I. LE COMTE JOSEPH DE lAlSTRE
!<».— t A M. Vabbé Tviuri».
Tarin, 90 décembre 1819.
Mille et mille grâces, très-cher apôtre, des envois intéressants que vous me faites. Certainement ce bref serre le cœur au premier coup d'œil; mais, en examinant la chose de plus près, on voit en général, sans pouvoir encore pénétrer jusqu'au fond, qu'il pourrait bien y avoir dans toute cette affaire quelque chose de caché, quelque mystère inconnu tout à fait favorable à la vérité. Le pape, mon cher abbé, est conduit aujourd'hui comme il l'était hier; et quelquefois même en faiblissant il nous conduit à de grands résultats qu'il ignore lui-même. Voyez les barrières qui tombent de tout côté. Le conseil de Genève, tout en chantant victoire, traduit cependant et enregistre les brefs du saint-père. Ils ont beau traduire Fidèles Chrisii par Fidèles au Christ, tout cet argot protestant ne fait rien à la chose. N'avez-vous pas vu que la séparation du dix-septième siècle puritia le catholicisme, et que la véritable réforme s'opéra parmi nous Y Le même miracle, ou même un miracle beaucoup plus grand, est sur le point de s'opérer. L'impertinent génie protestant épou-
sera la soumission catholique^ et il en résultera quelque chose de meilleur que ce que nous voyons.
Je tremble tout conune vous, je pleure tout conune vous, sur tout ce qui se passe, et j'éprouve des moments d'abattement que je vous ai fait connaître; mais ensuite je me relève, et je vous fais part aussi des idées consolantes qui se présentent à moi. La manière dont mon livre sera reçu prouvera beaucoup en bien ou en mal. J^ai écrit pour que vous soyez servi sur-le-champ : vous recevrez deux exemplaires ; faites-en passer un, je vous en prie, au chevalier d'Olry, en attachant légèrement sur le revers du premier feuillet la note ci-jointe. Je n'ai que cinquante exemplaires pour moi; ils ne toucheront pas terre. Sur le reste, je serai forcé de m'observer ; après le naufrage, il faut être sage. Ne riez pas, s'il vous plaît.
Vos deux brochures sont charmantes. J'aime bien surtout la manie alhanasienne , rien n'est plus parfait; laissez-les dire et laissez-les faire! Dabit Deus hisquoque finem.
11 faut maintenant travailler sur monseigneur de Lausanne. Croyez-vous que Rome, qui va son train , et qui avance en reculant, n'ait pas spéculé sur ce personnage ? Il faudra agir dans le môme sens. Ce prélat, qui ne peut ignorer ce que l'on craint, mettra de la gloire peut-être à nous détromper. Ne doutez pas un moment que ses réclamations n'aient beaucoup plus d'influence sur ce que nous appelons les puissances, que tout ce qu'aurait pu faire votre supérieur actuel. Quant à notre cabinet, il est nul sur ce point.
Je voulais bien draper le Célérier; mais les heures passent sans qu'il m'ait été possible de saisir la plume. Je ne suis plus au monde; adressez désormais vos lettres au feu comte f etc. , encore une fois s'il me vient quelque chose, etc. — Votre post-scriptum est impayable ; je se-
A m. L'ABBfi YUÀUBT. 5
rais allé vous embrasser à Genève pour cette seule page, si je n'avais pas craint de vous trouver à dîner chez M. Célérier.
Bonjour donc, Monsieur Pabbé. Je cacheté à la hftte.