A H. LE COMTE DE SCHULLEMBOURÂ
assurances^ que j'ai exécuté sur-le-champ le projet qui était en permanence dans ma tête depuis un temps infini^ de vous décocher une de mes épîtres. Qu'est-ce dottÊt que TOUS faites^ cher comte^ et comment tuez- vous ce chien de temps qui nous tue? Comment vous trouvez-vous du séjour de Vienne ? On dit que les étrangers y vivent à merveille^ et que les daipBS les trouvent extrêmement savoureux. Peut-on compter sur ces relations? Pinkerton n'en disant rien dans sa géographie^ je m'en rapporterai volontiers à vous. Quant à moi^ que vous dirai-je? Je suis toujours ce que vous avez vu ; c'est-à-dire un grand pédant chez moi^ et dans le monde aussi peu pédsuit qu'il m'est possible; lisant toujours du grec et du latin^ et tâchant de ne pas oublier le fiançais. Quant à l'allemand^ je le lis toujours^ comme vous avez vu^ avec le bout du doigt^ et essayant de disséquer les mots pour en connaître les éléments. Je suis surtout plein d'admiration pour certains monosyllabes magiques^ jetés malicieusement au bout de la phrase^ et qui modifient d'une manière tout à fait inattendue le verbe initial sur lequel on avait eu la bonhomie de compter. Quoi qu'il en soit, je ne désespère point d'avoir une idée claire de vos particules avant l'âge de quatrevingts ans.
J'ai fort goûté ce projet d'Académie dont vous me parliez dans votre dernière lettre; mais, hélas ! je ne dois plus faire de ces projets charmants. Mon sort est décidé : l'aimable espérance n'est plus faite pour moi. Son prisme charmant ne s'interpose plus entre mon œil et les objets. Je les vois tels qu'ils sont, couleur de sang et de fumée, n y a dix ans que ma femme est veuve ; il y a dix ans que mes filles sont orphelines; et cependant je vis, — à ce qu'on dit; — mais on dit tant de choses fausses ! — Jamais cet état ne changera pour moi. Une fois peut-être j'aurai
S10 unu 1811
UMté tieiite M. quarante ans sur la tene av^ee me fik qod je ne GOûnaltrai pas. — AklN^poléOD^moiicfaeraimy quefl^te dcHs de bonheorliieiis, que jet'emtmtffiel- Qiie &ke> mon tiès-cher ocimtel qod paiti piendreî ft b^ enaqn^oa: fake boime aMtfceoaoce et aller acm tram tck la plaêe àa suppboe^ avec quelfpies amis qoi^oiis coosoleot &à €ki&aïm. C'est sous cette di|feoaiite image que je me r^irésatte ma sîliiatioii* Je met^oajoun les Ihres an mmibre de ces amis consolatew^; mais nKmnear que je vends aux morts ne m'ecapêdie pas d'apprécier les vivants^ parmi lesquels vous ten» un rang si distingué, mcm bon et aimable ami Je me raqppeHe assez confusément de ce que j'ajqpdais à vingt-cinq ans une eamquéte; mais j'ai use idée très-claire de ce que ce mot signifie aujourd'hui pour moi. C^est l'acquisition d'un coeur nd^le et sensible comme le vôtre^ mon cher comte : il çst de mcm sexe, à la vérité; mais je vous assure que cela ne gâte rien, et je puis bien voler une expression à madame de Sévigné, pour vous assurer que je ne cesserai jamais d'aimer votre amitié. Probablement vous ne me reverrez plus, le métier que nous faisons faisant diverger les hommes d'une étrange manière. N'in^M)rte; je compte sur votre souv^ûr cooune à je vivais à côté de vous, et moi je vous jure, (ci d'Allébroge, que, etc... — » vous savez le reste.
Je vois que ce poisson dont vous vous êtes emparé vous trouble la conscience; mais je vous le donne, mon firère, je vous le donne. Vivez en paix, et présentez-le partout comme si vous l'aviez péché vousHméme. Je sais bien une autre histoire presque aussi joUe ; mais je ne sais comment mes humeurs ne se trouvent pas assez en équilibre pour que je vom la conte. En vous écrivant, j'ai senti la tristesse qui montait sur la gaieté comme l'huile sur l'eau; il £Buit la laisser tranquille. Bonjour, mor, cher comte, hoù-
à H. LE COMTS BB SCHinLIEMBOU&â. » SU
joiv; ne m'ouMez pas. Je vous remerde^ (ftr f<mâ de mon cœur^ du tendre intérêt que vous m'accordez. Je vous eatbrasse mille fois. #