L'HIVER
(L’Abeille, 3 avril 1870.)
Æÿomme le printemps commence à nous 0 apparaître tout riant, tout éblouissant de soleil et que le vieil hiver, appuyé sur son bâton noueux, le dos voñûté, a repris à pas pesants son éternel voyage, il est, ce nous semble, poli et de bon ton de présenter à ce dernier, en manière d'adieu, quelques éloges.
Il est incontestable que l’aimable dispensateur de neige et de givre donne à tout un aspect animé, joyeux, souriant.
L’antique Québec qui, durant l'été, a l'air sévère et grincheux d’un vieux soldat retiré du service et que l’inaction et des blessures mal
fermées aigrissent et rendent grognard, se dé-
ride et prend un aspect agréable sous son blanc vêtement de frimas : un sang plus jeune semble couler dans ses veines, il survit au milieu de ses ruines.
Quelle animation règne alors dans ses rues, ses promenades devenues blanches de noires qu’elles étaient ! Les vitrines y brillent plus gaiement ; passants et promeneurs fourmillent, se pressant et se coudoyant sur les trottoirs étroits ; on ne voit qu’une foule compacte et remuante d'équipages aux riches fourrures, rapidement emportés par des chevaux fumants qui secouent avec grâce leur jolie tête empanachée de houppes rouges ; on n’entend que le brouhaha causé par le son argentin des grelots, le bruit mat des sabots frappant sur la neige durcie, les clics-clacs retentissants des fouets et les cris enroués des petits porteurs de journaux.
Alors, à la vue de ces équipages, on se surprend à faire un de ces rêves ambitieux qu’un certain valet de comédie a exprimé si plaisamment :
J'aurais un bon carosse à ressorts bien pliants De ma rotondité j'emplirais le dedans...