‹ Lettres et papiers, 1760-1850, extraits de ses archives; (volume 4)Chapitre 13 sur 69 · Ministre de France à Stuttgardt · texte numérisé non relu

Ministre de France à Stuttgardt

Egypte. Au départ du dernier courrier de Brunnow, elle n'était pas connue encore à Londres. Tout à vous.

Lettre du général Rauch à S. M. VEmpereur de Russie.

(Traduite de l'allemand.)

Berlin, 13 octobre 1840.

Par ordre de mon auguste maître, S. M. le Roi, j'ai l'honneur de faire à Sa Majesté Impériale la communication suivante :

Dans la lettre du prince de Metlernich au roi des Belges, lettre que S. M. I. connaît certainement et que S. M. le Roi considère comme une maîtresse œuvre, il est dit qu'au cas d'un conflit en Orient, on devrait consulter le cabinet français sur l'arrangement à prendre, sans toutefois rien changer aux mesures prises antérieurement. Lorsque fut connue à Londres la prise de Beyrouth, lord Palmerston adopta l'opinion exprimée dans la lettre du prince de Metternich et proposa au cabinet français d'adresser, en cette circonstance, une note collective. Les ministres de Prusse et d'Autriche à Londres donnèrent à cette proposition leur assentiment, mais M. de Brunnow ne crut pas devoir s'y rallier avant d'avoir reçu des ordres directs de S. M. Impériale. S. M. le Roi désirerait ardemment que le terrain fût aplani, étant de l'avis qu'il ne faut négliger aucun

moyen compatible avec l'honneur des puissances pour éviter la guerre et que la mesure proposée est tout à fait celle qui convient, ne pouvant être en aucun cas considérée comme un acte de faiblesse ou de concession.

L'intention de S. M. le Roi est de proposer aux ])uissances signataires du traité de Londres un traité d'alliance offensive et défensive et d'inviter les souverains de la Confédération germanique à y souscrire. Ce traité serait également à soumettre avec la même proposition à la France. On prouverait formellement ainsi au cabinet français que loin d'éprouver la moindre crainte ou faiblesse, on est fermement résolu à s'opposer à toute ingérence inopportune de la France ainsi qu'à toute attaque de sa part.

S. M. le Roi estime que ce projet devrait être communiqué à la France le plus tôt possible, immédiatement, par exemple, après l'ouverture des Chambres, époque à laquelle il serait susceptible d'avoir un effet salutaire en ramenant le parti modéré à la raison et en exerçant, si le parti militaire l'emportait, une influence désirable sur les affaires intérieures de ce pays.

Je me permets encore d'ajouter, pour plus de clarté et de précision, que S. M. le Roi serait d'avis d'exprimer, dans ce traité d'alliance, qu'on ne songe pas à attaquer la France, mais que la moindre violation de territoire d'une des parties contractantes serait regardée comme une déclaration de guerre, exception faite toutefois de certaines rencontres en mer, les difficultés qui en résultent pouvant être facilement réglées à l'amiable.

S. M. le Roi désire vivement que S. M. l'Empereur partage sa manière de voir, afin que les mesures nécessaires puissent être immédiatement prises. Mon auguste maître m'a chargé de transmettre à S. M. I, l'expression de ses sentiments amicaux et cordiaux et de Lui faire savoir qu'il avait l'intention de Lui éciire personnellement et ne m'avait chargé de le faire à sa place qu'à cause des occupations dont II est accablé, afin surtout que cette communication parvienne à S. M. I. sans perte de temps, et que les opinions et désirs du Roi soient connus de S. M. I. avant qu'ils ne lui arrivent par voie diplomatique.

Je dois, en outre, faire part à S. M. I. de l'intention qu'a le Roi, mon maître, de conférer avec le cabinet de Vienne, à l'effet de savoir sur quel contingent on pourrait compter en cas de guerre. Le Roi est persuadé que l'Autriche, vu la gravité des circonstances, ferait tous les efforts possibles, mais que, malgré tout son bon vouloir, on ne pourrait guère compter, surtout au commencement, que sur le contingent de la Confédération, c'est-à-dire sur 90 000 hommes.

La comtesse Charles de Nesselrode à son mari.

Uaden, 14 octobre 1840.

L'abdication du roi de Hollande me touche; je souhaite à son successeur qui prend la couronne dans un moment des plus difficiles, d'après ce que l'on dit des dispositions du pays, de n'en pas trop sentir le poids. Je voudrais bien savoir si la nouvelle reine, qui est extrêmement aimée dans le pays, est heureuse d'être reine.

Ta vie est bien retirée, ce que je conçois parf^iitement au milieu des préoccupations qui te tourmentent. Cependant je constate que les affaires prennent une tournure plus satisfaisante. Thiers s'est montré si brouillon, que j'espère bien qu'on n'en voudra plus et que ce qu'il a dit à la princesse Lieven ne s'effectuera jamais. On prétend qu'il s'est vanté à elle de rentrer aux affaires tôt ou tard pour ne plus en sortir.

En Syrie, cela va à merveille. Yive l'Angleterre! Lorsqu'elle se charge d'une besogne, elle la mène rondement et sans tâtonner.

Le comte Charles de Nesselrode au baron de Meyendorff.

Saint-Pétersbourg, 24 octobre 1840.

J'avais eu le projet, mon cher Meyendorff, d'attendre tranquillement le mémorandum de Palmerston avant d'écrire un mot sur la proposition que Brunnow a si sagement déclinée. Mais, d'une part, Liebermann m'a beaucoup pressé de répondre; de l'autre, l'Empereur a reçu une lettre de Rauch, écrite, par ordre du Roi, pour l'engagera accéder à cette proposition, réduite à sa juste valeur dans la dépêche de Brunnow à Tatichlchef. Force m'a donc été non seulement de vous adresser une dépêche à ce sujet, mais encore de vous expédier un courrier.

Cette dépêche n'avancera pas beaucoup les Prussiens, car elle ne décide rien. Elle n'a, à mes yeux, d'autre valeur que celle de leur apprendre un moment plus tôt que l'Empereur a hautement approuvé Brunnow. Sa dépêche à Tatichtchef est un véritable chef-d'œuvre ; elle épuise tellement la matière qu'elle ne me laisse rien à dire. Voilà pourquoi ma dépêche est si courte et se réfère, pour les arguments et les considérations, à celle de notre ami de Londres. A la fin de la mienne, vous trouverez un paragraphe que vous aurez de la peine à comprendre, mais vous comprendrez bien moins encore la lettre de ce bon Rauch, à laquelle il répond.

Évidemment le cher homme n'a pas bien saisi ce qu'on lui a dit d'écrire. Vous en jugerez par l'extrait ci-joint de sa lettre, que je vous prierai cependant de garder pour vous et de ne pas faire semblant d'avoir reçu. D'une part, on veut faire une avance humiliante à la France; de l'autre, on veut lui notifier un traité d'alliance offensive eidéîensi\e. Comprend-on un pareil non-sens? Il est clair que l'idée d'une alliance offensive n'est entrée dans la tête d'aucun Prussien, et je crois que Rauch ris(|uerait d'être lapidé Unter den Linden\ si on pouvait se douter à Berlin qu'il nous Ta proposée. Aussi, me suis-je bien gardé d'en faire mention dans ma dépêche et de relever une idée aussi biscornue. Je ne parle que d'une alliance défensii'>e, la seule qui soit applicable à la situation où nous nous trouvons. Cette situation, mon cher baron, est très claire et très simple, si on ne veut pas la compliquer à plaisir comme le fait le prince Metternich à chaque instant et nouvellement encore, dans son expédition du 5 octobre.

Voici comment je comprends cette situation et comme la comprend l'Empereur, car je vais vous copier à peu près mot à mot un billet qu'il m'a écrit, hier, de Tsarkoé-Sélo.

Les quatre puissances ont conclu à Londres un traité sur une question tout à fait étrangère à l'Allemagne. La France n'a pas voulu participer à ce traité; il lui déplaît, et. pour s'en venger, elle fait des arme-

Page 1