‹ Lettres et opuscules inédits (volume 2)Chapitre 2 sur 100 · A M. l'abbé Bey, Tlealre fr^iiéral de C^ambérj · texte numérisé non relu

A M. l'abbé Bey, Tlealre fr^iiéral de C^ambérj

TariD, 26 Janvier I830.

n n'y a rien de si aimable que ce que vous dites dans votre lettre du 24. Je passe sur les exagérations : c'est un vice de Pamitié; on ne l'en corrigera jamais. Il me paraît cependant, toute humilité et toute vanité à part, quePouvrage fera quelque bien. Vous me parlez de mon talent ponr faire rire en raisonnant. En effet, je me sens appelé à mettre les questions les plus ardues au niveau de toutes les intelligences ; et je puis dire comme Boileau : C'est par là que je vanxy si je vaux quelque chose. Enfin, Monsieur l'abbé, nous verrons. Ne manquez pas de ra'instruire de tout. Qu'est-ce que vos prêtres ontdit de l'article d'Honorius, et de ma note sur la procession Ex Filio? Cette idée me vint tout à coup en lisant je ne sais quel vieux livre, et je la crois décisive. On m'écrit de France que personne n*a poussé plus loin la justification d^Honorius, ce qui m'encourage beaucoup. Je crois bien qu'il y aura des tempêtes; mais la plus forte viendra du Nord, et je me résigne d'avance à tout le mal qu'elle pourra me faire. Croyez que le chapitre sur la Russie tombera à Saint-Pétersbourg comme une bombe. Ame au monde ne s'y doute des témoignages russes. Quand ils verront ce tableau, ils demeureront frappés de stupeur, et ensuite de colère. Mais qu'arrivera-il à l'auteur? Je C ignore. Qui sait si celui qui a dépensé 20,000 rou-

bles pour nous faire insulter par un enfant (en science) voudra supporter les représailles? C'est ce que nous verrons encorCé En attendant, mon très-cher abbé, je suis très-aise que mon livre repose dans votre bibliothèque, et qu'il y ait été placé, de ma part, par la main de ma représentante.

Votre Oraison funèbre a été fort goûtée ici, et déclarée la meilleure de toutes sans difficulté. Je ne serais pas étonné, en vérité, que vous en eussiez quelque preuve ostensible. En tout cas, vous aurez toujours maintenu, de votre côté, Thonneur de la langue. — Hélas! elle expire chez moi. Bientôt on dira dans ma famille : « Mon grandpapa^ il s'appelait Zoseph : il était tout le zour dans sa sambre. » — A cela point de remède. — Sine me, liber y ibis in cbbem.

Au reste, mon cher abbé, le Pape et tout ce que vous connaissez ne sont que des bluettes, en comparaison de tout ce que recèle mon portefeuille. Je ne sais si je me déciderai; j'ai deux grands ennemis : mes affaires et ma paresse.

Votre très-iumble serviteur et bon ami.

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