A M. LB CHEVALIER DE HAISTRE
pour le récompenser. Bientôt Pabjuration et l'émigration rainèrent la femme comme le mari. Us vivaient Tun et l'autre très-étroîtement à Munich avec trois enfants^ lorsqu'il reçut Tordre tfen partir à Pépoque trop mémorable du mois d'avril dernier. La femme était malade ; on n'y eut aucun égard. Enfin^ après dé longs pourparlers^ on consentit à laisser tranquille la femme malade (ce que c'est queFhumanité!)^ à condition que le mari partirait! Celui-ci demande un passe-port à Tambassadeur d'Autriche pour venir en Russie ; il est refusé. — Mais, par charité, laissez-moi passer au moins par transit, comme une marchandise prohibée. — Point de raison. — Il s'adresse à la Prusse. — Permis de passer^ à la charge de ne pas séjourner. Enfin, il est ici, sans feu ni lieu, et ne sachant de quel bois faire flèche. Peu à peu on le connaît , on prend intérêt à lui, on Pinvite, et il a l'honneur de dîner chez M. de Narichkin avec M^ le grand-duc, qui lui tait conter son histoire. Le prince apprend qu'un autre Français émigi'é, nommé M. de Bonsaison, qui est employé dans la maison des cadets, était venu chercher M. de Moutiers, et lui avait dit : « Monsietu», je n'ai qu'un petit lo- I gement et de faibles moyens ; mais je ne puis supporter d'idée d'un homme comme vous à l'auberge: venez chez «moi.» Le surlendemain, le grand-duc s'est rendu à l'école des cadets, où il a dit publiquement à M. de Bonsaison : 0 Monsieur, je suis venu exprès pour vous remercier de votre conduite à l'égard de M. le comte de Moutiers, et je veux avoir le plaisir de vous embrasser ; » ce qu'il a fait. Ensuite, il a donné à M. de Moutiers un logement dans le palais de marbre, qui appartient aujourd'hui àS. A. L,et neuf cents roubles de pension sur sa cassette. Le Français était au comble de ses vœux, d'autant plus que, dans ce pays, le logement emporte toujours la lumière et le bois. Bientôt après il reçoit, sans en avoir eu le plu? 1. 5
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léger avant-^oûty une lettre de M. de Mouravieff ^ ministre du cabinet, par laquelle ce dernier lui transmet l'expédition authentique de S. M. I.^ qui assigne à H. le comte dt Moutiers une pension viagère de quatorze cents roubles, dont la moitié sera réversible à sa temme^ comme un témoignage de l'estime de S. M. pour le noble dévouement le M. de Moutiers à la personne de son maître. — Il faut entendre ce père et ce mari qui n'a plus de soud^ et qui va jouir de sa famille.
Lorsqu'on a conté de pareils traits^ il faut se taire, car il n'y a pas moyen de les louer assez.
n y a un siècle plus ou moins que t'ai envoyé une procuration bien inutile, peut-être; cependant il est bon que tu l'aies; mande-moi si tu Tas reçue. Je ne compte plus du tout sur ce drôle de S. L'honnête homme qui va à la messe est plus honnête homme que l'honnête homme qui n'y va pas; mais le fripon qui y va est aussi plus fripon que le fripon qui n'y va pas. Ainsi n'en parlons plus : jamais il ne me donnera un centime.
J*ai été ravi de la belle poésie que vous avez envoyée à Moscou ily a quelques moimLes strophes sont charmantes, et le révérend André Malherbe n'est pas moins parfait dans son genre. Mon frère Xavier dit une fort plaisante chose à ce sujet. Il prétend que vous êtes nécessairement possédés du diable, vu qu'à notre âge les Muses ne s'en mêlent plus. Sed de his satis.
Je ne puis écrire autant que je le voudrais^ mais jamais je ne vous perds de vue. Vous êtes tous dans mon cœur; vous ne pouvez en sortir que lorsqu'il cessera de battre. A six cents lieues de distance, les idées de famille^ les souvenirs de Penfance me ravissent de tristesse. Je vois ma mère qui se promène dans ma chambre avec sa figure sainte^ e1 en t'écrivant ceci je pleure comme un enfant, n y a îiet d'autres personnes que je me rappelle, quoiqu'elles soieni