A M. LE COMTE JEAN POTOCKI
5 (17) Juin 1810.
Puisque vous avez la bonté. Monsieur le comte, de ne pas vous ennuyer de mon impertinente critique, voici les observations que je voudrais encore vous soumettre.
La chronologie n'est pas du tout une science isolée : il faut qu'elle s'accorde avec la métaphysique, avec la théologie, avec la physique, avec la philosophie de l'histoire.
i® Avec la métaphysique» (J'entends la bonne.)
Elle enseigne que tout a été fait par et pour Tintelligence; que l'homme a conmiencé par la science, et non par l'état de barbarie, comme toute l'école du XVIII« siècle l'a faussement et même sottement supposé; que la perfectibilité de l'homme et son goût pour la science n'est que l'instinct secret de sa nature, qui le porte à remonter vers son état natif; que l'état du sauvage, qu'on a nommé état
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de nature, est précisément le contraire de la nature et le dernier degré de la dégradation humame : qu'il est donc impossible de raisonner plus msl qu'on ne le fait en argumentant de rétat des sciences à telle époque reculée de l'antiquité^ pour supposer une foule de siècles antérieurs nécessaires pour amener graduellement un tel état des connaissances humaines. On s'écrie : a Combien il a fallu de temps pour arriver à ce point/ — Platon répondrait : Sans doute, si personne ne nous apprend ce qu'il faut savoir (M^ (ppa^iovToi; TivcK, de Leg. XUI). Les familles humaines, parties de l'état de barbarie, n'ont rien de commun avec les hommes primitifs, qui étaient, suivant l'heureuse expression de Sénèque (Ep. 90), a Diis récentes, etc., etc.
2° Avec la théologie
Tout ce qu'une métaphysique saine avait enseigné à la raison, se trouve conlirnié par une révélation incontestable. Les sciences, pendant le dernier siècle, ont paru faire un grand effort contre elle ; mais il ne faut pas s'y tromper : les sciences ne sont que des auxiliaires qui se vendent à tous les partis, comme les Suisses. Les véritables ennemis et même les seuls étaient les passions humaines, pour qui cette révélation est précisément ce que le code criminel est pour les voleurs et les assassins. La chronologie siu'lout a ùic mise à 1 a\ .iiiL-garde dans toutes ces charges philosophiques; mais, après les leçons données à Bailly et à Dupuis par les savants de Rome, de Londres et même de Paris, ce qu'elle a de mieux à faire est de se taire, ou de parler hébreu. D'ailleurs il ne faut pour aucune raison, et quand même on aurait des doutes légitimes, attaquer la révélation; c'est trop s'exposer, même sous te rapport de la probité. C'est la loi fondamentale de l'Europe; c'est e'ie qui nous a civilisés. On ne Ta attaquée
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qofau grand détriment du genre humain : nous venons d'ea faire Texpérience épouvantable. Jamais on n'a en- ^pris^ ni seulement imaginé^ d'y substituer rien de raisonnable ; tous ses dogmes tendent évidemment à purifier et à exalter Fhomme; rien ne peut justifier ia moindre attaque dirigée contre elle, surtout de la part d'un homme distingué. Je reviendrai sur ce point.
3* Avec la physique.
Nombre de savants ont déjà employé dignement leurs plumes à montrer que Tunivers physique rend honmiage au récit de Moïse. M. de Luc surtout, l'homme du monde qui a le plus de droit à dire son avis sur ces sortes de choses, a prouvé ou cru prouver de la manière la plus claire, surtout dans ses lettres au docteur Blumenbach, que nos continents ne sont pas plus anciens que l'époque assignée par Moïse au déluge. Il faudrait cependant examiner tout cela; car il serait fâcheux que des empereurs égyptiens ou chinois eussent régné, il y a cinq mille ans, sur des pays qui n'existaient pas.
4* Avec la philosophie de Vhistoire.
La comparaison des faits fournit des règles qui nous éclairent pour les cas douteux. Supposons, par exemple, que la chronologie indienne ait été renversée sans réplique, conmie en effet elle l'a été par les savants de PAcadémie de Calcutta, toutes les fables de la Chine tombent d'ellesmêmes, et sans réfutation. En effet, d'où viennent ces Chinois qui habitent les bords du continent oriental? Sont-ils tombés des nues? Et comment pourraient-ils être plus anciens que ceux qui les piecèdent dans l'ordre géographique?
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Tout homme d'ailleurs qui veut s'élever an delà des temps historiques (période qui ne s'élève guère au-dessus de huit siècles avant J. C), trouve sur son chemin des livres tels, qu^il n^est pas permis de les passer sous silence, sans s'exposer à tromper ceux qui ne les ont pas lus, et à faire rire les autres. Un des plus savants hommes d'Angleterre par exemple . Bryant, mérite bien au moins qu'on l'écoute lorsqu'il affirme qu*il ny a jamais eu de Troie ni de guerre de Troie, comme on V entend communément (as has been represented) ; que les poèmes d'Homère qui ont pour sujet l'expédition des Grecs et Venlèvement d'Hélène sont de pures fables, et qu'il est en état d'en donner les preuves les plus convaincantes (very cogent proofs). (Bryant's Obser\ations on a Treatise, etc. Eton, 1795. ln-4% p. dem.).
Or, ce n'est pas être indiscret d'exiger qu'on prouve qu'il y a eu un siège de Troie, avant de se battre pour en assigner la date. Il y a bien d'autres choses de ce genre^ et beaucoup plus importantes.
Tout cela posé. Monsieur le comte, je crois que vous devez d'abord poser en fait le déluge universel^ tel qu'il est raconté par Moïse, et le renouvellement du genre humain par une seule famille, et partir de là pour tous vos calculs. Sur la date de ce grand événement, je pencherais beaucoup à m'en tenir au texte hébreu et à la Vulgate : Quo quisque enim accuratior fuit chronologus quanto plus vera speciosis aut vanis prœtulit, tanto slrictior Ebraici codicissectatorfuit (Bayerns, in Musœo sinico, tome II, p. 522). Mais enfin donnez-vous carrière, si cela vous amuse. Les LXXvous donnent 3520 et môme 3717 ans depuis ce grand événement jusqu'à notre ère. Arrangez vos chiffres comme vous voudrez dans cet espace ; vous aurez pour vous les missionnaires jésuites, qui ont demandé formellement à Rome la permission d'enseigner en
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Chine la chronologie des LXX^ pour ne paa effaroucher inutilement les préjugés chinois. Et puisque j'en trouve l'occasion, permettez-moi, Monsieur le comte, de vous demander powquoi vous avez dit, dans votre Histoire primitive des peuples de la Russie (Saint-Péterebourg, 1802, in-^*», p. 219), que le déluge a eu lieu^ suivant les LXX, 2230 avafit notre ère, tandis que ces fameux traducteurs n'ajoutent pas moins de huit siècles au calcul littéral du texte hébraïque ?(V. les Mémoires de l'Acad. des inscript, et bell.-lettr., t. III, Fréret.) Le P. Toumemine ayant expliqué d'une manière extrêmement ingénieuse la différence qui se trouve entre le texte hébreu, le samaritain et les LXX, on peut se tenir à son sentiment, que vous pouvez voir dans le Discours préliminaire des TabL chron.y p. x, sans recourir aux sources.
Mais je vous en prie, cher comte, une fois que vous aurez pris votre parti, tenez-vous-y, et ne venez pas nous parler de premier, de second, de troisième déluge, etc., comme s'il y avait eu sur la terre plusieurs événements du même genre. Cette grande explosion de la puissance divine, démontrée par l'état de la terre et par les traditions de tous les peuples, ne doit point être confondue avec de simples inondations. G^est la nier expressément que de la comparer à d^autres, pour la faire regarder comme un simple accident, suite des lois physiques du monde.
Le déluge universel suppose nécessairement plusieurs déluges ou inondations particulières et subséquentes; car toutes les parties creuses du globe s'étant trouvées remplies d'eau après le grand cataclysme, il dut arriver que, partout où ces eaux trouvèrent des parties faibles, elles se firent jour à travers les terres et inondèrent les pays voisins. Ces sortes de catastrophes plus ou moins funestes, suivant la quantité des eaux proportionnée à la capacité des bassins, furent chantées par les poètes anciens, qui
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leur appliquèrent plusieurs circonstances du déluge. Ils donnèrent aux rois qui régnaient dans ces pays des noms synonymes de celui de Noé. C'est le Deucalion des Grecs, le Xissutkrus des Chaldéens, le I^aeh des Phrygiens, le Wiu-haa des Chinois, etc. Les raisonneurs modernes, ne pouvant échapper aux preuves invincibles du déluge, s'en sont dédommagés en lui refusant au moins son nom, qui a quelque chose de théologique, ce qui ne laisse pas d'être une petite consolation. Les idées courantes, et qui se sont emparées de nous dans notre jeunesse, ayant beaucoup d'influence sur les meilleurs esprits, ejles vous ont atteint. Monsieur le comte, et Tenvie de trouver des noms nouveaux vous a conduit à un singulier quiproquo : c'est qu'en disant Valluvion de Babylone, au lieu de déluge^ vous avez dit précisément le contraire de ce que vous vouliez dire, car Valluvion est une restitution de terre que le déluge ôte.
Typhon est le principe du mal. Le mal est sur la terre, et il ne peut venir de Dieu. La première de ces propositions n'est pas plus sûre que l'autre. Il y a donc deux principes, dogme aussi ancien que la dégradation de l'homme. L'erreur consiste à les croire égaux : c'est le manichéisme. Mais Platon s'est avancé aussi loin que la raison humaine le permet, en disant que le bon principe demeure el demeurera toujours vainqueur du mal [de Leg.y XIII, p. 2G8).
Que ce mauvais principe s'appelle Typhon, Ahrimane, Satan, Démon, Manitou, etc., qu'importe? c'est toujours le même principe, dont on a retrouvé l'idée chez les nègres et chez les sauvages d'Amérique. Il est donc tout simple que les hommes ou les phénomènes qui ont produit de grands maux dans le monde aient reçu des contemporains le uième nom qui tlésignait chez eux le mauvais prini ipe. Ainsi le premier roi d'Egypte, suivant Piine (liv. II, ch. 25), appela les comètes typ/ions; et vérilable-
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ment, pour \e dire en passant, il est impossible d expliquer la mauvaise réputation des comètes, sans les supposer coupables de quelque chose (Carli, Le itère canericane, tom. in, lettre 4% part. 3, p. 266, in-S*»). Au Japon et à h Chine, cm appelle encore typhons ces ouragans terribles qui ravagent tout, nom que nous avons aussi adopté. Dans la langue persane, tomfan signifie déluge (Jones, Hist. de NacUr-Chah, trad. du persan. Œuvres, tom. V, ch. ii, p. 144). Tout cela n'est pas plus extraordinaire que d'entendre dire : Ce diable de volcan, ou Ce diable de Robespierre.
Qu'est-ce donc que vous voulez dire, Monsieur le comte, avec vos temps antityphoniens (p. 24)? (Prenez garde , en passant, que ce mot est encore faux : il fallait dire antétypféoniens , comme cm dit antédiluviens, ) Plût à Dieu que nous vissions un temps anfityphonien ! Travaillons , mon cher comte, pour y arriver ensemble. Mais il s'agit de chronologie. Voulez-vous nous donner celle des temps antérieurs au déluge universel? J'espère que non. Vous vous mettez à la suite de Varron pour nous parler du pre^ mier déluge; mais s'il y a eu un premier déluge , il y en a eu d'autres, et combien , je vous prie? et quand? et comment? Je vous le répète. Monsieur le comte , et je vous conjure d'y prendre garde : parler de plusieurs d<'luges comme d'événements du même genre , c'est nier expressément le véritable, que nous devons croire.
Phiiosophorutfi credula gens^ a très bien dit Sénèque. Il n'y a rien de plus vrai : les nôtres croient tout, excepté la Bible.
Varron était, je crois, un fort honnête honune, et un homme fort savant, mais qui en savait, sur les objets les plus essentiels pour l'homuie, moins qu'un de nos enfants de sept à huit ans qui sait son catécbisme. J'en n-vii^ns toujours à Platon : Ces eftoses sont difficiles à découvi ir,
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jx^ (ppaÇovToç Tivb; (si personne ne nous les dit). Dans les premiers mois de notre cours de mathématiques^ nous avons tous compris le problème de la couronne y cppdtÇovroç Ttvbç, parce que le professeur était là avec sa baguette; mais la découverte de cette même vérité transporta de joie le plus grand génie de l'antiquité , et il s'élanca hors du bain , tout nu , en criant : EYPHKA ! Voilà conmient les enfants d'aujourd'hui en savent, sur les points les plus importants y plus que les hommes d'autrefois : «ppa^ovroç T1N02.
Quelques rayons de la vérité étaient parvenus sans doute à Varron, brisés et courbés, à travers mille erreurs et mille préjugés; or, je ne puis concevoir pourquoi vous attachez tant d'importance à voir les faits environnés d'un iri$ poétique ou trompeur , au lieu de les contempler à la source même de la lumière pure et achromatique.
Varron donne trois divisions de la durée des temps (p. 24). 11 n'y a rien là de singulier : tout le monde est de cet avis. La première période commence à Vorigine des hommes, et finit au premier déluge (ibid.). Qu'y a-t-il encore là de nouveau? Nous rayons l'épithète de premier, qui, chez Varron, tenait à l'ignorance des choses, et nous ne sommes pas en peine de savoir si la première période a ou n'a pas toujours duré. Du reste, tout va bien, et il ne peut y avoir deux avis.
La seconde commence au premier déluge et finit à la première olympiade, et ce temps est appelé mythique. Sur cela, nous sommes encore d'accord; nous pensons que toute la différence entre la première et la seconde période, c'est que sur la première on ne sait rien, et que sur la seconde on ne sait que des riens. Tous nos sages docteurs assurent, d'une commune voix, qu'avant le huitième siècle qui précède notre ère l'histoire est à peu près muette.
Il est inutile de parler de la troisième période , qui est
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la même pour tout le monde; mais je ne puis m'empêcher de vous demander que fait Varron dans cette affaire? Suivant lui^ dites-vous (ibid., p. 24), lepremier déluge eut lieu à peu près 2288 ans avant J. G., et, suivant vous aussi, dans le li\Te cité plus haut, Varron le place environ 2370 ans avant la même époque. Mais, suivant le texte hébreu, le déluge eut lieu 2348 ans avant J. G. ; et les calculs chinois donnent 2297 ans, suivant votre ancien ouvrage, et 2288, suivant le nouveau. Polyhistor N. B. (Alexandre) est d'accord avec ces autorités; et quand on songe ensuite que les annales de toutes les nations déposent en faveur de Moïse, et attestent en détail jusqu'aux moindres circonstances du déluge , je ne sais pas voir, je vous Favoue, où se trouve le doute. Oserai-je vous demander la permission , cher comte , de croire (jusqu'à ce que vous me disiez le contraire) que, suivant la coutume salutaire de notre siècle de ne lire aucun écrivain apologiste, vous n'avez lu ni la Démonstration évangé tique de Huet; ni les belles et curieuses notes de Grotius sur le premier livre de son ouvrage de Veritaie retigionis christianœ; ni celui de Golonia sur les témoignages que les païens ont rendus à la révélation ; ni celui du célèbre Addison sur le même sujet; ni le même ouvrage, remanié et commenté par un gentilliomme suisse du plus grand mérite , Seigneux de Correvon, ni le grand livre anglais du docteur Lardener {Heathen test i montes), qui a épuisé le sujet; ni les Mémoires de l'Académie de Calcutta; ni V Histoire de VIndostan, de Maurice, qui ont découvert une si riche mine aux amis de la religion. Je ne doute pas un moment, d'après la connaissance que j'ai de votre caractère et de votre excellent esprit, que, si vous aviez médité ces ouvrages et tant d'autres du même genre , il ne vous serait pas seulement venu dans la pensée d'accorder la moindre attention à ce petit Censorinus, ni môme au respectable Varron, à
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moins que vous ne le regardiez comme un simple témoin de la vérité : mais, dans ce cas, mettez-le à sa place.
Nous sommes donc en possession, dites-vous, d^une date très-probable du Typhon // Comment donc. Monsieur le comte, vous donnez comme une découverte, comme une preuve nécessaire, présentée avec un ton d'importance, une simple coïncidence avec la Vulgate! Vous n'y songez pas. Si le Typhon de Varron a eu lieu 2288 ans avant J. C.,. quand donc, s'il vous plaît, aura eu lieu le déluge de Moïse? Avant ou après?
Vous ajoutez d'un air triomphant : Et nous pouvons nous hasarder à travers Ips annales de Babylone. — Quoi donc! parce que la mémoire d'un événement, qui n'appartient pas plus à Babylone qu'au reste de l'univers, est venu, après cent reflets, retentir faiblement, au bout de vingtcinq siècles, dans le livre de Censorinus, vous croyez pouvoir travei ser les annales de Babylone ! Avec votre permission, vous ne les avez pas seulement effleurées !
Incerf 0 hœc si tu postules
Rntione eerta facere ^ nihil plus agas
Quam si des operam ut cum raiione insanieu.
Le passage suivant me paraît encore mériter une grande attention. Si Calluvion de Babylone a été ressentie en CInne, et même en Egypte, et si elle a duré neuf ans , etc. (ibid., p. 24). — 0 puissance du siècle! ô ser\itude que les meilleurs esprits, séduits et égarés, prennent pour de la force! Uinnndafion d'une ville par la rupture de quelque digue ou par la mauvaise humeur d'un fleuve, se fait senfir jusque dans les faubourgs; et, plus loin, elle se fait Sf^ntir dans les gazettes. Pour que Memphis, Babylone et Pékin aient été inondés à la fois, il faut, en vertu des lois de l'équilibre, que tout le globe ait été couvert par les eaux; il faut un déluge proprement dit. Lorsque les eaux
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portaient des coquillages sur les hautes Cordillères (addit. aux voyages d'Ulloa), lorsqu'elles déposaient des dents d'éléphant siur ces mêmes montagnes à 1350 toises an-dessas du niveau de la mer (Humboldt)^ où étaient les eaux? A quelques lieues de là, en Tair apparemment^ suspendues en forme de murailles comme les eaux de la mer Bouge pendant les passage des Israélites. Est-il possible que des gens qu*on appelle philosophes dévorent toute sorte de miracles, excepté ceux qui sont prouvés l
Je vous ai conseillé, Monsieur le comte , de changer la page dix-septième ; mais je vous prie de changer la vingtrquatrième, ou de l'expliquer dans les notes de mani^ qu'elle ne présente plus rien de choquant : mais la chose me paraît difficile.
Je veux vous dire, sur ce point, une grande vérité. Lir^ religion est canaille. Ainsi, en faisant même abstraction de toute recherche sur le oui ou sur le non, un homme distingué se garde bien non-seulement, comme on dit, de casser les vitres, mais de dire ou d'écrire un seul mot qui blesse directement ou indirectement les dogmes nationaux.
Il y a dans tous les pays un certain nombre de familles consGr\ atrices, sur lesquelles repose l'État : c'est ce qu'on appelle raristocralie ou la noblesse. Tant qu'elles demeurent pures et pénétrées de l'esprit national, l'État est inébranlable, en dépit des vices des souverams; dès qu'elles sont corrompues, surtout sous le rapport religieux, il faut que rÉtat croule, quand il serait gouverné de Charlemagne en Charlemagne. Le patricien est un prêtre laïque : la religion nationale est sa première propriété et la plus sacrée, puisqu'elle conserve son privilège, qui tombe toujours avec elle. Il n'y a pas de plus grand crime pour un noble que celui d'attaquer les dogmes. Avouez, Monsieur le comte, qu'il en a bien pris à la noblesse française d'à-
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voir fait alliance^ dans le dix-huitième siècle^ avec la philosophie ! Voilà son crime et l'origine de tous ses maux : aussi la conscience universelle^ qui est infaillible^ souvent sans le savoir^ a refusé d^absoudre les nobles français^ et leur a refusés, comme apostat, la compassion qu'elle leur devait comme malheureux.
Ne vous eftarouchez point, je vous en prie. Monsieur le comte, de ce mot, Virréligion, que je viens d'employer. Ce mot ne présente point une idée circonscrite et absolue; il désigne tout ce qui blesse la religion, depuis les coups les plus hardis jusqu'aux plus excusables légèretés. Vous êtes certes bien plus près de ce dernier terme que de l'autre. Mais dites-moi, de grâce, si je vous avais assuré sur ma parole d'honneur toutes les circonstances d'un événement dont j'aurais été témoin; si je vous en avais donné une attestation écrite sous la foi d'un serment; si, dans un écrit public, vous veniez ensuite à dire, a Nous sommes en possession d^une notion unique sur un tel événement, » et que vous citassiez pour cette notion unique ce que mon laquais aurait dit dans un cabaret, en buvant avec ses amis, sans parler de moi ni de mon attestation, croyezvous que je ne serais pas en droit de me fâcher, et même de vous demander satisfaction ?
C'est précisément ce que vous faites à l'égard de Moïse, et c'est ce qui ne convient, à mon avis, ni à un véritable philosophe, ni surtout au comte Jean Potocki. Une attaque indirecte est cependant une attaque ; un silence même peut l'être : il taut vous en abstenir.
Venons à présent, si vous le voulez bien, à la dispersion des Atlantes ^ événement iminense, etc., p. 26. — Hélas ! Monsieur le comte, il n'y a point à' Atlantes. Ne croyez pas je vous prie, aux rêves de ces Français dont la vanité excède la mesure de la vanité humaine, et dont le vice principal est le défaut de logique : portés à l'excès en toutp