‹ Lettres et opuscules inéditsChapitre 72 sur 166 · f A« eomte Rodolphe · texte numérisé non relu

f A« eomte Rodolphe

30 mai 1808.

J'ai reçu avec un extrême plaisir, mon très-cher enfant, votre lettre de Saint-Michel, du 19 mai. Je commençais à m'impatienter; car vous savez que celui qui demeure trouve toujours le temps plus long que celui qui court le monde. Vous avez pris le bon parti que je vous ai toujours recommandé, celui d'écrire quatre lignes par jour, où vous pouvez et quand vous pouvez, en attendant le bon plaisir d'un courrier. Hais il faut mettre la date du jour où vous terminez, ou en mettre deux. Je suis bien aise que vous ayez tout de suite été mis en activité^ et j'espère que cette campagne vous sera fort utile. Vous faites la guerre dans un pays extrêmement difficile, et vous avez d'excellentes cartes sous la main ; profitez-en pour vous faire un ail géographique : c'est là tout le militaire. Je ne parle pas ddia valeur, celui qui n'en a pas doit filer; mais vous ne sauriez croire combien je suis entiché de ce coup

d'œil géographique, et même topographique; ou je me trompe fort, ou c'est lui qui fait les généraux. J'aime fort que vous n'ayez peur de rien, quand il le faut; mais j'ai peur qu'il n'y ait de la témérité stérile à nager en Finlande avant la naissance des feuilles. Vous ferez bien, au reste, de vous exercer à la natation lorsque l'occasion s'en présentera. — J'ai bien ri du dialogue entre les deux militaires, et j'ai trouvé assez plaisant que vous ayez été l'ambassadeur de cette affaire; j'espère que les choses se calmeront. La pauvre marquise se mourrait de peur que la collision de ces deux têtes ne produisît quelque fâcheuse tempête; mais je vois que le jeune homme s'y est fort bien pris. D'ailleurs, il est aisé au supérieur d'être philosophe.

Je n'ai pas besoin de vous dire combien je désire vous revoir, puisque vous ne pouvez revenir que par une raison heureuse pour vous ; mais, dans ce moment, je n^ose me livrer à aucune espérance : l'heure n'est pas bonne. Vous saurez, mon cher ami, que j'ai pris le parti d'aller passer quinze jours ou trois semaines à la campagne, pour y vivre en parfaite solitude et jouir à mon aise de ma mauvaise humeur. C'est le comte de Czernicheff qui m*a déterminé. Ainsi; si vous arrivez ici, ne soyez pas surpris de ne pas me trouver; tout de suite je serai en ville. C'est un saut, comme vous savez : ma petite villégiatura ne gêne point le cours des lettres.

Point de nouvelles politiques, excepté que le roi d'Espagne a cédé ce royaume à l'empereur de France, ce qu'on ne saurait trop approuver; car pourquoi verser du sang inutilement? céder est toujours mieux. Je vous recommande de toutes mes foi*ces l'orthographe, mon cher enfant. Ceci n'est pas pédanterie paternelle : la connaissance du latin me rend ces fautes inexplicables. Bien entendu que si jamais vous gagnez des batailles, je n'ea parle plus, car le maréchal de Villars et cent autres ne savaient pas

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écrire; je parle^ en attendant. Âdieu^ mon cher enfant; vous savez si je m'occupe uniquement de vous. Vale, Rodolphtile mi suavissime.

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