A MADEMOISELLE ADÈLE DE HAISTBE
comprends fort bien tes dégoûts, quoique je ne sois point artiste. Ton oncle est sujet plus que personne à cette maladie; mais, dans les intervalles des paroxysmes, il enfante de jolies choses : j'espère que tu feras de même. Si j'étais auprès de toi, je saurais bien te faire marcher droit : mais ta mère est trop bonne ; je suis persuadé qu'elle ne te bat jamais ; sans cela il n'y a point d^éducation. Quel est ce peintre français dont tu veux m'envoyer les pensées extravagantes? J'imagine que tu ne veux pas parler des triumvirs du grand siècle : Lebrun, Lesueur, le Poussin. Ces trois-là en valent bien d^autres. Le troisième surtout (à la vérité tout à fait italianisé) est mon héros ; il n^y a pas de peinture que je comprenne mieux. Quant aux artistes français modernes, je te les livre. Alfieri a une tirade à mourir de rire sur les nations qui se font admirer à coups de canon. Il met à l'ordinaire beaucoup d^exagération dans ses idées, mais tout n'est pas faux. Voltaire disait sans façon au roi de Prusse : Un poêle est toujours fort bon à la tête de cent mille hommes. En suivant cette idée, je trouve que, lorsque huit cent mille hommes armés s'écrient ensemble qu'ils possèdent les plus grands artistes du monde, chacun fait bien de répondre : Vous avez raison. Cette époque, d'ailleurs si brillante, n^est cependant pas favorable ni à la poésie ni aux beaux-arts. Je t ejipliquerai ma pensée la première fois que j'aurai Fhonneur de te voir; c'est dommage, au reste, car la poésie et les ajts d'imitation auraient beau jeu dans ce moment.
Tu fais bien, ma chère enfant, de te jeter dans la bonne philosophie, et surtout de lire saint Augustin, qui fut sans contredit l'un des plus beaux génies de l'antiquité. Il a de grands rapports avec Platon. Il avait autant d'esprit et de connaissances que Cicéron : vraiment il n'écrit pas comme Marcus Tullius, mais ce fut la faute de son siècle. D'ailleurs que t'importe ? Tu n'es pas appelée à le lire dans sa
langue. Une demoisefle ne doit jamais saBr ses yen ; mâs sitapoiiTaislirelescoDfesâotis de Boossean qirès edes desaint Augustin^ ta sentirais nûeiiz, parle contraste^ ce qoe c'est qoe Fe^èce jinloBOfkiqae.
Adieu^ cher enfant de mon ccenrl Je fai parlé qndqoefcis de ma eorreqxmdance : c'est mie diose qm ne peot s'exprimer ; je géans, je succombe sons le fiûx. Ah! m ta étais id pour m'aider! Aa reste^ mon cher en&nt, tiens poar sûr qoe^ de toutes mes correspondances, fl d^ en a point dcHit j'aie aatant d'envie de medâtarrasserqoe de la tienne.
Saint*Pétenboiirg, 9 mai 1810.
J'ai chargé très-souvent notre cher duc. Monsieur le comte^ de vous témoigner combien j'étais sensible au souvenir obligeant dont voi;is n'avez cessé de me donner des preuves dans toutes les lettres que vous lui avez écrites depuis notre séparation; mais je ne puis résister à Penvie de vous témoigner ma reconnaissance en main propre , comme dit Jeannot. Oui, mon très-cher comte^ je place au premier rang des agréments de ma vie les sentiments que j'ai pu vous inspirer, et que vous m'avez attestés si souvent et d'une manière si aimable. Plus d'une fois j'ai pensé qu'il ne tiendrait qu'à moi de vous faire vemr ici, si je Pavais bien résolu ; sauf à vous de repartir le lendemain de votre arrivée, si vous le jugiez convenable. La veille de votre départ, nous étions ensemble en voiture. Vous pensâtes à je ne sais quelle jolie anecdote sur le compte, si je ne me trompe, de madame A Contez-moi donc cela, vous dis-je, je