‹ Lettres et opuscules inéditsChapitre 154 sur 166 · A M. 4e TcUtclia«rofff · texte numérisé non relu

A M. 4e TcUtclia«rofff

TariD, 4 mars isiflb

Monsieur,

Votre lettre du 11 février m'a fait tout le plaisir imaginable, en m'apprenant que vous êtes enfin sous notre beau ciel, et que vous étiez venu cueillir les premières violettes de l'Étrurie. Soyez donc le bien-arrivé. Monsieur. Je vous remercie de votre aimable épître, et du paquet qu'elle accompagnait. Que vous avez bien fait de venir joindre votre excellent frère ! Jl ne lui est pas bon cFêtre seul. Plût à

(1) Frère de Tamiral.

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Dieu que je fusse libre ! je courrais sur vos pas, et j'espère que vous me recevriez en tiers. 11 me serait bien doux de me trouver encore à table avec vous sur les bords du Tibre, pour dire à l'amiral : Ah ! le vilain petit ruisseau fangeux, en comparaison de la profonde et belle Neva! Je serais curieux de voir comment il me prouverait le contraire; malheureusement je ne puis me procurer ce plaisir. Toujours chargé de chaînes, il faut que je me contente du Pô, sans savoir encore sur quel autre bord jlrai végéter. Mon sort est toujours douteux, l'oracle n'a pas parlé; il est probable cependant que je finirai par ce pays avec lequel M. Tamiral a fait connaissance, où il a été embrassé avec tant de plaisir par mon frère le pope, et où j'espère toujours le revoir, tôt ou tard. Priez-le de vous expliquer la partie d'échecs que nous jouons depuis plus d'une année, et qui est très-curieuse. Dans ma dernière lettre, je lui avais donné échec au roi par la dame; il a paré le coup, mais je médite une autre attaque par les fous, qui font tant de belles choses dans ce monde. Si les siens sont aussi instruits que les miens, je perds l'espérance de vaincre. La partie sera pat, et nous recommencerons. — Qu'il m'en croie cependant : tôt ou tard la reine fera une des siennes.

Il me paraît absolument ridicule que vous soyez en Italie, et que nous ne vivions pas ensemble. Embrassez bien ce cher amiral pour moi. Dites-lui bien qu'aucun temps, aucune distance, aucune affaire, ne peut le chasser ni Péloigner de mon souvenir. Hélas ! tout passe, — excepté ce qui ne passe pas.

Comment s'est-il amusé dans la YUle éternelle? Comment a-t-il été frappé de tant de grands souvenirs et de tant d'oppositions brillantes? Qu'a-t-il dit de cette lutte, unique dans l'univers, du génie antique et du génie moderne, qui semblent s'être donné rendez-vous sur le Capi-

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tole^ pour se colleter en face de Tunivers ? Que loi ont dit ces murs qui ont vu l'enlèvement des SaMoes^ le tribunal de Brutus, Finvasîon des Gaulois^ le camp d'Aiimbal, k triomphe de Scîpion^ la croix de saint Pierre^ les bacchanales de Néron^ le couronnement de Ghailemagne^ le trône de Grégoire Vn et de Léon X^ la république friA^ çiûse, et le retour de Pie Vtl? — En vérité , il y abiende quoi parier \ -^ mais, pour terminer le chattoe des Mi<f> quités, je vous prie en grâce de parler quelquefois de moi ensemble^ et d'être bien persuadé que je vous éniUnâ», puisque je vous écoute.

Je vous embrasse tendrement^ Monsieur^ en vous assurant des sentiments étemels d'estime et d'attachement avec lesquels je suis^ plus que je ne puis vous reiprimer.

Votre très-humble serviteur et bon ami.

Mon fils est à Novarre ; bientôt il aura comiaissance de votre souvenir obligeant. Ma fenmie et mes filles^ qui se portent à merveille^ me chargent de mille compliments pour vous. Le frère pope, qui est depuis quelque temps évêque d'Aoste, et qui est venu à Turin pour être sacré, a de grandes prétentions sur le souvenir de M« l'amiral. Il veut que je lui parle du nouvel évêque conuno d'une vidlle connaissance.

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