‹ Lettres et opuscules inéditsChapitre 1 sur 166 · I. LE COMTE JOSEPH DE RilSTItE · texte numérisé non relu

I. LE COMTE JOSEPH DE RilSTItE

^ U comte Joseph-Marie. deMaislre naquit à Chambt'ry en 17^4 : impcre, le comle François-Xavier, était prùsidi'Ot du sénat de Sivoie et couservBlKur des apanages des princes (l;. Le (wnite de Hiialre était l'aioé de dix enfant» : cinq filles et cinq garçons, dont trois ont suivi la carrière désarmes; un entra dans les ordres, tandis que celui dont doue écrivons la notice biograpbique suivit l'État de son père dans la magislralure; il s'adunna â l'étude dés M plus tendre enfance, avecs un goût otarqui, sous la directioa des civtrends pères jésuiles, pour lesqueU il a toujours conservé la plu tcconuaissante atfection et la plus baule estime.

SOD père jouissait d'une céputalion très-grande dans la inagistntucedeSavoiat à sa mort le sénat crut devoir annonçai au roï k porte qu'il venait de faire par un message solennel , auquel Sa HljCÉlé répondu par un billet royal de condoléance , comme dans une calamité publique. Le cOmle Joseph parcourut successivement ta différents de^és de la magistraluic: étant substitut de l'avocat

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2 NOTICE BIOGRArniQtB

géiiëral,'il prononça le discours de rentrée smt le Cnraclère txiérieur àtimagislral, qui fut le premier jet de 80u talent comme écrivain tt commença sa réputation. Il siégea comme sénateur soua la présidence de son père.

Le trait principal de l'enfance du comte de Maistre fut une soumiEsloB amoureuse pour ses parents. Piéscnl» ou absents, leur moindre désir élait pour lui une loi imprescriptible. Lorsque l'heure de l'étude marquait la fin de la récréation, son père parois- , sait sur le pu» de la porte du jardin sans dire un mot, et il se posait à voir tomber les jouets des mains de son âls, &ana qu'il so permit même de lancer une dernière fois la boule ou le volonl. Vendant tout le temps que le jeune Joseph passa à Turin pour sui- . tre le cours de droit à l'Université, il ne se permit jamais la let' lure d'un livre sans avoir écrit à son père ou à sa mère à Cbamr I béry pour en obleuir l'autorisation. Sa mère, Christine de Heti^l femme d'une haute distinction, avait su gagner de bonne heure M cceur et l'esprit de son Qls, et exercer sur lui la sainte îoIIubiubI maternelle. Rien n'égsisît la vénération et l'amour du comte de j Maistre pour sa mère. Il avait coutume de dïro : ■ Ma mère était nn « ange a qui Dieu avait prêté un corps; mon boiiheur était de de-

• viner ce qu'elle désiiait de moi, et j'étais dans ses maing autant s que la pluï juuue de mes sœurs, u II avait neuf ans lorsque pa> rut le funeste édit du parlement de Paris (1TG3); il jouait un peu bruyamment dans la chambre de sa mère, qui lui dit : • Joseph, ne

• soyez pas si gai; il est Btçïvé un grand malbeurl • Le ton solennel dont ces paroles furent prononcées frappa le jeiioe enfant, qui s'en souven'iit encore à la fin de sa vie.

Le comte de Maistre épousa en 1786 mademoiselle de Morand, 4 dont il eut un fils, le comte Hoduiplie, qui suivit la carrière des i aibiêa, et deux Qllcs, Adèle, mariée à M. Terray, et Constance, qoi lipuusa le duc de Laval-Montmorency.

Il vivait à Chambéry, paisiblement occupé de ses devoirs, dont Jse délassait par l'étude; et il était déjà père de deux edfanlstors- <f/)^ la révolution éclata.

Les opinions du comte de Maistre étaient pour ces libertés joBte« et honnêtes qui empêchent les peuples d'en convoiter de coupoles. Celle manière de voir, qu'il ne cachait nullement, ne loi jut pas favorable dans un temps où les esprits échauffés et portés aux extrémÏB regardaient îa modération comme uu crime. M. Jtj

DE H. LR COUTE JOSEPII DE »AIETBE.

Hiislrefut soupçonnéde jacoiinisine et représenté à la cour comme an esprit enclio aux noaTeaulés, et dont il [allait su garder. Il «fût membre de la Loge reformée de CbamWry, «impie loge blan- [he parfaitement insignifiante : cependant , lorsque l'orage révolutionnaire commença à gronder eu France et à remuer sourdoment les pays limitrophes, les membres do la loge s'assem I lièrent ; et, " jugeant que toutes rSunioas pourraient à cette époque devenir daapreuses nu ioquièler le gonvernement , ils députèrent H. de Hai«tre pour porter au roi la parole d'honneur de tous les membres qu'ils ne s'assembleraient plus, et kloge Tut dissoute de fait.

L'invasioD de la Savoie arriva : les frères de M. de Maistre rejoi' J gnirent leurs drapeaux, et lui-même partit pour la cltéd'Aoste ■reo SB femme et ses enfants dans l'hiver de 1793. Alors parut c« in'on appelait la loi des Âllobragts, laquelle enjoi^ait à tous les émigri!» de rentrer avant lu 35 janvier, sans distinction d'âge ni de •ne, et BOUS la peine ordinairede la conllscatwiidelous leurs liens. Madame de Maistru se trouvait dans le neuvième mois de ta grossesse: coDnaii>sant la manière de penser et les sentiments de mari, elle savait fort bien qu'il s'exposerait à tout plutôt que de 'fl l'exposer elle-même dans cette sait^on et dans ce pays : mais, pou»i&iparrcspoir de saucer quelques débris de Tort une en demandant m droits, elle prollta d'un voyage que le comte de Maistre lit k Turin, et partit sans l'avertir. Elle Iraversa le grand gainl-Beroard le i janvier, à dos de mulet, accompagnée de ses deux petits en- Cuils, qu'on portait envelogpés dans des couvtirtures. Le comte de M^lre, de retour à la cité d'Aosledeoi ou trois joursnprès, courut uns retard surlespas de celte femme courageuse, tremblant de la* i trouvormorte ou mouratite dans quelle cbétive cabane diis Alpes. Bit arriva repensant à Chambéry, jiùTâ^omle de Maistre lassivit te prés. Il fut obligé de se présentera la municipalité, mais il rebsa tonte espèce de serment, toute promesse mtane ; le procureurlyndic lui présenta le livre où s'inscrivaioef tous les citoyens tctib, il refusa d'écrire bod nom; et, lorsqu'on lui demané^la contribution volontaire qui se payait alors pour la guerre, if FÏpondit francliement : u Je ne donne point d'argeni puur faire tuer • But trèiesqui servvnl le roideSardaigne. •• Ûientot on vint faire Au lui une visite domiciliaire ; quinze soldats entrèrent, les armes tentn, sccompagnanl cette invasion de la brutale pbrascologie ré' Tolutionnaîre, de coujis de crosse sur les parquets, et de jurons

i NOTICE BIOGRAPHIQUE

patriotiques. Madame de Maistre accourt au bruit , elle s'effraye ; sur-le-champ les douleurs la saisissent, et le lendemain, après un travail alarmant , M. de fiiaistre vit naître son troisième enfant , qu'il ne devait connaître qu'en 1814. Il n'attendait que cet événement : il partit, Tàme pénétrée d'indignation, après avoir pourvu le mieux qu'il put à la sûreté de sa famille. Il s'en sépara, abandonna ses biens et sa patrie^ et se retira à Lausanne. Il y fut bientôt chargé d'une mission confidentielle auprès des autorités locales, pour la protection des sujets du roi, et surtout d'une quantité de jeunes gens du duché de Savoie qui allaient en Piémont s'enrôler dans les régiments provinciaux. Ce passage leur fut bientôt fermé par la Suisse ; mais les sentiers des Alpes étaient connus de ces braves gens , et leurs drapeaux furent toujours bien entourés. Ces corps furent ainsi maintenus au complet pendant la guerre par des enrôlements volontaires, malgré l'occupation du duché par les Français, et malgré la création de la réptiblique des AUo* broges.

Madame de Maistre, son fils et sa fille aînée vinrent successivement rejoindre le comte à Lausanne; mais sa fille cadette, trop enfant pour être exposée aux dangers d'une fuite clandestine, demeura chez sa grand'mcre.

Pendant son séjour à Lausanne, le comte de Maistre eut une correspondance amicale et suivie avec un bon serviteur de son maître qui résidait à Berne en qualité de ministre du roi, M. le baron Yignet des Étoles. Cette correspondance n'ayant trait qu'aux événements d'alors, à la guerre, aux difficultés de sa position, à la protection des sujets du roi, nous n'en avons extrait que deux ou trois lettres d'un intérêt plus général, où l'on retrouve l'auteur des ConsidératUms. Parmi celles que le temps a dépourvues d'intérêt, il en est une où il apprend à son ami que « ses biens sont car^- « qtiéSf mais qu'U n'en dormira pas fnoins. » Dans une autre, tout aussi simplement laconique, il s'exprime ainsi : « Tous mes biens « sont vendus, je n'ai plus rien. » Cette légère nouvelle n'occupe qu'une ligne au milieu des affaires générales, et n'est accompagnée d'aucune réflexion.

Le même œil qui avait considéré la révolution française pénétra de bonne heure la politique de l'Autriche à l'égard du Piémont, et les fatales maximes qui dirigeaient à cette époque le cabinet de Vienne.

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