SUR L*OUTBAGE DR METHODE
tendre de ces denx manières : Des sacrements primaires et des rites ^ ou bien : Des sacrements primaires et des rites primaires. La langue latine se prête à rane comme à Vautre interprétation. Quelle peut être la raison de cette association des mots rites et sacrements, et des diverses façons dont ils sont disposés dans les deux titres? H est impossible d'en imaginer d'autre que le secret dessein de représenter les sacrements comme de simples rites. Et, de fait, le révérendissime auteur, de sa propre autorité et pleine puissance, comme parlent les rois, supprime un des sept sacrements, décidant que la Confirmation n*est qu*un rit du Baptême. Ce point étant d'une importance extrême, examinons-le à fond, et, comme parle le poète, avec des yeux d'espion.
L'auteur, dans la première section , s'exprime ainsi : Jésus-Christ a principalement institué par son autorité suprémcy et transmis à son Église, deux sacrements : le Baptême et F Eucharistie.
Puis, voici ce qu^il écrit dans la deuxième section : A la même époque, l'Église chrétienne avait aussi d'autres sa* crements et rites. Ceux-ci n'avaient pas, il est vrai, la même dignité que les précédents; mais cf*pendantils avaient été institués divinement^ c'est-à-dire^ ils ne l'avaient pas été sans quelque commandement céleste (et c'est là surtout ce qui fait Vautorité ). De ce genre sont : A. la Pénitence, B. l'Ordre, C. le Mariage, et D. l' Extrême-onction.
A, B, C, D sont quatre; or, dans la première section, il n'est question que de deux sacrements primaires, le Baptême et TEucharistie ; et comme, à Constantinople aussi bien qu'à Rome, deux et quatre ne font que six, je cherche sans pouvoir le trouver le septième sacrement. La Confirmation n^est, en effet, d'après l'illustre archevêque, qu'une onction faite sur la personne de ceux que Von doit ba^jtiser, c'est-à-dire un simple rit.
508 BiFLEZIONS CBITIQUES
Je suis également frappé de la distincaoa, si digne de remarque, introduite dans l'Église du Christ par llllustre prélat. De ses six sacrements (à lui auteur^ bien entendu), trois, le Baptême, TEucharistie et la Pénitence, ont été institués par ie Christ Notre-Seigneur ; les trcHS autres, par Dieu. Cette distinction signifie bien quelque diose; car y a-t-il un disciple du Talmud ou de l'Alcoran qui nie que le mariage ou le sacerdoce soient de Dieu? Et l'illustre prélat n'écrit pas à la légère ; bien loin de là, il ne marche qu'avec précaution ; c'est à peine s'il touche le papier du bout de sa plume : tantôt il efface, tantôt il rétablit ce quil vient d'effacer, et, debout sur un seul pied, on le voit tour à tour avancer et retirer l'autre.
Quant à ce qu'il dit de l'Eucharistie, je pourrais faire de nombreuses remarques; je m'arrête aux points les plus graves.
Après les fureurs de Luther et de Calvin, les troubles du seizième siècle et le concile de Trente, il n'est permis à aucun théologien qui traite de l'Eucharistie de négliger le mot traiissubstaniiation ou son synonyme grec oeroyaiiç, pas plus qu'après le concile de Nicée il n'était permis de laisser de côté le mot ôjjlouœioç ou consubstantieL Que les Orientaux ne répondent point : Qu'est-ce que cela nous fait?
On nous en a parlé, mais nous n*en savons rieo.
Nous ne sommes pas de ceux qui occupent dans le monde assez peu de place pour qu'on puisse ignorer leur existence, ou passer sans les voir. Quand les fondements de notre foi ont été soulevés chez nous, surtout en ce qui touche l'Eucharistie, par Luther, par Calvin, par Zwingle, par les autres en si grand nombre et d'un si funeste savoir.
SUB l'oUYBAGB de METHODE. 509
Qae Pergame par eux eût été renvenée»
Si Pergame eût pu l'^fetre,
personne ne croira qu^un théologien de TOrient qui refuse d'employer franchement le mot transsubstantiation ou ijL£Touaiav, ait sur l'Eucharistie une doctrine saine et exacte.
Je sais que jadis, lorsque les ambassadeurs de Louis XIV demandèrent, par ordre de ce grand prince , aux rois étrangers des informations sur la foi des Églises dissidentes touchant le dogme de TEucharistie, le synode de Russie répondit par un témoignage écrit et public, conforme de tout point à la doctrine catholique. Mais, sans rechercher ici de quel poids pouvait être en pareille matière l'autorité d'un si grand roi, nous ne demandons pas maintenant quelle était la croyance des prêtres russes à la fin du dix-septième siècle; nous demandons quelle est cette croyance au commencement du dix-neuvième? Il convient d'ajouter qu'en fait de dogmes, on remarque souvent une grande différence entre ce qui s'écrit et ce que l'on croit : lorsque , rongée par l'hérésie , la foi a disparu , les formules écrites et les professions de foi publiques survivent encore un temps, comme l'écorce de Farbre quand le bois et la moelle sont déjà pourris.
Si aujourd'hui on demandait aux évêques russes quelle est leur foi touchant les sacrements, leur réponse serait romaine, cela est indubitable ; mais que leur foi soit tout autre, cela ressort manifestement du livre historique qui nous occupe, livre publié à rimprimerie du saint synode.
Quant à l'Extrême-Onction, le doute serait encore moins permis, car l'illustre archevêque s'exprime très-clairement. Il commence par dire que cette onction a été instituée par Dieu, et qu'elle a été employée dans l'Église chrétienne pour la guérison des malades. Or, des paroles mêmes de l'apôtre que Tauleur invoque, et du consentement de toute l'Église, il résulte que ce sacrement a la
^0 liPLEXIOIlS CEITIQOBS
vertu, non-seulement de guérk les malades, mais aussi de
remettre les péchés.
Le révérendissime archevêque, lorsqu'à ne croit pas utile à son dessein de dire trop ouvertanent sa pensée, a coutume d'alléguer quelque ancien auteur, pour tirer de ses paroles des conséquences qu'elles ne renferment pas. Recourante ce procédé, il se sert de Tertullien pour rayer complètement l'Extréme-Onction du nombre des sacrements. Voici le passage qu'il cite :
G Sévère lui-même, père d'Antonin, se montra favorable Œ aux chrétiens, car il voulut avoir auprès de lui le chréa tien Proculus... intendant d'Evhodœus, qui l'avait jadis <c guéri au moyen de l'huile ; et il le garda dans son palais a jusqu'à sa mort, b
D'où il suit manifestement que rExtrôme-Onction a été administrée par un laïque à un païen, comme un remède tiré de la pharmacie. Gela est assez nouveau dans l'Épie, et je crains même que, dans ce cas, il n'y ait pas eu plus de rit que de sacrement
A quoi bon insister*? Lorsque, après avoir terminé la section consacrée au Baptême et à l'Eucharistie, l'auteur ajoute : A la même époque, V Église chrétierme usait aussi d'autres sacrements et rites. Ceux-ci %'avaient pas, il est vrai, la même dignité que les précédents,,. De ce genre sont la Pénitence, l'Ordre, le Mariage et l'Extrême' Onction : n'est-ce pas dire ouvertement que, dans sa pensée, ces quatre sacrements ne sont que de simples rites, du genre de ceux dont le nombre peut diminuer ou augmenter, cela dépendant uniquement de la discipline?
Quant aux points particuliers, sur lesquels il y a discussion entre nous et les Grecs, voici ce que j'ai noté :
Sur le Baptême par immersion ou par aspersion, je m'étonne que, lorsque la science a fait une si grande lumière, on ait encore à Uvrer des batailles pour de tels eih
suB l'ouvbage de méthode, 54 i
faniillages. L'auteur s'enriamme à ce sujet très-sérieusement , et nous appelle par deux fois pontificattx. Je ne voudrais pas m'arrôter à ceci plus qu'il ne faut, et je ne l>ousserai ou rétorquerai qu^un seul argument.
De Paveu de l'auteur, on pouvait très-licitement baptiser par aspersion les malades contraints de garder le lit. Or, la nature, c'est-à-dire Dieu, le voulant ainsi, les enfants se trouvent tous dans cette catégorie. Donc, etc.
Ce syllogisme ne me paraît pas être tout à fait un (rait impuissant et sans portée; et je trouve contestable de tout point ce que dit à ce sujet Tillustre écrivain, que nous avons, par une indignité criante, de Texception fait la règle. De Texception faire la règle estfort sagp,4® si on ne le fait pas sans raison ; 2*» si cela est fait par Tautorité; 3® si Fexception conserve la substance de la chose. Or, le trèsillustre archevêque avoue que, dans le cas en question, ces trois conditions sont remplies.
Quant à ce qu^il ajoute, que les habitants de la Petife- Russie ont reçu des pontificaux cette nouvelle et perverse coutume de r aspersion, mais que le synode de toute la Russie s'occupe de guérir ce mal avec douceur^ selon sa coutume, on ne peut vraiment que s'en désoler. Si le vénérable synode veut bien en croire les hommes éclairés, il s'occupera d* autre chose, et ne perdra pas le temps à faire la chasse aux mouches, quand les loups sont dans le bercail.
Pour ce qui est de la controverse sur la consécration par invocation ou par narration, on ne peut y voir qu'une pure logomachie. Lorsqu'on lit , en effet, ces paroles de notre auteur : Dès l'origine de l'Église chrètienney cette forme fut assurément, non pas une jjure répétition de cette seule parole, Ceci est mon corps, etc., mais encore une exposition de l'histoire de C institution , accompagnée de l>rières adressées à Dieu , etc., qui ne croirait que chez
513 BÉFLEXIOIfS dlTIQUBS
nous la consécration se fait par une pure répétition, etc.t Et pourtant rien n'est plus faux. L'auguste prière ou canon de la messe commence par cette invocation si connue : Te igitur, clementissime Pater ^ etc. ; et puis : Hamt igi(uroblationem; et enfin une troisième fois : Quam oàtationem tu Deus, etc., lit nobis corpus Jial, etc. (et là se trouve la supplication dans sa plus grande force) ; après quoi suit l'histoire de Imstitution : Qui pridie quam pateretur, etc.
Je sais que les théologiens ne sont pas parfaitement d'accord sur la question de savoir quelles sont les paroles qui font proprement la consécration ; mais pour tous il est constant qu'après que l'invocation a eu Ûeu, et que les paroles du Christ ont été prononcées, le mystère est accompli. U y a donc dans l'une et Tautre Église et invocation et narration : que cela nous suffise, ayons un peu de bon sens, et laissons là les vaines disputes.
Nous devons maintenant dire quelques mots de la codtroverse fameuse sur le jour où Ion doit célébrer la pique, et de la conduite que tint le pape Victor dans toute cette affaire.
Je m'élonne d'abord que l'illustre auteur, après a^oir appliqué aux écrits des pseudo-réformés, même les meilleurs, ces mots. Le aerpent y est caché sous les fleurs, vienne nous servir du Mosheim réchauffé, et se laisse entraîner par cet auteur dans les écarts de la passion. D faut remarquer, en premier lieu, que Victor avait raison; il ne fit que soutenir ce que le concile de Nicée sanctionna phis tard, et ce qu'avaient déjà établi un grand nombre de conciles provinciaux dans la Palestine, le Pont, la Mésopotamie, les Gaules, à Corinthe, à Jérusalem, etc. De plus, le décret de Victor n'émanait pas de sa seule autorité ; il l'avait rendu, le concile romain y donnant son consentement. Si donc il avait agi avec trop de
80B l'ouvrage BB METHODE, S{3
rigueur contre ces Asiatiques auxquels leur propre ignorance était dès lors si fatale, cette rigueur même eût peutêtre été dans son droit. Mais l'illustre archevêque de Twer ne peut pas ignorer qu'aux yeux d'un très-grand nombre de théologiens et d'historiens il est certain, ou à peu près certain, que Victor se contenta de menacer ; et Eusèbe lui-même , dont le prélat invoque le témoignage, n'écrit pas, // excommunia, mais bien, Il fut sur le point d'excommunier. Pourquoi donc l'auteurrefuse-t-il de rapporter les paroles d'Eusèbe, lui qui, en tant d'autres endroits de son livre, a soin de transcrire mot pour mot les auteurs dont il invoque le témoignage ? De telles façons d'agir sentent la passion et le préjugé (1).
(I) Ce passage d*Eusèbe se trouve au liv. v de VHistoire ecclésiastique, c. 24 ; il porte : « Déterminé par tout cela, Victor, qui était alors à la tête de « l*£glise romaine, entreprend de ivtrancher de la communion et de l'unité « de l*Êglise, comme dirrérant de foi et d'opinion, les églises de toute I^Asie n et celles qui leur sont limitropties. m De ces paroles il résulte clairement que le pape Victor entreprit de séparer^ mais que cependant il ne sépara pas de sa communion les é;;lises de TÂsie. Car il est bien évident que ce 4u'un homme s'efforce de faire, il ne Ta pas encore fait. Je sais bien que les défeobeurs de l'opinion contraire (Socrate, I. v, c M, Halloix et Cave dans la Vie de saint Irénée), avec lesquels Tarchevèque de Twer est si pleinement d'accord, pour prouver que la sentence d'excommuni&iliOD fut réellement fulminée, appuient surtout sur ces paroles d'Eui^ëbe, qui suivent immédiatement celles que nous venons de citer : « // proscrit (d'autres traduisent ; Il signale ou II réprimande) tous ceux de ses frères qui se trouvaient en ces lieux, les déclarant séparés de sa communion. » (Non pas, bien entendu, ex lata sententia, mais s'ils refusaient de se conformer à ses décisions.) Mais, outre que tout ce récit d'Eusébu esl fort obscur, et qu'on traduit ces paroles de diverses manières, Henri Valois fait observer que personne ne peut mieux nous apprendre ce qu'Eusèbe a réellement voulu dire, qu'Eusèbe lui même. Or, après avoir dit que Victor avait entrepris de séparer de sa communion les églises de l'Asie, il ajoute que cette résolution ne plut pas à tous les évèqucs, et qu'elle déplut surlout à Irénée, qui, dans la lettre qu'il écrivit au nom de ses frères, exhorta Victor à ne pas h séparer de N la communion de l'Ëgltse des églises entières, pour rob>ervance d'un rit «qu'elles tenaient de la tradition. » Ainsi, d'après Eusèbe, lorsque saint Irénée écrivait sa lettre, Victor n'avait pas encore excommunié les Asiatiques, à moins qu'on ne dise qu'£u>èbea voulu nous représenter saint Irénée comme priant le pape de oe pas rendre une sentence déjà rendue. Et qui nt
?i4 niFLBXTOlVB GHITfOlIBS
Mais qniooiiqae examinera aUeBliv«nent cette qoatiaii sera surpris de la trouver pleine de lumières dont VédLA doit nécessairement pénétrer tout œil qui n'est pas entièraDenl épaissi. Personne n'allégua contre Victor «on incompéienee; on ne lui reprocha qu'une sévérité trop grande oa de liaipuissance. Accordons^ ce qui est en question . que le Souferain Pontife traita ces Asiatiques^ instruits par loi du jour où doit se célébrer la fête de Pâques^ un peu trop rudement: y a-t-il quelque chose^ je le demande, qui puisse attester plus manifestement le fait du pouvoir, que Tabos mène du pouvoir? Ce n'est pas tout : selon le récit de l'illustre archevêque lui-même , « le pape Victor envoya aux difws (( évéques de l'univers le décret du concile romain, et toœ (( les synodes (ci-dessus rappelés] décrétèrent de même a que, conformément à l'usage et à la coutume de l'Église a romaine, on ne doit pas célébrer la pàque on autre jour a que le dimanche. »
Dans cet acte éclate la suprême puissance : les faits qui en furent la conséquence sont encore plus pressants; l'illustre auteur les relègue tous dans un autre chapitre, le second , intitulé Des conciles des premiers ekrétiem.
Tolt fabsurdité de cette hypothèse? Mais, dira-t-on, ce qaMl D*a?Blt pti «•core fait alors, Victor a po le faire ensuite. Je répondi qii*Eo8èt)e ne frit mention de rien de semblable; bien plus, il parle de manière à rendre U chose tout à fait incroyable; car voici ce que nous trourons à la fin du cliipitre déjà cité: n Iréiiée, digne de son nom et de ia vie qu*ll avait en- « brassée, fut le conciliateur de cette paix qu'il avait conseillée et implorée « pour les églises. » Comment Irénée a-t-il été le amcilimtew de Im pmx, si cette paix qu'il demandait, Victor ne Ta pas donnée?
Tout ce qui précède est dit en supposant la vérité du récit dTusèhe; mais il importe de remar(|uer que des hommes très-versés dans la conDaissaooe de rhisloire ecclésiastique regardent et la lettre de saint Irénée et aoe a«tre lettre venue jusqu'à nous sous le nom de Polycrate, ou comme apocryphes, ou du moins comme prorondémenl altérées. On a fait pour le prouver des commentaires très-savants que Ton peut consulter, si on en a le temps. Mais nous n'avons pas cru inutile de faire en passant ces observaUons i (Voyez le Dictionnaire de Feller, au mot Victor.)
SUR l'ouybagb bi MirseBE. MIS
A-t-îl vouhi disperser les rayons de ce foyer de lumière , afin d'en diminuer la force? Au premier abord, j'ai eu ce soupçon ; j'ai craint ensuite qu'il ne fût injuste. Ten .aisse juge le révérendîssime archevêque; je ne préftends pas entrer en discussion avec sa conscience.
Quoi qu'il en soit, Théophile, évêque de Césarée, ayant été, dit notre auteur, mandé à Rome par Victor, y eut connaissance du décret du concile romain sur la pâque; et, de retour chez lui , pour satisfaire au vceu et aux prières de Victor, il convoqua lui-même un concile, etc.
Ceci ne laisse pas d'être étrange. Un évêque est mandé de Césarée à Rome, et pourquoi? Simplement pour recevoir des prières et l'expression d'un désir. S'il lui arrive d'avoir connaissance du décret en question, c'est presque par hasard. Si je sais le latin, le mot accersit implique cependant que celui qui mande a le droit de mander; et le révérendissime archevêque (qui n'est jamais d'accord avec lui-même que lorsqu'il se trouve dans la vérité) nous montre en effet, quelques lignes plus bas, Victor agissant comme revêtu de la puissance souveraine. Il nous présente, en effet, «l'évêque de Césarée, mandataire de «Victor, exposant dans sa lettre les actes du concile, « ayant pour cela reçu V autorité nécessaire, considérant la « grandeur de Tœuvre dont il était chargé, et qu'i/ dpvai Cl transmettre, afin qu'elle fût accomplie dans tout l'unia vers... ; appelant au concile, non-seulement de sa patrie, a mais encore des provinces voisines, tous les évêques et a tous les hommes en réputation de sagesse...; se préva- « lant de V autorité qui lui était confiée, et expliquant ce a qu'il lui avait été enjoint de faire. »
Où jamais se manifesta d'une manière plus éclatante le pouvoir suprême? Le simple récit porte avec soi la persuasion , surtout lorsqu'on se souvient que ces choses se passaient à la fin du deuxième siècle. Les hommes les plus
516 AiPLEXIOHS CEITIQUSS
éradUs et en même temps les plus acharnés contre nous n'ont rien négligé pour étein<fare, ou du moins pour obscurcir sur ce point la lumière de Thistoire; et tous leurs efforts n'ont abouti qu*à faire jaillir de la nuit des préjugés la vérité victorieuse^ comme l'éclair jaillit du plus épais nuage.
Quant aux actes à propos desquels le très-docte archevêque de Twer nous parle de l'audace et de la fureur de Victor y je regrette d'entendre un honmie si éclairé et sî poli s'exprimer de la sorte sur un si grand pape et sur un martyr d'une telle sainteté; niais^ en ceci^ la discussion entre l'illustre auteur et moi est plutôt granunatîcale que théologique : les expressions audaciam furoremque sont latines à ses yeux, pour moi elles sont grecques.
Llllustre auteur prétend que la coutume de prier povr les morts, comme on le fait dans P Église russe, a sa source dans les antiques commémorations des martyrs dont parle saint Cyprien. Ceci ne pique pas peu ma curiosité ; et si je savais le russe, je lirais avec le plus grand plaisir ce discours sur l'Assomption de la bienheureuse Vierge Marie, qu'a récitée lui-même l'archevêque de Twer, et qu'il allègue pour expliquer ce point. Rien ne me serait plus agréable que d'apprendre quel lien peut rattacher, pour me servir des expressions du cardinal de Polignac, l'Assomption de la très-sainte Vierge Marie aux prières pour les morts.
L'illustre auteur prépare ici quelque piège, cela est aussi certain que les choses les plus certaines , surtout si nous nous rappelons que, déjà beaucoup plus haut, il a dit par manière d'essai, selon son habitude : G*est une chose connue, que les anciens Pères priaient pour tous les saints.
Je ne prétends pas deviner :
Je suis UD homme simple, et Don pas an OEdioi^
518 BÉFLIXIONS CAITE9IIIS
firres de littérature^ mais encore les ouvrages rdaAifsaox sciences les phis sérieuses et les plus difficiles à pénétrer; il en résulte que Tesprit de lliomme, avant même qnH lui ait été possible de commencer à s'occuper du fond des choses, s'est déjà épuisé à soulever le fardeau inutile des mots.
y L^illustre auteur fait^ des historiens ecclésiastiqDes qu'a produits l^érésie des pseudo-réformés, un taUeaa achevé. Rien n'est écrit avec plus de sagesse; la contagioo allemande lui est connue, et il a soin d'avertir ses lecteuis> et surtout la jeunesse, de fuir cet air empoisonné. Je ne veux donc pas rechercher indiscrètement si, en maniant les livres vénéneux de la secte, les mains du prélat n'ont pas reçu quelque atteinte de ce contact impur.
3* On ne saurait trop louer la note par laquelle llUsstre archevêque rappelle lui-même aux siens avec quelles précautions on doit lire les historiens de Tépoque à jamaii déplorable où, pour le malheur de la Grèce, de l'Europe de tout Tunivers, la fièvre de la discorde saisit les Byzâatins, et les sépara violemment des Latins.
A"" II parle avec beaucoup de modération de la cooqâation d'Isidore Mercator, et il ne tombe point dans les exagérations ridicules de tous ces modernes, dont les aboiements répondent aux aboiements de Blondel (i). Nulle part, dit le prélat, le recueil d'Isidore n'a donné lieu à l'introduction dans l'Église d'une discipline nouvelle et perverse : en effet, rien de plus faux que ces accusations. Il renvoie le lecteur à Fleury, auteur fort mal instruit, quoi que puissent dire les Français, qui n'admirent qu'euj> mêrmsy et qui a fini par regretter ses torts, comme on peut le voir dans ses œuvres posthumes. L'illustre arciie-
(i) Blondel, né à Chàlons-fiur-Marne en 1591, ministre en I6I4, profesteor d'histoire à Amsterdam en 1630, mort en 1055, a laissé \t Pwettdo-IsidonÊiti Turvianta vapulanUs,
suB l'ouybagb de méthode. 519
vôque cite particulièrement les Discours de Fleury sur r histoire ecclésiastique, discours de soi peu catholiques, et dont^ si je ne me trompe, une main ennemie a, dans l'édition alléguée, exagéré encore l'exagération. L'illustre auteur n'a rien fait passer dans son ouvrage de tout ce fatras antipontifical. D y a vu pourtant, à mon avis, beaucoup de choses qui ont échappé aux autres défenseurs de sa cause, et peut-être a-t-il vu plus encore qu'il nindique. Il n^est pas permis de refuser la louange que mérite un tel silence; celui qui ne fait rien contre la vérité est bien près de celui qui la défend avec courage.
5* Il dit, en parlant du schisme des novatiens : Ils rebaptisaient les catholiques qui demandaient à être admis dans leur propre communion. C'est ce que les Français appellent souffleter quelqu'un sur la joue d'un autre, et ce trait aussi est digne d'éloges.
6* Il traite des symboles de la manière la plus remarquable ; et quoique l'illustre archevêque mette un peu en oubli ce mot de l'oracle , Rien de trop, lorsqu'il affirme sans aucune distinction que tous les evêques ont le pouvoir de former des symboles de foi, chacun pour sa propre Église, il n'en fait pas moins ressortir la stupidité de ceux qui, pour une addition nécessaire de trois mots, nous accusent d'avoir interpolé le symbole, et qui eux-mêmes, au temps oii l'hérésie de Macédonius prenait du développement, ont inséré dans le symbole quatre versets entiers, aux applaudissements de l'Église d'Occident.
Le docte archevêque avait, du reste, déjà très-justement remarqué que la formule abrégée du symbole (SLposioWqué) semble avoir reçu, dans le cours des temps, diverses additions, selon que r exigeait ou la chose même, ou la nécessité d'écarter la perversité hérétique. Sauf le mot semble, l'Arist^rque le plus pointilleux ne trouverait rien à reprendre dans ce passage.
7* Tout le monde sait quelle immense quantité d'écrits ont été faits pour établir, contre la foi du genre humain, que saint Pierre n'a jamais fixé sa résidence, ni constitu;i le siège souverain de l'Église^ dans la ville étemelle.
Plas sage, et repoussant toute folle entreprise,
Fauteur parle en toute sincérité des voyages de Pierre et de son martyre, à Rome, par la croix, l'an XIV du règne de Néron. 11 ne lui répugne pas même de rappeler que le< épitres des Pontifes romains ne sont pas méprisables; que les encycliques de Clément de Rome étaient lues dans \outes les Églises; et de parler des épîtres, d'une si grande Autorité y de saint Clément aux Corinthiens.
Enfin, le docte archevêque dit, du pouvoir des clefs, que dans V Évangile il exprime la discipline par une similitude prise des économes et adininistrateurs de la famille, et cela me plaît infiniment; car Notre Seigneur Jésus-Christ ayant donné à saint Pierre, non pas simplement des clefs, mais les clefs du royaume des cieuœ, il s'ensuit que saint Pierre a reçu alors, etjusquà la consommation des siècles, poar toute la durée des temps, l'économat et l'administration du royaume des deux , charge dont on peut dire assurément , aussi bien que des épîtres des Pontifes romains, qu'elle ned pas méprisable.
En lisant le livre de lillustrissime et révérendissime archevêque, je n'ai cessé de réfléchir aux divisions des chrétiens, et je ne puis exprimer de quel sentiment de tristesse cette pensée m'a pénétré. Quelle fureur, 6 citoyens ! quelles furies vous poussent? Pendant que les ennemis les plus a( harnés du nom chrétien fondent sur nous, et dirigent contre la forteresse de la relij^ion une attaque vraiment
sua l'ouvrage de méthode. 521
gigantesque, des hommes, fiers de porter ce nom, feront avec eux une alliance coupable : consolés d'être à leur tour enchaînés au char de triomphe des ennemis du christianisme (ce qui arrivera inévitablement), si d'abord ils peuvent triompher de ceux qui ont le même Dieu, les mêmes autels, les mêmes lois, la même foi qu'eux-mêmes, ils ne craindront pas de se joindre au calvinisme, au socinianisme; mais s'unir au fils de leur propre mère, qui diffère avec eux sur un nom peut-être et mie particule, jamais ! O aveuglement de l'esprit humain!
On ne songe point à tout cela sans douleur; mais, d'un autre côté, l'esprit humain s*est déjà purifié de si grandes erreurs et de tant de préjugés, et la Providence, préparant je ne sais quoi d'immense, a, par de si horribles bouleversements et de si affreuses calamités, comme broyé et pétri les hommes pour les rendre propres à former l'unité future, qu'il est impossible de méconnaître le mouvement divin auquel chacun de nous est tenu de coopérer dans la mesure de ses forces. Voilà pourquoi moi, le dernier des fidèles, j'ai donné aussi mon coup, quoique d un pied débile, à la roue déjà frémissante de l'impulsion qu'elle va recevoir, me disant, comme le potier d'Homère
Voyons si par hasard elle voudrait tourner.
Tout cet écrit n'est en effet qu'un essai ; il n'a d'autre prétention que celle de cette bonne volonté à qui la paix fut annoncée du haut des cieux. Rien n'y est dit dans un sentiment d'aigreur ou d'orgueil; et si parfois, cédant à la nature, il m'est arrivé de sourire, j'espère Tavoir fait sans rudesse et sans impertinence, et en gardant le respect, que personne ne porte plus loin que moi, envers l'illustrissime et révérendissime archevêque. Plut à Dieu que les siens le choisissent pour arbitre entre les deux partisl
522 BéFLSXK>NS GBITIQUBS
je serais le premier à crier parmi les miens : Il estdi^MÊe! il est digne / il est digne / En aUendant, j'ai cru que c'était un devoir envers la cause chrétienne^ de faire comuittre ma pensée sur le Livre historique, et d^ la communiqua à l'illustre auteur^ secrètement, par écrit, et «i une langue connue de peu de personnes dans cette partie da monde, afin que ce fût entre nous une diseussioM amieêU, pareille à celle qu'eurent autrefois Orobio etLimbordà(l>. H'appuyant uniquement sur des raisons f^iSosophiques^ afin de ne rien donner à l'esprit de parti, je crois avoir démontré que les chrétiens séparés du saint-siége, dès qtt% commencent à avoir quelque science, se trouvent tous conduits, quoi qu'ils fassent pour l'éviter^ à tomber par troupes dans l'abîme du calvinisme, et de là dans celui da pur socinianisme.
Je dois donc et je témoigne toute ma reconnaissante au comte Paul-Alexandre Strogonof , de m'avoir procuré le Livre historique, et de m'avoir ainsi fbiimi l'oecasioD de donner un témoignage non équivoque de mare^>ectiiease considération à un homme d'un si grand mante ; car à quoi bon cet écrit, si je l'estime inutile? Et comment ne pas le croire inutile, si les qualités distinguées e4 la pco-
(I) Limborch (PfJIippe de), né à Amsterdam en less, minlitre en I6S7, et ensdile professeur ce théologie à Amsterdam Jusqu'à sa mort en 17IÎ, eol, sur la vérité de la leligion chrélieune, une conférence dont od a longtemps parlé avec le Juif Orobio (Isaac de Castro). Celui-ci , né à Sérjlle de paieoti chrétiens en apparence, mais juifs en réalité, fut, quoique Itaptisé, élevé par eux dans les principes du Jadal^me. Après avoir passé trois ans dans les prisons de rinqulsilion, il quitta PEspagne et passa à Toulouse, où fl vécut plusieurs années sous le nom de dom fiallhasar, et se cooduisast extéfieunMfll comme s*il était catholique. Au bout d'un certain temps, il se retira à Amster dam, où il reçut la circoncision et le nom d'Isaac, et il y mourut en I6S7, dans la plus compléle intlifforence en matière de religion. Ce fut à Amslerdam qu*eul lieu sa fameuse conférence avec Linborcb, ^ en pabUa k ré sun.i ^ous ce titre : Arnica collalio de veritàte religionis Christian^ cwm erudht >i>(/(£o, où Ton trouve trois opuscules dans lesquels Orobio, de soo c<Hé, résume ses arguments.
SUR l'ouvrage D£ MÉTHODE. 523
fonde éraditioD de l'illustre auteur ne me persuadaient le contraire? Ce que peut Thomme avec de la volonté^ rhomme lui-même ne le sait pas, à moins d'en faire l'expérience. L'amour surmonte tous les obstacles : cela est vrai pour le philosophe et pour le théologien^ plus encore que pour lliomme épris d'une folle passion. Renonçant donc à la haine et aux disputes^ cédons à l'amour; et d'un cœui joyeux entrons dans cette voie royale qui aboutit à la cité sainte, nous souvenant toujours de cette parole divine : Accomplissant la vérité dans l'amour.
Poumons^ nous le disons avec assurance^ nous n'avons de haine contre aucun chrétien ; loin de là, il n'est personne que nous n*aimions : j*en ai pour témoin cette grande et très-sainte semaine, pendant laquelle nous prions avec effusion de coeur le Dieu tout bon et tout-puissant^ pour ceux qui^ au même moment^ fulminent contre nous des anathèmes (foudres sans vertu ^ il est vrai, mais que nous n'en devons pas moins déplorer). Un de ceux que les pseudo-réformés appellent ministres du saint' Évangile, n'osant leur donner le nom de prêtres, tant la conscience a de pouvoir sur l'homme, se trouvait un jour présent pendant cette prière (1); touché de ces accents d'amour, il s'écria : C'est elle qui est la mère, rendez-lui son enfant/
J'en ai pour témoins les Souverains Pontifes. Depuis le concile de Lyon (il n'y en eut jamais ni de plus saint ni de plus nombreux); depuis le concile de Florence, qui fut
(I) « Prions aussi pour les bérétiqaes et les schismatiques, aliD que Dieu, Notre-Seignenr, les tire de toutes les erreurs, et daigne les ramener à notre «ainte mère l*Église catholique et apostolique.
n Dieu tout-puissant et éternel, par qui tous sont sauvés {ceci n'est pas dit Mturément dans un sens janséniste) , et qui ne veux la perte de personne, re;;arde les Ames trompées par la ruse du diable, afin que, renonçant à loule perversité liérétique, les cœurs errants se repentent, et re>i«'niientà l'unité de ta vérité! {Of/ke de la semaine sainte, à la messe du jeudi saint.)
5^ BÉFLEXIOHS CI1T1QUE8
également un des plus solennels, et dans leqod, aotémoignapre de Scyropule, les Pères osèrent de la liberté U plus absolue, les Papes n'ont jamais lancé d'anaihème contre les Grecs. Cherchant toujours, au contraire, à procurer la réconciliation réalisée deux fois, ils regardaient comme non avenu ce qui s'était fait ensuite, et semblaient en écai-ter le souvenir avec horreur.
J'en ai pour témoins ces autres Souverains Pontifes qui appelèrent au concile de Trente les évoques de POrient, professant saintement qu'ils n'auraient pas tenu ce concile pour œcuménique, si cette convocation n'avait pas été faite.
J'en ai pour témoin surtout Grégoire XIII, qui , après avoir, d'après les lois astronomiques, réformé son calendrier (œuvre qui vivra autant que les astres), l'envoya aux Grecs de la manière la plus affectueuse.
Tous ces actes des Pontifes romains n'attestent-ils pas une haute modération et une singulière bienveillance pour les dissidents?
Que Ton veuille donc bien considérer sérieusement et saintement combien est nécessaire à la république chrétienne le Souverain Pontife. Si je ne me trompe de tout point, pendant que le docte archevêque de Twer appliquait son esprit à Tétude des affaires de la chrétienté, Veau lui a irès-sovrent manque [\), pour me ser\ir ici des paroles de Luther qu'il rappelle dans sa préface, avec une intention de réticence que j'ai fort remarquée.
Que les évêques grecs prennent garde que chez eux la république chrétienne ne soit en péril, et qu'ils songent au Dictateur!
0 faiblesse de l'esprit de l'homme ! qu'il voit peu de choses ! Et ce qu'il prévoit est beaucoup moins encore ! ce
(l) Aqua mihi hœret in hac causa, Celle affaire m'offre des difficultés in-
suruionlahlcs. (Cicéron.)
SUR L*OUyRÀGB DE UÉTRODB. 525
qu'il peut, presque rien ! Que sont nos paroles et nos écrits, et tous ces efforts pour persuader, et tout ce vain appareil de syllogismes? aîraiw sonnant, cymbale retentissante! Croit-on que jamais aucun des mortels se soit laissé ravir sa religion par la seule force du raisonnement? Que le jour donc (cela est juste) vienne du soleil, et bienheureux celui à qui il sera donné de réfléchir ses rayons comme un miroir, et de les répandre dans les yeux ouverts à la lumière divine ! Pour ceux qu'une vapeur mortelle a aveuglés, nul espoir de guérison et de retour à la lumière avant que l'ophthalmie ne soit arrachée jusque dans sa racine. Or, ITiomme ne peut rien de sembhible. Qu'il daigne donc encore une fois mêler sa salive à notre boue^ et toucher de son doigt sauveur les yeux clignotants ou déjà pétrifiés par Terreur, ce médecin qui lui-même est la vraie lumière poi/r tout homme venant en ce 1^20;?^^/ qu'il prononce le tout-puissant Ephphetha (Ouvrez-vous) !
Tels étaient les vœux que j'exprimais, à Pétersbourg, le !•' jour de mai's de Tannée de Tavénement du Fils de Dieu 1812.