A niadame la comteaie TriMino , née €rhilllno
Saint-Pétersbourg , 26 mars 1805.
C'est par ma faute, Madame la comtesse , c'est pai' ma faute, et c'est par ma très-grande faute. Chaque jour je me disais ; Chien de paresseux, sais-tu ce qui arrivera? Un beau jour tu verras arriver une lettre de cette aimable comtesse qui te préviendra, et tu mourras de honte. J'ai parfaitement deviné. La lettre est arrivée, et me voilà tout
honteux. Maintenant que je vous ai fait ma confession^ écoutez mes excuses, Madame. Il y a dans mon pays un proverbe plein de sens qui dit : Tai tant â^affairesy que je vais me coticher. G^est précisément ce qui m'arrive. J'ai tant d^afiaires, que je vais me coucher, ou, si vous voulez la vérité comme en confession, j'ai tant d'alFaires, que je n'en fais qu'une. // n*est pas bon à l'homme cfêtre seul, dit la Bible ; je m'en aperçois trop. Je suis seul, et la plus juste délicatesse m'empêche de demander des aides. Je plie sous le faix, d'autant plus que c'est ici un devoir de conscience de perdre la moitié de la journée, et qu'on passe une grande partie de la vie en carrosse. Ne pouvant plus écrire à tout le monde, je me suis mis à n'écrire à personne, excepté à ma femme et à mes enfants. En m'excusant ainsi. Madame la comtesse, je ne continue pas moins à me frapper la poitrine; car j'ai eu grand tort de ne pas faire une distinction en faveur d'une personne que je distingue autant. Je ne puis vous décrire le plaisir avec lequel j'ai vu arriver votre lettre, quoiqu'elle dût m'apporter quelques remords. Comment donc ! elle se souvient toujours de moi, de moi qui le mérite si peu ! Croyez, Madame la comtesse , qu'on ne peut être plus sensible que je le suis à vos aimables gronderies ; je veux cependant ne plus les mériter.
Vous me demandez, Madame, ce que je dis de tout ce qui se passe? N'avez-vous jamais lu dans une fameuse comédie française : « Pour moi, je ne sais qu'en dire ; voilà ma manière de penser. » Et moi. Madame, je pense précisément comme le divin Bridoison; c'est Favis le plus sûr ; en s'y tenant mordicus, on se moque de la critique. Je voudrais bien rire avec le docteur de ses aimables compatriotes. Il faut avouer qu'en comparant ce qu'ils ont promis au monde avec ce qu'ils ont obtenu , on les trouve de fort jolis personnages! Vivent la liberté et l'égalité l
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mais surtout vivent les droits de l%omme ! qui sont bien^ je vous l'assure, la plus belle chose du monde après les droits de la femme^ que je vénère infiniment^ et que j'ai ârés au clair depuis longtemps. Attaquez-moi seulement sur ce chapitre^ vous verrez si je suis profond.
Mille et mille grftces, Madame la comtesse^ des nouvelles que vous m'avez données. Toutes les fois qu'il se passera près de vous quelque chose d'un peu éclatant, vous m'obligerez toujours beaucoup de m'en faire part; mais si vous laissez passer un courrier^ les gazettes vous préviendront toujours, n y a de Tartifice dans cette observation. Que voulez-vous? Fégoïsme et l'intérêt se fourrent partout.
Si j'en juge d'après votre bonté, qui m'est si connue. Madame la comtesse, vous me reprocheriez formellement de terminer une lettre sans vous parler de moi. Je commence par me débarrasser de ce qu'il y a de désagréable dans mon histoire. Il m'est arrivé un grand malheur. Madame. Vous rappelleriez-vous, par hasard, de m'avoir vu une opale de Vicence montée en bague, qui contenait une goutte d'eau ? Cette goutte d'eau a beaucoup fait parler ici; on me disait : « Cela n'est pas naturel. Oui, non. » Enfin , on n'en finissait pas. On voulait même m'engager à dessertir la bague pour faire Tessai; moi, je n'avais jamais voulu m'y prêter, et j'avais toujours beaucoup d'amour pour ma bague. Un beau jour il me prend la fantaisie de la regarder à la lumière. Adieu, goutte ! — Elle a disparu. — Comment? par où ? Ma foi, je n'en sais rien ; le fait est qu'elle a disparu. J'ai versé des torrents de larmes; et quoique ma bague ait perdu toutes ses grâces par cette foudroyante évaporation , je n'ai pas eu la force de m'en séparer. Je la porte toujours très-honorablement.
Voilà, Madame la comtesse, ce qui m'est arrivé déplus
remaniiuMe daos k geoie friile. Le diifi^ â*est malbeiiieiiseiDeiit pas oflbBl, iiéaDKMK i est p^ ssUe. On conlmiie i me mootaetkà hfifoiip de booté. Le climat (chose étrange!) me coeiiail extrêmeaKDt. Je suis certainement le seul être fanmnn ihwA en Bosaie qui ait passé deux hivers sans bottes et sas ckqieao. Je vis dans one parfaite liberté; le sonfenbi est adorable, non point en st^ d*épltre dédicatoire, mais en stjie de lettre confidentielle. Enfin , Madame^ jen'amaisnidlement à me (rfaindre de mon sort^ s'U ne me mmqoait pas deox petits articles : ma famille^ et quarante môle roablesde rente.
Je voudrais bien répondre anx questions qœ Totre anntié m'adresse sur mes espérances^ mais je vois qoH neme reste plus assez de papier. QaH toos suffise de sof oir^ Madame, que Te^rance est^ ainsi que nous Tensagne le Catéchisme^ une vertu indispensaUe pour le saint ^ tout comme la foi et la charité. — Aije tout dit? Non. Il fimt que je vous gronde sur Tépîthète d'insipide que vous osez donner à vos lettres. C'est une horreur. Je vous ai recommandé la langue italienne^ précisément dans Feqpérance d'y gagner quelques lignes^ même quelques syllabes. Voyez, Madame, conmie vos lettres sosA insiindes pour moi ! — Mais vous savez bien ce quil en est, dans votre conscience. Adieu, MaHump la comtesse. Ne m'effacez jamais de la liste de vos amis, malgré le iesaçs et Tabsence, et croyez que je mériterai constamment ce titre, lors même qu'il m'arrivera d'être paresseux. Adieu. Gomment pourraî-je jamais reconnattre les politesses dont vous m'avez comblé? Ma mémoire me reporte sans cesse vers cette époque malheureusemait trc^ courte, et ma reconnaissance est aussi fraîche que le jour où je quittai Rome.
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