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en position de vendre à meilleur marché et de faire plus de profits. J'aurai aussi un prix invariable pour attirer la clientèle sérieuse qui paie. Enfin, j'offrirai cet avantage énorme : j'épargnerai à mes clients, l'ennui, les dépenses et la perte du temps, qu’occasionne dans une grande ville l’obligation de faire des courses considérables. Aussi, les provinciaux qui viennent pour deux ou trois jours à Paris se rendront chez moi. Et puis quel plaisir ce sera pour la Parisienne de trouver sous la main tous ces riens charmants et ces toilettes chatoyantes qui font la joie de ses yeux et le désespoir de son mari, Mon établissement sera un lieu de rendez-vous pour la joiie mondaine, qui pourra y nouer quelques intrigues, et alors tous les désœuvrés et tous les élégants y afflueront. ?”
L'idée était excellente et a réussi. Mme Boucicault, qui vient de mourir et qui était propriétaire du Bon Marché, a laissé une centaine de millions.
J'ai assisté à une séance de l’Académie, vous savez, le célèbre Académie. Si le Français n’est pas sérieux, il a le respect du sérieux.
C’est pourquoi il aime à se rendre à ces séances solennelles auxquelles le convient les immortels. (C’est en vertu du même principe qu’il reçoit la Revue des Deux Mondes, ce vestibule de l’Académie : je ne pourrais vous assurer cependant qu’il la lit.
La séance avait un intérêt particulier, le successeur de M. de Falloux, M. Gréard, devait y lire son discours de réception et on croyait que cette séance serait une démonstration royaliste. M. de Falloux a été le dernier des catholiques libéraux. Voilà longtemps que le catholicisme libéral a fait son temps en France. Ça été une tentative malheureuse, quoique peut-être inspirée par de généreux sentiments. On voulait concilier l'Eglise avec les idées libérales dont s'était éprise la France d'alors. Mais l'Eglise, immuable dans ses dogmes, ne pouvait faire de concessions ; d’un autre rôté, les libéraux catholiques n'avaient pas compris la portée du mouvement libéral qui se faisait. Ce n’était pas un engouement passager, mais le fruit des idées du 18e siècle, et il devait trouver sa libre expression dans le républicanisme contempo-
rain, qui a remplacé la religion par le déisme ou le matérialisme. Condamné par l'Eglise, rejeté par les libéraux véritables, le libéralisme catholique devait mourir, et il est mort. J'en conclus que ceux qui ont voulu voir au Canada des libéraux catholiques n’ont dit que des sottises et ne pouvaient dire autre chose.
La salle consacrée aux séances académiques est trop petite ; elle contient à peu près autant de monde que notre Institut de Québec. Il m'a semblé cruel de condamner à y vivre des gens qui ont reçu l’immortalité en partage.
On remarquait ce jour-là dans l’assistance beaucoup de personnalités de la vieille noblesse française. On s'attendait à des incidents piquants, maïs il ne s'est rien produit, car il ne se produit jamais rien à l’Académie. Le récipiendaire a fait un discours prudent et solide, mais sans éclat et uu peu ennuyeux ; il n’a pas voulu se faire remarquer. Le duc de Broglie, qu'on comprenait à peine, lui a répondu par une harangue à l’ancienne mode, pleine de phrases vaporenses et solennelles, fleuries de métaphores qui font la joie des gens graves.
On a soulevé là de vieilles questions sans intérêt, aujourd’hui que les personnages principaux sont disparus, que les acteurs qui animaient la scène sont morts. J'ai éprouvé là l’impression que je ressens lorsque je vais voir jouer une petite opérette contemporaine ; le genre semble démodé, les maîtres qui aniniaient les Pierrots et les Colombines enfarinés sont disparus ; ils paraissent maintenant lugubres et sans éclat sous la lumière de la rampe ; la musique d’Offenbach, si gaie, si lumineuse, si vivante, n’est plus là pour communiquer la vie aux personnages. Halévy et Meilhac ne sont plus là non plus pour jeter l’esprit à profusion et faire oublier ce que le genre a de faux et de vide.
Si l’Académie n’amuse pas les Français, les Français s'amusent toujours à ces dépens.
C’est probablement cette vieille habitude qui a fait naître l'établissement du Chat Noir. Le Chat Noir est un café auquel on a donné un
aspect aussi académique que funambulesque, fondé et fréquenté par les artistes en herbe, les étudiants et les rapins. Je suis allé prendre une consommation dans cette illustre taverne. Un chat noir énorme et fantastique en décore la façade, les fenêtres sont étroites, coloriées et terminées en éteignoirs ; le tout a un aspect moyen-âge. Sur la porte, on lit cette inscription :