A H* le marqmifl de 1» Malsonfort
Saint-Pétersbourg, 27 avril (9 mai) I8I7.
Votre charmante lettre du li février, mon très -cher al aimable marquis, m'a transporté de joie, quoiqu'elle mUI donné quelques remords, en me rappelant ce que je me suis dit mille fois : Mais^ bourreau que tu es , pourgmoi donc n*écriS'tu pas au marquis de la Maison fort? Sur mon honneur, je ne saurais pas répondre, ne pouvanl comprendre moi-même comment on peut, pendant im siècle, ne pas faire ce qu'on a continuellement envie de faire. Enfin, votre douce épître est venue fort à propos flageller ma paresse et me remettre dans la bonne voie. Cependant, quoique chaque ligne de votre lettre m'ait frit
A s. LB MARQUIS BI LÀ HÀISONFORT. 467
grand plaisir, je n'y répondrai que très -légèrement, Q^ayant , pour ainsi dire, pas le temps de m*asseoir« Après una longue résidence, qui m'avait à peu près naturalisé, je pars, je fais mes paquets if enfile^ tout pensifs le che* mUn deUffcinCf et quitte le si^jour de V aimable Trézène. Biais avant de m'en aller boire les ondes du Pd, ou, comme on le dirait en prose. Peau des mauvais puits de Turin, je m'en vais faire un petit tour à Paris. — Allons donc, vous Me faites un conte! — Doucement, Monsieur le marquis! ee n'est point ainsi qu'on répond à un homme comme il faut, qui afiOrme une chose dont il est sûr. Écoutez mes IMreuves, je vous en prie ; ensuite vous me direz ce que yoos en pensez. S. M. Pempereur de toutes les Russies envoyant une flotte en France pour en remener le nombre d'inspecteurs dont elle vous a fait grâce, elle veut bien me confier un vaisseau de lA, que je mènerai parfaitement, avec les conseils du capitaine ; et voilà comment. Monsieur le marquis, Paris se trouvera pour moi sur la route de Turin; et voilà encore qui vous apprendra à ne pas vous presser si fort de dire : C'est impossible / à d'autres/ Vous me faites des contes^ eUi- *ùz., p^rcé qu'etKxii^ oûe fois, celsi 2£ se dtt pcu. <^cmûd je pense au plaisir que j'au* £ai ue sauter dans vos bras, il me semble que j'y suis déjà. J'aurai soin de ne pas toucher vos jambes, de crainte qu'elles vous fassent encore un peu mal; mais si par ha^ sard vous aviez mal aux flancs, aux épaules, et surtout aux joues, croyez-moi, demandez main-forte au moment où j'entrerai, car vous courrez grand risque.
Toute la famille, mon cher marquis, est en train de vous brutaliser aujourd^ui. Mon frère dit que vous mentez par la gorge en le traitant d'ingrat, et il jure par la sienne qu'il n'est point en arrière avec vous. Il me charge de mille tendresses pour vous, et vous prie de croire que jamais il ne poucra vous oublier. Je vous dis, de mon chef, que plus
d'une fois sa distraction a été prise pour de rindîfférence. Toutefois j rien n*est plus difierent. Ah! que vous m'avez diverti avec votre anecdote du lépreux. En vérité, il faut bien avoir ce que nous appelons à Turin fada de tola, pour se permeltre de telles impudences; mais votre question à l'aimable lecteur est délicieuse. A propos de Voyage autour de ma chambre, avez-vous lu la préface de la dernière édition? Elle est de ma façon, et je serais curieux de savoir si vous trouvez cette bagatelle écrite en style comme nous. Puisque vous m'avez fait rire, mon cher marquiS; je ne veux pas demeurer en reste avec vous. Sachez donc qu'un censeur de cette capitale, en examinant pour l'impression le Lépreux de la cité éTAoste, dit, en jetant les yeux sur le titre : Hein ! ona déjà beaucoup écrit sur cette maladie f Ce qui signifiait que mon frère aurait bien pu se dispenser de se mettre sur les rangs. Gela ne vousparaitril pas joli? Malgré un avertissement aussi sage, je serais tenté d'écrire encore sur la lèpre, quand je pense à la France, qui est aussi lépreuse, et qui le sera jusqu'à ce qu'elle ait obéi à la loi. Il a été dit aux lépreux en général : AlleZy montrez-vous aux prêtres. Il n'y a pas moyen de se tirer de là. Ce que vous me dites sur les cttm est exquis; mais je ne puis allonger mon discours, il faut faire des cofires et des visites.
Vos jambes sont dans ma tête; jugez si elles me font malî J'en ai beaucoup parlé avec le comte de Modène, qui m^a donné tous les détails. Que je vous ai plaint ! On est moins malheureux quand on est malade par la tête : alors au moins on ne sait pas qu'on l'est, et c'est beaucoup. J'espère que votre pressentiment se réalisera, et que j'aurai le plaisir de vous embrasser debout. Mon fils (lieutenant-colonel dans l'état-major général) est bien sensible à votre souvenir et à celui de monsieur votre fils, auquel je vous prie de présenter les tendres compliments du pèreei