SUB 1*017 VB4GE DE MÉTHODE
dans tes tentes de Sem : peut-être aujourcPhuî ce moment ifest-îl pas éloigné.
Quant à ce que dit le très-docte archevêque de Twer, que les nations étrangères (les Français, les Anglais, les Espagnols, les Italiens, les Allemands, etc.) portent envie à l'état présent des Grecs ^ il serait peu convenable à moi de railler, et il ne m*en coûte pas de garder respectueusement le silence.
On souffre d'une douleur poignante de voir la noble race des Slavo-Russes, qui tire son nom du mot gloire, se laissant prendre aux pièges des Grecs dégénérés, et méconnaissant la majesté latine, à laquelle la rattachent des affinités de langue et de génie; mais ce fut plutôt la faute des temps que celle des hommes. Courage donc 1 rejetons dans un éternel oubli les haines antiques; n'ayons d'autre peft* sée que le bien et l'agrandissement de la chrétienté. Nous vivons on des temps mauvais : les Orientaux, et les Russes qui marchent avec eux, ne voient pas très-bien, ce me semble, peut-être ne soupçonnent-ils même pas où les conduit maintenant une main invisible. Un immense malheur les menace, s'ils n'aperçoivent pas le serpent couché en travers du chemin où ils vont à Faventure. J'en prends à témoin le livre de l'illustre archevêque de Twer; on y voit, si je ne me trompe, apparaître dans un avenir prochain notre seizième siècle, reconmiençant en Russie au moment même où, dans les autres parties de l'Europe, la honte d'eux-mêmes semble déjà gagner les pseudo-réformés, au moment où tout observateur éclairé peut déjà voir ou prévoir que toutes choses se combinent et se disposent pour former je ne sais quelle admirable unité, objet des ardents désirs de tous les hommes de bien.
Après ces quelques mots de préface, je vais examiner en toute bonne foi le livre de l'illustre archevêque, non dans un vain désir de dispute, ou pour faire parade de mon
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savoir (je sais peu de chose^ et si je savais beaucoup, je ne chercherais pas à le montrer en ce moment ), mais afin que l'illustre auteur connaisse mes craintes et les raisons qui les justifient. S'il m'était donné d'écrire sans trop me mécontenter moi-inéme et sans lui déplaire.
Je porterais le front tosil haut que le deL
J'avoue tout d'abord que le titre même du livre n'est pas pour moi d'un médiocre embarras. Le mot histoire ((<rrop(a)^ dit le révérendissime archevêque, vient du grec f(TTopeîv, qui signifie considérer ou examiner; t7 implique donc celte idée, que le narrateur lui-même a été témoin des faits quHl raconte.
La racine des termes toropia, t^ropelv, et des autres qui tiennent à ceux-là^ peut, ce nous semble, être prise de plus haut, d'i'TYijAi, dont la forme lor^ov (ou toute autre du même verbe) a produit le mot histoire et un grand nombre d'autres. Du reste, Idropslv signifie non-seulement rechercher et prendre des informations, mais encore mettre par écrit ; et lusage, arbitre souverain et sans appel du langage, a déterminé si clairement l'étendue et la force de ce mot histoire, que, sur ce point, la controverse n'est même pas possible. S'il n'y avait d'histoire véritable que l'histoire écrite par des témoins oculaires, ni Hérodote, ni Tile-Live, ni Moïse lui-même (si Ton excepte TExode), ne seraient des historiens.
L'illustre auteur, pour mieux faire ressortir la force du mot i(jTop7i<rai, invoque Tautorité de l'Apôtre écrivant aux Galates : 'VvîjXôov ei; 'I&po(7o)vU(JLa laxopr^cai néxpov, ce que la Vulgate rend ainsi : Veni Jerosolymam vidbas Petrum; or, îcTTop^aai dit plus que videre.
SUR L*OUyBAGB DE MBTHOBB. 493
Ce passage^ pour le dire en passant^ est magnifiquement commenté par notre Bossuet y cette gloire de la France, de PÉglise et du genre humain, dans le célèbre discours prêché devant rassemblée du clergé de 1682 :
a 11 fallait que le grand Paul, Paul revenu du troisième a ciel, le vînt voir (1). Non pas Jacques, quoiqu'il y fût, a un si grand apôtre, frère du Seigneur (2), évêque de a Jérusalem, appelé le Juste, et également respecté par a les chrétiens et par les Juifs : ce n'était pas lui que Paul a devait venir voir ; mais il est venu voir Pierre, et le voir, a selon la force de l'original, comme on vient voir une a chose pleine de merveilles et digne d'être recherchée, le a contempler, l'étudier, dit saint Jean Chrysostome (3), et a le voir comme plus grand aussi bien que comme plus an- « cien que lui, dit le même Père; le voir néanmoins, non a pour être instruit, lui que Jésus-Christ instruisait luia même par une révélation si expresse, mais afin de dona ner la forme aux siècles futurs, et qu'il demeurât établi d à jamais que, quelque docte, quelque saint qu'on soit, « fût-on un autre saint Paul, il faut voir Pierre (4). »
Mais quittons ce détour, comme on dit, et prenons le droit chemin. Si l'on remarque une grande hésitation jusque dans le titre de Touvrage, cela n'a rien d'étonnant. La cause en est que le révérendissime archevêque avait dans la pensée autre chose que ce qu'il a dit; s'il avait écrit de Tabondance du cœur, le titre de son livre serait celui-ci :
De l'inutilité et de Cinaction du Souverain Pontife
(I) Gai., I, 18.
(2; Ibid., 19.
(3) In epist. ad Galat., cap. i, n*" il, t. X, p- 677.
(4) Sermon surVunité de l* Église, prêché à l'onvertare de rassemblée générale du clergé de France, le 9 novembre I68i , au quatrième paragraphe du premier point
4M BilLlXlÛflS CBITBQOB&
pend&iU les trm prmien sièdes de eÉ^lUe^ éHaerMim historique.
Voiià ce qu'a rankii dire Fillustre aoCeur, pas aufare ehose. Mais H n'a pu se résoudre à le dire hantement, o», ce qui est encore plus yraisemblaUe^ il n'a pas touIu se Tayouef à lui-même ; de là la longueur et Tobscunté desoii titre. Rien n'est plus conforme à la nature hiBnaine que de chercher à défendre de toutes ses forces la cause qu'on a une fois embrassée. La remarque que je Tiens de bîre ne m'est dcHic inspirée par aucun sentiment dirritatm, mais par le désir de faire apparaître amicalement la vérité. Je ne pense pas qu'aucun homme sensé, à moins de n'avoir parcouru le livre que d'un œil distrait, refuse de reconnaître que j'ai touché le fond.
Beaucoup de choses se font dans l'Église cathoUqae sans le Pontife romain; de même que, dans «ne famille bien ordonnée, beaucoup de choses se font, surtout par les ils les meilleurs et les plus obéissants, sans l'ordre du père; car tout homme de bien fait le bien spontanément, et n'a pas besoin qu'on l'y contraigne.
De plus, aucune grande chose n'eut de grands eemmencéments. C'est une loi que l'on peut, à bon droit, appeler divine, puisqu'elle est en vigueur dans toute la natare^ et qu^on ne lui trouva jamais aucune excepticm. De ta vient que l'autorité pontificale (entre les grandes dioees la phB grande), née avec FÉglise dont elle est le fondement, a eu, comme elle, son enfance et puis sa puberté, avant de parvenir à l'âge d'une éternelle virilité.
Tous ceux donc qui ont abandonné l'Église, leur mère, se plaisent à la montrer toujours dans son berceau , pour crier, d'un ton triomphant, que l'autorité de Pierre ou de Sylvestre n'était pas la même que celle de Grégoire VII ou de Sixte-Quint. Je ne sais si Ton peut concevoir quelque chose de plus absurde; je trouverais moms plaisant qui
suB l'outbaob de méthode. 4M
viendrait me dire : César vainqueur à Pharsale n'était pas le même que César vagissant dans ses langes à Rome, cinquante ans auparavant.
Et cependant nos frères dissidents s'arrêtent et se repo» sent sur ce premier sophisme, contre lequel protestent et la philosophie, et Phistoire, et la conscience.
Après cette escarmouche, je vais serrer de plus près Pillustre écrivain, et, quoique dans un sentiment d'amour, l'accuser de calvinisme, l'assignant devant le juge exempt d'erreur,
Qui pour toas les mortels est la Yoix de Dieu mém^ La coDscience.
A Tœuvre donc, et remontons aux principes.
Tout chrétien qui a une fois déserté le drapeau du Sou* verain Pantife , à moins qu'il ne soit retenu par l'igno» runce ou la superstition (tristes geôlières/), passera né* cessairement dans le camp de Calvin» Rien n'est plus facile à démontrer.
Je ne conçois pas plus l'Église sans chef, c'est-à-dire sans une autorité suprême, que je ne conçois Tempiro de Russie sans empereur de Russie. La puissance civile règle l'ordre des choses extérieures; elle retient la main de l'hornnio, et menace le crime des fers, du glaive, du knout, de la potence. La puissance ecclésiastique ou, coiiiiïk; on la nomme, la puissance spirituelle, est, au contraire, tout entièix3 au gouvernement des consciences : elle promulgue ses lois qu'on appelle dogmes,
Elle juge la vie et les crimes de l'homme;
déployant dans Tordre moral une souveraine autorité.
Elle enseigne, et sa voix nous redit en tous lieux : Appn-nez, avertis par mes dixiiis oracles, A garder la justice, à respecter les dieux î
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Du reste, la nature et l'essence du pouvoir sont les mêmes dans les deux sociétés, et, dans Tune comme dans l'autre, il ne peut cesser d'être tin, sans cesser d'exister. Dans la société civile, un révolté n'est autre chose qu'un hérétique politique; et réciproquement, dans la société chrétienne, un hérétique n'est autre chose qu'un révolté contre l'autorité de TÉglise. Les Églises particulières sont à l'Église universelle ce que les provinces sont à l'empire. Or, que peut une province contre l'empire, sans violer le droit? Je ne le vois point. Les sujets de plainte contre le dépositaire de Fautorité ne sont absolument d'aucun poids, car il y a toujours une cause ou un prétexte à la rébellion. Si telle ou telle Église particulière a le droit d'accuser d'erreur ou d'innovation le chef de l'Église, pourquoi le gouverneur de Twer ou d'Astracan n'aurait-fl pas aussi le droit d'accuser l'empereur, et de prétendre qu'A commet d'intolérables injustices, qu'il viole les lois fondamentales, ou qu'il se conduit en tyran, afin de lui refuser robéisssance, et de se déclarer lui-même indépendant de toute autorité autre que celle des lois? Que le révérendissime archevêque me montre quelque trait de ce genre, mortel au Souverain Pontife, qui ne puisse être retourné avec un égal succès contre l'empereur de Russie,
Et erit mihi magDUi Apollo.
C'est donc bien vainement qu'une vieille inimitié et un aveuglement volontaire se créent des fantômes et révent cette absurdité inouïe : Vun sans Vunité; ce qui est la même chose que le blanc sans la blancheur. Il n'y aura jamais de catholicité (qu'on me passe l'expression) sans unité ^m d'unité sans un chef suprême, ni de chef suprême, si une partie du corps qu'il commande a le droit de s*élever contre lui.
SUR I/OUVRAGE T>E MBTHODE. 497
C'est aussi bien vainement que les dissidents s'abusent eux-mêmes en embrassant, comme l'unité véritable, je ne sais quel nom d'unité. Ils s'appellent tantôt V Église grecque, comme s'il y avait aujourd'hui , conmie s'il pouvait y avoir une Église grecque hors de la Grèce; comme si TÉglise russe n'était pas aussi loin d'être grecque que d'être Église de Constantinople, d'Antioche ou d'Alexandrie; comme si le patriarche de Conslantinople pouvait, sans prêter à rire, ordonner la moindre chose, je ne dis pas à l'Église russe, mais seulement dans cette Église. Tantôt ils se nomment magnifiquement V Église orientale; mais s'il y a beaucoup d'églises dans l'Orient, il n'y a pourtant pas d'Église orientale : ôtez le roi ou plutôt la reine de la ruche, il vous restera des abeilles ; vous n'aurez plus d'essaim. J'adjure donc amicalement Fillustre archevêque, et tout homme doué d'un esprit philosophique, de me montrer, en dehors de Thypothèse d'un chef unique et suprême gouvernant l'Église universelle, un signe quelconque viàible à tous les yeux, tel que, ce signe étant posé, il soit tout à fait impossible de ne pas voir ce qu'est et où est l'Église catholique.
On en appellera peut-être aux conciles; mais, d'abord, je ne pourrai jamais parvenir à me persuader que les Églises dissidentes puissent jamais se réunir en concile œcuménique (autant qu'un concile peut être œcuménique chez elles). J'en ai pour témoins huit siècles écoulés depuis le moment fatal du schisme. Mais pour abréger, passons là-dessus et avançons. Comment pourra-t-il y avoir un concile œcuménique chez les Orientaux , l'Église romaine réclamant tout entière, l'Église romaine, c'est-àdire des millions d'hommes et à leur tête le souverain Pontife, pouvoir modérateur de la savante Europe ?
J'entends les Grecs s'écrier : Et vous, Latins, comment répondrez'vous à ce même argument 7 Pouvez-vous tenir
498 REFLEXIONS GOITIQUBS
pour oecuménique le concile de Trente, malgré Us rédor mations de toute l* Église orientale? — Très-Wai : j'attendais l'objection. Ce n'est pas le nombre qui rend in concile œcuménique. A Chalcédoine^ cinq cents évéques de rOrient^ après avoir écouté la lecture de Tépitreà Plavien^ poussèrent ces acclamations immortelles que tous les siècles ont entendues : Pierre ne meurt pas / Pierre a parlé par la bouche de Léon! et ce fut un concile universel; mais celui de Nicée le fut aussi ^ bien qu'on n^j comptât que trois cents évoques. Le nombre n'est doac rien quaiKi il s'agit de déterminer ce qu'est et où se trouve l'universalité ; ce que je cherchais, je le dierche encore : je demande un signe auquel je puisse recoimaitre avec certitude le concile œcuménique. Ce signe ou caractèrt n'étant ni dans le nombre, ni dans la dignité, ni dans la doctrine, il ne peut être que dans le Souverain Pontife, lequel mis de côté, nul honune sur la terre ne répondra jamais à cette question : Qu'estrce qu'un concile universel? Qu'est-ce que l'Église catholique?
Nous pouvons encore ici argumenter efficacement de la société civile à la société ecclésiastique : Que sont, par exemple, les aî=semblées anglaises, vulgairement le parlement ? Deux ordres avec le roi. Otez le roi, où sera le parlement? Où Ton voudra. Chaque ville ou chaque bourgade pourra tenir ses comices, et les décorer de ce nom.
Il n'y a qu'à changer les mots : où est le concile véritablement œcuménique, c'est-à-dire le parlement de toute la société chrétienne ? Là où se trouve le Souverain Pontife. Le Souverain Pontife disparu, le parlement ne sera nia Rome, ni à Gonstantinople, ni à Pétersbourg, ni ailleurs; il ne sera nulle part, ou il sera partout, ce qui est absolument la même chose. Ajoutons que plus un empire a d'étendue, plus le pouvoir d'un seul devient pour cet empire une nécessité. Or, la religion catholique appartieut
SUR l'ouvbagb db méthode. 499
à tout Funivers ; il suit donc qu'en vertu de la nature des choses, lors même que ce ne serait point en vertu d'un commandement exprès de Dieu, l^glise, pour rester toujours maîtresse d'elle-même, doit avoir la forme monarchique.
La ressource du concile œcuménique acéphale.
Ce monstre, objet d'horreur, masse Informe, aveuglée,
étant ainsi enlevée aux dissidents, il leur reste une autre ancre de salut, mais d'une valeur encore moindre : la tradition, sans laquelle, de l'aveu de Tillustre auteur, TÉcriture elle-même ne peut être sûrement interprétée, Tinterprétation n'étant certaine que par le consentement de toute Fantiquité.
Au seuil même de cette question les difficultés se présentent. Est-ce que le catholique, est-ce que le luthérien , ou le calviniste, ou même le socinien , n'en appellent pas à la tradition? Glarke a intitulé Técrit funeste qu'il détesta trop tard, Scripture-Trinity, c'est-à-dire. De la Trinité d après /es Écritures. Dans un de ses intervalles lucides, Jean-Jacques Rousseau a fort bien dit : Dieu luimême 71 e pourrait faire un livre sur lequel il fût irnpossible aux hommes de disputer. Mais si on n'est pas d'accord sur le sens des Écritures, comment le sera-t-on sur le sens des Pères? Quoi de plus clair que ces paroles : Ceci est mon corps ? Et pourtant, lorsque Pierre fait entendre cette parole , Si c'est le corps , ce n'est plus le pain, Luther dit : Cest le pain et le corps; et Calvin : Cesi le pain, et non pas le corps. Photius se tait.
Et encore, quoi de plus clair que ces paroles : Tues Pierre, etc.? Dieu lui-même a-t-il pu rien écrire qui fût moins obscur? Le très-docte prélat nous accusera cependant, moi et les miens, intrépidement, de ne savoir pas nos lettres et de ne pas saisir le sens des mots.
500 RÉFLEXIONS CBITIQUBS
Ainsi Bellarmin, Maldonat , Pélau, Bossuet, Féneloo, Huet^ etc.^ etc.^ furent des hommes sans intelligence et ne connurent jamais la véritable tradition. Accordons-le : mais toi^ ô excellent patriarche de Gonstantinople ( ou tout autre^ car je ne m'arrête pas aux noms ) , tu contemples sans doute face à face, de ton regard d'aigle, la vérité, que ces chétifs mortels ne purent pas même apercevoir de leurs yeux clignotants?
Credat judsiis Apella! — non Ego.
Et, je le dis entre nous, toi-même tu ne le crois pas, si ce n'est dans tes rêves.
Puisque donc des autorités opposées se font équilibre (celui-là serait peu modeste qui n'admirerait pas ma modestie), et puisqu'il ne peut y avoir de concile œcuménique sans un chef; puisque si, dans cette hypothèse, un concile œcuménique était possible, il serait sans autorité et sans force contre tout autre concile, œcuménique au même titre; puisque, abstraction faite de l'autorité qui les interprète, les livTes ne servent qu'à alimenter la dispute, il ne reste qu'à nous laisser dissoudre , malgré nos répugnances, par le principe du jugement privé, base et fondement de toute la doctrine des pseudo-réformés.
Et c'est ce que voit (cki bien la conscience, qui ne peut se tromper. De là vient que, chez les dissidents, TÉglise n'est qu'un vain nom, qu'un fantôme, et qu'il ne lui est pas donné de parler comme ayant puissance. Cela est tellement vrai, qu'en Russie (je ne veux pas m'étendre hors des limites de l'empire), au mépris du Synode, dont elles ne tiennent aucun compte, d'innombrables hérésies, ou d'une infamie ou d'une absurdité que rien n'égale, surgissent incessamment du sein d'une populace superstitieuse, comme les vers du cadavre, sans que les évéques aient seulement
porte de ne pas passer à pieds joints : a Telle est cette a doctrine qu'un grand nombre des nôtres louent si fort a et qui leur inspire tant d* amour; comme si le seul Calce vin en savait plus que les apôtres et que leurs suocesa seurs pendant quinze siècles. »
Nous avons l'aveu des coupables : qui peut mieux et plus à fond connaître les siens que l'illustre archevêque? Ne voyez-vous pas sur quelle pente on est plaeé^ et les prêtres russes ( ceux du moins qui savent le latin), toat enivrés de Bingham (1) qu'ils viennent de lire , se faire déjà les disciples de Calvin? Le révérendissime archevêque aurait pu ajouter :
Et mot-Béme je fus parmi «s malhenveoz.
Son livre^ que je fouille d'un œil curieux , est en ^et tout gonflé du levain calviniste. Et d'abord, comment supporter que ce misérable , qui fut dans plusieurs parties de l'Europe le destructeur infâme de notre religion, soit traité de grand homme par l'archevêque de Twerî Un orthodoxe loue les hérésiarques avec moins d'ciftision , et je doute que le docte prélat voulût accorder le titre de grud homme à Arius ou à Nestorius. Ceci nous donne le secret du schisme : Tout ennemi du Soùvermn P&rUife est notn ami. Les pseudo-réformés le savent : entre plosieiBf exemples que j'ai sous la main, je citerai le suivant comme particulièrement remarquable.
Le protestant auteur du catéchisme russe, en anglais, que l'empereur Pierre !•' fit imprimer et publier au commencement du siècle dernier, a mis dans la préface de ce livTC les paroles mémorables que je traduis :
fi) Bingham (Ceorpe), théologien anglican, né en i7l6 et mort eo !&«, avait puhh<;en 1774, u l'occasion de l'Apologie de Théophile Uodsay, OM De/ense de la doclrine et de la liturgie de V Église anglicane.
SUR l'ouvbagb bb méthode. 503
a Ce catéchisme est tout pénétré du génie du grand « homme par les ordres duquel il fut composé, et qui « dompta victorieusement deux ennemis plus féroces que a le Suédois et le Tartare , je veux dire la superstition et a l'ignorance, que défendait une résistance invétérée et a opiniâtre... J'ai la confiance que cette traduction cona tribuera à rendre plus facile l'accord entre les évoques a anglicans et les évêques russes, afin que, réunis, ils a soient plus forts pour ruiner les entreprises de sang et a de scélératesse du clergé romain. •• En beaucoup d'arti- « clés de foi, les Russes s'accordent avec les réformés aua tant qu'ils sont contraires à l'Église romaine... Us nient c( le purgatoire... Et, dans ses commentaires sur l'Église « grecque, notre docteur de l'université de Cambridge, « Cowel (i), a démontré avec beaucoup d'érudition com- « bien diffèrent la cène grecque et la transsubslantiation a des pontificaux. »
Quelle tendresse ! quelle fraternité ! Et qui n'admirerait un si ardent désir de réunir dans une étroite alliance deux religions, diamétralement opposées l'une à Pautre par tous leurs dogmes, contre une autre religion qui s'accorde de tout point avec la religion russe, si on fait abstraction de quelques difficultés que le génie latin tranchera en un moment, dès que les Russes le voudront bien ?
Et maintenant je m'adresse à loi , ô divine conscience, à toi qui n'as de préférence pour personne : N'aurai-je pas le droit de tenir pour certain et d'affirmer que l'Église russe na qu'un seul dogme qui lui tienne au cœur, la haine du Pontife romain^ et qu'elle laisse tous les autres reposer tranquillement dans les livres. Autrement, quel
(I) Cowel (Jean), né à Erensboroughen 1545, enseigna ledroità Cambridge en 1612; il fut emprisonné pour son Dictionnaire du droit, intitulé tinterprête, lequel Tuf condamné au feu. U attaquait la loi Dalurelle, pour exaller
d'aulanl la lui civile.
5(U BBFLBXlOIfS CRITIQDB8
Œdipe nous donnera le mot de cette énigme^ d'une so«veraifie amitié entre des religions qui sont par nature eime^ mies irréconciliables? De là vient que les prêtres rosses, qui (par un effet de la miséricorde ou de la colère de Dieu, lui seul le saitl) savent le latin ou le français, ne sont occupés que des livres publiés par les pseudo-réformés; tandis que, malgré TafBnité des deux religions, ils ne daignent pas consulter les ouvrages des catholiques même les plus savants. L'archevêque de Twer nous en est lui-même un exemple : il nous jette sans cesse à la tête et Bingham, et Gave, et Usher, et cent autres; mais vous chercheriez vainement dans ses écrits les noms de Pétau, de Bellarmin, de Thomassin, de Cellier, de .Marnachi, etc. Or, on ne sort pas tout blanc d'un bain d'encre. Et, en effet, je vois du premier coup d'œil, sur le vêtement de l'illustre prélat, ime tache énorme. Il en appelle à Bingham pour prouver que l^Église russe orthodoxe n^ admit jamais rien dans l'ordre des choses saintes que ee que les saints Pères ont ev^-mémes reçu en premier lieu ou des apôtres en persojine, ou des hommes apostoliques, etc.
Ainsi, un hérétique qui nie et la présence du corps du Christ dans TEucharistie, et cinq des sept sacrements, et la nécessité des bonnes œuvres, et le libre arbitre de rhomme sous Pempire de la grâce, et la hiérarchie, etc.; un hérétique qui regarde stupidement comme une idolâtrie abominable l'invocation de la Mère de Dieu et des Saints ; cet hérétique, dis-je, a tout ce qu'il faut aux yeux du révérendissime archevêque pour rendre témoignage de Torthodoxie russe. Un zélateur s'écrierait:
D'où vient, père du monde, une telle impiété?
Pour moi, je dirai, dans un autre sentiment : 0 frère bienaimé , reviens à la sagesse, et cesse de chercher la lumière
SUR l'ouvrage de méthode. 505
dans les ténèbres. Si je devais publier cet écrit , je parlerais moins ouvertement, mais ici rien ne m^oblige de cacher ma pensée : le passage que je viens de citer me révèle un vrai calviniste. Ailleurs, Tauteur se couvre d'un masque, comme lorsqu'il dit : Pendant quinze cents ans la doctrine de Calvin fut presque inconnue dans V Eglise du Christ. Presque inconnue, ô très-docte archevêque! elle n'est donc que presque condamnable? Ce trait et bien d'autres semblables rappellent, à qui les lit avec réflexion, le vei-s de Virgile :
Elle fuit sous le saule, et cherche le regard.
Le penchant pour les réformés et la haine contre nous se trahissent encore dans ce nom de pontificaux dont le prélat nous honore en divers endroits de son livre. Que prétend donc l'illustre archevêque? Les Russes, par hasard, ne sont-ils pas aussi pontificaux? S'ils ne le sont pas, il suit de leur doctrine même et de leur institution qu'ils ne sont pas même chrétiens. D'ailleurs, employé constamment par les pseudo-réformés pour désigner les catholiques ou romains, ce mot pontificaux s'est corrompu dans la bouche de l'hérésie, et aucun théologien honnête ne peut honorablement le prendre dans le même sens. 11 en est de cette expression comme du mot citoyen, qui en soi n'a rien d'outrageant assurément, et que des énergumènes bouffons marquèrent en France, pendant la crise révolutionnaire, (l'une flétrissure indélébile.
Voilà trois siècles que nous soutenons la guerre la plus formidable contre les ennemis les plus acharnés de la foi chrétienne : par nos écrits, par d'immenses travaux, au prix de notre sang (ceci soit dit sans intention blessante^, nous luttons pour reculer les frontières de l'empire chrétien, et pour transmettre à la postérité, purs de toute corruption et à l'abri de toute attaque, les dogmes sacrés qui U. i9
506 BBFLmons oiittqobb
nous sont communs avec les Orientaux ; noos avom porté triomphant le drapeau du Christ des sommets da Caôcase aux plaines du Pérou ; et cependant la haine des Grecs contre nous est telle^ qu'ils nous témoignent les mêmes s mtiments et nous insultent des mêmes noms que Lotber Ivti-même ou Calvin^ ces deux pestes sorties de l'enfer pour la ruine de la république chrétienne. Qud aveugle ne verrait combien une telle conduite est contraire à la droits rai^n^ et même à la simple urbanité qui doit distinguer tout honnête homme? Je m^en rapporte au jugeoMit de rillustre archevêque lui-même, pour peu qu'il veuille y réfléchir de sang-froid.
Tout individu de la race parlante qui a des poniaens et des lèvres peut s'écrier : Je suis catholique/ Mais qm que tu sois^ chrétien dissident, si tu aimes la vérité, ne t^en rapporte ni à ton Église ni à la mienne; adresse-toi aux Turcs ou aux Juifs, demande-leur quels sont ei où sont les catholiques; écoute la réponse.
Et médite-la bien daot le fond de ton eœnr.
C'est donc sans raison que les Grecs nous ponrsoivent de ces vieilles haines contre lesquelles proteste la conscience du genre humain. Qu'ils cessent de nous traiter avec si peu d'égards , et de nous injurier.
Parlerai-je maintenant des sacrements, que l'illustre auteur partage en primaires et secondaires? Peut-on comprendre qu'il y ait du primaire et du secondaire dans ce qui est de l'institution du Christ? Mais je suis encore plus frappé des titres des deux sections du livre consacrées k la même matière. Le premier est celui-ci : De primariis sacrameniis et ritibus; le second : De sacramentis e4 riOhuf( aecundi generis. Avec quel art la plume de FécrivaiD se joue dans ces intitulés ! Le premier peut en effet s'en-