t A H* l'abbé Vaarin^ curé de Ctonève
Tarin, 26 Janvier 18I8.
Monsieur l'abbé,
•Ta! reçu votre lettre du 30 décembre, et toutes les pièces intéressantes que vous y avez jointes : je vous en remercie infiniment; rien n'est aussi amusant que de voir les combats de ces messieurs. Il nous a été dit : Rogate quœ ad pacemsuni Jérusalem, Or, rien n'établit la paix dans Jérusalem comme les divisions intestines de Moàb et d'Amalec. Ainsi, il n'y a pas de mal d'attiser un peu la querelle. Je
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ne nais si }e pourrai jdndre k cette lettre l'esqtdsse ifvait réponse à H. Gélerier. Depuis plusieurs jours^ je dierdie, sans le trouver, le momei d'écrire cette feuille; et quand eDe vous arrivera^ Monsieur l'abbé^ je crains qoH ne soit ptos temps. J'aurais cm jouir ici d'un peu de liberté ; mtis pdnt du tout^ jamais je n'ai moins disposé de mon tempi. EnBn, Monsieur Fabbé^ on fait ce qu'on peut^ et j'espère que Yous me pardcmnerez si je ne remplis pas toutes ?os vues. Le temps approche où^ suivant toutes les apparences, il faudra jeter ma plume philosophique et m'enfone» de nouveau dans les affaires. — Je suis prêt à dire : Qmtd Bem avertat! mais j'ai peur que ce soit un péché.
J'ai de terr3i)les notes sur Genève et sur Calvin. Hais tous mes papiers sont encore emballés. Tronveries-voas à Genève les opuscules de Lessius (Letmardi lessii-, e Soe, JesUy opuscula; Lyon^ in-folio)? Dans ce ycAmne, voos trouverez son traité De vera capessenda religione. Saint François de 8ales disait : Cest Dieu qui vous Pa dicté; et véritablement c'est un ouvrage admirable. Vous y trouverez un chapitre sucré sur Calvin^ et sur les honorables causes qui le firent chasser de Noyon, sa patrie. Voyez cela, et lisez aussi Particle Lessius, dans le Dictionnaire historique de Feller. — Dans les représentations du curé (p. 6), d'ailleurs excellentes, j'ai remarqué le passage a Le second est un recueil des principaux passages, etc. » Ici, peut-être, le curé est allé trop loin. Il est permis au théologien protestant de citer TÉcriture contre nous (bien ou mal), pourni qu'il n'insulte pas. C'est ici un grand point,Monsieur l'abbé, et sur lequel il faut bien se garder de passer légèronent; vous verrez, j'espère, une note dans mon ouvrage relative à cette observation.
Quant à vous, anti-pieoty prenez bien garde, je vous prie, à l'objection tirée de la science. L'article est délicat Je n'ai pu lire encore ce qu'on a répondu à ce polisson de
A M. l'abbé TUARUf. 48t
(apostat^ comme vous savez) ; mais e'est nn sujet que JVMieaucoup médité. La science est une plante qull faut lonner à sa croissance natuirelle. Je regarde le proitisme comme un engrais brûlant qui a forcé la végéi. Ce n'est pas le tout d'être savant ; il faut Fétre comme ftWbi^j ot quand il f aut^ et autant qu'il faut. Le feu qui fait
?0 Fhomme^ le feu qui le réchauffe quand il a froid^ et Ibu qui le brûle s'il y tombe^ ne sont pas tout à fait la ÉÉRe chose quant au résultat; c'est cependant toujours tÊ^fbU' Q y a beaucoup à dire là'-dessus^ mais il n'y a^ comme tÉMle savez probablement^ que vingt-quatre heures dans li|tur. Là-dessus^ sommeil^ tepas^ visites actives* et très^ ivesy bavardages inévitables^ correspondances terriaffaires proprement dites^ etc... Malheur à f'honune «il inonde I Sans cette dame qui est là^ à côté de moi, et ipÉtous fait ses compliments, je me ferais jésuite; mais éÊBne veut pas se faire religieuse, et je ne me sens nulle 4ft||uencepour l'y déterminer. Âinsi^ je barbouillerai quelpages de moins dans ma vie.
fbur en revenir au sérieux, je ne saurais vous exprimer, »eur, à quel point le cœur me bat dans ce moment, efc f impression de mon ouvrage paraît décidée. Qui sait lent ma hardiesse sera jugée? Mon duel avec Bossuet regardé comme un sacrilège. En tout cas, je Tai atta- IfÈé en face après l'avoir averti; ainsi, je suis en règle sui* toutes les lois de l'honneur. Vous trouverez peut>-être J'exagère, mais je pense que lès maximes gallicanes et rMorité gigantesque de Bossuet sont devenues un des prMds maux de l'Église, Il faut absolument que le clergé i|Mlolique de France me soutienne dans cette occasioq, â$ÊtL plume même, s'il est nécessaire; car ces nouvelles «I ipandes entreprises ont besoin d'un concert général de iMii tes frères.
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Parce courrier^ ou par le suivant^ j'aurai llionnevdb vous adresser encore quelques corrections pour mcMiOKvrage. Je sens bien que c'est une grande indiscrétion c»* vers le pauvre correcteur; mais si c'est un homme à vom, je suis persuadé qu'il s'y prêtera pour V amour de Dkm. Reconmiandez donc encore cette petite affaire^ je vomoi prie.
J'oubliais de vous dire que^ sur l'article de la scienoe, I faudra marcher droit dans Y anti-picot pour n'être pat injuste. Spon^ Senebier, Cramer^ Saussure^ Deluc^ Rouiseau^ etc.^ etc., sont bien incontestablement Genevois, el ce ne sont pas des noms vulgaires.
J'ai profité d'un bal de cour dont je me suis dispensé, pour esquisser la réponse que vous m'avez demandée. Je l'ai écrite, calamo scribœ velociter scribeniis, et ainsi dire sans respirer; c'est ainsi que je l'écrirais, qui sait si c'est la manière qui vous convient? Tirezde ce vilain brouillard comme vous pourrez, et si le fnh jet ne vous plaît pas, livrez-le sans façon au dieu Yulcain. Ce que je vous demande. Monsieur l'abbé, très-expUcîlement et sur votre parole d'honneur, c'est que mon ne soit point prononcé, et que pour aucune raison écriture ne paraisse.
J'ai vu , à Paris , M. l'abbé de Trevem , qui est homme d'un très-grand mérite. Je n'ai pu lire encore ouvrage , faute de temps. Je sais cependant qu'il contient d'excellentes choses ; malheureusement l'ouvrage est gai» lican à l'excès , et j'ai eu lieu de me convaincre, par la conversation même de l'auteur, que, suivant lui, les pré' tentions de la cour de Borne sont le véritable obstacle à fa réunion des chrétiens. Vous voyez que nous ne sommes pas tout à fait du même régiment. Croyez que les quatre articles font à l'Église autant de mal qu'une hérésie formelle.
À H. l'abbé yuarin. 489
Agréez^ Monsieur Tabbé, Fassurance bien sincère de la haute estime et de la respectueuse considération avec la^ quelle j'ai Fhonneur d'être.
148. .^ j|^ M. Dun&onty baclieller en droite à CHliises, proTince de VtLueignjf en fiaToie.
Tarin , 27 février I8I8.
Monsieur^
Si je n'ai pas répliqué plus tôt à votre intéressante lettre du 16 janvier, c'est que je suis très-peu maître de mon temps, et que, d'ailleurs, je désirais connaître le sentiment de l'Académie des sciences, juge naturel de ces sortes de choses. Je vous le dis avec un véritable regret. Monsieur, mais je ne crois pas que vous obteniez ici aucune protection, et je doute surtout que l'Académie vous soit favorable .Vos lectures auront pu vous convaincre. Monsieur, qu'il y a une opinion générale contraire à la pasigraphie ; dernièrement encore, en feuilletant un ouvrage immense et singulier de M. Anquei\\(Oupnek'haty ou Philosophie indienne), j^ai rencontré un trait assez violent contre le nouvel arcane. Je suis en mon particulier, ainsi que j'ai eu l'honneur de vous le dire, au nombre des hommes les plus désireux d'être détrompés et instruits; mais, en attendant, mes doutes subsistent de toute leur force, et j'en reviens toujours à l'écriture chinoise. Vous êtes surpris. Monsieur, ' que je compare une langue qui compte quatre-^ingt mille caractères, avec la pasigraphie, qui n'en présente que douze; mais je suis surpris, à mon tour, de votre manière de concevoir cette prodigieuse langue chinoise : a Elle « n'a que trois caractères (je cite un auteur sûr) : la
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a ligne droite^ la ligne courbe^ et le point. Chacun d'eux « est différemment placé et répété plus ou moins de fois, a mais toujours sans faire aucui^ confusion à la vue. Les (( diverses combinaisons de ces trois sortes de traits force ment les deux cent quatorze caractères radicaux^ ou c( éléments de la langue chinoise. Chacun de ces élém^ats a répond à une idée simple ou générale et plus commone; il et ces éléments combinés les uns avec las autres fo^ a ment les soixante ou quatre-vingt mille caractères dont « récriture chinoise est composée. On nomme ces deux a cent quatorze caractères clefs ou racines, et ib forment « dans les dictionnaires les deux cent quatorze classes ou a genres différents^ sous lesquels on range les caractères a dont ils font la partie principale^ etc.^ etc. s
Et que peuvent être vos tableaux ^ Monsieur^ sinon les classes ou genres chinois? La langue de la Chine n'a que quinze cents mots, tous monosyllabes, de sorte que chacun de ces mots doit avoir de quarante à cinquante significations; mais celui qui en connaît quinze ou vingt peut déjà lire un très-grand nombre de livres.
Le Chinois veut-il exprimer un son et non une idée (par exemple, un nom propre) ? il cherche dans sa langue les sons dont il a besoin, il trace à côté une ligne qui avertit de les prendre comme sons. Supposons, par exem pie, que le monosyllabe du, dans sa langue, signifie /)Ottdre, et que Tautre monosyllabe mont signifie canon; s'il
du
écrit .^f^ onliraDwwion^, et non point poudre àea*
non, et Ton sait qu'il s'agit d*un nom propre; quesll ne trouve point dans ses quinze cents monosyllabes de sons propres à rendre ceux du nom qu'on lui propose, le Chinois ne peut plus récrire, ou il faut qu'il le défigiue de la manière la plus étrange. C'est ainsi que mon nom, sous la plume des Chinois, est devenu Massiteli.
A M. DUHONT. 491
J'ai sous les yeux , dans ce moment, une ode obinoise traduite en français par le P. Âmiot, et en anglais par le chevalier Jones, Elles renferment des différences qui tien* nent à la langue, parce que, dans toute langue qui représente les idées, l'exactitude est impossible. Vous me par* lez de langage humain oculaire: je vous demande pardon. Monsieur, mais je ne puis vous comprendre. Si vos caractère! ont des noms, et si ces noms réunis en forment d^antres, comme dans la langue chinoise, c'est autre chose. Je comprends, par exemple , que vous pouvez écrire abimey et m'empAcher de lire précipice; différemment, la chose me parait métaphysiquement impossible. Je ne vois, ni dans votre prospectus ni dans votre lettre, si vos caractères ont des noms. Les prononcez-vous, ou ne sontrQs Mis que pour les yeux? Pouvez-vous dire, comme le Chinois, le signe pi, le signe /o, le signe... etc.? Une expérience décisive serait fort de mon goût : je voudrais dic^ ter quarante ou cinquante mots à un pasigraphe, puis les mêmes à un autre, et à part; ensuite je les prierais d^échanger les deux écritures pasigraphiées, et de m'en faire lecture l'un après l'autre, et à part : s'ils me lisent les mêmes mots, la question est décidée quant à la réalité de l'invention. — Mais prenez garde. Monsieur, qu'elle ne le serait point encore sous le rapport de l'utilité ; ce qu'il me serait aisé de prouver si je n^étais pas forcé de ménager le temps. — Toutes ces difficultés, au reste, partent d'un homme qui prend le plus vif intérêt à la chose, et qui voudi'ait de tout son cœur se tromper. Je fais le plus grand cas des lumières, de la sagacité de M. le chevalier de Maimieux et de l'intrépide persévérance (mère unique des grands succès) avec laqueÛe il s'est appliqué , depuis tant d'années, à la découverte et au perfectionnement de son grand œuvre. A tous les sentiments que m'inspirent ses talents, j'ajoute celui de la reconnaissance que je dois
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à intérêt qu'A veut bien accorder à quelques oposcoks que j'ai lancés dans le monde.
Rien n^égale^ Mon^eur^ llntérèt que je prends à fos succès, et TOUS me trouverez toujours disposé à voosdoDner des preuves de l'estime particulière et de la considération la plus distinguée a?ec laquelle j'ai l'honneur d'èfze, votre très-humble^ Le comte de M.
P.S. Si vous écrivez à M. le chevalier de Maimieox, fiites-lui sentir Fextréme importance d'une dissertatioD métaphysique qui fasse connaître l'essence de sa découverte. Je ne sais pas le chinois^ et cependant je sais ce que c'est, comme je connais l'essence de l'algèbre^ quoique je ne sois pas algébriste. Entendez-^ous donc avec M. le chevalier de Maimieux, et mettez-moi en état de célébra sa décooverte : personne ne parlera plus haut que moi^ dès que je saurai de quoi il s'agit.