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LETTRE DE PARIS

Paris, 18 décembre 1887.

OUT est calme maintenant dans Paris ; ST les vendeurs de journaux sont tellement épuisés d’avoir crié les nouvelles politiques depuis quelque temps, qu’ils nous offrent les journaux en remuant £ RUE” des lèvres d’où il ne sort plus aucun son. Pendant quelques jours, il a soufflé comme un vent d’émeute, et on a pu craindre un moment des troubles sérieux.

Alors que l’effervescence avait le plus d'intensité, je me suis rendu sur la ‘ Place de la Concorde, ” lieu de réunion des manifestants. Cette place égale en superficie à peu près cinq ou six fois notre Esplanade ; elle est pavée en

asphalte, ornée de fontaines, de jets d’eau, d’un grand nombre de statues en marbre ; tou: hant d’un côté à la Seine, sur la rive gauch- ‘e laquelle on aperçoit la masse sévère de ,. :hambre des députés ; elle est rornée sur les autres côtés par les Champs-Elysées et par la rue de Rivoli, la plus vivante, la plus animée des rues de Paris. Cette belle place de la Concorde qui paraît si étincelante, si gaie, par un beau soleil, lorsqu'elle est croisée en tous sens par une multitude d’équipages, a été le théâtre des scènes les plus sombres, et le malheureux Louis XVI l’a teinte de son sang.

Le spectacle était fort curieux le jour où je my suis rendu. Elle était remplie d’une foule immense, remuante et bruyante, Près äe la Seine, à l’entrée du pont de la Concorde conduisant à la chambre des députés, on voyait briller ‘::3 uniformes d’un nombreux détache. ment de cavalerie qui, de inoment en moment, chargeait assez brutalement la multitude de plus en plus pressante, Cependant, la foule était composée en grande partie de curieux, et les véritables manifestants étaient peu nom:-

breux ; on semblait vouloir plutôt s'amuser que causer du désordre. Et, en effet, tout cela était plutôt amusant que sérieux ; quelquefois, quand la cavalerie faisait une charge un peu vive, quelques pauvres diables tombaient dans les fontaines, d’où ils sortaient tout ruisselants, aux grands éclats de rire des plus avisés qui se tenaient à l'écart. Je pensais alors que s’il était tombé une bonne pluie torrentielle comme nous en avons à Québec, Paris serait rentré vite dans le calme, Si j'ai bonne mémoire, c’est un ministre de l’Empire qui s'était avisé un jour de disperser les attroupements en faisant donner paï les pompiers des douches d’eau froide aux groupes trop récalcitrants. ,S7 vo è vero è bene trovato.

Il n’en est pas moins vrai que le système du gouvernement actuel tient la France dans un état d’agitation presque permanent. La société française plus que toute autre s’est transformée. Autrefois, il n’y avait dans l'E 1t que deux grands corps : l'aristocratie et le peuple. Aujourd’hui, grâce à la diffusion de l’instruction, au progrès de l’industrie qui met à la

portée de toutes les bourses ce qui était le privilège des riches, les différentes classes des citoyens so sont rapprochées et les distinctions de rang tendent à s’amoindrir et à disparaître. La diversité des intérêts a multiplié les partis politiques ; il en résulte qu’un groupe n'arrive au pouvoir que grâce à une coalition temporaire et il ne peut se maintenir longtemps. On comprend que dans un pays où la centralisation est si grande, comme c’est le cas en France, un pouvoir exécutif aussi instable est une source d'énervement, et si la guerre se déclarait, on ne sait trop comment la France pourrait faire face aux embarras que causerait un tel état de choses. Aussi, un grand nombre d’esprits réfléchis sont d'opinion que le pouvoir exécutif devrait être mis à l’abri des crises ministérielles et se prononcent pour la séparation des pouvoirs exécutifs et législatifs. Et ces modifications devraient s'opérer au plus tôt, si l’on considère que la guerre avec l'Allemagne ne pourra tarder à arriver. Dans la presse, dans les collèges, dans les conférences publiques,

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on cherche à inspirer à la jeunesse française la haine de l'Allemagne.

J'ai voulu avoir une idée des conférences et des cours qui se donnent à Paris et des moyens qu’on emploie pour répandre l'instruction. Je ne vous parlerai que de mes impressions personnelles : il serait trop long de vous exposer l’organisation de l'instruction en France. On fait des efforts inouiïs ici pour répandre les connaissances générales chez le peuple en matière d'art, de science, d'industrie et de commerce , on crée ainsi des ingénieurs, des ouvriers, des industriels qui ont de leur métier une connais-

sance très approfondie. Mais les lourdes charges

qu’occasionne le soutien d’une armée permanente, une administration compliquée, paralysent jusqu’à un certain point l’industrie et le commerce français et les en pêchent de lutter avantageusement avec l'Amérique. Je me suis rendu plusieurs fois au Conservatoire des arts et métiers où se donnent des cours gratuits

d'économie politique, de science financière, de chimie industrielle, de droit commercial, etc., et ces cours sont suivis par un grand nombre d'ouvriers.

Si on veut avoir une idée de l’instruction supérieure, il faut se rendre au Collège de France. Les cours y sont donnés par les lit.

térateurs et les savants les plus célèbres de France, mais il est triste de constater que l’enseignement catholique y est supprimé et la religion même souvent attaquée. L’auditoire y est composé en grande partie de femmes, du moins aux cours de littérature ; quelques-unes sont, ma foi, fort jeunes et fort jolies, et on s'étonne de les voir prendre un intérêt à des questions qui laisseraient indifférentes nos jeunes mondaines de Québec. Il faut dire cependant que c’est là une affaire de mode et d’engouement parisien et qu’on va là souvent plutôt pour étaler un jolie toilette que pour connaître l'influence de Jean-Jacques Rousseau sur la littérature de son temps.

M. Renan, qu'on connaît de réputation à Québec, fait, au Collège de France, un cours

sur la langue hébraïque. J'ai été l'entendre par curiosité; son auditoire se compose de quelques vieux hébraïsants, tant hommes que femmes, et de quelques curieux. Au physique, c’est un gros homme, à figure large et rosée qu’encadrent des cheveux blancs ; il fait assez l'impression d’un moine défroqué. En l’examinant, un mot d'Henri Heine sur le philosophe Kant me revenait à la mémoire. Parlant des habitudes régulières et de la vie bourgeoise de Kant, de ses façons d’agir tranquilles et méthodiques, il disait que les bonnes gens, en le voyant passer, ne soupçonnaient pas que cet homme-là devait révolutionner l’Allemagne, Le mot peut s'appliquer à M. Renan qui a eu une influence si néfaste sur son pays. Voici en quelques mots le système philosophique et religieux de M. Renan, tel que ceux qui ont entrepris de le refuter nous l’exposent.

Sans déclarer bien ouvertement sa croyance en un Dieu personnel, il nie la Révélation ; l'origine des religions pour lui est comme celle des peuples, entourée de légendes qui n’ont aucune valeur historique, et il a entrepris de

faire l’histoire de la religion catholique comme on ferait celle du boudhisme, ne regardant les miracles que comme le fruit de l’imagination populaire qui, ignorant les lois de la nature, attribue à Dieu ce qu’elle ne peut s'expliquer naturellement et scientifiquement. L'œuvre de M. Renan n’est donc qu’un tissu d’hypothèses sur lequel il a jeté les draperies miroitantes d’un style merveilleux, mais qui ne voile pas suffisamment la pauvreté du fonds. Il n’a pas d’ailleurs le mérite de l'originalité ; il n’a fait que débrouiller et mettre en lumière les idées de quelques philosophes allemands. Au reste, la France est imprégnée des idées allemandes, et on peut dire que les Allemands, après avoir envahi la France avec leurs armées, sont en train d’en achever la conquête par leur science et leur philosophie.

J'ai eu la curiosité d’aller entendre, dimanche dernier, l’ex-Père Hyacinthe. Son église est située sur la rive gauche de la Seine, en

plein quartier des étudiants. Elle est grande à peu près comme la chapelle du Séminaire de Québec ; elle était complètement remplie ce jour-là de fidèles et de curieux ; on a d’abord chanté les vêpres en français, ce qui est d’un effet assez curieux, et la cérémonie a été close par le sermon. On m'avait dit que je trouverais bien vieilli celui qui à un moment fut peutêtre le plus grand orateur de la chaire de son temps. Je l’ai trouvé encore d’une éloquence saisissante ; il parle avec véhémence : sa phrase se déroule avec harmonie et éclate en images vives et hardies qui font impression ; il anime ses dissertations arides de sectaire d’un souffle de poésie puissant. Il a parlé de Descartes et de l'influence de ce philosophe sur son temps. Descartes est pour lui ie génie moderne ; c’est lui qui a brisé les liens étroits de la scolastique et a préparé les voies à la science contemporaine. Emporté par son imagination, l’orateur nous a fait voir un Descartes agrandi, comme une figure symbolique et grandiose de la science et de la philosophie.

Ce genre d'éloquence est un peu démodé à

Paris : Il était surtout en faveur au beau temps des Royer-Collard et des Lamartine. Maintenant on parle sur le ton de la conversation et on s'adresse plutôt à la raison qu’au cœur et à l'imagination. À la Chambre et au Sénat, les orateurs qu’on écoute, ce sont les argumentateurs froids et serrés qui parlent sans façon, en hommes d’affaires, ne s’occupant que des faits et des idées. Les discours de M. Clémenceau nous donnent une idée exacte de cette éloquence nouvelle. On peut attribuer ce goût à l’envahissement des idées positives et scientifiques.

En somme, l’ancien orateur catholique m’a laissé une impression attristante. On est d’autant plus porté à regretter ses erreurs et ses fautes qu’il nous donne une plus grande idée de son talent et de son éloquence.

15 janvier 1888.

MAP'ARRIVE de Rome où j'ai assisté aux SA fêtes du Jubilé. La ville était remplie d'étrangers et on circulait avec peine dans ses rues qui ressemblent à celles de Québec ; les immenses palais de Rome, si hauts et si sombres, les font encore paraître plus étroites et plus noires, ne laissant apercevoir qu’un morceau de ciel d’un bleu intense. La solennité la plus importante a été, comme on le sait déjà, la messe dite par le pape à la Basilique de St-Pierre : événement qui n'avait pas eu lieu depuis dix-huit ans.

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J'ai éprouvé assez de diificulté à me procurer les billets requis pour assister à cette cérémonie ; ils étaient très courus, plus de soixante mille personnes étant venues à Rome pour être témoins de cette solennité.

Je me suis rendu dès sept heuies du matin sur la place St-Pierre, mais je n’ai pu pénétrer dans l’enceinte de l’édifice que vers neuf heures, tant la foule et l'encombrement étaient considérables. Les journaux italiens ont prétendu que St-Pierre renfermait ce jour-là entre soixante et soixante-dix mille personnes ; cepenlant on circulait sans trop de peine dans l’immense édifice.

La diversité des costumes de toute cette foule, venue de tous les pays, avait un aspect pittoresque. Les robes grises ou blanches des moines, les vêtements éclatants des paysannes et des paysans italiens, les uniformes des soldats, étincelants de broderies et de dorures,semblaient répandre la vie et la lumière sous les énormes arcades toujours un peu sombres. Tout le monde parlait avec animation ; quelques personnes, armées de jumelles, étaient montées

sut les bases en saillie des colonnes, afin de ne rien perdre du spectacle.

Vers neuf heures et quart, les draperies d’une des chapelles latérales se sont écartées et le cortège a commencé à défiler.

Venait d’abord un piquet de suisses avec culottes bouffantes, rayées par bandes jaunes et rouges; puis les camériers en costumes noirs ; ensuite un nombreux groupe de cardinaux en robes rouges ; mais je ne saurais tout décrire ; le coup d'œil était animé et très brillant. En dernier lieu venait le pape, porté sur la sedia gestatoria par des personnages en habits de velour écarlate ; des camériers agitaient autour de lui de grands éventails de plumes blanches, semblables à des ailes de cygnes.

A l'apparition du Pape, des cris et des acclamations se sont élevés de l’immense foule. Le spectacle était très beau; on se serait cru à l’époque d’un de ces grands mouvements de foi religieuse comme au moyen âge.

‘Le cortège est passé fort près de moi. J'ai pu distinguer très bien les traits et la figure de Léon XIII; on les connaît déjà par la gravure :

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un grand front, des lèvres minces et spirituelles, des yeux vifs et fort intelligents.

La messe pontificale a été célébrée sur l’autel qui renferme les restes de l’apôtre St-Pierre. Après la messe, l'assistance tout entière a chanté le 7e deum.

Mais je parle de choses que vous connaissiez déjà ; les journaux canadiens ont sans doute donné des détails minutieux sur les fêtes du Jubilé.

Puisque j'ai mentionné la basilique de St- Pierre, laissez-moi vous dire un mot des églises à Rome. Les grands mouvements de l’esprit humain ont laissé une trace dans les monuments de l'architecture. Ces derniers sont comme des documents sur l’histoire du monde.

Les Grecs ont eu une architecture qui est le reflet de leur génie : grandeur, simplicité, goût du beau, amour d’une vie tout matérielle faite de plaisirs et de voluptés, sans préoccupation mystique. Les romains, peuple conquérant et

brutal, ont su avoir une architecture propre, modifiée et adoucie par les idées grecques dont ils étaient pénétrés.

Après la chute de ces empires, le christianisme a grandi et s’est épanoui, donnant un cachet nouveau aux monuments de l’architecture, un cachet de mysticisme et d’idéal. Le monde païen n’a considéré la vie que comme une chose gaie et riante, le monde chrétien la regarde à travers un masque tragique ; ce n’est plus qu’un chemin douloureux pour arriver à une vie meilleure.

L'architecture gothique du moyen âge a reproduit ces idées.

Quand on pénètre dans une vieille église en France, on ne voit qu’à quelque pas devant soi, le regard se perd dans les ombres épaisses des ogives, un jour douteux s’introduit à travers les fenêtres étroites aux vitraux coloriés ; tout nous porte au silence et au recueillement.

Mais à Rome et en Italie, on ne retrouve plus dans ces églises ce caractère spécial de l’architecture chrétienne. Elles son gaies et lumineuses, le soleil pénètre à flot par de larges

fenêtres et se joue à travers les colonnes de marbre d’une grande beauté, l'œil s'amuse aux couleurs fraîches des fresques qui décorent les plafonds le plus souvent plats. Cela ne porte pas l'empreinte des idées chrétiennes. Quelle en est la raison ? Probablement parcequ’on a construit les églises ea Italie aver les débris des anciens temples païens. Il est aussi vraisemblable que les théories des anciens sur l’architecture, qui ont toujours eu une grande influence, ont étouffé la libre expansion de l’art gothique.

Mais au point de vue du goût, ces églises sont exquises. Il faut dire aussi que les peintres d’alors, Michel Ange, Raphaël, le Dominiquin, savaient ieur métier. Ils avaient compris qu’une peinture murale doit être avant tout décorative, qu’elle est une partie de l’édifice et doit s’harmoniser avec le style architectural de manière à nroduire un effet unique et puissant, Aussi je n'ai pu m'empêcher de sourire chaque fois que j'ai vu des voyageurs conscienc'eux considérer en détail, guide en mains, les chefs-l'œuvre de l’école italienne que

renferment les principaux édifices de lItalie.

Ces peintures sont de véritables tapisseries et ces voyageurs m'ont fait l'effet Ge gens qui voudraient juger de la beauté d'une tapisserie en n’en considérant qu’un morceau.

Après les splendeurs du passé, c'est sans doute le peuple italien lui-même qui offre le plus d'intérêt, en Italie. Ce peuple, ce semble, a perdu toute idée de civilisation. Est-ce bien lui qui a laissé ces traces ineffaçables d’une intensité de vie et d'activité dont on n’a plus d'idée ? Une population étrangère, apparemment est venue habiter ces palais et ces édifices construits par une race maintenant disparue ; ce sont des passereaux qui logent dans des nids d’aigles.

Cependant la vie devrait jaillir et fleurir dans ce beau climat où les arbres verdissent, où le soleil nous réchauffe de ses rayons au mois de janvier comime aux mois de juin et juillet chez nous. Mais la campagne romaine

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est déserte et désolée, quelques grandes ruines rendent plus sensible la solitude du présent par le souvenir de la vitalité di passé, A Pise, je me suis promené dans de vastes rues qi'titi silence profond rendait plus vastes ; toutes les fenêtres étaient closes ; je ne rencontrais ie quelques rares pussaiils et j'entendais résonner ines pas sut le pavé de pierres Comiie par une chaude matinée du dimanche, à Québec.

On ne saurait croire que ce sont ces mêmes Pisards qui ont construit cette iiiinense eathédrale en marbre qui brille à la lumière d'une blancheur imimaculée, 1e sommeil et la tint ont maintenant remplacé l'esprit d'initiative et la vitalité. im littéraiire, où ne fait que traduire des œuvres étrangères, On ne joue, sur les théâtres, que des adaptations des pièces framenises. Il em est de même de l'industrie et du commerce. Dans la plupart des villes d'Italie, on vit avec l'étranger, 1l,/ouvrier itnlien excelle surtout dans la reprotduetion des œuvres art que renferment les musées, 11 est tar que les re produet is yoiit £ xcellentes,

é pérfection étonnante. Mais Le n'est là

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qu’un art d'imitation, il n’y a rien d’original et de vivant. Je n’ai pu m'empêcher, en considérant dans les vitrines tous ces groupes de marbre et toutes ces statuettes, de penser aux Chinois qui, eux aussi, sont passés maîtres dans l’art d'imitation. Ils reproduisent, ils ne peuvent plus créer ; ils ont atteint un certain degré de civilisation qu’ils n’ont pu dépasser. En somme, l'Italie est merveilleuse quant à son passé, mais le présent ne dit rien et ne vaut pas la peine qu’on #'en occupe.

27 janvier 1888.

id NE voudrais vous parler de trois choses “(A qui défraient par le temps qui court

la chronique parisienne, les Grands Magasins, l'Académie et le Chat Noir.

On connaît déjà les Grands Magasins : ce sont d'immenses bazars où l’on a réuni toutes les spécialités en fait de nouveautés et d'objets qui font partie du commerce de détail. On prétend qu’ils monopolisent le commerce et qu’ils tuent les autres établissements plus modestes, On a raison, et, s'ils ne font point disparaître complètement les petits commerçants, ils sont en train de les réduire singulièrement, Mais on n'égorge pas ainsi les gens sans les faire

crier : et les boutiquiers crient et luttent avec énergie. Ils ont fondé un journal où ils proposent des réformes et veulent que le gouvernement écrase sous l’impôt les monopoleurs.

Voilà pourquoi le Louvres et le Bon Marché font parler d’eux.

Quant à moi je crois la lutte impossible.

Savez-vous bien que celui qui le premier a fondé un Grand Magasin a eu une idée de génie. Il s’est dit: ‘ si je réunis dans un seul local ce qui est disséminé sur une grande étendue, je pourrai vendre à des prix très modiques ; je n’aurai pas besoin d’abord de placer mon établissement sur la rue la plus commerciale puisqu'on fera un exprès pour s’y rendre ; puis j'occuperai un terrain moins vaste que celui occupé par des spécialistes auxquels un local particulier est nécessaire pour chacune de leurs boutiques ; j'aurai aussi une administration unique, ce qui sera plus économique ; je pourrai même joindre à mon établissement un restaurant où je nourrirai mes employés, ce qui leur permettra de donner beaucoup plus de temps à mes affaires : tous ces avantages me mettront

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