Buxhoewden (comte de). Voir tomel
5. Czartoryski (Adam, prince), 1770-1861. Fut envoyé après le partage de la Pologne en 1795 en otage à Saint-Pétersbourg, où il se lia d'amitié avec le futur empereur Alexandre Ier. Fut envoyé par Paul Pr comme ambassadeur à Turin (1800) et nommé par Alexandre l*r ministre des affaires étrangères (1802-1805). Suivit en 1814 Alexandre à Paris et à Vienne. Sénateur palatin en 1815, se prononça dans la diète pour une monarchie constitutionnelle. Se retira dans ses terres en 1821. Lors de la révolution de Pologne en 1831, se rendit à Varsovie et fut élu président du gouvernement provisoire. Il mourut à Paris.
4. Budberg (général, baron), fils du ministre des affaires étrangères, lui-même plus tard gouverneur de Saint-Pétersbourg.
m'avait témoigné de la bienveillance. C'est sous cette impression que je me présentai à mon nouveau chef. Le général Budberg était un galant homme, maladif, d'un esprit médiocre et nullement fait pour la haute position qu'il occupait. La vérité m'oblige à le juger ainsi, quoiqu'il fût plein de bontés pour moi et n'ait rien négligé pour me rendre service. Déjà avant mon arrivée, il m'avait destiné à accompagner le Comte Pierre Tolsloy qui devait se rendre, en qualité de commissaire militaire, au quartier général désarmées prussiennes. La bataille d'Iéna et la dislocation de cette armée rendirent ce voyage inutile et je restai momentanément sans emploi. Le général Budberg, dès notre première entrevue, me demanda quels étaient mes désirs. Dans les circonstances graves où nous nous trouvons, lui répondis-je, je ne dois plus former d'autre vœu que d'être employé le plus activement possible. Il me sut gré de ma réponse et ne l'oublia pas.
Ainsi que je l'ai dit plus haut, les deux corps d'armée russe étaient commandés par les généraux Buxhoewden et Benningsen, d'une part, et pour établir l'unité du commandement, de l'autre, pour donner satisfaction à l'opinion publique qui demandait à voir un nom russe à la tête de nos armées, l'Empereur confia le commandement en chef au vieux maréchal Kamenski l,
1. Kamenski (le comte Michel-Fedorovitch), feld-maréehal russe, né vers 1755, mort assassiné le 12 août 1800. Il servit brillamment dans les guerres de Catherine II contre les Turcs. Colonel en 1751,
qui, sous le règne de l'Impératrice Catherine, s'était distingué en Turquie. C'était un homme bizarre, cruel, point dépourvu de talent militaire, mais paralysé par la violence de son caractère; de plus, très cassé et hors d'état de monter à cheval. Aussi n'était-ce pas sans une certaine répugnance que l'Empereur avait cédé aux clameurs qui demandaient sa nomination.
Auprès des généraux en chef, il est d'usage en Russie de placer un employé du Ministère des Afïaires étrangères, chargé de la correspondance avec les autorités civiles et militaires des puissances alliées. Un matin, le général Budberg me fit venir pour me proposer ce poste auprès du maréchal Kamenski. J'acceptai sans hésiter. Il fut surpris et me dit : « Vous ne savez donc pas ce qu'est le maréchal Kamenski ? — Je le sais trop bien, répondis-je. — D'autres n'ont pas montré la même bonne volonté et je ne manquerai pas de la
il l'ut peu de temps après promu général. Mais il s'attira la haine de la cour en revendiquant après le traité de Kaïnardji, qu'il avait contribué à imposer à la Porte, le commandement en chef de l'armée, laissé vacant par la mort de Potemkin (1791). Catherine, qui avait désigné Kakovski, le disgracia, et il ne rentra en faveur que sous Paul Ier. qui le nomma feld-maréchal et comte (1797). En 1806, il eut le commandement en chef de l'armée russe qu'Alexandre voulait opposer à Napoléon; Kamenski, excellent tacticien et brave militaire, mais excentrique à l'excès, se piqua d'un manque d'égards de l'Empereur; tout à coup il donna sa démission et se retira dans ses terres. Il était la terreur de ses domestiques et de ses paysans, menaçait ses cochers de leur casser la tête à la moindre maladresse et se permettait toutes sortes de fantaisies plus ou moins bizarres. Un paysan, peut-être outragé par lui, l'épia dans un bois et lui fendit la tête d'un coup de hache.
faire valoir, » ajouta le général. Ma nomination signée, je me présentai le lendemain au terrible maréchal qui me reçut assez bien et me proposa de faire route avec lui, ce qui n'était précisément pas la manière de voyager le plus commodément. Nous partîmes en décembre — les routes étaient affreuses — le maréchal se hâtait lentement. On aurait dit qu'il pressentait la catastrophe qui l'attendait. C'est ainsi qu'il s'arrêta deux jours à Riga, autant à Vilna, et plus encore à Grodno d'où vint le tirer le capitaine Benkendorff que le comte Tolstoy, général de service de l'armée, lui avait envoyé pour le conjurer d'arriver plus vite, attendu que Bonaparte venait de traverser la Vistule pour attaquer le corps du général Benningsen posté le long de la Tzkra. Il partit, me donnant l'ordre de le rejoindre à Pultusk. J'y arrivai au milieu de la nuit, au moment même où les avant-postes ayant été attaqués, il se mit en traîneau pour gagner le gros de l'armée. Il me reçut très mal, me dit que je n'avais rien à faire là et m'ordonna de retourner à Grodno pour y attendre de nouveaux ordres, ne voulant pas laisser les archives exposées aux hasards d'une bataille. J'obéis, le cœur gros, car, jeune et ardent, je brûlais d'impatience d'assister à un combat. Je revins donc à Grodno, où, à ma très grande surprise, je vis arriver, deux jours après, ce même maréchal qui, voyant la bataille engagée, perdit la tête si complètement qu'il dit au général Benningsen : « C'est à vous qui avez pris les dispositions de répondre de l'issue; je ne m'en mêlerai
pas, et je remettrai au général Buxhoewden, plus ancien que vous, le commandement de l'armée.
Comme de raison, je me présentai à lui, dès son arrivée; il me dit: « Je ne commande plus; allez chez le Comte Buxhoewden. » C'est ainsi que se termina la carrière militaire de ce vétéran maniaque. La fin de sa vie fut plus tragique : il s'était retiré dans ses terres où il mourut assassiné par ses paysans. Lorsque l'Empereur Alexandre apprit la conduite du Maréchal, il sortit de son cabinet et s'adressant aux personnes rassemblées autour de lui : « Messieurs, leur dit-il, devinez quel est celui qui s'est le premier enfui de l'armée? »
L'équipée du Maréchal tourna tout à l'avantage de Benningsen. Il eut, le premier, la gloire de résister à celui qui jusqu'alors avait semblé invincible. En effet, repoussé partout, Bonaparte fut obligé de se retirer sur la Vistule. La saison et le mauvais état des routes où les Français avaient découvert un cinquième élément, la boue, empêchèrent Benningsen de le poursuivre et de tirer parti de ce succès. La bataille de Pultusk (14/26 décembre 1806) eut un grand retentissement à Pétersbourg, on crut avoir trouvé dans le général Benningsen l'homme qu'il fallait opposer à Bonaparte. Il fut nommé général en chef à la place du maréchal Kamenski et Buxhoewden rappelé. Je passai également de Kamenski à Buxhoewden et de Buxhoewden à Benningsen. Il était difficile de nourrir l'armée dans un pays déjà dévasté et il fut résolu de la transporter dans la Prusse orientale en laissant sur la Narova un
corps d'observation sous les ordres du général Essen.
Dans le pays où nous allions entrer ne se trouvait pour le moment qu'un seul corps d'armée française, commandé par le Maréchal Bernadotte. Il occupait des cantonnements assez éloignés les uns des autres.
En débouchant, notre avant-garde se précipita sur ces cantonnements et remporta un avantage considérable à Mohrungen. Bernadotte y perdit ses équipages dans un combat où le Comte Pierre Pahlen1 se signala. En recevant la nouvelle de cette défaite, Bonaparte quitta Varsovie avec toute son armée et nous atteignit dans les premiers jours de décembre. Le général Benningsen résolut d'accepter la bataille, mais le pays où se trouvait l'armée n'offrant aucune position avantageuse, il prit le parti de battre en retraite depuis Mohrungen jusqu'à Preussisch-Eylau. Ce mouvement rétrograde nous prit trois jours, pendant lesquels nous eûmes à essuyer des combats d'arrière-garde plus ou moins sérieux. On se battait le jour et on marchait la nuit. Je suivais ces mouvements à cheval et supportais assez bien ces grandes fatigues. Dans une de ces affaires, nous eûmes le malheur de perdre le général Anrep, un des plus distingués généraux de l'armée. Enfin, on s'arrêta à Eylau, où, le 27 janvier 1807, se livra une des plus sanglantes batailles de cette sanglante époque. Malheureusement elle n'a pas eu les suites qu'elle aurait dû avoir. Nous étions restés com-
i. Pahlen (Pierre, comte). Voir tome I.
platement maîtres du champ de bataille et quelle fut notre surprise, lorsque le lendemain le général Benningsen ordonna un mouvement rétrograde surKœnigsberg, tandis que Bonaparte se retirait de son côté. Le général chercha à excuser sa résolution par le manque de munitions et le désordre inévitable après chaque bataille gagnée ou perdue. Nous restâmes ainsi cinq ou six jours à Kœnigsberg à nous refaire et à attendre des renforts. En effet, l'Hetman Platoff1 nous rejoignit bientôt, à la tête de quelques régiments cosaques et d'une brigade de chasseurs. Le général Benningsen conçut alors un plan d'opérations qui aurait pu avoir les conséquences les plus heureuses, s'il avait été exécuté avec énergie et rapidité. Il envoya le comte Pierre Tolstoy prendre le commandement d'une partie du corps du général Essen2, avec l'ordre de l'amener dans
1. Platoff (comte), hetman des Cosaques du Don, né en 1765, mort en 1818. Il prit part aux nombreuses campagnes des Russes, et par l'importance qu'il sut donner aux opérations des Cosaques, influa beaucoup sur le succès des armes de l'empereur Alexandre. Devenu hetman, il reçut le grade de lieutenant général clans l'armée régulière, fit lcs.campagnes de 1806 et de 1807 contre les Français, obtint des succès contre les Turcs en Moldavie (1809), rejoignit en 1812 l'armée destinée à empêcher Napoléon de pénétrer en Russie et fut battu à Grodno le 50 juin. Forcé de se retirer dans l'intérieur, il reparut bientôt à la tète de vingt régiments de Cosaques, harcela les débris de l'armée française pendant la désastreuse retraite de Moscou. Après avoir fait la campagne d'Allemagne et pris part à la bataille de Leipzig (1815), Platoff conduisit, en 1814, jusqu'à Paris ses Cosaques. Platoff était un excellent général de cavalerie.
2. Essen (Pierre, comte d'), général russe, né en 1780. Il fit ses premières armes en Suisse, sous les ordres de Souvarof (1790), et devint peu après gouverneur militaire de Wiborg, puis en 1806
la vieille Prusse et de menacer le flanc droit de l'armée française, tandis qu'il l'attaquerait, lui, de front avec le gros de l'armée. Nous nous remîmes en marche, pleins d'espoir; un détachement de Cosaques fut envoyé en avant et partout où il rencontrait les avant-postes ennemis, les forçant à une retraite précipitée, il faisait beaucoup de prisonniers. Dans le nombre se trouva un jeune officier, le Comte de Montesquiou-Fezensac1 dont nous lûmes plus tard une brochure intéressante sur la retraite de Moscou.
Tandis que les armées étaient inactives, Bonaparte
commandant de la 8* division militaire d'infanterie, à la tète de laquelle il combattit à Eylau en 1807. L'année suivante, il alla faire la guerre aux Turcs, sous les ordres de Koutousof, eut une part brillante à la victoire de Koutschouk, et, après le traité de Bucharest (1812), revint dans sa patrie combattre l'invasion française. Depuis cette époque, il est devenu successivement gouverneur militaire de la province d'Orembourg (1817), général d'infanterie (1819), gouverneur général militaire de Saint-Pétersbourg (1830), comte de l'empire (1853), membre du conseil d'État et chambellan de l'empereur (1842), et enfin gouverneur civil de la Livonie.
1. Moxtesqciou-Fezensac (Raimond-Philippe-Joseph, duc de), général, pair de France, né à Paris en 1784, mort en 1867. Il s'engagea en 1804 et fit toutes les campagnes de l'Empire. Capitaine (1808), il épousa la fille du général Clarke, plus tard duc de Feltre et ministre. Il fut nommé après la bataille de Wagram (1809) chel d'escadron et créé baron. Il fit la rude campagne de 1812, reçut après la bataille de la Moskowa le grade de colonel, prit part à la campagne de Saxe et presque aussitôt fut nommé général. Lieutenant général sous Charles X et grand officier de la Légion d'honneur, ayant hérité à la mort de son oncle, l'abbé de Montesquiou, du titre de duc, il fut en 1832 nommé pair de France et ambassadeur à Madrid en 1838. Le roi l'éleva au rang de grand-croix de la Légion d'honneur en 1845. Il prit sa retraite en 1848. A publié un volume intitulé : Journal de ta campagne de Russie en 1812.
nous envoya en parlementaire, le général Bertrand1, sous prétexte de proposer un armistice que le général Benningsen refusa sans hésiter. Celui-ci continua sa marche en avant. Mais, arrivé à Braunsberg, il apprit que l'armée française, au lieu de poursuivre son mouvement de retraite, s'était tout d'un coup arrêtée et avait pris position sur la Passarge. Cette nouvelle déconcerta complètement notre général, et le fit renoncer au plan d'opérations si habilement conçu. C'est ici que commence toute une série de fautes et de malheurs qui détruisirent les trop grandes espérances placées sur le général Benningsen. Bonaparte était pour lui, comme il le fut pour beaucoup d'autres, semblable à la tète de Méduse dont le seul aspect paralysait les facultés.
Dans cette circonstance, c'élait d'autant plus fâcheux qu'on a su depuis que ce n'était pas volontairement que l'armée française s'était arrêtée sur la Passarge, que l'ordre lui avait été donné de se retirer derrière la Vistule, mais que le passage de la rivière, charriant des glaces, était devenu impossible. Le fait m'a été confirmé par le général Jomini2 qui, à cette époque, chef d'état-
1. Bertrand (Henri-Gratien, comte), grand maréchal du palais, 1773-1844, aide de camp de Napoléon, le suivit sur tous les champs de bataille. Il accompagna Napoléon à l'île d'Elbe et à Sainte-Hélène, d'où il ne revint qu'après sa mort. Enterré aux Invalides.
2. Jomim (Henri, baron), général et écrivain militaire, né à Payerne (Vaud), 1779-1869. Il servit d'abord dans l'armée suisse, puis fut aide de camp du maréchal Ney (1805). Plus tard, se considérant victime de passe-droits, il ollrit ses services à la Russie. 11 est surtout connu par des ouvrages de stratégie : Traité des grandes opérations militaires (1805), Histoire critique et militaire des campagnes
major du corps de Ney, avait été envoyé à la Vistule pour y établir des ponts, ce dont il ne put s'acquitter.
Les efforts de notre cabinet, joints à ceux du cabinet prussien, tendaient alors à rallier l'Autriche à la coalition. Le général Benningsen reçut de Pétersbourg l'ordre de tenir le cabinet de Vienne au courant de ses opérations, et de l'informer particulièrement des pertes considérables de l'armée française à Eylau. Il me choisit pour remplir cette mission, à Vienne, où j'arrivai au commencement de février 1807. Je trouvai une ancienne connaissance, le comte Stadion, à la tête du ministère, le même qui, pendant mon séjour à Berlin, m'avait témoigné beaucoup d'amitié. Notre cour y était encore représentée par le prince Rasumovski1, auquel la bataille d'Austerlitz avait fait perdre sa place. Son successeur, le prince Kourakin*, n'était pas encore arrivé, il continuait à gérer l'ambassade. Je le mis, ainsi que le comte Stadion, au fait de l'état des choses et je vis, avec plaisir, toute la société de Vienne partager la joie et l'espoir que la bataille d'Eylau avait causés à tous les ennemis de Bonaparte. Je passai trois mois dans cette brillante société, de la manière la plus agréable, au milieu des femmes les plus séduisantes de l'époque, Autrichiennes et Polonaises, parmi lesquelles
de la Révolution (l819-4<824), Vie politique et militaire de Napoléon (1827).