V J^ M^ DE B
Mn&n, mon cher ami^ je n'aime rien tant que les esprits isunille : mon grand-père aimait les jésuites^ mon père aimait, ma sublime mère les aimait^ je les aime^ mon les aime^ son fils les aimera, si le roi lui permet d'en un.
It7. — A monselfpieiur 4e BauMietf «iieieB êiè^me
d'Alais.
Saint-Pétenbourg, 16 (4) octobre 1816
Monseigneur,
M suis tout honteux de commencer la première letti^ J'ai rhonneur de vous écrire par une ennuyeuse nar- : cependant y je m'y vois absolument obligé. C'est m apologie dans les formes.
IL l'ambassadeur de France m'ayant fait présent de des premiers exemplaires de V Histoire de Bosstiet (Hlifés dans cette capitale^ je me mis tout de suite à le Im avec l'empressement et l'attention qu*on vous doit, âgneur. Je lus constamment la plume à la main, te il faut lire les livres de ce genre et de ce mérite. Oé grand siècle après^ un ami me dit : ii propos^ il m^est ÊÊ9t9i une caisse de livres qui en contient un pour vous. Mpm longtemps qu'il me fut remis à Paris par une per^ dont il ne me souvient plus du tout. Je reçois le : c'était le vôtre^ Monseigneur^ mais sans aucun signe (du moins pour moi) qui pût m'apprendre d'où me ce beau présent. Je savais l'ouvrage par cœur; je M h parcourus donc plus que très-légèrement, et je le pltipn dans ma bibliothèque, où il ne disait mot, quoiqall parle fort bien. Un autre ami étant chez moi , je lui
dis : Voilà deux exemplaires d'un excellent livre ; vtm» driez'VOus en accepter un? Il ne se fait pas prier; a main tombe au hasard sur le nouvel exemplaire^ et b voilà perdu pour moi , selon toutes les apparences.
Un autre siècle après, c'est-à-dire avant hier, j'étas chez une dame qui me dit : Je Hs un livre qui vot^ appartient; mais c'est une contrebande, car je ne le tieu pas de vous. Elle nomme le livre. J'assure qu^il n'est ptas à moi depuis longtemps. Cependant 9 me dit-elle, vmsk tenez de V auteur méme^ qui vous Va adressé. Je nie de nouveau, et la voilà qui cherche et retrouve rinscription que vous aviez eu la bonté d'écrire de votre main sur h dix-neuvième page du premier volume : cependant , die ne la retrouva pas tout de suite, car je ne sais quelle disposition ou adhérence de feuillets refuse pendant quelque temps ces lignes, même au doigt qui les cherche. Il n'ait pas étonnant qu'elles aient échappé à l'homme qui ne le doutait de rien. Il m'est impossible, Monseigneur, de vow peindre mon étonnement et mon regret en lisant ces deux lignes si précieuses pour l'un des plus justes appréciateurs de vos talents. Qu'aurez- vous donc pensé de moi ? Cette idée m'afflige : je voudrais pouvoir confier cette lettre k une hirondelle, pour arracher incessamment de votre esprit toutes mauvaises pensées sur mon compte.
On ne saurait être plus sensible que je ne le suis. Mon* seigneur, au témoignage d'estime que vous avez bien voulu me donner en m'adressant votre excellent livre. J^ai retrouvé dans V Histoire de Bossuet le même talent, la même élégance, la même candeur qui m'avaient enchanté dtns celle de Fénelon. C'est dommage qu'il y ait dans cette flïitoire de Bossuet certains endroits qui attristent : mais oe n'est pas votre faute. Monseigneur. J^ai marché, au reste, constamment à vos côtés tout le long de votre attachante narration, sans vous abandonner d'un pas jusqu'à ramée
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I6|ft. Là, il a bien fallu nous séparer; mms vous n'aviez Bal besoin de moi. Monseigneur^ pour achever votre toyige. Vos lumières, d'ailleurs, m'assurent de votre indidgence ; et si j'avais un jour le bonheur de vous entretenir^ je ne désespérerais point de me faire pardonner net petites hérésies.
Vous m'avez fait contracter une grande dette, Monseigneur : je voudrais bien m'acquitter ; mais comment faire? Ptvais cependant préparé une œuvre considérable, qui eM mérité peut-être d'être appuyée dans le monde par œ grande influence française, puisque l'ouvrage était destiné à vous rendre un sceptre important que la France a ei follement cédé dans le siècle dernier; mais les Franfiiis ont bien d'autres choses en tête dans ce moment^ il se feut pas les interrompre.
Agréez^ Monseigneur^ l'assurance des sentiments les pins sincères de reconnaissance et de vénération avec les» quels je suis, etc.^ etc.
iSe. — A fll« B« M* Pamiral Vchltchagoff , à Florence*
Saint-Pétenbourg/So (18) novembre iste.
Mon très-cher amiral^
Dites-moi comment il est possible qu'en songeant continoellement à vous^ je ne vous aie pas écrit depuis si longteoq>s. Encore une fois, digne ami, si vous lesavez^ ditesle-moi; car, pour moi^ je n'en sais rien. Je suis tombé dens une espèce d'apathie qui n'a point de nom. Je suis defenu à peu près solitaire. J'ai rompu une foule de liaiet presque toutes mes correspondances* Seul avec ma
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famille et mes Ihres,. ;-^ rris ojcfer les heures avec celte rqMdité accclerée d*:^t Hm^^e se trxrve dans le mouvement pbysâqoe. C*iuDd j'âî appris œpeDdant que ma frères TOiiâ scfi^ùoii vo face à face, que Tim d^eux tqm afait TQ à Caramagne, et tous aTaît {»x^M>§ê d'^aclieiv œtte campagiie, je De puis tous dire ce que j*ai éprouvé, combien j'ai envié à mon cher abbé le plaisir quH a aa de TOUS Toir et de tous parier. Comment avez-TOH trouvé ce prélat miné, triste reste de la Saint-BarthélemY sacerdotale^ mais à qui^ cependant, on n'a pu ôter nia tète ni son cœur ? Et que dire encore de cet étrange coq» du sort qui vous amène à Turin^ précisément dans Panberge où mon autre frère venait d'arriver? En vérité^ toot cela tient du roman. Combien vous aurez parlé du chef de la famille^ pour qui vous êtes si bon ! Us vous auront sans doute beaucoup entretenu de la tempête qui a soufBé ici sur moi; mais ils n'auront pu vous présenter que de faux aperçus. Si votre auguste maître a pu croire pendant quelque temps que j'en voulais à son Église, il a pu se convaincre aisément, et dans très-peu de temps, qœ je n'avais rien entrepris contre elle. On s'est expliqué à cet égard, et je puis vous assurer. Monsieur Tamiral , que si j'avais été garçon, j'aurais fini mes jours ici; mais je suis père de famille, et j'ai vu clairement que je devais i mes enfants de les ramener chez eux. J'ai donc demandé mon rappel, et Sa Majesté a bien voulu me rappeler d'abord au mois de septembre, et ensuite, à cause du voyage (!o Tcmpcreur, au mois de mai prochain. Quoiqu'il ne soit pas absolument impossible de trouver quelques abus (jn Russie et certaines choses pénibles, cependant je m'étais attaché ù ce pays. Je tiens à mes livres, à ma table, à mon fauteuil, à mille objets qui n^ont point de nom. Je ii'ainio pas déménager, et dire à tout ce que je vois toi0 lo8 jours depuis quinze 2Sis : Adieu , pour toujours!
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n m'arrivera, au reste, pour en revenir encore ô la physique^ ce qui arriverait à un corps qui^ d'une planète^ serait lancé dans une autre : d'abord il y monterait , ensuite il y tomberait. Il n*y aura de véritablement douloureux pour moi que le moment du détachement; bientôt l'attraction contraire exercera sa puissance suivant la loi commune des carrés. — Mais combien cette force serait augmentée^ très-cher ami^ si mon retour devait me procurer le plaisir de vous voir encore ! J'ignore vos projets; mais si nous sommes l'un et l'autre synchroniquement en Italie^ d'une manière ou d^une autre^ il faut que je vous saute au cou. n faut que nous rappelions ensemble ces soirées du ^and quai^ ces promenades de Péterhoff^ tant d'heures délicieuses^ tant de souvenirs lugubres. En revenant sur ce temps passé pour toujours^ il me semble que mon cœur est serré entre deux planches^ et qu'il est près d'éclater. Ces idées noires^ et cependant douces^ me ramènent à votre dernière lettre^ qui m'est aussi présente que si je l'avais reçue hier. Vous ne sauriez croire de quel poids elle déchargea mon cœur. Je n'aimais pas cette relique que vous transportiez çà et là^ ou plutôt je l'aimais trop pour ne pas souffrir de lui voir ainsi courir la poste; je ne savais pas vous expliquer à moi-même; votre lettre m'a tranquillisé, et même édifié : ce que vous avez fait est un chef-d'œuvre de délicatesse — ubi sk dedit^ quibscit. — C'est ce que j'aurais écrit sur le marbre^ si j'avais été à vos côtés; .mais j'ai été fort content de ce que vous m'avez envoyé. Je vous dirai le reste lorsque je vous verrai ; aussi bien je me sens oppressé, et je dois finir cette lettre. Je ne dois pourtant pas vous laisser ignorer que le roi a bien voulu me nommer premier président dans ses cours suprêmes. Mais je ne sais point encore où je siégerai^ et je n'ignore pas moins si ce titre me prépare à quelque titre encore supérieur. Mon Rodolphe (qui est aussi le vôtre) est lieu^
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tenani-colonel dans rétat-mnjor. A cet égards je ne puis me plaindre. 11 me charge de mille tendres et respectueux compliments pour vous, et n*est pas moins empressé que moi de vous rencontrer encore, n emporte l'épée peur la valeur et la langue russe, dont vous pourrez vous s^vir pour dire du mal de moi et devant moi sans inconvénient; car je ne sais, au bout de quinze ans, que le seul mot khorocho, indispensable à chaque instant pour louer tout ce qui se fait. — Adieu mille fois. Monsieur l'amiral; je vous embrasse de tout mon cœur, avec je ne sais quelle délicieuse tristesse, que je ne sais pas définir autrement qu'en la nonunant.