WEST MAIN STREET WEBST3A, NY
gèrement fantaisiste. L'intérieur a ur. aspect encore plus moyen-âge que l’extérieur. Le plafond, le parquet, l’ameublement sont de couleur sombre, tandis que les murs sont couverts de peintures les plus extraordinaires et les plus extravagantes ; le chat y est reproduit partout avec des poses invraisemblables, Tous les garçons sont vêtus en académiciens et portent les palines vertes avec une dignité grotesque. De gros chats soirs se promènent entre les jambes des consommateurs et quelquefois sautent sur la table et nous regardent boire notre bière en clignant leurs yeux jaunes. Toutes ces exceivricités amusent les artistes et les étudiants. Plusieurs peintres qui commencent à faire parler d’eux sont les auteurs de quelques-unes des peintures murales du CHat Voir. Le cabaret fait d'excellentes affaires ; il possède maintenant un théâtre au second étage, et il y est publié un journal qui porte aussi ce titre du Chat Noir et qui est très spirituel.
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CHRONIQUE
J'étais assis dans mon fauteuil directorial.
Vous savez que je suis un des directeurs de l'Union Libérale ? À queile position n’arrivet-on pas avec de l'énergie et du travail.
J'étais donc assis et je pensais à ce dont je pourrais bien vous parler. Plus je réfléchissais, plus les idées se faisaient rares. Des éclats de voix s'élevaient jusqu'à moi des étages inférieurs et troublaient ma quiétude. Vous ignorez, sans doute, que j'ai mon bureau au Kent
House.
Au printemps, une nuée d'avocats, le mono-
cle à l'œil, s’est abattue sur cette antique demeure et l’a rempiie de paperasses, de grimoires et de vieux bouquins.
Je ne sais ce que pense cette vieille maison de cet en‘’ahissement, Ce ne sont plus qne discussions bruyantes, accompagnées de grands
gestes d’orateurs ; nuages de fumées qui s’échappent des pipes et des cigares ; va-et-vient affairé ; descentes tapageuses dans les escaliers naguère silencieux.
Elle doit se rappeler, avec amertume, le temps où, dans ses chambres briilamment éclairées, elle n’entendait que le br 1issement de la soie, le froissement des éventails qu’on agite, et le murmure discret et assoupi des conservations de salon.
Les controverses sur la politique et le code municipal ont remplacé les intrigues d'amour. La noblesse d'épée à fait place à la noblesse @e robe,
Comme définitivement les idées ne venaient pas, je suis allé faire une promenade sur la rue. (C'était le matin, et il faisait un temps d'été.
Il me semble que ceux qui règlent les saisons se sont troubiés cette année, car l'été nous est arrivé sans crier gare.
Les joueurs d'orgue de barbarie semblaient interloqués d’un changement si brusque de température et remplissaient la rue d’un va-
carme assourdiseant ; leurs compagnes, curieuses à voir avec leurs grands yeux noirs, brillant d’un éclat fiévreux, et leurs joues brunes, qu’encadre un mouchoir aux nuances éclatarices, agitaient leurs tambours de basques avec un entrain inusité. ‘Tout ce monde comprenait qu’il n'avait pas de temps à perdre.
Les jeunes filles n'avaient pas eu le temps de remplacer les sombres vêtements d'hiver par les toilettes de printemps si gaies et si fraîches de couleurs que les façades noircies et ridées des vieilles maisons semblent s’animer quand, chaque année, elles les voient reparaître.
Je pensais, en voyant défiler la foule, aux transformations qui se sont opérées, dans notre société québecquoise, depuis soixante ans.
I’élement anglais dominait alors; notre société, maintenant essentiellement française, est empreinte de plus de délicatesse, On comprend que je parle d'après mes lectures et les conversations de ceux qui vivaient alors.
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94 LETTRES M. de Gaspé, faisant le portrait de Melle de
Lanaudière, raconte cette anecdote qui peint la Ù politesse anglo-saxonne qui florissait de son
temps :
“ C'était le printemps, et un jour d'office à la cathédrale : les rues, alors non pavées, étaient dans un état affreux et un groupe d'officiers s'était emparé du haut du parapet de la rue de la Fabrique, afin d’obliger les passants de patauger dans l’eau et dans la boue. Les femmes en avaient pris leur parti et louvoyaient au beau milieu de la rue, assaillies des brocards sans fins de ces galants messieurs. Mademoiselle de Lanaudière, alors fort jeune, arrive au groupe avec trois où quatre de ses amies qui veulent rebrousser chemin en voyant que la phalange hostile serre les rangs comme à Fontenoy ; alors, sans se déconcerter, elle s'avance seule et leur dit de l’air superbe d’une impératrice : “ S'il est un gentleman parmi vous qu’il fasse livrer passage aux dames.” Ce reproche eut l'effet désiré et la voie fut aussitôt libre. La jeune fille canadienne avait rompu la colonne anglaise.”
L'esprit anglais a laissé sa marque.
Il n’y a pas longtemps encore qu’il était de bon ton de parler anglais dans notre monde élégant.
Ce n’est pas complètement disparu. Vous rencontrez encore des jeunes gens dans notre société qui ont cette manie inoffensive.
Il est vrai que ce ne sont pas les plus distingués et les plus instruits.
Je suis allé à l'ouverture des Chambres.
Les détachements de cavalerie qui se sont rendus au Parlement avec un grand cliquetis de sabre et d’éperons avaient l’air triste sous un ciel chagrin et pluvieux.
Je ne vois pas l’utilité de tont ce déploiement de galons, de chapeaux à trois cornes, de saluts empesés et de panaches. L'idée du décorum et du cérémonial n’est pas une idée moderne.
Pourquoi aussi fait-on ces sessions pendant l'été. C’est bien plus joyeux et animé en ‘iver.
Beaucoup de jolies femmes et de jolies toi-
lettes sur le parquet de la Chambre. Ces solenunités officielles, qui sont d’un majestueux ennui, ont un avantage ; elles donnent plus de grâce et d'éclat à la beauté des femmes, l'ennui met dans leurs yeux une langueur charmante et donne à leurs poses un ahandon séduisant.
Le discours du trône m’a porté un coup terrible.
Nous avons un diable de gouvernement qui veut tout réformer, jusqu’à la procédure. J'aimais tant l’antique manière dont usaient nos pères. Quelle délicieuse chose c'était de pratiquer le droit sous l’ancien régime. On n'avait qu’à faire signifier un papier timbré à son adversaire et on avait tout le temps, avant qu’il lui fut permis de répondre, d’aller faire un joli voyage aux bains de mer ou autres endroits fashionables.
Pour moi, je ne vois pas la nécessité de légiférer sur la procédure qui règle les rapports de locataire et locateurs entre autres.
J'ai le plus aimable et le plus extraordinaire des propriétaires. Je suis même obligé de le
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protester pour l'empêcher de faire des réparations.
L'ancien gouvernement parlait quelquefois de reformes mais au moins il ne mettait jamais ses menaces à exécution.
Totte la presse annonce que M. Chapais va se présenter à Nicolet. Selcn moi, il aurait tort. Il n’est pas taillé pour les luttes politiques. Il cultive trop les arts et les lettres. Je ne veux pas qu'un homme politique soit dépourvu de toute culture littéraire, mais il ne doit pas être du métier. Les lettrés ne sont pas des hommes pratiques. M. Chapais parle agréablement mais son éloquence est trop bichonnée et pomponnée pour plaire à la foule ; elle n’annonce pas l’homme énergique, l’homme d'affaire. Pourquoi ne reste-t-il pas au Courrier. I! s'y amuse s’il n’amuse pas les autres. Il est là comme retiré du monde, loin du bruit de la rue et des affaires. Il pourrait
trouver une retraite plus profonde au /ournal de Québec, il est vrai. .
Le lecteur ignore probablement l'existence de ce journal. C’est une feuille quotidienne publiée à Québec et dont les rédacteurs sont inconnus.
M. Chapais a un exemple devant les yeux qui devrait le faire refléchir. M. Taillon, c’est de lui que je parle, aimait aussi les arts. 11 raffolait du chant et äe la musique. Cela ne lui a servi qu’à entonner un hymne funèbre à son propre enterrement politique.
CHRONIQUE
Bientôt il sera fashionable de partir pour les places d’eau. Les plages de la Malbaïe et de Kamouraska vont se peupler d’ombrelles roses et d’habits excentriques. Ceux que les circonstances empêchent de quitter Québec et qui tiennent à leur réputation vont se montrer le moins possible pour faire croire qu’ils sont partis.
La ville a pris l’aspect ennuyeux qu’elle va garder tout l'été ; elle est toute blanche sous une poussière impalpable qui vous