À UNE DAME PROTESTANTE
homme qui change de religion sans ccmviction est un làche^ et même un scélérat.
Cela posé, quel téméraire osera dire que l'homme à qui la vérité devient manifeste doit s'obstiner à la répousser ? n n'y a rien de si terrible que Fempire d'une fausse maxime une fois établie sur quelque préjugé qui nous est cher; à force de passer de bouche en bouche, elle devient une sorte d'oracle qui subjugue les meilleurs esprits. De ce nombre est celle que j'examine dans ce moment : c'est le coussin que Terreur a imaginé pour reposer sa tête et dormir à Taise.
La vérité n'est pas, quoi qu'on en dise, si difficile à connaître. Chacun, sans doute, est maître de dire non; mais la conscience est infaillible, et son aiguillon ne saurait être écarté ni émoussé. Que fait-on donc pour se mettre à Taise, et pour contenter à la fois la paresse, qui ne veut point examiner, et Torgueil, qui ne veut point se dédire? On invente la maxime qu'ww homme d'honneur ne change 'point (le religion, et là- dessus on se tranquillise, sans vouloir s'apercevoir (ce qui est cependant de la plus grande évidence) que ce bel adage est tout à la fois une absurdité et un blasphème.
Une absurdité : car que peut-on imaginer de plus extravagant, de plus contraire à la nature d'un être intelligent , que la profession de foi expresse et antérieure de repousser la vérité, si elle se présente? On enverrait à Thopital des fous celui qui prendrait un tel engagement dans les sciences humaines; mais quel nom donner à celui qui le prend à Tégard des vérités divines?
Un blasphème : car c'est absolument et au pied de la lettre la même chose que si Ton disait formellement à Dieu : a Je me moque de ce que vous dites; révélez ce « qu'il vous plaira : je suis né juif, muhométan, idolâo tic, etc., je m'y tiens. Ma règle sur ce point est le degré
€ de longitude et de latitude. Vous pouvez avoir ordonné € le contraire, mais peu m'importe. »
Vous riez. Madame; mais il n'y a ici ni exagération ni rhétorique : c'est la vérité toute pure; jugez -en vousmême dans le calme de la réflexion.
En vérité, il s'agit bien d'un vain point d'honneur et d'un engagement d'orgueil dans une matière qui intéresse la conscience et le salut!
Mais je ne prétends pas en demeurer là, et j'ai la prétention de vous montrer que l'honneur même, tel que nous le concevons dans le monde, ne s'oppose nullement au changement de religion; pour cela, remontons aux principes.
Il y a aujourd'hui mille huit cent neuf ans qu'il y a toujours eu dans le monde une Église catholique qui a toujours cru ce qu'elle croit. Vos docteurs vous auront dit mille fois que nous avons innové ; mais prenez garde d'abord que, si nous avions réellement innové, il serait assez singulier qu'il fallût publier tant de gros livres pour le prouver (livres, au reste, réfutés sans réplique par nos écrivains}. Eh, mon Dieu ! pour prouver que vous avez varié, vous autres qui n'existez cependant que d'hier, il ne faut pas se donner tant de peine. Un des meilleurs livres de l'un de nos plus grands hommes contient V histoire de vos variations. Les professions de foi se sont succédé chez vous comme les feuilles se succèdent sur les arbres; et au* jourd'hui on se ferait lapider en Allemagne, si l'on soutenait que la confession d'Augsbourg, qui était cependant l'évangile du seizième siècle, oblige les consciences.
Mais allons au-devant de toutes les difficultés. Partons d'une époque antérieure à tous les schismes qui divisent aujourd'hui le monde. Au commencement du dixième siècle, il n'y avait qu'une foi en Europe. Considérez cette foi comme un assemblage de dogmes positifs ; l'unité de