A !!• le conUe de Bray^ à Dorpmt
Saiut-Pétersboarg, 7 (19) décemixe 1814.
Vous avez beau jeu, mon très-cher comte, en me présentant Fapologie d'un homme qui n'en a nul besoin auprès
(1) Ce n*est point par le goaverDement corse qae cette préface fat troavit indécente, mais par Paateor de la Vie de Fénelon et de celle de Bossaet, qâ. blâma an chapitre dans lequel M. de Bonald établissait la nécessité da Médiatear. La doctrine de M. de Bonald était inattaquable : elle n^était autre que la doctrine de saint Thomas ; mais la prévention gallicane embarrassait l*espril de M. de Bausset. Cette critique, sans faire changer d*opinion M. de Bonald, Tempécha cependant de donner la préface qui devait être à la tète de la belle édition de la rie de Jésus-Christ , donnée par Tabbé de Sambucy. Ce discours a été publié, après la mort de M. de Bonald, chez Le Gère. Malheureusement on l'a corrigé d'après les observations de IL de Bausset
(2) Cet arUde n'était point de M. de Bonald,
À M. LB COMTB DB BRAT. 309
de moi. Jamais je n'ai eu le moindre ressentiment contre M. Sontag^ et mon indifférence sur la critique contenue dans la feuille de Riga était telle^ qu'en écrivant au marquis Pauluci pour avoir la précédente^ il ne me vint pas seulement en tête de demander le nom de l'auteur. Je ne l'appris que par la réponse du marquis; et comme je crus voir dans sa lettre un mécontentement assez fort, je répliquai à sa lettre pour le prier de saisir la première occasion d'obliger H. Sontag^ et de lui dire que je le lui avais recommandé. J^ai écrit à M. Sontag dans le même sens; tout est dit^ je pense. Mais lorsque vous lirez l'opuscule en question^ mon cher et aimable collègue^ j'ose croire que voi6 serez persuadé de deux choses : d'abord, que ce n'est poûit une de ces œuvres légères qu'on puisse juger ni même examiner sur le revers d'une feuille volante; et^ de plus^ que M. Sontag a chanté faux^ au pied de la lettre^ en répondant sur ce ton à quelques pages écrites avec une politesse recherchée^ et même avec am(mr( c'est une de mes expressions). Je suis bien loin cependant de lui en vouloir pour ce défaut de tact : dans tout le reste^ il en aurait autant et peut-être plus que moi; mais sur ce point seul il faut qu'il paye l'inévitable tribut. L'erreur n'est jamais calme : à la vérité seule est donnée la chaleur sans aigreur y grand phénomène pas* assez remarqué. Voilà pourquoi j'ai écrit à M. Sontag que^ pour de fort bonnes raisons à moi connues^ je voudrais qu'il eût pris un ton encore plus différent du mien.
Au reste^ Monsieur le comte, dans Pétat de choses et au milieu des flots de lumière répandus siu* l'Europe^ il n'y a plus que deux systèmes religieux possibles : le catholicisme et le déisme; entre ces deux extrêmes^ il n'y a plus de place tenable. Un protestant^ s'il existait, serait un être risible. Mais il n'y a plus de protestant dans le sens primitif du mot, et, sous ce point de vue^ M. Sontag ne
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l'est pas plus que mol. Lorsqu'une chose moMIe et diangeante de sa nature a reçu un nom, ce nom subsiste pendait que la chose change, et longtemps après on conclut^ sans réflexion^ du nom à la chose. Un protestant de nos jours est un homme qui dit^ comme la Fontaine : J'ai In votre Nouveau Testament^ c'est un assez bon livre. Il lui reste cette idée vague , qu'tV y a dans le chrisiianiime quelque chose de divin; mais lorsqu'on en vient aja détail^ personne n'est d'accord , excepté sur les grandes bases, comme ils disent^ c'est-à-dire^ Je crois en Dieu et en son Fils quelconque; et c'est ce que je disais tout à l^eure. Vous me parlez de zèle, mon cher comte; il n'y a, il n'y aura^ il n*y a et», il ne peut y avoir de zèle hors de la vérité. Dans toutes les communions séparées^ on prend la haine contre nous pour le zile qui est tout amour^ an point qu'il cesserait d'être s'il pouvait haïr : c'est la haine masquée en amour.
n peut se faire que je n'aie pas bien compris M. Sontag^ mais ce n'est pas ma faute; je me suis battu dix fois avec sa syntaxe^ sans pouvoir en venir à bout. Trois docteurs allemands^ après avoir balancé (notez bien ceci)^ se fixèrent enfin au sens que j^ai cru le vrai. Je suis bien mortifié de ne pouvoir ni comprendre ni même lire pai^ Alitement la lettre qu'il m'a fait l'honneur de m^adresser en réponse. Je regrette fort de ne lui avoir pas écrit en latin^ il m'aurait répondu de méme^ et nous nous serions entendus au moyen de la langue universelle. Assurez-4e, je vous en prie> de ma parfaite estime, et de la vérité de tous les sentiments que je lui ai exprimés dans ma lettre. Si j'avais le bonheur d'être connu de lui , il verrait que, parmi les hommes convaincus^ il serait difficile d*en trouver un plus libre de préjugés que moi. J'ai beaucoup d'amis parmi les protestants ; et maintenant que leur système croule, ils me deviennent plus chers. Q ne me faut pas