‹ Lettres et opuscules inéditsChapitre 36 sur 166 · A madaiULe la marquise de Priero · texte numérisé non relu

A madaiULe la marquise de Priero

Août 1805.

J'ai reçu avec un extrême plaisir. Madame la marquise, wtre lettre du 28 mai. J'y réplique un peu tard, comme

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VOUS voyez; mais que voulez-vous? j'écris quand je pois. D'ailleurs^ j'attends les occaàons, au moins jusqu'à Vienne^ autant qu'il m'est possible. Je ne saurais trop vous remercier, Madame, de toutes les précautions que vous avez bien voulu prendre pour faire arriver ces deux portraits jusqu'à moi. Je me réâgne à les recevoir tard^ pourvu qu'ils arrivent enfin. Quant au mien, il est probablement ce qu'on appelle flambé. Il est parti d'ici le 4 (16) décembre 1804 par un courrier de cabinet napolitain^ qui avait pour instruction, dans le cas où il ne pourrait entrer à Floi^ence, de le remettre à Rome au chargé d'aflTaires de S. M. Sicilienne. Le courrier, en effet, ne put passer à Florence, à cause de la maudite fièvre jaune; mab, an lieu de remettre le paquet à Rome^, il s'en alla droit à Naples, d'où le plfco fut renvoyé à Rome. Dès lors, le duc de Serra-Capriola en a demandé compte officiellement, d'autant plus que le portrait était joint à beaucoup de lettres. Il n'a \)oint encore de réponse, mais il a répliqué ses sommations, et il prétend que le paquet ne peut être perdu. Nous verrons.

Dimanche 43 (25), il m'est arrivé un petit secrétaire, précisément d'aussi bonne famille que moi, et que je n'avais pas vu depuis trois ans. Sa sœur s'appelle Adèle : vous le connaissez donc? Vous voyez d'où vous êtes. Madame la marquise, les transports de joie qui ont dû accompagner cette entrevue. La joie cependant est bien loin d'être pure (cb mon Dieu ! y en a-t-il de telle?); la séparation a fait tant de mal dans l'endroit où elle a eu lieu, que je n'ai pu sentir toute la douceur de la réunion qui s'est faite ici. Enfin , prenons ce qui nous vient. A cette belle époque il ne faut pas être si difficile.

Mille grâces, Madame la marquise, pour tous les soins que vous avez bien voulu vous donner autour de cette lettre essentielle. J'ai déjà la certitude qu'elle est parvenue. Je

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TOUS vois d'ici rire, ma lettre à la main^ de cette dbùse qui devait nécessairement produire quelque chose ou rien. Avouez qu'il fallait beaucoup de pénétration pour deviner aussi juste !

C'est donc vous^ Madame la marquise^ qui avez promené la sdence en jupon (1) ! Je vous en félicite, et je suis charmé que vous ayez pu^ comme moi^ examiner de près cette femme célèbre ou fameuse qui aurait pu être adorable^ et qui a voulu n*èire qu''extraordinaire. Il ne faut pas disputer des goûts; mais^ suivant le mien, elle s'est bien trompée. Je trouve que vous la jugez parfaitement bien , excepté dans Pendroit où vous dites que souvent elle dit des choses qu^elle ne pense pas. Oh ! pardonnez-moi^ Madame la marquise. Elle dit fort bien ce qu'elle veut dire. Je ne connais pas de tête aussi complètement pervertie; c'est Topération infaillible de la philosophie moderne sur toute femme quelconque^ mais le cœur n'est pas mauvais du tout. A cet égard, on lui a fait tort. Quant à Tesprit, elle en a prodigieusement , surtout, comme vous le dites fort bien, lorsqu'elle ne cherche pas à en avoir. N'ayant étudié ensemble ni en théologie ni en politique, nous avons donné en Suisse des scènes à mourir de rire, cependant sans nous brouiller jamais. Son père, qui vivait alors, était parent et ami de gens que j'aime de tout mon cœur, et que, pour tout au monde, je n'aurais pas voulu chagriner. Je laissai donc crier les émigrés qui nous entouraient, sans vouloir jamais tirer Tépée. On me sut gré de celte modération, de manière qu'il y a touiours eu entre cette famille et moi paix et amitié, malgré la différence des bannières. Si vous entretenez quelque correspondance avec la belle dame, je vous prie de la remercier de son souvenu*, et de l'assurer du

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mien (ah! pour cela je ne mens pas); ajoutez, si vous voulez. Madame la marquise, que dans Vexii de Sardaigne je me souvins, il y a trois ou quatre ans, de nos smrées helvétiques, et que je chargeai ma vieiUe amie^ madame Hubert^ de lui envoyer des assurances fonneiles. Malheoreusement cette lettre se perdit ; mais madame Hubert m'éorivit que c'était égal, parce que ma passion était connue.

Vous verrez. Madame la marquise, par le timive de cette lettre, que j'ai voulu parer aux petits inconvénients qui s'opposent quelquefois à la marche des lettres. En vérité, on devrait bien avoir une considération particulière pour les gens de bien, tels que nous, qui s'écrivent comme les anciens Romains : Si vous vous portez bien y & est fort bien; pour moi, je me porte bien. Si par hasard vous trouvez une incluse sous cette enveloppe, je vous prie de lui donner cours.

Agréez, Madame la marquise, les nouvelles assurances des sentiments pleins de regret et de dévouement avec lesquels je suis, pour la vie.

Votre très-humble et très-obéissant serviteur.

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