A M. le g^énéral Pardo, ministre d'Espa^rne
Saint-Pétersbourg, 20 mars {V avril) I806.
Monsieur le général.
Je viens de hre avec un plaisir infini votre Examen ana- * lytique du tableau de la Transfiguration^ qui est, dans le vrai, un traité complet sur la peinture antique et moderne. Cet ouvrage réunit tous les genres de mérites : logique saine, observations fines, analyses déUées, érudition choisie, toujours prise aux so"»»ces mêmes, et jamais dans les
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dictionnaires ou dans les tables de matières. Bon Um d'ailleurs ^ style de bonne compagnie , et grâce castîHane revenue de Paris. Rien n'y manque, à mon avis; et le titre * înême a un grand mérite, en ce qu'il ne promet qu'une très-légère partie de ce que vous donnez.
Tout de suite j'ai fait passer cet excellent livre à mon
digne ami M. le comte de Blacas, qui ne s'amusera peut-
: être pas autant que moi avec les passages de Platon et
I d'Aristote, mais qui est bien plus digne, en revanche, de
rendre à Fauteur toute la justice qui lui est due en qualité
I de connaisseur.
S'il vous était jamais possible , Monsieur le général, lorsque le livre sera retourné dans vos m<ûns, de vous en séparer de nouveau pour quelques jours en ma faveur, je trouverais peut-être le courage de vous présenter quelques doutes qui flottent depuis longtemps dans ma tète sur le beau en général, et sur d'autres objets moins abstraits. En attendant. Monsieur le général, me permeltrez-vous d'arrêter votre attention sur un passage de Quintilien extrêmement précieux, mais que vous ne paraissez pas avoir traduit avec le même bonheur qui vous l'a fait trouver, — page 127 : Nec pictura in qua nihil circumlitum est eminet : ideoque artifices^ etiam quum plura in eadem tabula opéra contulerunt spatiis distinguunt, ne umhrœ in corpora cadant. Vous traduisez : Ni tampoco sobresale ma pittura quando esta circumdada de obscuridad, etc. Si je ne me trompe infiniment. Monsieur le général, c'est tout le contraire. Quintilien veut dire qu'une figure n'a point de saillie lorsqu'elle n'est pas engàdbée dans l'otnhre. Et voilà pourquoi ^ ajoute-t-il, les anciens artistes, lors même que leurs tableaux contiennent plusieurs figures y ne les groupent jamais; ils les isolent constamment, de peur que l'une ne tombe dans l'ombre de l'autre et n'en soit éclipsée. Voilà j Monsieur le général (avec un peu de I. 12
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psffapfarase) , le vâritable sefns du passage. Vous me manderez peoirétre pourquoi je m'avise de traduire eifins artistes? A cause de contulerufd, qui me para rapporter assez clairement au temps passé. On n'avail droite ce me semble^ de traduire introduycen^ il faUait mtrûduyeieren (je barbarise peut-être ^ mms vous m tendez). Quand Texpression contulerunt ne ferait m qu'un doute^ je vous tiens pour obligé en conscience c laisser subsister.
Pour ee qui est des conséquences qu'on a droit de i de ce passage sur la manière des anciens peintres^ i en parierons^ j'espère^ une autre fois. Mais^ quoi qu'i soit, je crois comme vous, et peut-être plus que vous je ne suis point obligé d'être modeste pour vous)^ que ^ avez indiqué un passage décisif.
Afin de payer faiblement^ mais au moins en mon qui ait cours chez vous^ le plaisir que vous m'avez | curé, j'ai Thonneur de vous adresser le premier vol de la philosophie de Stay. Je ne connais pas de plus gi effort de latinité moderne. Voyez, je vous prie, sans ; plus loin (Préf., p. xviij), comme il a exprimé les ( règles : que la vitesse est comme les temps divisés par pace; et que les solides semblables sont comme les c de leurs côtés homologues.
Agréez ; je vous prie^ l'assurance de la haute cons ration.-
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