A ■• le iNuron &e IFtMÈimmÈ, à IVIce
Saiot-Pétersbourg» 28 Juillet (0 août) ia06»
Je ne sais^ mon cher cousin^ si vous reconnaissez cette écriture. Vous la reconnaîtrez sûrement^ si elle n'a pas jba&. changé que le cœur de celui qui la trace : toujours TOuâ m'avez été présent; mais^ au milieu des catastrophes da monde et de celles de ma famille en particulier^ vous sentez les raisons qui m'ont fait supprimer plusieurs correspondances. Je mène^ depuis quinze ou seize ans^ une vie extrêmement agitée. De votre observatoire vous avez n mes phases. De mon côté^ j'ai su combien vous avez été a^té sans changer de place : il faut baisser la tête* CosI si vuole là, dove si pub quel che si vuole. Je ne me rappelle pas le vers; mais la prose est bien raisonnable. Vous m'avez dit souvent, mon cher parent, que lorsque TOUS me vîtes pour la première fois, peu de temps après mon arrivée dans le monde, je ne savais dire que Ba! aujourdTiuî, je dis Ha ! Voilà tout le changement qui s^est opéré en un demi-siècle : avouez que j'ai fait de grands progrès! Et vous, mon cousin, que faites-vous, et comment vous portez-vous? Donnez-moi aussi des nouvelles de madame votre sœur et de son mari. Êtes-vous toujours demeuré seul chez vous comme an anachorète, depuis la mort du digne abbé? Lorsque je pense à vous, ce qui m'arrive souvent, il me semble que je vous vois faire toujours la même chose : je vous vois partir après dîner de la ré* gion de Sainte-Réparata, et vous acheminer du côté de la place Saint-Dominique (qui peut-être a changé de nom). Écrivez-moi si je me trompe, afin que mon imagination sache toujours où vous prendre. Heureux l'homme qui peut
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vieillir à côté des mêmes amis ! C^est le bonheur qui m'a * été refusé ; si vous Tavez^ rien ne vous manque.
Le 3 décembre 1778, sur les huit heures du soir, je pris à congé tristement de deux personnes de votre connaissance; ■ vous étiez avec moi, si vous vous le rappelez, et m'accompa- ^ gnâtes chez vous. Le 22 décembre 1797, je les revis à Tarin ; mais l'aimable Apollonie était sur le point de changer '^ de nom, et je m'aperçus que dans son cœur, trop occupé, = il n'y avait plus de place pour Pamitié. S'appelle-t-elleau- i jourd^hui d'Ernest? Est-elle heureuse? Est-elle toujours > auprès de madame sa mère ? Dans ce cas, supposé que vous me répondiez comme je l'espère, priez-la d'écrire de sa main Poulon dans votre lettre. Si cependant c'est une indiscrétion , je retire ma demande. Ce qui sûrement n'en est pas une, c'est de vous prier d'être auprès de la mère et de la fille Pinterprète de mon tendre respect et de mon inaltérable attachement. Jenevousdisrien de ma famille; vous savez où elle est; vous savez que je n'ai que mon fils auprès de moi, et que je ne connais pas la cadette de mes filles. Cette séparation , dont je ne vois pas le terme, est une plaie douloureuse. Je soufTre pour moi, et je souffre pour la pauvre mère qui m'a donné souvent de vos nouvelles, et qui m'a fait connaître vos intentions délicates à mon égard. Rien, dans ce genre, ne peut me surprendre de votre part. 0 fontaine du Temple ! ô grotte de Magnan, que vous êtes loin, et dans le temps et dans l'espace!
L'homme n'a que des rêves : il n'est lui-même qu'un rêve. Exceptons cependant, pour nous consoler, l'amitié, la reconnaissance, tous les bons sentiments, tous ceux surtout qui sont faits pour unir les hommes estimables. Madame la comtesse vous a sans doute appris tout ce que je pourrais vous apprendre moi-même sur moi-même. Tombé comme tant d'autres, je suis plus heureux que
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d'autres. Je jouis de la plus noble et de la plus généreuse protection^ de la liberté la plus parfaite^ de mes livres et de mon fils. Le reste est un vain songe. Vous savez ce qui me manque; à cet égard Je n'ai pas d'espérances fixes ^ je n'ai peut-être pas même celles qui me seraient dues; mais je brise sur ce triste sujet. Adieu ^ mille fois^ mon Ms-cher et digne parent. Adieu. J'aurais bien voulu vous voir encore sur cette abominable terre. — Elle Test moins àcAté des hommes qui vous ressemblent; mais il y a enire nous un invincible veto. Mon cœur^ toujours le même pour vous^ ne cessera de vous chérir.