II
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La Russie ne possède point cet avantage ; sa langue religieuse est belle sans doute^ mais stérile^ et jamais elle n^a produit un bon livre. Son clergé est une tribu de Lévi entièrement séparée des autres, et pour ainsi dire un peuple à part. La science qu'il possède n'est point un bien mis en commun. La voix du prêtre ne se fait entendre qu'à l'autel^ et ses fonctions sont au-dessous de tout honime distingué.
La magistrature ne suppose, de son côté, aucune connaissance scientifique ; l'homme même qui aurait passé la plus grande partie de sa vie dans les camps ou les garnisons, peut terminer une vieillesse honorable dans les tribunaux, n n'y a donc encore rien en Russie qui nécessite la science, c'est-à-dire qui en fasse le moyen unique et indispensable pour arriver à certaines distinctions de TÉtat. C'est donc dans le pays de l'Europe où les sciences sont le moins nécessaires qu'on veut les naturaliser toutes, «t toutes à la fois. C'est ne pas connaître la nature humaine. Il faut les faire désirer avant de les enseigner. L'État doit la science aux sujets qui la demandent, mais il ne doit ni ne peut la donner à ceux qui ne la veulent pas. C'est en vain que le gouvernement ferait de tel ou tel genre de connaissances la condition inévitable pour obtenir tel ou tel genre de distinction; dès que la nécessité ne sera pas dans la chose même, on se moquera de la loi, et les grades scientifiques ne seront en trés-peude temps qu'un vain titre dont tout le monde connaîtra le tarif.
Le comble du malheur sera que tout te monde aura l'orgueil de la science sans en avoir la substance. Tout le monde sera entêté, inquiet, raisonneur, mécontent, examinateur, indocile, comme si l'on savait réellement quelque chose. De manière que le gouvernement, avec ses efforts et ses dépenses énormes, ne sera parvenu qu'à créer des mauvais sujets, dans tous les sens de l'expression.
SUR l'éducation publiquk en russu. 2^
D suit de tout cela qu'au lieu d'étendre le cercle des connaissances en Russie^ il faut le restreindre, pour l'avaniâge même de la science; ce qui est directement contraire à cette rage encyclopédique qui est une des grandes maladies du moment; mais l'importance du sujet exige que j'en fasse le sujet d'une lettre particulière. Je suis^ etc.
Le comte Joseph i>b M^istie.
Saint-Pétersboarg, il (23) Juin 1810.
Monsieur le comte,
Bossuet STait grandement raison : // n'y a rien de meilleur que ce qui est éprouvé. Permettez donc que j'aie l'honneur de mettre sous vos yeux un tableau très-abrégé de l'éducation ancienne^ telle qu'on tâche maintenant , par tous les moyens possibles, de la ressusciter en France avec les modifications nécessaires. Ce tableau me conduira tout naturellement à l'examen du plan que vous avez bien voulu me communiquer.
Le cours scolastique entier se divisait en s^ classes^ et durait sept ans.
V La cinquième. On y enseignait les éléments de la langue laline, et la jeunesse s'exerçait à de petites compositions; elle expliquait des auteurs faciles. Chaque It^çon était prescrite la veille ; chaque écolier, lorsque le professeur lui disait, par exemple : N.,., récitez la leçon des Églogues de Virgile^ était obligé de prendre son livre, de lire le texte phrase par phrase, et de le traduire en ren-
dant compte de chaque expression. D y avait des récompenses et de grands encom^agements pour ceux qui apprenaient le texte par cœur^ mais ce n'était point un devoir. Quant à la morale et à la religion, on apprenait par cœur le catéchisme du diocèse, qui était expliqué en classe.
2® La quatrième. Même marche que dans la précédente, mais des auteurs plus difficiles et plus nombreux.
3* La troisième. C'est ce qu'on appelait en latin suprema grammatica (la suprême ou la haute grammaire), parce que c'était dans cette classe qu'on était censé acquérir une connaissance parfaite de la langue latine, sous le rapport grammatical ; en sorte qu'après ce troisième cours il ne devait plus être question que d'élégance. On expliquait les auteurs les plus difficiles. Je passe, pour abréger, sur d'autres détails, quoique très- essentiels.
4** Les humanités. Là commençait, comme je Pai dit, le règne de l'élégance. Il y avait même des traités exprès qui enseignaient ce qu'il y a de plus fin et de plus exquis dans la langue latine. On apprenait une rhétorique latine pleine des plus beaux morceaux tirés des auteurs classiques, ce qui formait un magasin précieux dans ces jeunes tètes, qui n'oubliaient plus ce qu'on leur avait appris à cet âge.
Les jeunes gens commençant d'ailleurs à pouvoir voler de leurs propres ailes, on les faisait composer, ou amplifier, comme on le disait alors : méthode, pour le dire en passant, dont l'auteur du mémoire que vous m'avez fait lire me paraît navoir aucune idée, lorsqu'il dit que rien n'accoutume plus la jeunesse à une vaine et fausse éloquence.
11 oublie apparemment que tous les orateurs du seizième et du dix-septième siècle ont amplifié de cette manière, et que l'éloquence s'est éteinte précisément à l'époque où Ton a changé le système d'éducation.
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physique^ qoî ne présentaient atiom danger^ wn qu'ils ne formaient, à proprement parler, qu'une espèce de théologie laïque entièrement conforme atix dogmes dnrétieiis.
7* La physique. Le mot seul dit ce qu'on y enseignait Depuis qu'elle était devenue entièrement mathématique^ cette classe était un peu fitible pour ceux qui n'avaient aucune teinture des mathématiques; il y avait pour ce genre de connaissances un professeur particulier; mais personne n'était forcé de le suivre, tant on craignait en tout de passer les bornes de la modération.
Alors le jeune homme était mùr pour les universités composées de ce qu on appelait les arts, c'esUà-dire les belles-lettres et la philosophie (qu'il était permis d'appreudre dans les collèges de province), la médecine et le droit; c'est ce qu'on appelait les quatbb FictTLiiès; et le «ours, pour chacune de ces trois dernières, était de cinq aa& Voilà donc douze années de la vie consacrées à des études épineuses, dont cinq pour la seule éducation littéraire, et deux pour les éléments de philosophie morale et physique.
Observez, Monsieur le comte, la sagesse de nos anciens. Tout le monde (j'entends dans les classes distinguées) devant savoir bien penser, bien parler et bien écrire, ils avaient borné à ces trois points l'éducation générale. EkH suite chacun prenait son parti, et s'adonnait spécialement à la science particulière dont il avait besoin. Jamais Hs n'avaient rêvé qu'il fallût savoir la chimie pour être évéquc, ou les mathématiques pour être avocat. La première éducation ne passa jamais les bornes que je viens d'indiquer. Ainsi furent élevés Copernic, Kepler, Galilée, Descartes, Ne\^ion, Leibnitz, les Bernoulli, Fénelon, Bossuetet mille autres ; ce qui prouve bien que cette manière n'était pr^ pre qu^à gâter et à rétrécir r esprit, comme disent les discoureurs de ce siècle.
fUR l'éducation FUBUQin IH SUS3IB. M5
Je n'ai pu me dispenser de ce piélinûnaire (que j'ai abrégé autant qu'il m^a été possible) pour me procurer ua point de comparaison sur lequel je puisse asseoir un jugement motivé^ au sujet du projet en question.
Voyons d'abord quelle est^ dans une matière où le tempt fait tout, la proportion entre les sciences embrassées par le plan, et le temps qu'il y destine.
Le cours est de six ans, divisé en deux cours particuliers, dont l'un renfermera les humanités^ et l'autre les sciences exactes. Mais, par le détail et par les tableaux, on voit qu'il n'en est rien, et que les humanités marchent de front avec les sciences exactes pendant le cours entier, depuis les éléments jusqu'au plus haut degré qu'on s'est proposé d'atteindre.
Mais enlin voyons, d'après les tableaux, l'énumération des sciences renfermées dans le plan.
Langues latine, grecque, esclavone, française, et allemande. Lecture des auteurs principaux dans ces différentes langues, et analyse des plus beaux morceaux de leurs ouvrages. — Lecture analysée d'Homère et de Démosthène, de Virgile et de Cicéron.
Histoire universelle, histoire de Russie, histoire sainte, histoire ecclésiastique, tableau philosophique de l'histoire générale; géographie, chronologie.
Géométrie, algèbre, mathématiques pures, mathématiques appliquées, mathématiques transcendantes, calcul infinitésimal, géographie mathématique; histoire naturelle; physique; introduction à la connaissance des corps célestes. — Chimie. — Géographie physique du globe. — Exposition systématique des sciences physiques, — et des différentes théories sur Torigine du monde et ses révolutions.
Logique, théorie et pratique. — Histoire de la philoso-
phie, courte exposition du système des connaissances humaines, idéologie, psychologie, cosmologie.
Exposition du système des sciences morales. — Notions sur les droits et les obligations, suivant leurs rapports avec le droit public, le droit civil et le droit des gens. — Droit civil russe.
Éthique, ou science des mœurs.
Archéologie et numismatique.
Instruction sur la religion. — Lecture du Nouveau Testament.
Introduction à Vestkétique ( mot inventé par les Allemands), ou la science du beau dans les arts.
Histoire de l'art chez les anciens et les modernes, d'après Winckelmann et autres.
Devoirs de l'homme et du citoyen. — Notions sur l'organisation des sociétés. Notions fondamentales des différents droits.
Gymnastique, danse, natation, etc.
On a peine à se persuader que ce plan ait été écrit et présenté sérieusement. Quoil toutes les nations de PEuropc ont consacré sept ans à l'étude de la langue latine, des classiques écrits dans celte langue, et à quelques éléments de philosophie : l'étude était constante, la discipline sévère; et cependant c'était un proverbe parmi nous qu'au collège on pouvait seulement apprendre à apprendre.
Et Ton ose présenter à une nation neuve , dont les inclinations ne sont pas encore bien déterminées vers les sciences, un plan qui réunit des objets dont un seul occuperait le temps du cours entier !
On promet au gouvernement, on promet à des parents trompés que des jeunes gens entrés au lycée , sachant îire et écrire, résoudront, au bout de trois ans, les pro-
SUR l'ÊDUCATIOPT publique en RUSSIE. 297
blêmes du deuxième ou troisième degré, et qu'ils entendront les sections coniques! qu'au bout de six ans ils auront pénétré les mathématiques transcendantes ou le calcul de l'infini^ et qu'ils seront en état de faire une lecture raisonnée de Virgile et de Cicéron, d'Homère et de Démosthène !
Certainement, celui qui écrit ceci n'aime pas critiquer ; il est, au contraire, persuadé qu'il faut louer et encourager tout ce qui n'est pas absolument sans mérite : mais, dans ce cas, la modération n'est pas permise. Il est impossible délire de sang-froid un tel plan; et tout homme instruit qui Paura parcouru légèrement ne manquera pas de s'écrier que les jeunes Russes sont des anges, ou que leurs instituteurs ont perdu l'esprit.
Il est douteux que les élèves de ce lycée puissent connaître bien clairement, à la fin des cours, les noms et les objets réels des sciences détaillées dans cet indiscret catalogue. Il n'y a pas de méthode plus sûre pour dégoûter à jamais de la science une malheureuse jeunesse dont la tête se trouvera embarrassée, et pour ainsi dire obstruée par cet amas inmiense de connaissances indigestes, ou, ce qui est pire encore, pour la remplir de tous les vices que la demi-science entraîne toujours après elle, sans les compenser par le moindre avantage.
Vous ne pouvez donc, Monsieur le comte, rendre un service plus essentiel à votre souverain et à votre pays qu^en faisant d'abord main-basse sur ce tas extravagant de sciences accumulées par un homme qui n'a pas su ou n'a pas voulu distinguer les connaissances qui conviennent atout le monde, de ces sciences spéciales qui ne sont nécessaires qu'à certaines professions. Retranchez sans balancer :
l» L'histoire naturelle. Cette science ressemble à la
poésie. Elle illustre ceux qui la poussent au dernier degré,
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et ridicuUseles autres. Quand vos enfants auront assemblé quelques papillons et quelques coquillages, ils se croiront des Linnés. Rien de plus inutile d'ailleurs et de plus aisé à se procurer que cette science au point où elle convient à un honune du monde : il suffit de feuilleter le premier dictionnaire.
^ Uhistoire. Jamais l'histoire n^est entrée, comme objet d'enseignement et qui exige un professeur, dans aucun système d'éducation publique. Il y a eu quelquefois des chaires spéciales d'histoire confiées à des hommes supé* rieurs, qui raisonnaient sur tkisioire plutôt qu'ils n'ap* prenaient Phistoire. Mais c'était un enseignement Ubre, ouvert seulement à celui qui en avait fantaisie. L'histoire est dans les livres : celui qui la veut savoir n'a qu'à lire.
Faites seulement ordonner qu'une certaine heure de la journée (celle des repas, par exemple, comme dans nos maisons religieuses) sera invariablement consacrée à la lecture d'un cours d'histoire complet (Rollin, par exemple, et Crévier, car on n'a rien fait de mieux) : un élève qui mangera avant ou après les autres sera alternativement chargé de cette lecture. Il faut prendre garde aux livrea d'histoire, car nul genre de littérature peut-être n'est plus infecté. On propose, dans le tableau, r^xam^npAt/o^opAi* que de Vhistoire^ d'après Bossuet et Ferrand. Mais Bos^ suet, Monsieur le comte, ressemble à Ferrand comme un aigle ressemble à une taupe. Ferrand est plein d'erreurs, et, depuis l'époque de Charlemagne, il est aveugle.
3® La chimie. Est-il nécessaire d'observer que cette vaste science est absolument déplacée dans un enseignement général? A quoi sert-elle pour le ministre, pour le magistrat, pour le militaire, pour le marin, pour le négociant, etc.?
^''L astronomie. Autre inutilité. 11 y aurait lieu d'être très-content si les élèves, au sortir du lycée , entendaient
SUR L'ÉDUGATTOlf PUBLIQUV Slf RCSSR. 2M
bien la théorie de l'almanach, et se trotmôenten état d'en rendre compte.
5* Esthétique, science de l'art chez les anciens, arehéo^ logie, numismatique. Tout cela me paraissant une plaisanterie, je le propose en masse pour être retranché, sans entrer dans aucun détul.
6* Exposition systématique des sciences physiques, et des différentes théories sur rorigine du monde et sur ses différentes révolutions.
Ici il y a superfhiîté et danger. La Genèse suffit poor savoir comment le monde a commencé. Sous prétexte d'expliquer les différentes théories sur son origine, on remplira ces jeunes têtes de toutes les cosmogonies modernes. On a déjà imprimé ici, avec permission de la censure, une brochure (elle est entre les mains de celui qui écrit) 06 Ton dît que thomme n*est, ainsi que sa demeure, que le résultat d*une simple fermentation. Ce poison de France et d'Allemagne vous environne, il pénétre de tous côtés; ne lui présentez pas au moins de nouveaux passages' ouverts de votre propre main.
7* Exposition du système des connaissances humaines, idéologie, psychologie, etc.
L'idéologie française est una introduction au matérialisme. Les Anglais Font appelée)/ort à propos, le sensua^ lisme. Mais quand on s'en tiendrait strictement aux idées, déjà fort dangereuses en elles-mêmes, de Locke et de Condillac, sans aller plus loin, pourquoi affronter ce danger, et pourquoi cette métaphysique inutile? Il n'y a pas ici des inspecteurs-nés de la morale publique, des évêques appartenant aux premières familles de l'État, voyant tout, entendant tout et consultés sur tout, qui, sur le moindre soupçon, se feraient présenter les cahiers du lycée, et les dénonceraient au gouvernement. Il y aurait ici beaucoup
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mais je puis vous assurer^ Monsieur le comte, avec la certitude que peuvent donner l'étude et l'expérience, je puis vous assurer sur mon honneur que jamais la méthode ana-' ly ligue (qui est la méthode des traductions interlinéaires), que jamais, dis-je, cette méthode n'apprendra une langue morte. £ncore une fois, veut-on ou ne veut-on pas savoir? Dans ce premier cas, il n'y a qu'une bonne méthode : 1° étude de la grammaire apprise par cceur, et divisée en leçons tout le long du cours ; 2** traductions alternatives, par le moyen des dictionnaire^^ de la langue qu on veut apprendre dans celle qu'on sait , et de celle qu'on sait dans celle qu'on veut apprendre; traduction, ei suTioui étude par cœuf\ des modèles écrite dans cette langue.
Si l'on s'y prend autrement, jamais on ne saura rien. J'engage volontiers ma parole d'hoimeur sur ce point, bien sûr de n'être pas démenti par l'expérience.
Seconde question, et la plus importante.
ConuTient se propose-t-on d'accorder le système des études avec Tétat militaire , qui est et qui doit être le premier et le plus nombreux dans toutes les monarchies?
Le projet n'admet pas les jeunes gens au-dessous de dix ans, ni au-dessus de quinze. Prenons un terme moyen, entre douze et treize. Le jeune hooune qui aura terminé son cx)urs courra sa dix-nt'uvième année, et l'on peut assurer qu'une éducation soignée et surioni classique ne peut être achevée, c'est-à-dire, dans un autre sens, commencée qu'à cette époque, et même un peu plus tard.
Or, voici le grand point : les jeunes gens qui se seront consacres dès l'Age de douze ou quinze ans à l'état militaire auront acquis des grades, dans ce même intervalle de temps, de manière que le père de famille qui aura voulu préparer à l'empereur de bons et utiles sujete, en livrant
SUR l'ëducatiou nmiiQiiK en russie. M3
ses enfants à de longues et pénibles études^ en sert puni^ au pied de la lettre; et la tranquille ignorance prendra le pas sur la science^ en se moquant d'elle.
Donc^ tout père de famille doit, en qotlité de bon père^ détourner ses enfants de toute instruction classique^ de peur de nuire à leur fortune et à leur considération.
Donc, tous les efforts que le gouvernement pourra faire, en Russie, pour l'instruction des classes distinguées, seront parfaitement vains, à moins qu'il ne fixe un âge avant lequel personne ne puisse être reçu dans Tétat militaire, et que cet âge ne soit assez avancé pour que tou père de famille puisse terminer en paix l'éducation littéraire de ses enfants, sans la moindre crainte de nuire à leur avancement.
Et il faut que cette époque (qui ne saurait être placée au-dessous de dix-huit ans) le soit d'une manière si invariable, que ce soit pour ainsi dire une loi fondamentale, et qu'aucune considération imaginable ne puisse y déroger.
Ce n'est pas tout. Supposons qu'un jeune homme ait de la figure, de l'adresse, un nom, du courage et de Phonneur, mais nulle disposition pour les sciences : Sa Majesté Impériale le privera-t-elle de l'honneur de la servir, parce qu'il n'entend ni la littérature ni l'algèbre? C'est sur quoi il faut encore prendre son parti d'une manière claire et décidée.
Tout homme qui connaîtra la Russie ne balancera pas à croire que cette exclusion est impossible ; je crois même qu'elle serait impolitique dans tous les pays.
Mais si l'ignorant est reçu^ tous seront maîtres de dire qu'/75 n^ont point de talent pour les sciences^ et tout l'édifice croulera
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Il faut donc trois choses : !• Que nul ne puisse entrer dans Tétat militaire avant ... ans;
2« Qu'à cet âge tout le monde puisse être admis ;
3" Que ceux qui ont étudié dans les lycées ou les universités aient un avantage qu'on fixera comme on le jugera à propos.
Voilà les véritables difficultés. Si Ton s'étourdit sur elles, au lieu de les aborder franchement, soyez persuadé. Monsieur le comte, que les plus grands efforts n'aboutiront qu'à fatiguer le gouvernement, à contrister les pères de famille russes, et à divertir les étrangers aux dépens des entrepreneurs téméraires qui auront ainsi compromis, d'une manière ridicule, les bonnes intentions du gouvernement.
Dans une lettre qui suivra celle-ci , j'aurai llionneur d'ajouter quelques idées sur l'éducation conunune, considérée sous le rapport de la morale.
Je suis, etc.
Le comte Joseph de Maistbb.