‹ Lettres et papiers, 1760-1850, extraits de ses archives; (volume 2)Chapitre 40 sur 43 · A S. M. L'EMPEREUR ALEXANDRE I" PAR LE COMTE DE NESSELRODE · texte numérisé non relu

A S. M. L'EMPEREUR ALEXANDRE I" PAR LE COMTE DE NESSELRODE

A SON ARRIVKK DK PARIS (oCTOBRli 1811)

Sire!

En résumant, d'après les ordres de Votre Majesté Impériale, les idées que j'ai eu l'honneur de lui soumettre dans mon entretien de dimanche, il serait inutile d'entrer dans une longue énumération des événements qui nous ont conduits au point où nous nous trouvons actuellement dans nos relations avec la France. Il suffira de dire que depuis le commencement de l'année 1810, elles ne sont plus ce qu'elles furent après Tilsit et Erfurt, et que, depuis le commencement de celle-ci, les deux puissances se trouvent, à la suite des réunions qui ont eu lieu dans le nord de l'Allemagne, dans un véritable état de tension qui ferait présager que la guerre éclaterait d'un moment à l'autre. Ce changement a déterminé Votre Majesté

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Impériale à organiser des moyens de défense' considérables. Ses armées sont plus fortes qu'elles ne furent jamais; elles mettent son empire à l'abri des conséquences d'une attaque imprévue. Et comme nulle idée d'agression, même dans un but purement défensif, n'entre dans ses vues, l'objet de sa politique serait par là même déjà atteint, si cette attitude ne donnait à l'Empereur Napoléon une extrême jalousie, s'il n'affectait de nous supposer des arrière-pensées. Dès lors elle pourrait devenir sinon la cause, du moins le prétexte d'une guerre que Votre Majesté Impériale désire éviter, tant qu'elle pourra l'être, sans que sa dignité et les intérêts de son empire soient compromis par des sacrifices incompatibles avec eux. Ce désir se fonde sur des raisons qui sont sans réplique; et quand même elles n'existeraient pas, toute guerre entreprise dans les conjonctures actuelles ne présenterait jamais les chances d'un succès vu en grand.

Effectivement, il n'est que trop constaté que la des truction de l'ancien système politique, tous les tristes bouleversements dont nous avons élé témoins, toutes les épouvantables innovations que nous avons vu naître et se consolider, toutes les vexations que nous éprouvons, el tous les germes de nouveaux orages qui nous font trembler pour l'avenir, sont l'effet de ces guerres solitaires, précipitées et mal combinées, dans lesquelles, depuis 1792 et surtout 1805, les grandes puissances se sont jetées les unes après les autres par des motifs

très justes et très louables, mais avec des moyens trop peu calculés pour leur assurer le succès, ou pour les garantir au moins contre des revers irrépai'ables. C'est dans cette catégorie qu'il faudrait malheureusement ranger loule guerre que nous entreprendrions actuellement; il faut donc l'éviter tant que nous le pourrons, sans compromettre notre dignité et nos intérêts par des sacrifices incompatibles avec eux. Mais d'après tout ce qui s'est passé, d'après les déclarations positives de l'Empereur Napoléon dans sa conversation du 15 août, nous ne pouvons nous flatter d'y parvenir qu'en acceptant la négociation qu'il nous offre. Continuer à nous y refuser serait, en mettant les torts apparents de notre côté, autoriser en quelque sorte ses préparatifs contre nous. Ceux-ci exigeraient que nous augmentassions les nôtres. La crise prendrait tous les jours un caractère plus alarmant, et la guerre deviendrait à la lin le seul moyen d'en sortir.

L'objet essentiel de la négociation doit être de nous faire connaître si le désir que l'Empereui* Napoléon témoigne de s'arranger est sincère, s'il ne le met en avant en toutes occasions que parce qu'il voit que nous y répugnons, ou si, en effet, il ne croit pas le moment venu d'exécuter contre nous des intentions dont malheureusement l'existence est constatée par de trop irrécusables indices. Dans cette dernière hypothèse, il serait possible de profiter de l'état actuel des choses pour parvenir à un arrangement, dont le fond et les formes tendraient également à améliorer notre situa-

lion présente et à nous assurer un intervalle de repos, qui, sagement employé, fournirait ou préparerait des avantages bien plus considérables et surtout bien plus solides que quelque bataille isolée gagnée aujourd'hui contre les Français. Et, en effet, il faudrait saisir sans hésitation, et de la meilleure grâce, le moyen qu'on nous offre pour terminer les différends actuels, et envoyer le plus tôt possible, à Paris, un homme qui fût capable de conduire une affaire aussi importante; qui jouisse de toute la confiance de Votre Majesté, et pût être muni de pouvoirs illimités; et qui connaissant à fond ses intentions, pût être muni du pouvoir de conclure tout ce qui serait d'accord avec elles, en même temps qu'il entrerait, vis-à-vis de l'Empereur Napoléon, dans des explications franches et piécises telles qu'elles ne lui ont guère été données jusqu'ici que par le duc de Vicence, ce qui n'a produit que peu d'effet, parce qu'il ne les envisage pas comme officielles. J'ai souvent regretté que cette marche n'eût point été adoptée dès le printemps, oii les revers qu'essuyèrent les armées françaises en Espagne auraient rendu l'Empereur Napoléon plus facile sur les termes d'un semblable arrangement. Mais les succès brillants que les armées de Votre Majesté Impériale ont remportés en Turquie ont paré à cet inconvénient; et si, comme il est à croire, une paix honorable et modérée en devient le résultat, le moment actuel sera peut-être plus propice encore. Toute démarche pacifique, faite après cette paix, ne peut manquer de produire un bon effet et de

détruire le soupçon que l'on semble nourrir en France que nous n'attendons que ce résultat pour éclater.

Los principaux objets dont il peut et doit être question dans cette négociation sont :

1° Les intérêts de la maison d'Oldenbourg;

2" La diminution des forces respectives sur les frontières;

S" La situation présente et future de la Pologne;

4" La situation présente et future de la Prusse;

5° La réforme commerciale de la Russie.

1° Je place en première ligne les intérêts du duc d'Oldenbourçj, non pas que ce point soit d'une importance supérieure en comparaison des autres, mais parce que c'est le seul qui jusqu'ici ait été mis en avant comme un grief contre le gouvernement français, et que la dignité de Votre Majesté exige qu'on lui donne une satisfaction pour l'injure faite à des princes alliés de sa maison. Cependant, comme nous n'avons pu, ni voulu protester contre la mesure générale dans laquelle le territoire de ces princes est compris, et que sans une guerre heureuse contre la France nous ne pourrions nous flatter de l'amener à une restitution pure et simple du duché d'Oldenbourg, il ne nous reste qu'à adopter le principe d'un dédommagement. Mais le choix de cette indemnité est difficile. Erfurt, ou tout autre territoire situé au milieu des États de la Confédération du Rhin, serait insuffisant et continuellement exposé au sort que le duché d'Oldenbourg vient d'éprouver. Au reste, la France n'a rien de disponible, et Votre

Majesté professe une politique trop libérale pour vouloir que l'on dépouille qui que ce soit. La seule manière d'arranger cette affaire serait donc d'échanger nos droits sur l'Oldenbourg, à la cession duquel l'Empereur Napoléon tient infiniment, contre tels sacrifices de sa part qui prouvassent qu'il veut réellement la paix; en un mot, à des arrangements tels qu'ils seront exposés plus bas.

2" La dmimition des forces respectives sur la frontière.

Loin de moi l'idée d'affaiblir en quoi que ce soit notre position militaire, ou de désirer que l'on cessât les sages travaux ordonnés pour l'établissement d'un nouveau système de fortification ; je serais indigne de la confiance de Votre Majesté Impériale si une pareille idée pouvait se présenter à mon esprit. Mais tout en retirant de nos frontières une partie de nos forces, nous conserverions toujours la faculté de les placer en échelon dans des positions où elles seraient à portée de se concentrer, et d'arriver à tetnps sur le point menacé, toutes les fois que les dispositions de l'ennemi nous annonceraient une attaque prochaine, un danger réel. En se prêtant, par conséquent, à une réciprocité parfaite de mesures, nous accorderions peu et gagnerions beaucoup, car si l'Empereur Napoléon a la volonté sérieuse de faire cesser la crise actuelle, il ne peut guère se refuser :

1° A consentir h une réduction effective de la garnison de Dantzig, accompagnée de quelque stipulation qui en fixerait le maximum;

2° A l'engagement de ne pas envoyer de troupes françaises dans le duché de Varsovie.

Si on pouvait y ajouter une troisième stipulation, par laquelle l'armée du duché serait limitée à un nombre plus conforme aux moyens pécuniaires de cet État, ce serait sans doute un avantage. Mais dans toute cette négociation, on doit moins prétendre à ce qui serait désirable qu'à ce qui est possible, car quelle que soit l'importance de tel ou tel objet en particulier, il est plus important encore que l'arrangement réussisse, même à des conditions moins favorables que celles auxquelles on aurait droit de prétendre.

5" Je n'ai jamais attaché un prix réel à une déclaration quelconque, par laquelle Napoléon s'engageait à abandonner une fois pour toutes ce qu'on appelle le rétablissement de la Pologne. Cependant, comme dans plusieurs occasions il s'est prononcé à cet égard d'une manière très positive, on pourrait toujours en prendre acte pour insérer dans le traité un article renfermant cette déclaration. Bien entendu qu'il ne nous soit pas mis en ligne de compte pour plus qu'il ne vaut; qu'il ne serve pas de prétexte pour être moins coulant sur d'autres d'un plus grand intérêt, car le seul avantage réel qui en résulterait serait peut-être l'effet qu'il pourrait produire sur l'esprit des Polonais, et qu'encore la France a tant de moyens de paralyser.

4° On regarde comme beaucoup plus important, et même l'objet le plus essentiel de l'arrangement, un article qui assurerait pour quelque temps Vexistence

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poUlique de la Prusse. Votre Majesté ne peut être indifférente au sort d'une puissance que, malgré l'étal d'affaiblissement où elle se trouve, on doit toujours envisager, soit comme l'avant-garde des forces avec lesquelles Napoléon envahira tôt ou tard la Russie, soit comme celle que la Russie opposera à ses projets. Le but véritable de l'arrangement, celui même qu'il faudrait hautement prononcer vis-à-vis de la France, étant le maintien de la tranquillité générale, toute stipulation à cet égard serait nécessairement vaine et sans effet, si le territoire prussien ne devenait pas libre. La France a déclaré que toute invasion de notre part dans le duché de Varsovie amènerait la guerre, pourquoi ne répondrions-nous pas que toute attaque de la sienne contre la Prusse, tout envoi de troupes dans ce pays, au delà du nombre fixé par le traité pour la garnison des places qu'elle occupe sur l'Oder, équivaudrait à une déclaration de guerre? D'ailleurs, on ne demanderait à la France qu'à remplir scrupuleusement les engagements qu'elle a contractés en 1808 avec la Prusse, et qui sont moins avantageux que ce que le traité de Tilsit stipule en faveur de ce pays. Elle ne ferait autre chose que de s'engager également vis-à-vis de nous à évacuer les places de l'Oder, à mesure que le gouvernement prussien s'acquitterait de l'arrivée de ses contributions; et comme plus que la moitié en est payée, Glogau devrait être immédiatement restituée. Pour faciliter à la Prusse l-es moyens de se libérer envers la France, tirer parti de l'article du traité de

Tilsit qui stipule en sa faveur une cession de 500000 acres, dans le cas où le Hanovre ne serait pas rendu à l'Angleterre. La France ayant disposé de ce pays en faveur du roi de Westphalie et en partie pour elle-même, je ne sais pas pourquoi on lui ferait grâce de cette stipulation, à elle qui jamais ne fait grâce de rien. Tout ce qui peut en général faire cesser le pré- Icxle sous lequel Napoléon occupe encore les places de l'Oder, est bon, et ne saurait être défendu avec trop d'îirdeur. Ce ne sera que lorsqu'il n'y aura plus de troupes françaises sur son territoire que la Prusse retrouvera la possibilité de prendre dans toutes les circonstances un parti conforme à ses vrais intérêts; et comme c'est à nous qu'elle en sera redevable, il faut espérer que la cour ne suivra d'autre direction que celle que les dispositions de sa nation et surtout de l'armée semblent déjà actuellement lui indiquer.

5" Votre Majesté Impériale s'étant refusée aux dernières instances de Napoléon, relativement à de nouvelles extensions du soi-disant système continental, à l'adoption du tarif de Trianon, à l'exclusion des neutres, elle ne saurait se relâcher sur aucun de ces points. Ce refus, comme tout ce qui tend à distinguer la Russie de cette foule de faibles alliés aveuglément soumis aux volontés arbitraires et capricieuses de la France, était honorable et bien calculé, et plutôt la rupture de la négociation et peut-être' même la guerre, que quelque stipulation qui nous empêcherait de persévérer dans le

système que nous avons suivi cette année à l'égard du commerce.

Voilà les bases sur lesquelles la négociation doit s'établir et sur lesquelles doit être fondé l'arrangement qui en serait le résultat. Mais supposé qu'il réussisse de la nianière la plus satisfaisante, il y a encore un point capital, qui est presque à envisager, comme la clef de voûte : que V Autriche soit invitée à le garantir. L'Empereur Napoléon ayant offert lui-même cette garantie, ne pourrait pas facilement la décliner. La cour de Vienne aurait les meilleures raisons possibles pour s'y prêter. Elle répugnerait peut-être à une médiation proprement dite, Mais garantir ce qui aurait été conclu, serait un acte qui, pour l'une et pour l'autre puissance, n'aurait que de grands avantages. En voici quelques-uns qui paraissent devoir en résulter : 1" La Russie et l'Autriche, c'est-à-dire les deux seules puissances continentales dont aujourd'hui encore la réunion produirait encore un contrepoids efficace à l'énorme pouvoir de la France, se trouveraient, pour la première fois depuis six ans, unies non seulement par un intérêt commun, car celui-là n'a jamais cessé d'exister, mais par un lien positif et avoué. Il n'y a pas dans tout le cercle des rapports politiques un objet sur lequel les intérêts bien entendus de ces deux puissances ne soient pas absolument d'accord. Je n'en excepte pas même les affaires de la Turquie. Car quoique relativement à ce seul article on puisse concevoir une diversité de vues entre elles, circonstance qui ajoute un

si puissant motif à tous ceux qui doivent faire désirer un prompt dénoûment de la guerre de Turquie, je n'en suis pas moins persuadé qu'un véritable homme d'État en Russie sacrifierait, ainsi que cela vient de se faire dans les circonstances présentes, un grand avantage local plutôt que de mécontenter l'Autriche, tout comme un véritable homme d'État en Autriche consentirait à dos résultats généralement contraires à son système plutôt que de s'aliéner la Russie, ou de voir porter atteinte à sa considération par une paix conclue sur des bases trop différentes de celles qui jusqu'ici ont été mises en avant. Cette paix aurait aussi l'immense avantage d'écarter entre la Russie et l'Autriche tous les motifs de jalousie qui peuvent subsister; tandis que l'acte de garantie du traité conclu avec la France autoriserait et légaliserait pour ainsi dire entre elles des communications confidentielles et suivies; il habituerait les deux cours à penser et à agir dans le même sens pour tous les grands intérêts de l'Europe, et deviendrait le germe d'une alliance formelle, dont le tout serait de stipuler et les mesures qu'il y aurait à opposer aux atteintes que la France pourrait porter à l'arrangement garanti et les secours qu'il faudrait éventuellement se prêter. Je regarde un concert entre ces deux puissances comme la seule planche de salut qui soit restée après tant de naufrages. Si, d'ici à six mois, il n'est pas pleinement établi, et que l'Autriche ne trouve moyen de rétablir ses finances et son armée pour qu'elle ne soit pas sans force et, par conséquent, sans utilité,

c'en est fait de nos dernières espérances : tout périt sans retour. L'effet le plus funeste d'une explosion prématurée entre la France et la Russie serait de rendre ce concert impossible; le plus grand bienfait d'un arrangement pacifique sera de le préparer et de le favoriser.

2° Pendant l'époque de paix plus ou moins raffermie qui suivrait un arrangement pareil, la Russie et l'Autriche auraient l'une et l'autre le temps de s'occuper de leur intérieur, de rétablir leurs finances, de donner à leurs forces militaires l'étendue et la perfection dont elles sont susceptibles. Leur union et leur confiance mutuelle faciliteraient les opérations. Dans les conjonctures les plus périlleuses, c'est beaucoup que de savoir que tous les plans, toutes les démarches, tous les efforts, n'ont à prendre qu'une seule direction: de pouvoir compter sur un voisin fidèle; de ne plus craindre de diversion sur nos flancs ; d'être bien convaincu que les progrès que ces deux puissances feraient pour la restauration de leurs forces ne donneraient de jalousie qu'à celui qu'au fond de leurs pensées elles regardent comme leur seul ennemi.

7f Si dans cet intervalle de paix l'Empereur Napoléon se portait à quelque nouvel envahissement, la Russie et l'Autriche trouveraient dans l'acte de garantie un prétexte légal de s'y opposer; et le jour où ces deux puissances auront pour la première fois avoué les mêmes principes et fait entendre le même langage au gouvernement français, sera celui où la liberté de

l'Europe renaîtra de ses cendres. Ce sera l'avant-coureur de la résurrection d'un équilibre politique, sans lequel, quoi qu'on fasse, la dignité des souverains, l'indépendance des États, la prospérité des peuples, ne seront que de tristes souvenirs.

C'est ainsi que d'une mesure bien calculée résulterait une foule d'avantages, et que Votre Majesté, en conjurant l'orage qui la menace, verrait sortir des fruits de sa sagesse les germes d'un véritable état de paix; qui s'il est compatible avec l'existence de Napoléon, ne pourrait, dans l'état déplorable où se trouvent toutes les puissances, tant sous le rapport moral que sous celui de leurs moyens physiques, être obtenu que de cette manière.

On objectera peut-être que tous ces beaux rêves, n'étant bâtis que sur la bonne foi du gouvernement français, s'évanouiraient du moment oîi l'on s'apercevrait qu'en offrant de négocier il n'a voulu que cacher son jeu, gagner du temps, ou nous tendre un piège. Mais môme si tel était le cas, nous n'aurions encore rien perdu, en nous prêtant à ses démonstrations pacifiques. La guerre n'ayant pas été déclarée au printemps, tout délai doit tourner en notre faveur. Le moment actuel, malgré tout ce qu'on peut dire sur la guerre d'Espagne, serait un des plus funestes que nous puissions choisir. L'ancienne règle qui veut que telle chose que votre adversaire paraît éviter doit par cela même vous convenir, n'est pas admissible sans restriction. Mon adversaire peut avoir de très bonnes raisons pour ne pas

vouloir aujourd'hui ce qui n'en sera pas moins un dernier résultat entièrement à son avantage.

Je crois n'avoir besoin de donner aucun développement à ce raisonnement, les idées de Votre Majesté sur l'utilité d'éviter la guerre m'ayant paru entièrement fixées, comme en général sur les moyens d'y parvenir; et sur ceux que j'ai osé lui indiquer, elle a objecté qu'en vidant les différends actuels par un arrangement, le grief que la France nous a donné par la réunion de l'Oldenbourg disparaîtrait, et qu'elle voudrait s'en réserver un, afin d'en profiter pour rétablir ses relations de commerce avec l'Angleterre, dans telle circonstance où l'Empereur Napoléon pourrait être hors d'état de nous faire la guerre pour cette seule raison. Je pense qu'à cet égard. Votre Majesté Impériale pourrait s'en remettre au caractère connu de ce souverain, qui certainement ne tarderait pas à lui fournir de nouveaux sujets de plainte et de récrimination. D'ailleurs ses engagements avec lui ne sont point éternels; et si d'ici à deux ans ils ne produisent pas sur l'Angleterre l'effet qu'il se flatfe d'en obtenir. Votre Majesté aurait toujours le droit de déclarer à la France qu'elle ne saurait sacrifier davantage la prospérité de son empire à une idée qu'une expérience de six ans a prouvé n'être qu'une chimère. Personne ne saurait voir dans cette déclaration une violation des traités; et si, d'ici à cette époque, nous sommes parvenus à consolider nos mesures de défense et à leur donner l'étendue et la perfection qu'elles doivent avoir tant

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que vivra Napoléon, je doute même qu'elle puisse amener la guerre.

En meltant ee mémoire aux pieds de Votre Majesté Impériale, j'ose léclamer toute son indulgence. Elle a déjà daigné m'en Taire éprouver l'heureux effet.

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