour jetter les fondemens des sciences. U réduiC cette Méthode à quatorze chefs. Il montre

APPHNDIGB. d09

que ces quatorze chef9 sont oa des soppositions sans preuve, ou des assertions sans fondement, et par conséquent que le corps du Livre est entièrement inutile à la recherche de la vérité; quoy qu'il y ait par ci par là quelques réflexions» qui le mettent au rang des ouvrages qui ont attiré Festime de nôtre siècle.

» Je réponds en général que rAnleur de la Critique n'a pas compris, ou qu'il a fait semblant de ne pas comprendre le dessein du Livre qu'il combat: car il est visible que le dessein principal de ce Livre est de découvrir les erreurs auxquelles nous sommes sujets. Il est vrai que Ton y traite de la nature des sens, de l'imagination et de l'esprit ; mais il est clair et j'avertis même en plusieurs endroits, que ce n'est que pour découvrir ces erreurs dans leurs causes : car c'est une méthode que je tâche toujours d'observer, parce que je la croi la plus utile pour éclairer l'esprit. »

Malebranche, entrant ensuite dans le détail de la Critique, met en regard ses réponses de manière que le tout forme une sorte de tableau synoptique ; l'étendue de cette réfutation nous force à la supprimer. Malebranche conclut ainsi :

« Voilà tout ce que je croi devoir répondre à l'Auteur de la Critique, parce que je suis persuadé que. ceux qui pénétreront bien dans ma pensée, n'auront pas besoin d'éclaircissement sur les prétendues difiBcultez qu'il m'oppose : et que ceux qui n'ont point lu ou qui n'ont point compris les choses dont je traite dans le livre qu'il combat, n'entendroient point aussi les réponses plus amples que je pourrois y faire.

» On voit suffisamment par les trois premiers chapitres ce la Critique que j'ai réfutez assez au long, ce qu'on doit penser des autres auxquels je n'ai répondu qu'en deux mots. Les examinera plus exactement qui en aura le loisir et l'inclination :

310 APPKNDICE.

mais poar moi, je croirois perdre mon temps et le faire perdre aux autres, si je m*arrêtois à ramasser tous les paralogismes qui sont répandus dans ce Livre, pour en informer des personnes qui sans doute ne s'en mettent point en peine.

n La raison et le goût des lionnêtes gens ne peuvent souffrir tous les grands discours qui ne tendent à rien de bon et qui marquent seulement le chagrin et la mauvaise disposition de ceux qui les composent : et c'est se rendre ridicule que de s'imaginer que les autres s'intéressent dans nos querelles et de les appeler tous pour être témoins de la faiblesse et des vains efforts de son adversaire.

» Celui qui m'altaque ne doit point aussi trouver à redire à la manière dont je me delTens. Si je ne réponds point ainplement à toute sa Critique ce n'est pas que je la méprise. On peut juger que je n'aurois pas repoussé les coups qu'il m'a voulu porter, si je n'avois crû qu'il fût assez fort pour me blesser, et je pense avoir plus de droit de me plaindre de la négligence avec laquelle il me Critique, qu'il n'a droit de se fâcher de la manière dont je lui répons.

» SI nôtre auteur s'étoit fortement appliqué à me combattre, je suis persuadé qu'il m'eût donné de l'exercice , car je ne juge pas de la force de son esprit par un écrit à la cavalière, qu'il semble n'avoir fait qu'en se jouant. Ainsi la négligence qui y paroît m'est favorable : et pour mol, je ne me plains pas qu'il me néglige : car je ne suis pas digne de son application ni de sa colère. Je me plains seulement qu'il ne parle pas sérledsement des choses sérieuses; qu'il se divertit de la vérité et qu'il n'a pas tout le respect qu'on doit avoir pour le public, lors qu'il tâche de le surprendre en plusieurs manières différentes, ainsi que l'on a vu en partie par celle réponse.

» Si j'ai été obligé de parier de lay comme j'ai fait eo quelques endroits, il ne doit s'en prendre qu'à luy-même; car j'ai supprimé, de peur de luy déplaire, beaucoup d'expressions et de pensées que sa manière d'agir fait naître naturellement dans Vesprit. J'ai une si grande aversion pour toutes les contestations inutiles et qui peuvent blesser la charité, que je ne répondrai point à tous ceut qui m'attaqueront sans m'entendre , ou dont les discours me donneront quelque sujet de croire qu'il y a quelqu'autre chose que l'amour de la vérité qui les fait parler. Pour les autres, je tâcherai de les satisfaire. On voit assez que si j'étois obligé de répondre à tous ceux qui ont bonne volonté de m'attaquer, je ne jouîroisguèresdu repos que je souhaite. Mais s'il n'y a point en France de loi pour les empêcher de parler (1), il n'y en a point aussi qui m'oblige à ne me pas taire.

» Peut-être que dans le temps de mon silence ceux qui m'insulteront se trouveront maltraitez par quelque main invisible : car je ne puis empêcher que l'amour de la vérité ne sollicite quelques esprits qui auront meilleure grâce que moi à deffeadre un ouvrage à qui ils n'ont point de part (2). Mais je souhaite qu'on se souvienne de la parole que je donne et que je donne librement et sans contrainte : et qu'on ne m'impute pas des écrits que je pourrols faire et que je déclare ici que je ne ferai poinL Cependant je croi qu'il est plus avantageux à tous ceux qui n'auront rien de solide à m'opposer, de se taire, que de

(1) Il est remarquable que ce vœu de Malebranche, peu favorable assurëment à la liberté de la presse, se retrouve dans Pascal, qui, dans un passage de ses Provinciales, en appelle à Tautorité séculière, contre ceux qu'il combat*

(2) Allusion à Dom Robert des Gabels» qui préparait sa défense. Voyea noie ci-après.

fatiguer le monde par des écrits qui blessent la charité et qoi sont inutiles à la recherche de la vérité. «

Tel est.cefactum, d'une admirable vigueur, que nous avons retrouvé à grand'peine et qu'on aura sans doute quelque plaisir à lire.

Pages 28, 50, 51, 53, 5ft, 55, 57, 78.

Dom Robert Desgabets. {Voyez Cousin, Fragments de philosophie cartésienne.)

Robert Desgabets, né dans le diocèse de Verdun, entré en 1636 dans la congrégation de Sainl-Vannes et de Saint- Hidulphe, y remplit successivement les emplois de professeur, de définiteur, de prieur et de procureur général... Il adopta de bonne heure le Cartésianisme, mais beaucoup plus en pbysique qu'en métaphysique. Il a revendiqué la première expérience de la transfusion du sang, qui paroît en effet lui appartenir. Envoyé à Paris en qualité de procureur général de sa congrégation, il profita du séjour qu'il y fit pour se lier avec les principaux^ Cartésiens, Clerselier, Aegis, Robault, le P. Poisson et Malebranche. Lorsque celui-ci fut attaqué par Malebrancbe, Dom Desgabets prit sa défense dans un écrit imprimé en 1676 et qui a pour litre : Critique de la critique de la Recherche de la vérité^ ou l'on découvre le chemin qui conduit aux connaissances solides, pour servir de réponse à la lettre d'un académicien,

M. Cousin fait connaître Dom Robert Desgabets dans ses Fragments de philosophie cartésienne, et a publié ses Discussions avec le cardinal de Retz, auteur de Descartes à ralambic,

distillé par Dom Robert. Nous renvoyons à ses Fragments^ page 123 et suivantes.

M. Cousin montre fort bien que Dom Robert Desgabets n'était pas un yrai Cartésien. On peut se demander alors à quel titre il défend Malebrancbe contre l'abbé Foucher dans sa Crttique de la Critique : mais il faut savoir que Malebrancbe le désavoua par un avertissement qui, sans être aussi rude que la préface dirigée contre l'abbé Foucber, ne dut pas être non plus du goût de Dom Robert. C'est une preuve, entre mille, du soin qu'il faut mettre à ne pas intervenir dans les querelles d'autrui. Au surplus, voici le début de cet avertissement de Alalebranche : « Depuis la première impression de cette seconde partie, il paroît ici deux livres qui y ont rapport. Le premier a pour titre : Critique de la Critique de la Recherche de la Vérité, où Von découvre, etc. (c'est l'œuvre de Dom Robert). Je suis fort obligé à l'Auteur de cette Critique, de l'bonneur qu'il paroît me faire par le litre de son Livre. Mais ce même titre pouvant faire croire que j'aurois eu quelque part à son Ouvrage, je croi devoir dire que, quoique je sois très satisfait de sa personne, je ne suis pas extrêmement content de son Livre. Il me semble que ceux qui se mêlent de deffendre ou de combattre les autres, doivent lire leurs Ouvrages avec quelque soin, afin d'en bien sçavoir les sentimens. Mais la Recherche de la Vérité ne mérite pas que des personnes d'esprit s'y appliquent. Je le veux. Ce Livre ne méritoit donc pas que la personne dont on parle, qui certainement a beaucoup d'esprit et de mérile, le deffendlsl ou le critiquast. ù

On n'a point assez relevé ce côté du caractère de Malebrancbe, par lequel une rude franchise et une mâle sévérité de langage 'allient auxhabitudesles plus douces et à la docilité d'un enfant.

dl& APPENDICE.

Préface, p. xvj, et note.

Leibniz d M, Bayle.

Hanovre, 37 décembre i698.

MONSIEUB,

Je chéris fort l'honneur de votre obh'geante lettre que Al. Banage de Beauval m*a envoyée. Il ne m'en pouvoit arriver de plus agréable, ni d'une personne dont j'honore davantage l'excellente érudition. Je suis surtout bien aise que ma réponse à vos objections ne vous a point déplu. Aimant la vérité, et vous mettant au rang de ceux qui la peuvent appro* fondir. d'une manière capable d'avancer considérablement nos connoissances, je serai toujours ravi de pouvoir profiter de vos lumières. Et n'osant point espérer qu'un petit discours, tel que celui qui doit paroitre dans le journal de M. Beauval avec votre permission, puisse satisfaire entièrement à vos difficultés, j'aimerois mieux d'apprendre celles qui vous restent ou qui vous peuvent être venues de nouveau, que de recevoir des applaudlssemens de la multitude.

J'ai fait mettre dans les Actes de Leipsig du mois de septembre une réponse à. M. Sturmius, professeur d'Altorf, connu par ses écrits de philosophie et de mathématique, où je t&chc de lui montrer qu'il appartient aux substances créées d'être actives et d'avoir quelque force en elles.

J'ai reçu une lettre d'un auteur célèbre, et qui passe avec raison pour un des premiers philosophes de ce tems, où H me donne avis, avec cette louable sincérité qu'il a toujours fait paroitre, d'avoir quitté enfin l'opinion reçue chez les Cartésiens, et employée souvent par loi-même, qu'il se conserve tou-

jours ia même quantité de mouvement absolu ; disant d'avoir reconnu qu'il se conserve seulement la même somme de mouvement du même côté et non pas absolument. Je lui répondrai que ce qu'il dit est vrai, mais que ce n'est pas assez à mon avis. S'il n'y avoitque cela^ il né se conserveroit rien en vertu des règles, lorsque les corps concourent avec des vitesses réciproques à leurs masses; et il se conserveroit très peu lorsque l'un a tant soit peu plus de quantité que l'autre. Mais il n'en est pas ainsi. La vérité est, que la nature conservé toujours encore la même force absolue, en sorte que tes corps pourront produire autant d^efTet après le choc qu'ils ed avoient pu produire auparavant, si rien d'accidentaire n'absorbe une partie de la force. Par exemple, si les deux corps concourans étoienl pesans, et si on s'imaginoit qu'avant le choc ils tournoient leur mouvement à monter chacun à part dans quelque plan incliné, et que par là leur commun centre de gravité puisse arriver à une certaine hauteur; il faut que si on leur donnoit occasion de monter après le choc, ce centre commun puisse encore arriver à la même hauteur, afin qu'il ne se perde rien de la force. Enfin l'expérience confirme mon sentiment, et feu M. Hugens, à qui je l'avois fait remarquer, le trouva véritable ; il exprima ainsi depuis, qu'il se conservoit la même force centrale. Mais j'aime mieux de dire, qu'il se conserve absolument la même force, puisqu'elle paraît non seulement dans les ascensions, mais aussi dans quelque autre effet qu''on ' puisse prendre. Car si les corps concourans pouvoieni bander justement un certain nombre des ressorts égaux avant le choc, ou donner un certain degré de vitesse à un certain nombre des globules, je liens qu'ils en pourront faire autant par après, et ni plus ni moins.

516 APPBNDIQB.

M. fieraoalli, profesaeor à Groningae, avok été pour ropioion commaDe, mais après avoir examiné la mienue avec 8oio, il 8*e8t rendu entièremeut II est Trai que cette consenation de la force ne se peut obtenir qu'en mettant partout du ressort dans la matière; et qu'il s*en8uit une conclusion, qui paroîtra étrauge à ceux qui ne conçoivent pas assez les merveilles des choses : c'est qu'il y a pour ainsi dire des mondes dans les moindres corps, puisque tout corps, quelque petit qu'il soit, a ressort, et par conséquent est environné ou pénétré par un fluide aussi subtil à son ^ard, que celui qui fait le ressort des corps sensibles le peut être à notre égard, et qu'aiiuî il n'y a point de premiers éléments, puisqu'il en faut dire aa« tant de la moindre portion du plus subtil fluide qu'on peut supposer. Mais ce n'étoit pas mon dessein de m'enfoncer ici dans ces matières. Il me reste de dire que j'avois attendu l'histoire des ouvrages de M. de Beauval pour vous répondre, croyant que vous y ajouteriez peut-être quelque chose à mes réflexions. Mais comme on me dit qu'elle n'a pas encore paru, je n'ai pas voulu laisser passer l'année sans m'acquiter de mon devoir, et sans vous assurer du zèle avec lequel je suis entièrement, etc.

P. S. M. Mastricht, syndic de la République de Bremen, très habile homme et ami particulier de M. Placcius de Hambourg, m'a chargé de vous écrire que le grand ouvrage des Anonymes et Pseudonymes de M. Placcius étant achevé, on seroit prêt de l'abandonner à un libraire, et M. de Mastricht croit qu'on vous en feroit volontiers le maître, pour faire paroître comme il faut un ouvrage qui servira merveilleusement à l'histoire littéraire. Si votre loisir vous permettoit de faire

savoir bientôt votre sentiment là-dessas, vous obligeriez ces Messieurs et moi aussL

Lettre de Bayle à Leibniz,

Rotterdam, le 18 d'octobre 1701.

Monsieur,

Je suis bien aise que M. Toland se soit souvenu de la prière, que je lui avois feite de vous assurer de mes respects. La lettre que vous me fîtes l'honneur de m'écrire le 19 d'août dernier me fut envoyée par M. de Yolder il y a deux ou trois jours avec le manuscrit, où vous avez bien voulu examiner mes petites objections. Je l'ai lu avec un plaisir extrême et avec une nouvelle admiration de la beauté et de la profondeur de votre génie, qui sait si bien développer les matières les plus diflSciles. Quan t aux louanges que vous m'y donnez, Monsieur, vous me permet* trez de les attribuer à vos manières honnêtes et polies, car je suis bien convaincu que tout ce que je puis penser et dire est petit, et principalement par rapport à un philosophe aussi grand et aussi sublime que vous l'êtes. Ainsi quelque gloire qu'il y ait à être loué par un si grand homme, la connoissance que j'ai de mon indignité m'oblige à vous prier d'ôter ces éloges quand vous publierez (ce que je souhaite passionnément que vous fassiez) votre réponse. Je la renvoyé à M. de Yolder, afin de vous épargner la peine d'en faire faire une autre copie ; il aura la bonté de vous la faire tenir avec cette lettre.

Je vois plus clair dans votre hypothèse. Monsieur, depuis que ''ai lu votre manuscrit, et je me félicite de vous avoir donné lieu à l'orner de nouvelles considérations, qui développent de plus en plus un point de doctrine très relevée. Je ne vous envoyé

M8 APPBNDICE.

poinl de nooTeaux doutes, car tout ce que je poorrois répliquer, autant que je le prévois, ne seroient que des appendix des premières objections, qui à proprement parler ne contiendroîent rien de plus qu'elles, et reviendroient à la même chose par des circuits. On ne peut, ce me semble, bien combattre la possibilité de votre hypothèse, pendant qu'on ne reconnoît pas distinctement le fond substantiel de l'âme, et la manière dopt elle se peut trwifdrmer d'une pensée è l'autre. £t peut-être que si Vqû reconnoissoit très distinctement cela, on Terroii que tm n'est plu» possible que ce que fous supposez. Personne n'est plus capable que vous, Monsieur, de nous éclairer sur ce grand point, et je suis sûr, que cette analyse des idées dont TOUS parlez à la un de votre écrit, seroit le plus grand secours qu'on puisse donner à l'esprit humain, et l'une des plus importantes choses de la philosophie. Je souhaite que celui qui Ta conçue la produise au public, c'est de vous. Monsieur, que je parle. Il me faudroit plusieurs pages, si je voulois vous indiquer tous les endroits de votre réponse qui m'ont charmé, et si j'entroisdans un détail, j'oublierois moins que tout autre chose, ce que vous dites sur le livre du Chevalier de Méré. Cela est tout à fait curieux.

Mais je ne m'aperçois pas que quand on a l'honneur d'écrire il une personne si occupée que vous, on doit être court. Je flnis donc en vous souhaitant une parfaite santé, i Gn que vous continuiez à travailler à la prorogation des vérités les plus sublimes de la philosophie, et en vous assurant que je suis avec un profond respect et eu toute la gratitude imaginable^ etc.

APPBNBIOB» H9

Extrait de la réponse de Leibniz à la lettre précédente , à laquelle il a mis ces mots allemands : ni^t atgangeit, c'est-à-dire que cette lettre n est pas partie. Elle fut datée de Berlin, le 5 décembre 1702 (1).

MONSIEUB,

J*ai reçu Tbonneur de votre lettre^ mais mon écrit est resté chez M, Bernoulli, à Groningpei pour être plus à portée , si quelqu'un le vouloit voir encore. Je suis bien aise, qu'il ne vous a point déplu, mais j'aurois [tort d'en retrancher les endroits qui vous rendent justice, et qui marquent l'obligation qu'on vous a d'avoir contribué à développer cette matière par vos belles et profondes réflexions. S'il ne vous reste de la difficulté que sur le progrès spontané des pensées principalement, je nç désespère point qu'elle pourra cesser un jour, et j'avois même déjà écrit une lettre pour y contribuer : mais je me rayise et j'en retranche ici tous ces raisonnemcns, car peut-être n*en avez-vous point besoin, Monsieur; peut-être aussi que quelque SiPtre chose que ce que vous avez marqué vous empêche d'entrer entièrement dans mon sentiment. Il semble aussi que vous aves( craint de tomber dans les redites, mais quand on procède nettement par ordre, par preuves, exceptions, répliques et dp[diquqs, etc., on le peut éviter.

J'ai r«çu ep(in V Extrait de la connoissanee de soi-^méme du père Lami Bénédictin, touchant ce qui regarde mon système* Mais j'ai eu 4^ la peine k comprendre en quoi consiste ce qui

(i) Feder paraît avoir ignoré qu'il y a deux prpjets de cetta f^tro, Tun daté, Tautre sans date, et qu'eutre les deux il y a des variantes. Tout un alinéa commençant par ces mots : i Vous dites aussi, mousieur, • manque.

320 APPBNDICE.

peat loi avoir causé de la difficulté. Et ao Kea que vous avez eii

soin, Honsienr, de ne me point objecter ce qui peut être opposé

à loo^ les systèmes, presque tout ce qu'il dit contre moi» ne

milite pas moins contre tous les autres. C'est comme s'il s'ima-

gîDoit que mon système doit rendre les choses meilleures

qu'elles ne doivent et ne peuvent être. Car il m'impute d'ôler

à l'âme la liberté et de charger Dieu des désordres. Mais les

actions, sentimens ou passions involontaires, si elles ne lui

viennent pas du corps, lui viennent de ce que sa nature est

expressive du corps. Et puisque Dieu est auteur non seulement

de la nature de l'âme, mais aussi de celle du corps : il

n'importe que les désordres et les extravagances volontaires ou

involontaires naissent de la nature de l'âme seule, ou de la na-

ture de l'âme jointe avec les impressions de Dieu ; et même on peut dire que le dernier parti, qui est celui des causes occasionnelles, est le plus embarrassant. Et puisque Dieu peut produire des douleurs ou autres sentimens peu avantageux dans l'âme selon l'auteur ; pourquoi ne seroit-it point permis à Dieu, selon moi, de donner à l'âme une nature qui produise ces choses par ordre dans la suite des temps ?

Ce docte Anglois, qui m'avoit apporté vos complimens obligeans, serji de retour en Hollande. Il m'a montré ce qu'il vous avoit écrit sur un passage de votre Dictionnaire à l'endroit de Dicéarque, qui ôte toutes les âmes à la nature ; il a voulu répondre à l'objection que vous faites à Dicéarque. Mais je ne lui ai point dissimulé que je suis de votre sentiment, que la matière ne peut point devenir pensante, comme elle peut devenir ronde. Et j'ai montré, comme vous savez, Monsieur, que la matière peut devenir propre à donner des pensées bien distinctes, quand elle est bien organisée, mais non pas à en faire nattre où il n'y en a

ixiiat da tout. C'est comme un essayeur ne fait potpt naître de l'or, mais il le développe. Il est vrai que si le dérangement de la matière étoit capable de faire cesser les pensées, son mrrapgement seroit aussi capable d'en faire naître. Mais tout cela ne se doit entendre que des pensées distinguées, qui attirent assez notre attention pour qu'on s'en puisse souvenir.

J'appréhende que celte guerre, qui s'échauffe plus que jamais, ne fasse quelque tort aux sciences; je remarque qu'en France, et partout ailleurs, le nombre des savans véritable-* ment solides diminue extrêmement; et je ne m'en étonne points quand je vois que depuis l'an 1672, il n'y a eu que guerres et taxes pour y subvenir, de sorte que ceux qui sont venus depuis ce temps-là n'ont eu presque que le nécessaire en tête. Et vous savez qu'on appelle nécessaire dans le monde, non pas ce que Jésus-Christ appelle unum necessarium^ mai» ce qui sert à faire bouillir la marmite. Il y a peu de gens de votre humeur, Monsieur, et de la mienne, pour prendre plaisir aux recherches.

Avant que de finir, je dirai quelque chose à l'endroit de votre lettre, où vous remarquez. Monsieur, qu'on ne sauroit bien examiner la possibilité de mon hypothèse, sans connoltre assez distinctement le fond substantiel de l'âme ^* la manière dont elle se peut transformer. Je ne sais s'il est possible d'expliquer mieux la constitution de l'âme qu'en disant : 1 .) Qu'elle ^t une substance simple» ou bien ce que j'appelle une vraie unité. 2.) Que cette unité pourtant est expressive de la multî-* tude, c'est-à-dire des corps, et qu'elle Test le mieux qu'il est possible selon son point de vue ou rapport* 3.) Et qu*ainsi elle est expressive des phénomènes selon les lois métaphysico-* mathématiques de sa nature, c'ost-^.«-(1ire selon l'ordre le plus

BSIS APPBN0ICB*

cCMiAHine k riottlIigeDce et k la raison. D*oÛ il s'ensait, enfin, 4.) Qu€ rime est one Imitation de Dieu, le plas qa'll est possible aox créatares, qu'elle est comme lai simple et pourtant Infinie aussi, et enveloppe tout par des pÊfceptions confuses, mais qu'à Tégard des distinctes elle est boriiée ; au lieu que tout est distinct à la souveraine substance , de qui tout émane, et qui est cause de Texistence et de l'ordre, et en un mot Ift dernière raison des choses. Dieu contient Tudlvers éminemntettt, et Tâme ou l'unité le contient virtuellement, étant un mîrmt central, mais aaif et vital pour ainsi dire. On peut mêdae dire que chaque ftme est un monde à part, mais que tous ces mondes s'accordent et sont représentatifs des mêmes phêno^ mènes différemment rapportés, et que c'est la plus parfaite manière de multiplier les êtres autant qu'il est possible, ël lé mieux qu'il est possible (1).

Lettres et Opuscules, p, 270, et note,

Èoêcet De consolatidne.

Cum polo Phœbus roseis quadrigis

Lucem spargere cœperit, Fallet albenteis hebetata vultus

Flammis Stella prementibus.

Cum nemus flatu Zepbyri tepentis

Vernis irrubuit rosis»

Spiret insanum nebulosus Auster.

Jam spinis abeat decus,

(I) DaDB le second projet, la lettre unit autremenU

ArPPBNDIGK. ti'S

S«pe tranquillo redeat sereno * Immotis mare fluctibut Sape ferveoteis aquilo procelias

Verso conciut aiquore Rara si constat sua forma mundo,

Si tantas variât vices, . Crede fortunis hominum caducis,

Bonis crede^ fogacibus ; Constat aeternaque |)ositum lege est

Ut constet genitum ttihii.

Lettres et Opuscules, p, 272 et note.

Boèce^ de Consolatione, résumé par Leibniz,

Le texte de Leibniz paraît défectueux : on peut le restituer au moyen de celui de Boëce.

Le texte original du De consolatione porte deux raisonnements qui sont à peu près ceux-ci :

» 1*" Si la béatitude est le souverain bien de la nature raisonnable, et si ce qui peut estre ravy de quelque manière que ce soit n'est pas un souverain bien parce que ce qu'on ne nous scauroit oster, doit estre nécessairement plus excellent, il est évident que la fortune estant si changeante, ne peut prétendre à la possession de cette béatitude.

» 2^ De plus celuy qui jouit de cette félicité périssable, ou scait quelle est inconstante ou ne le scait pas. S'il ne le scait pas, quelle béatitude peut-il y avoir dans l'ignorance et dans l'aveuglement? S'il le scait, il faut nécessairement qu'il appréhendé la perte de ce qu'il est assuré de perdre, et par consé-

52ft APPENDfCe.

qoeot cette crainte contiDaeUe Tempescbera d'esf re jamais iieoreox : qoe s'il croit devoir mépriser celte perte, il faut conclure que h iëlicllé doot il considère h perte arec aoUnt d'indifférence» n'est qu*aiie béatitude imaginaire. •

rai*

INDEX ALPHABETIQUE.

Académiciens, L^abbé Foucher restauratear de leur philosophie» p. 36. Logique des académiciens, p. A2, /iâ, 182; leur philosophie, p. 49, $2 ; leurs axiomes, p. 95, 10/i, 106 ; opinion de Leibniz, p. 107, 108 ; leur dotite expliqué, p. 119.

Académie. Leibniz désireux d*y avoir un correspondant, *p. 195. Académie française, p. 202, 217. Académie des sciences, p. 290.

Action (L'homme est-il principe d*), p. 182.

Affabilité, Quelle en est la cause, p. 163.

Aimer, Définition, p. 255.

Air (Coussins d'), p. 210. *

Ame, Ce que c'est, p. 188 ; n'est pas mortelle par nature, immortelle par grâce, p. 248.

Amitié. Ses motifis, p. 151« Quelle est la plus belle, ibid.

Amour, Sa nature, p. 25/^. Amour-propre» p. 138-.

Analyse. Ses limites, p. 71.

Anciens (Sagesse des), p. 61.

Animaux, Leurs transformations, p. 68.

Apparences (Réalité de nos), p. 38.

Argumentation, Ce que c'est d'après Locke, p. 23.

Aristote, Son erreur touchant les corps, p. 70.

Arithmétique sauvée, p. 30.

Arnauld, Ses discussions avec Malebranche, p. /il.

Artde connaître les hommes, p. 132 et suiv. ; de raisonner, p. 279 ; de bien penser, du P. Bouhours, p. 252. Arts mécaniques, p. 96, 201. Faire fleurir les arts, p. 283.

Association, Ses bienfaits dans les sciences, p. 286, 288, 290.

Assurance morale, p. 38.

Astronomie. Hypothèse de Leibniz, p. 63. Tables, p. 199.

A ttenfion (Défaut d*), p. 274.

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