DISCOURS DU CITOYEN CHERCHEMOT
conissioiiE DU pouvoni EitcuriF mtts^ ifMumuintJirwa cdcsmav B0 ir...,
LE JOUft DE hk FÉTB Dft LA SeOVBRMNETÉ IHI PEUPLE*
feofcev 179*.
Ayant fait un grand amas de phrases révoïutionnatres sans ancnn but arrêté, j*imaginai depuis de les fondte dans un discours imogimiire prononcé par quelque personnage cimque. Cettis idée prothilsii te discours du citoyen Cherthanotf qui ferait extrêmement rire a'ii était imprimé très-exactemeat,. ee qiiiseialt eaaentiel à cause dee nombreuses et fidèles citations.
Citoyens»
E€ moi aussi je Tiens mêter ma Toix aur eoneerts d^ac* clamations qui retentissent aujourd'hui de toute» ports ; et moi aussi je viens célébrer la souveraineté du peuple. J'essayerai d'activer le crnsme ie mes concitoyens, en lais^ sant échapper deratiC tm. cesr flammes qu'un républica»msme pur allume dans^ mon cœur. Le peuple a reconquis ses droits imprescriptibles, il a ressaisi le sceptre usurpé par les tyrans. O révolution immortelle ! les trônes sont tombés; les peuples sont rois ^ H n'y a plus de sujets !
Comment pourrai-je célébrer dignement cette époque mémorable ? C'est en vous montrant d'abord tout ce que ?ous hii devez ; je ne puis mieux louer la liberté qu'en précisant ses bienfaits. Ei c'esl encore en vous moatrant de suite ce que vous avez à craindre pour elle, et comment
VOUS pouvez la sauver si vous savez vous prononcer.
Qu*élions-nous avant la révolution ? Moins que des brutes. Que sommes-nous depuis la conquête des droits du peuple? Plus que des hommes. Depuis quatorze siècles, nous traînions dans le désespoir ces chaînes ignominieuses formées par le hideux despotisme, et rivées par le machiavélisme sacerdotal. L'incivil isation des Barbares valait mieux que cet état. Nos chaînes sont brisées, nous vivons; nous bravons les vains rugissements des despotes*
Uœil du républicain n'est plus affligé par le spectacle impopulaire d'un sacerdoce oppressif. Un clergé rapace et scandaleux avait l'impudeur de se donner pour le représentant de rÊlre suprême ; il a vécu : exproprié par nos premiers législateurs, mis hors de la loi par les seconds , ses forfaits n'appartiennent qu'à l'histoire. On ne verra plus l'homme descendre des hauteurs de la raison pour s'incliner devant un bipède mitre; on ne verra plus ces histrions privilégiés ialrociner les dupes pour garrotter les sages : au bruit de la fermeture des temples de la superstition, celui de la raison s'est ouvert, et la grande nation est entrée !
L'ancien régime avait organisé l'adultère en condamnant deux époux, aliénés l'un de l'autre par des torts conséquents, à gémir indivisément sous le poids insupportable d'un joug inopportun : honneur à nos courageux représentants, qui ont fait présent du divorce à la France!
Il viendra sans doute le temps où il sera permis de s'élever à la hauteur des premiers principes ! Déjà un de nos représentants a fait observer, dans un livre immortel, que le préjugé funeste et liberticiiie de l'aristocratie héréditaire tenait essentiellement à Tinslitulion du mariage (1).
(!) L'orateur veut parler du représentant Lequinio, qui a fait celle observation inlérc^^ank" dans un livre ln-8», publié il y a quatre ou cinq ans, mais dont TinlUalé exact ne nie revient pas.
222 maoonss
Enfin, Citoyens, les biesCMis de larévolntiOQ sorti ion jMeMMfi, ei cei événeiMot est «uM({oe dani les fieiBles ^ l'univens.
Qmlie mafmjiq%e eaireprm qmeoUe i*mme démoer^ iie de trente milUem d'bêmtneâ êem pm'faiiememt égamx datiê Jêmrs droite nêlvi^lt^ dmm iem% droits civils, dams Uurs dreUs polUiqmesî Jeanais riem de si bemu n*a été tesdé sur la terre; jamMis Us vmum mêmes ei les pemsées des hmMses de çéme ne sont Mlés jmsqme-ià. PlaU>ii« Mqblefiiqiâeii^ ftoiisaetu, étsUeni presque effrois de oetie eon^ eeption. Cependant^ mous atnms eu le eaurage de former et d' exécuter et plan sublime; maie il me peut être rcom^ solide que par i& réuniom de toutes les lumères, et ees lumières ûù existentielles? î^uLle pssrl emcore (1). Est-ce un empéobement? Non, Citoyens; il feaU les jfuùre mai^ tre (2). Nous y parviendrons par là pémûiBlisalion de FopinioB publique, par rfaûmogéoéilé de l*enseig«emeoi, par la déoiooéiisatJon deoes vieux préjugés qveMMS pères admirent dans la circulation comme des Tentés purea; surtouU par la répression des jongleries fiaeeniolales.
Il faut nous entourer des lumières de tons les siècles, et reprendre sous œuvre TédiGce social; tous les livres de POUTiouË civile et criminelle sont à r^aire; ù^us tes iiures de morcUey mêlés jusqu'ici de mysticité^ sont à refaire; tous les livres d'histoire sont à refaire (S). Peut-Are naénie serait-il opportun de refaire rtiistoire môme, dont chaque ligue n'offre que le spectacle contagieux des peuples souverains foulés aux pieds par d*insolents mandataires. C*est ainsi que le Français s'élèvera à la hauteur de ses destinées ; c'est ainsi que nous terminerons la plus belle comme
(1) Fréron, à la Conv. nal., séance du 26 aoûl. Mon,, n* 34î,p. i40î,
(2) Ibid.
(3) Décade philosophique ^ i798, n* 493 (VariéKiâ).
DU ClTOTtR OMBGHEMOT. IXt
te plm glorienm de$ révoMtom (1); cVs/ miw$t q^^en if(rifemd àêrn ie$ giatwh'ui de ia êoeUU mr$ fe désir 4m hmUimrcQmmfm^Mmtftmiemdrm$àiaif€mt^pm]^ ie dimx{l).
MaÎB ooMneni comerver œ bmhear 4oat nom jouisaoBs? G*ie8l par Tuaion de ftom les o«arB républîeMiB. Fort de la pureté de mes inteulions, je ne kalancenâ pond de révéla i mes oonciloyems une «npoitante vérité: on ne vout a peint ftùt observer que^ tant qu'mne périie de la nation serm divisée de V outre ^ ^«nîoii ne pourrm ré^ gner (3). Serrons donc les rangs des «oldats de la liberté ! soBgeant ^lœ le roi 4e Mittan, debout deraot ees redoutables phalanges, attend ^'eHes s'ourreiit pour se jeter avec ses ficaires dans ces întenAkes fosetiles créés par Tesprît anaretûqne et par f esprit eectionnaire, qui tendent sacs reliche à briser Tunité politique ^du grand peopte. Les véritaUes ennemis de ia France sont dans son sein; si elle échappe à ses ennemis inléri^rs, elle se rira des compdois de l'ébranger. L'inifâme Pîtt a eu natdonaliaer une guerre saerilége; il vomit swr le continent Tor du Besgale ponr organiser la ligue insensée des rois; «tnû Piti n'est qu'un iwtèéciUy quoi qu'en dise une réputation qui a été beaucoup trop enflée (i). En Tain TÀrabe de Mesoon, le sultan de Vienne, le mameluk de Constantino{^ et le mcmsire des Orcades ont conjuré la perte de la république; ils viendront se briser sur ce rocher inébranlable : mais tandis ^spie nos frères d'armes iront châtier ces insolents jusque chez eux , c'est à nous, Gtoyens, à en faire une justice non moins sévère. Il faut les traduire devant le
(i) Bourdon de TOiie, Mon. du 3 novembre 1794, n» 47, p. 203. (t) Boùsel, Mon. du U novembre 1794, n» 39, p. 17i.
(3) Peltet, séance du 4 octobre 1794; Mon,, n»l6, p. 74. Ce député ne parlait que de l'assemblée légwlatlTe, malt le principe est général.
(4) Bi9betpierr€,sé»SMtém !•' février 17»4. M©»., «• 184,
jury des sages, il faut verser rignominie sur ces rois atroces, il faut les condamner aux galères de l'opinion (1); en môme temps, tenons leurs complices sous une surveillance infatigable ; et si nous voulons échapper à leurs complots, fermons nos cœurs à une pitié cruelle qui nous perdrait infailliblement. POur tromper, pour avilir, pour enchaîner de nouveau le premier peuple de l'univers, on s*arme de ses propres vertus, on ose lui parler de compassion au moment où la compassion serait un crime do lèse-nation. Ah! croyez^ citoyens, que la liberté n'est pas ennemie de la nature et de Vhumanité ;'mais il lui faut encore des hécatombes : il suffit que le mot de justice soit toujours écrit sur leur frontispice (2). Il est temps de dire la vérité tout entière : les bruyants célébrateurs du 9 thermidor ne sont, dans leur presque totalité , que les ennemis sourds du 18 fructidor. C'est sous le masque fallacieux du modérantisme que l'hypocrite royaliste cache ses desseins perfides : il a bien ses raisons pour tâcher de modérantiser la révolution! Mais lorsque le despotisme régit de Corcyre à Thulé, et du Bétis au Borysthène; lorsque ses satellites forcenés menacent, dans leur fureur gigantesque, d'envahir le sol de la liberté; lorsque la France entière est en état de siège, est-il opportun de venir parler de pitié et de clémence? Chaque citoyen doit-il attendre isolément dans l'attitude de la terreur que le poignard royal vienne chercher son cœur? et la liberté terrifiée souffrira-t-elle qu'on la mette en état d'arrestation? Non, Citoyens 5 de grandes mesures de sûreté sont nécessaires : il faut que le tocsin de la vengeance rassemble les enfants de la patrie, et la dernière heure des tyrans aura sonné.
(i) Expression de Barrère, je ne sais plus où.
(t) Merlin, directeur, au nom des trois comités. Mon., 1795, n* 104.
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le gouvernement ne peut employer avec sagesse les moyens impressionnants d'une salutaire terreur? Gomment pourra4-il évoluer le vaisseau de l'État au milieu des vagues contre-révolutionnaires, s'il n'est investi, pw» une loi organique de la constitution, d'une force de circonstances capable de neutraliser les factions, et de forcer tous les partis à marcher dans le sens de la révolution? Les calonmîateiffs de notre constitution oseront nous reprodier ces moyens; mais comment peuvent-ils ignorer, ces sycofiantes impurs, que ces mesures de sûreté et ces formes acerbes (i) sont passagères comme les feux follets, mais qae la liberté est étemelle conmie les astres ?
Citoyens, nous marchons au milieu de deux écueils également terribles : le fougueux anarchiste n'oublie rien pour fcire croire que tous les maux viennent de l'unité du poovoir; il cherche à le diviser pouri'anéantir; et l'hypocrite royaliste répand de tout côté que le gouvernement est nécessairement un; il tâche de faire glisser le peuple de Tunité politique à l'unité personnelle. Nous avons fait serment de haine à ces deux partis, nous saurons les étouffer l'un et l'autre. Quel homme oserait entreprendre de roy»liser la France? Sur quel principe effronté entreprendrait-il de baser ses complots frénétiques? Serait-ce sur fa volonté du peuple? Mais cette volonté n'existera jamais; on a vu sans doute des peuples , après avoir fait justice de leurs tyrans, s'humilier de l'humiliation de ces traîtres, et mettre autant d'ardeur à rétablir l'ancien ordre de choses qu*ils en avaient mis à le renverser. De lâches Anglais ont pu donner ce spectacle au milieu de l'autre siècle ; tnais les Français sont incapables de ce retour à la compassion,
PARCE QUB DE NOS JOURS l'aRT SOCIAL EST PLUS AVANCÉ (2).
(i) Barrèrey en parlant des massacres d'Arras. (2) Décade philosophique^ 1798, n** 26, p. 466.
DU CITOYEN CHBECHEMOT. 337
I^atlleiirs^ le peuple ne peut vouloir la monarchie. Xe Français qui veut un roi est un tigre : H est faux qu'un peuple aH le droit de choisir la royauté^ parce quil alié' fierait un droit inaliénable (i).
Ajoutons qu'il ne faut pas être la dupe des sophismes grossiers qu'on appuie sur la volonté du peuple. Un grand homme a fait sur les assemblées nationales une réflexion profonde : Lorsque dans une assemblée nationale, dii-ii^ le parti de l'opposition reste en minorité y il est utile à la chose publique... mais si ce parti acquiert la majo^ rite, ce n'est plus un simple surveillant, ce n'est plus un censeur du gouvernement : c'est un ennemi; il V arrête dans sa marchcy il paralyse ses mouvements^ il refuse, il pres^ ait, et (impuissance du gouvernement amène la guerre civile et l'anarchie (3). L'apf^cation de ce principe lumineux aux nations se présente d'elle-même. Il y a de Timpudeur à confondre la majcHrité numérique avec la majorité légale^ qui n'a rien de commun avec le nombre.
Quant à l'anarchie ^ elle est moins à craindre que le royalisme. Celui qu'on appelle anarchiste n'est le plus souvent qu^un ardent ami de la liberté. D'ailleurs^ qui , dans notre république^ oserait tenter de briser le pouvoir? Celui'4à méconnaîtrait l'unité du gouvernement y et pour" rait ignorer qu'étant un comme la pensée, ses imtruments ne sont pas des portions, mais seulement des agents (3).
Nous voulons un gouvernement oii les distinctions ne naissent que de légalité même, oii le citoyen soit soumis au magistrat, le magistrat au peuple, et le peuple à la justice [^).
Ne craignons pas de le dire. Citoyens, la république est
(Ij Maiihe, séance du 28 décembre 1794. Mon.^ n« 102, p. 422.
(2) Rion, séance du 15 septembre. Mon. du 22, n° 1.
(3) DujTesne^ séaDce du 27 février 1794. Afon., n» 159. (4 Robespierre, V. le Mon. du 7 février I70i.
immortelle. Quelques nouvelles sinistres, enflées par la malveillance, ont pu vous alarmer sur la situation militaire de la république à l'extérieur; mais ces craintes sont vaines; elles deviendraient criminelles si vous ne vous h&tiez de les abjurer. Jusques à quand prêterez-vous l'oreille à l'alarmiste astucieux^ Que vous faut-il donc pour vous convaincre, si les prodiges que vous avez vus vous laissent encore balancer? Est-il pour des hommes libres quelques obstacles infranchissables? Est-il une puissance qui ait pu nous résister? Est-il une ville dont les remparts ne se soient abaissés devant l'étendard tricolore? N' avons-nous pas pris, en passant, Malte, qui est éloignée de onze cents lieues de Toulon (1)? N'avons-nous pas organisé un Institut national au Grand-Caire, qui est éloigné de la France de mille lieues (2) ? Depuis la prise de la Bastille, victoire la plus étonnante et la plus heureuse qui ait été remportée depuis l'origine du monde (3), jusqu'à la bataille d'Arcole , une destinée invincible n'a-t-elle pas veillé sur la liberté? Si la victoire parait s'égarer un moment, bientôt vous la verrez revenir au pas de charge ; bientôt elle sera remise à l'ordre du jour et déclarée en permanence par les baïonnettes républicaines. En vain voudrait-on vous effrayer en vous nommant des généraux dont les circonstances ont privé la république : n'avons-nous pas encore Masséna, l'enfant chéri de la Victoire, et le rapide Pigeon, et Lecourbe l'helvétique, et Championnet le brise-trône, et Lannes, semblable aux immortels? Et pourriez-vous croire que le héros des Pyramides soit perdu pour la patrie? Un jour, n'en doutez pas, vous le verrez tomber, comme l'étincelle ce-
ci) Lettre du citoyen Guillol, capitaine de la 25* demi-brigade, à sa mère, au qiiarlier général du Caire, 27 Juillet 1798, dans le recueil des lettres ioterceptées et publiées par les Anglais, deuxième partie, d* 16.
(2) Ibid.
(s; Fauchet, deuxième discours sur la liberté, 17891
DC CITOYEN CHEIICXIEMOT. 229
leste^ au milieu des tyrans consternés. En vain les valets de George le Négrier bloqueraient les bouches du Nil avec leurs cinq cents vaisseaux^ empécheront-ils le grand homme de se rendre en Syrie par la haute Egypte (l)î Tempêcheront-ils di entrer ^ en remontant VEuphrate^ dans les ports de f ancienne ville de tyr (2), d'où nous le verrons arriver, couvert de lauriers immortels?
Mais, me direz-vous peut-être, qui nous répondra que dans ce second voyage il ne sera point cerné par les Anglais et fait prisonnier, avant de pouvoir atteindre la terre sacrée de la liberté î Et moi, je vous le demande à mon tour, lorsqu'il se Uvra l'année dernière à son inunortelle entreprise, au milieu de toutes les circonstances conjurées contre lui, fut-il pris, fut-il même rencontré par les Anglais ? Pressant la mer sous le poids de plus de quatre cents voiles et de trente mille hommes de débarquement , n'aborda-t-il pas en Egypte, en profitant de toutes les fau- (es, et utilisant Tineptie d'un prétendu baron du Nil (3)?
Citoyens, gardez-vous d'en douter : la liberté a vaincu. Si les tyrans peuvent un instant la refouler vers le centre, c^est pour en être repoussés eux-mêmes avec plus de violence au delà de leurs frontières. Couverts de la poussière des trônes, jamais nous ne plierons devant les rois, jamais nous ne traiterons avec eux.
Que les royalistes ne forment donc point de projets insensés. Les scélérats ! ce n'est pas au nom de la liberté.
(1) LeUre du citoyen Le Turcq, aide de camp du pénéral Bt rlhier ; au quartier général du Caire, le 28 juillet 1798. Partie V, n" 20 du r.cueil cilé.
(2) Si vous présumez que la flotte républicaine (de Bonaparte) a mouillé aux ports de ranclenne ville de Tyr, qu'elle descend i'Euphrate,et qu'elle eit aujourd'hui près de s'unir à Tippo-Salb, vous ne serez peut-être pas très-éloigné de la vérité. (Observalions d'un géograptie répul)licain, dans le Puhlicitte du 22 août 1798, article signé G****.)
1 3) Lettre du cit. Boyer, adjudant général dans l'armée d'Égyple , à son père et à sa mère; au Grand*Calre, le 27 Juillet. Recueil cité, part. 3% n^" 22.
230 DISCOURS DU CrrOTBN CHBRCHBMOT.
c'est au nom de l'honneur qu*'ûs marchent. Ignorent-9s que l'honneur a été déclaré féodal par l'assemblée constituante^ et que toutes les lois de ITionneur ont été rapportées ? Mais le patriote est à son poste ; la loi est là pour les surveiller, les foudres républicaines ne sont qu'endormies. Malheur aux traîtres, s'il s'en trouve ! Dieu même ferait de vains efforts pour les soustraire à la colère du peuple.
Citoyens, renouvelons dans ce moment le vœu solennel de vivre libres, ou de mourir ! Forts de notre union, ftjrts de la pureté de nos principes, nous saurons déjouer les trames populicides. Vive la liberté ! vive la république ! Que le bruit de nos acclamations dissipe ces nuages qui semblent s'amonceler sur nos têtes et nous menacer d'un orage ! Pour moi, j'ai rempli ma tâche; j'ai célébré la liberté, j'ai signalé ses ennemis, j'ai appelé sur leurs têtes la foudre nationale. Si, dans mon dire impétueux, j'ai quelquefois employé les pensées et même les expressions des grands hommes de la révolution , c'est pour rendre hommage à leur génie, c'est pour déverser sur la province les lumières de la capitale, c^est pour allumer ma fiiible lampe au volcan de leur éloquence.
J'ai dit.
s. EM. LE CARDINAL MAURY.
▼enlse, 1799.
Dans mon voyage de Venise, pendant l'hiver de 1799, j'ai fait connaissance avec le célèbre cardinal Maury. A la première visite que je lui fis, il me parla avec intérêt de ma position embarrassante, et toujours avec le ton d'un honune qui pouvait la faire cesser. En vain je lui témoignai beaucoup dlncrédulité sur le bonheur dont il me flattait : Fhus arrangèrent eela^ me dH-il.
Peu de jours après, je le vis chez la baronne de JuMana, Française émigrée, <iui avait une assemblée ches elle. Il me tira à part dans une embrasure de fenêtre ; je crus qu'il voulait me communiquer quelque chose qu'il afrait imaginé pour me tiper de Tabhne où je suis tombé. — Il sortit de sa poche trois pommes, qu'on venait de lui don- Der, et dont il me fit présent pour mes enfants.
Après avoir vu une fois ma femme et mes enfants, il en fit des éloges si excessifs, quH m'embarrassa, a Je n'es- Mme jamais à demi, d me ditril un jour, en me parlant de moi (je ne comprends pas cependant pourquoi l'estime ne serait pas graduée comme le mérite).
Le 16 février (j'ai retenu cette date), il vint me voir, et passa une grande partie de la matinée avec moi. Le soir^ je le revis encore; nous parlâmes longuement sur différents sujets, qu'il rasa à tire-d'aile; j'ai retenu plusieurs de ses idées. Les voici mot à mot :
232 s. ÉM. LE CAIDUVÂL MAURT.