‹ Lettres et papiers, 1760-1850, extraits de ses archives; (volume 3)Chapitre 14 sur 36 · Kourakix (Prince Alexandre). Voir tome I · texte numérisé non relu

Kourakix (Prince Alexandre). Voir tome I

brillait, au premier rang, Mme Zamoyska1. Les dispositions du gouvernement autrichien devenant de jour en jour meilleures, au point qu'il voulait déjà envoyer le général Vincent se concerter avec le général Benningsen sur les combinaisons politiques et militaires exigées par les circonstances. Dans l'intervalle, l'Empereur Alexandre s'était rendu à l'armée, accompagné du général Budberg. Celui-ci m'envoya l'ordre de revenir au plus tôt, il me destinait une nouvelle mission, se réservant de m'en instruire lui-même. Il s'agissait de m'accréditer auprès du roi Louis XVIII, qui résidait à Milan, et qui avait demandé à avoir près de lui un intermédiaire pour communiquer à notre ministère ses plans et ses nombreux projets de réaction en France.

La bataille de Friedland (2/14 juin 1807) mit fin au projet de Louis XVIII, ainsi qu'à mon voyage de Milan. Dans l'audience qu'il m'accorda, en 1814, aux Tuileries, il me dit : « Je suis bien heureux, Monsieur le Comte, de faire connaissance avec vous, plutôt ici que là où je devais le faire. » Au lieu du roi légitime, ce fut vers l'usurpateur que ma destinée me dirigea.

On connaît les suites de la malheureuse bataille qui venait d'être livrée, l'armistice, l'entrevue des deux souverains de Russie et de France sur un radeau, au niilieu du Niémen (15/25 juin), pour négocier de la paix. Des plénipotentiaires furent nommés ; de notre part, le prince Kourakin qui était venu prendre les

1. Zamoyska (comtesse Louise), née comtesse Grocholska, femme du comte Stanislas Saryusz-Zamoyski.

derniers ordres de l'Empereur Alexandre, avant de se rendre à son poste de Vienne, et le prince Dimitri Lobanoff; de la part de la France, M. de Talleyrand. Je fus placé auprès du prince Kourakin, mais je n'eus, au fond, qu'une seule tâche à remplir, celle de copier le traité, après que toutes les conditions en eurent été arrêtées dans les conférences personnelles des deux souverains, lesquelles se prolongeaient, chaque soir, fort avant dans la nuit. Les rédactions se firent à la chancellerie française.

Le traité conclu et ratifié, l'Empereur Alexandre retourna à Pétersbourg et je le suivis de près. Le baron de Budberg, opposé au nouveau système qu'inaugurait la paix de Tilsitt, donna bientôt sa démission et fut remplacé par le Comte Nicolas Roumiantzoff1. Avant de quitter le ministère, il organisa la nouvelle ambassade «à Paris. Le Comte Pierre Tolstoy fut nommé ambassadeur et moi, conseiller d'ambassade. Cette nomination me contrariait plus qu'elle ne me flattait. Mes sympathies n'avaient jamais été pour la France, ni pour l'homme qui la gouvernait, et j'étais sur le point de refuser. Quelques paroles bienveillantes de l'Empereur Alexandre mirent fin à mes hésitations, j'acceptai et n'eus qu'à m'en louer, car ce fut la première étape de la belle et grande carrière que Dieu m'a accordé de parcourir. Le Comte Tolstoy se rendit avec non moins de répugnance à son poste. Tout y était nouveau pour

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