A M. le cheTalier Ganières, chargée d'affaires
de li. m. à Vienne.
Saint-Pétersbourg, 30 (18) Juin I807.
Bien longtemps avant l'arrivée de cette lettre. Monsieur le chevalier, vous aurez reçu la nouvelle de la bataille du 14 juin. 11 y aura sur cet événement beaucoup d'exagérations françaises, auxquelles vous ne devez pas croire. Les Russes se sont maintenus, dans cette occasion, au rang deà soldats les plus intrépides, et très-certainement Bonaparte n'en a jamais combattu de supérieurs ; mais il est habile, il est accoutumé à vaincre, il est redouté, il ne se gêne pour rien; il prend ce que les autres achètent, il
arrache ce que les autres sollicitent : malgré ces avantages et beaucoup d'autres, je tiens pour sûr qu'il n'aurait pas avancé sans celui du nombre, dont il n'a jamais été possible de le priver. On ne contestera jamais aux Russes l'honneur de s'être noblement et bravement battus pour tout le monde : malheureusement tout le monde n'a pu se réimir pour combattre l'ennemi de tout le monde, qui recrutait dans tout le monde. — Tant pis pour tout le monde. Si ceci est un jeu de mots, j'en serai bien fâché, car il n^y a rien que je déteste comme les jeux de mots. Les Russes, au reste, se sont retirés en fort bon ordre, sans perdre, ainsi qu'on Fassure constamment, ni canons ni drapeaux. Tout est donc à sa" place; mon cœur n'en est pas moins percé et transpercé de douleur de ce que les choses n'ont pas tourné comme nous devions l'espérer. Revenons donc à l'Horace de notre jeunesse : Levius fit patientittj etc. Mon fils se portait bien le 15.
J^ai Phonneur d'être.