‹ Lettres et opuscules inéditsChapitre 2 sur 166 · DE M. LE COMTE JOSEPH DE MAISTRB · texte numérisé non relu

DE M. LE COMTE JOSEPH DE MAISTRB

Ces maiimes étaient :

1^ De ne jamais prendre sur l'ennemi ce que l'Autriche ne pouvait pas garder;

20 De ne jamais défendre pour l'ami ce qu'elle espérait reprendre sur Tennemi.

C'est par une suite de la première de ces maximes que les Autrichiens ne voulurent jamais tirer tin coup de fusil au delà des Alpes. Lorsque les troupes du roi entrèrent en Savoie dans Tété de 1793, les Autrichiens, qui avaient des troupes en Piémont, ne donnèrent pas un soldat, mais seulement le général d' Argentan, dont les instructions se<»ètes ne le furent pas longtemps. On trouvera dans deux lettres que nous citons le jugement de M. de Maistre sur la coalition en général, et sur l'Autriche en particulier. {Voyez les lettres des 6 et 15 août et du 28 octobre 1794 à M. le baron Yignetdes Étoles. ~ Berne.)

En lisant le jugement acerbe du comte de Maistre sur la politique autrichienne , il faut se reporter aux temps de Kaunitz et de Thugut, de funeste mémoire. Aujourd'hui cette puissance, instruite à l'école du malheur, et connaissant à l'épreuve que la seule bonne politique est celle qui a pour base la morale , la religion et la bonne foi, revient par une haute sagesse aux principes religieux et chevaleresques des anciens princes de la maison de Lorraine. Protecteurs éclaires de tout ce qui est beau, juste et grand, ils surent allier la magnificence avec une sage administration ; ils se montrèrent défenseurs zélés des droits de l'Église , et méritèrent à ce titre l'accomplissement de la promesse évangélique : Quia mper pauca fuisti fidelis , super multa te constitriam.

Avec le règne de l'empereur François-Joseph commence une nouvelle ère pour la maison d'Autriche : l'odieux despotisme de Joseph n tombe, les fers de l'Église sont brisés, les évèques reprennent le plein exercice de leur autorité, ils sont appelés aux conseils du souverain, non point comme officiers du prince, mais comme pasteurs des peuples, conune interprètes de la LOI qui seule domine et sanctionne les lois. Bientôt les rapports réguliers avec le pontife suprême feront circuler la vérité et la vie de la tète aux extrémités des membres, et ce grand corps, mis en dissolution par le philosophisme, sera régénéré par le catholicisme. L'œuvre à laquelle l'empereur d'Autriche met la main est une véritable palingénésie ; l'entreprise est grande autant que glorieuse. Jusqu'ici le

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roi de Naples et Fempereur sont les seols entre tous les souverains de TEarope qui aient en le bon sens et la force de découvrir le mal, et d'y porter le seul remède possible. Puissent-ils persévérer dans leur nd)le dessein, et, comme la sagesse qui les inspire, atUngere a 4ne usque ad finem/oriUer et suavUer t — Revenons à notre rcclL

Ce fut pendant son séjour en Suisse que le comte de Maistre publia les Considérations sur la France ^ les Lettres d'un unfaUste sawAsien, V Adresse des émigrés à la Convention nationale^ le Discours à la marquise de Costa, et Jean-Claude Têtu. Il travaillait aussi à deux autres ouvrages : Tun sur la Souveraineté^ et l'autre intitulé Bienfaits de la Révolution, ou la République ptinte par eUe-méme. Ces deux ouvrages n'ont pas été achevés et sont restés à Tétat de fragments. Un petit opuscule inédit que nous publions aujourd'hui, Cinq Paradoxes , à madame la marquise iV., date aussi de cette époque.

En 1797, le comte de Maistre passa à Turin avec sa famille. Le roi , réduit à ses faibles forces, après avoir soutenu pendant quatre ans l'effort de la France, succomba, et fut obligé de quitter ses États de terre ferme. Les Français occupèrent Turin : M. de Maistre était émigré, il fallait fuir. Muni d'un passe-port prussien comme Neuchàtelois, le 28 décembre 1798 , il s'embarqua sur un petit bateau pour descendre le Pô et rejoindre à Casai la grande barque du capitaine Gobbi, qui transportait du sel à Venise. Le patron Gobbi avait sa barque remplie d'émigrés français de haute distinction : il y avait des dames, des prêtres, des moines, des militaires, un évéque (M**^ l'évéque de Nancy) ; toutes ces personnes occupaient l'intérieur du navire , ayant pour leur domicile légal l'espace enfermé entre deux ou trois membrures du bâtiment, suivant le nombre de personnes dont se composait le ménage : cet espace suffisait strictement pour y coucher; la nuit , des toiles suspendues à des cordes transversales marquaient les limites des habitations. Au milieu régnait une coursie de jouissance commune, avec un brasier en terre où tous les passagers venaient se chauffer et faire la cuisine ; le froid était excessif. Un peu au-dessous de Gasal-Maggiore, le Pô prit pendant la nuit ; et, quoiqu'il fût libre encore vers le milieu , la barque se trouva enfermée d'une ceinture de glace. Le comte Karpoff , ministre de Russie, descendait aussi le Pô dans une barque plus légère; il accueillit à son bord le comte de Maistre, qui put ainsi continuer son voyage. Les deux rives étaient bordées de postes militaires»

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