‹ Lettres et opuscules [microforme]Chapitre 37 sur 38 · RE EE 236 LETTRES · texte numérisé non relu

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individu, mis avec soin, et assis À califourchon sur une chaise, qui me regardait d’un air ironique.

‘Me reconnaissez-vous ? ” me dit ce personnage, en caressant négligemment de la main une longue barbiche fort pointue.

—Du diable si je vous ai jamais vu, lui disje, plus surpris que choqué de sa familiarité.

—Vous venez de prononcer mon nom, répondit-il, je suis le diable, ou si vous aimez mieux, le vieux Ned.

Et, comme s’il venait de dire une chose très ordinaire, il prit une cigarette dans un étui d'ivoire, et l’alluma en la passant sur sa langue.

Cette façon infernale d'allumer une cigarette, me convainquit qu’il disait la vérité.

Je ne pus cependant lui cacher la surprise que me causait son apparence, qui n’avait rien de bien diabolique.

Hélas ! me dit-il, ce n’est plus comme jadis. Le métier de diable est devenu un sale métier. Je ne vous conseille pas de vous en mêler. Il faut maintenant se déguiser. Le Moyen Age, :

c'était le beau temps. J'étais respecté alors.

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Les sorcières me faisaient bon accueil, et j’hébergeais dans de vieux châteaux, où j'étais très bien. Maintenant, si je me montrais avec ma queue et mes cornes, que la tradition a consacrées, on rirait de moi. Que voulez-vous !

Nous sommes dans un siècie de scepticisme.

Aussi, quand je viens sur la terre, ce qui est rare, je Voyage 2#cognito. Le plus souvent, je me fais passer pour un député; on est moins remarqué. D'ailleurs, je me fais vieux, et j'aime mieux vivre dans ma famille

—Ça doit être un drôle d'intérieur, pensai-je,

—Mais je suis venu vous proposer quelque chose, continua le diable, en reprenant sa gaîté, c’est un voyage aux Enfers. Lecteur assidu de Z'Union, j'ai cru que c'était là un moyen de payer mon abonnement.

—Topez là, m'écriai-je avec enthousiasme.

J'avais à peine prononcé ces paroles, que la terre s’entr'ouvrit, et que je fus transporté avec mon compagnon à des profondeurs inconnues, sur le rivage désolé d’une mer sombre et stagnante.

—Voici le Styx, me fit observer mon coIM-

pagnon ; Caron a remplacé sa vieille barge par un magnifique bateau .raversier, mû par la vapeur.

Nous vimes bientôt, en effet, apparaître le vapeur, et une demi-heure plus tard, nous touchions au séjour infernai. Lx Je remarquai sur le rivage une grande ombre, à barbe blanche. Ce vieillard était fort occupé à faire remonter et redescendre le courant, à de petites embarcations, semblables à celles que les enfants construisent pour s'amuser.

Mon guide m’apprit que c'était Noé. Le pauvre vieux était complètement ramolli. Son iong séjour dans l'arche lui avait donné le goût de la navigation, et il s'imaginait que les jouets d'enfant étaient autant de grands navires qu'il L était chargé de conduire.

| Mon attention fut détournée de ce spectacle attristant par la vue d'une jolie femme, qui s'avançait les yeux baissés, avec un air pudique et réservé.

—Voici la Pompadour, continua ie diable, Elle a été si désolée de tout ce qu'ont dit les ’ écrivains canadiens sur son compte, qu’elle

me ennne |

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