PE M. LE COMTE JOSEPH DE MÀISTSS
« maître dans tous ses malheurs, son intention Wài de mourir « à son service ; que si par suite de cette déclaration il pouvait « être rayé de la liste des émigrés comme étranger, et obtenir éven- R taellement la liberté de revoir ses amis, ses pareiA et le lieu de ■ sa naissance, cette faveur ou plutôt cet acte de justice lui serait « précieux. • ^
Dans cette iiiniii.nmird 1802, il reçut du roi Tordre de se rendre à Pétersbour^ en qualité d'envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiflk. Ce M une nouvelle douleur, un nouveau sacrifice, le plus pénible sans doutakifue son dévooÉnent à son midtre pût., hd imposer. Il fallait se séparer de sa fenmie et de ses enfants sans prévoir un terme à ce cruel veuvage, entreprendre une nouvelle .^arrière et des fonctions que le malheur des temps rendait difficiles et dépouillées de tout éclat consolateur. Il partit pour Pétersboorg ; c'était au conmiencement du règne d'Alexandre , jeune prince plein de douceur, fff sentiments généreux et d'amour du bien. Il'ifonservait au fom du cœur des principes sincèrement religieux, que son précepteur La Harpe n'avait pu étouffer. M. de Maistre parut dans la société avec l'humble fierté d'un haut caractère ; son amabilité enjouée, son esprit naturel, ses connaissances profondes et variées, l'intérêt qui s'attache toujours à un dévouement sans bornes, lui attirèrent cette considéhition personnelle, apanage du vrai mérite. Il eut, dans les hautes classes de la société, de nombreux et de véritables amis. Connu bientôt et distingué par i'auguste souverain auprès duquel il était accrédité, l'empereiur lui-même daigna lui donner de nombreuses preuves de son estime. Les officiers piémontais qui se rendirent en Russie pour continuer a servir la cause de leur maître sous les drapeaux de son auguste allié, ressentirent les effets de la faveur personnelle dont le comte de Maistre jouissait : ils furent reçus avec leurs grades et leur ancienneté, et placés honorablement. L'un d'eux, le chevalier Vayra, étant malheureusement mort en route, et par conséquent avant d'être entré au service de Russie, sa veuve reçut cependant une pension qu'elle conserva toute sa vie. Parmi ces officiers, il en était un qui, après avoir servi en Italie comme officier d'état-major dans l'armée de Souwarofi^, avait accompagné le maréchal dans sa malheureuse retraite : c'était le frère du comte de Maistre ; il avait quitté le service et s'était retiré à Moscou, charmant son exil par la
société d'excellents amis, par la société tout aussi fidèle des sciences
ÏO HOTICB BIOGRÀPHIQini
et det beanx-arfi. Par une faveur souveraiiie, soaTeraineniait délicate, Alexandre réunit les deux frères en nommant le eomie Xavier lieutenant colonel directeur de la bibliothèque et du musée de FAmirauté. Ce fat une joie sensible pour le comte de Maislre; nous en trouvons Texpression dans la lettre qu'il adressa alors à Fcmpereur Alexandre , et que nous insérons ici avec 1» r^nse de Sa Mitjesté Impériale :
A 51 MAJESTÉ IMPÉRIALE l'eMPEBEDR DE TOU^ LES MUSSUS.
«Sire,
« Son Excellence monsieur le Ministre de la marine vient de me . « faire connaître que Votre Majesté avait daigné attacher mon frère « à son service, en lui confiant la place de directeur de la bibUo- « thèque et du musée de l'Amirauté.
« Votre Majesté Impériale, en me le rendant, me rend la vie bien « moins amère. C'est un bienfait accordé à moi autant qu'à lui. « J'espère donc qu'elle me permettra de mettre à ses pieds les sen- « timents dont cette faveur m'a pénétré. Si je pouvais oublier les « fonctions que j'ai l'honneur d'exercer auprès de Votre Bfajesté « Impériale, j'envierais à mon frère le bonheur qu'il aura de lui
• consacrer toutes ses facultés. Jamais au moins il ne me surpas- « sera dans la reconnaissance, le dévouement sans bornes, et le trèsi- « profond respect avec lequel, etc.
« Saiat-Péteribourg, ce I8 avril 1805.
« DE MaISTRB. »