‹ Lettres et papiers, 1760-1850, extraits de ses archives; (volume 4)Chapitre 14 sur 69 · Sous les tilleuls, une des rues principales de Berlin · texte numérisé non relu

Sous les tilleuls, une des rues principales de Berlin

ments qui dénotent l'intention de faire une guerre continentale. Elle veut donc attaquer l'Allemagne, parce que les quatre puissances se sont engagées à soutenir le Sultan contre son pacha rebelle. Yit-on jamais une cause de guerre à la fois plus injuste et plus absurde? Aussi n'est-ce qu'un prétexte. La véritable cause, c'est que les Français veulent reconquérir la rive gauche du Rhin ; c'est là leur but constant ; aujourd'hui, ils cherchent à le poursuivre et à le réaliser, parce que nous avons fait sans eux un traité oriental ; demain, une autre question surgira, sur laquelle on ne parviendra pas à s'entendre avec eux, et ce sera encore la rive gauche du Rhin qu'ils menaceront de reconquérir; c'est l'épée de Damoclès qu'ils tiennent suspendue sur les têtes des princes allemands. Aucune des quatre puissances ne songe à enlever un pouce de terrain à la France. C'est donc elle qui veut la guerre, et pas nous; ce n'est pas nous qui voulons l'attaquer. L'Empereur serait le premier à s'opposer à un pareil projet, et vous pouvez le dire à qui voudra l'entendre; mais ce que l'Empereur désire ardemment, c'est de voir toutes les puissances préparées à repousser la plus injuste agression; ce qu'il voudrait, c'est un système défensif fortement organisé. Il ne peut, par conséquent, qu'accepter avec empressement l'idée si juste et si sage de la conclusion d'un traité défensif, entre les quatre puissances, que lui a proposé le roi de Prusse et auquel se rallieraient les cours allemandes. Mais un tel traité, ainsi que l'Empereur le comprend, devrait être tout à fait

indépendant de la question d'Orient, qui suivrait son cours, tel que le traité de Londres l'a stipulé ; qui n'a rien de commun avec l'Allemagne et qui ne saurait lui être sacrifiée sans que les puissances contractantes ne donnent au monde un bien dangereux exemple de faiblesse ; qui finirait par tourner au détriment de cette même Allemagne, car il prouverait à la France qu'elle peut tout oser. On vous dira souvent à Berlin que l'Empereur s'oppose à toute démarche conciliante, à toute concession à faire dans l'intérêt de la paix ; que, par conséquent, c'est lui qui veut allumer la guerre en Europe. Non ! certes, ce n'est pas ce qu'il veut, et l'attitude calme qu'il a conservée pendant cette crise devrait le prouver aux plus aveugles. Ce que, par contre, l'Empereur veut, c'est que ceux que la France menace d'attaquer se défendent, et il leur offre ses armées pour les soutenir ; il ne veut pas de démarches humiliantes auprès de la France, mais il ne repoussera pas non plus celles que fera la France pour se rapprocher de nous, pourvu qu'elles n'entraînent pas l'abandon d'une convention qu'il regardera comme une des transactions les plus importantes des temps modernes, parce qu'elle a ramené l'Angleterre dans nos rangs. Qu'un esprit aussi étroit que Werther n'apprécie pas un si grand avantage, je le comprends ; mais vous trouverez encore en Prusse des hommes de tête et de cœur qui ne voudront pas y renoncer légèrement. C'est dans cet espoir que je vous invite, mon cher Meyendorfif, à faire de ma lettre le thème de vos entretiens avec les personnes

influentes avec lesquelles vous avez l'habitude de parler d'affîiires, el avec le Roi lui-même, si Sa Majesté vous en offrait l'occasion. D'ailleurs, je vois par les vôtres que nous nous entendons si bien, que ce serait prêcher un converti que de donner plus de développement à mon argumentation.

Ce qui m'a fait grand plaisir, c'est la défense d'exporter les chevaux. L'Empereur en a été enchanté et vous ne sauriez assez le dire. J'ai trouvé dans cette excellente mesure une véritable compensation pour l'humeur que m'a donnée la lettre de Rauch et l'ennui que me cause l'expédition de Metternich, du 5 octobre. Je ne me presserai pas trop d'y répondre; voyons d'abord comment se débrouilleront les choses entre Paris et Londres ; elles peuvent encore tourner de manière à rendre inutiles toutes ces combinaisons que la peur et une trop grande agitation ont successivement fait éclore sur plusieurs points.

Les nouvelles de Syrie vont jusqu'au 27 septembre ; celles de Constantinople jusqu'au 6 octobre, nouveau style. On y espérait encore engager l'amiral Stopford* à rester devant les côtes de la Syrie. Je ne les connais pas assez pour juger les raisons qui peuvent le déterminer à les quitter dès à présent; nous sommes bien restés devant Varna pendant l'arrière-saison, et l'amiral Ricord* a bloqué les Dardanelles durant tout un hiver.

1. Stopford (Robert), amiral anglais, né en 1768, mort en 1847. Dirigea, en 1840, le bombardement de Saint-Jean-d'Acre.

2. RicoRD (Pierre-Ivanovitch), 1776-1855, amiral russe. A sa sortie

Il faut donc espérer que les amiiaux Stopford et Napier' trouveront également moyen de soutenir une œuvre si bien commencée.

J'ai reçu, hier, votre dépêche sur la prestation d'hommage au nouveau roi de Prusse ; rendons grâces à Dieu que tout se soit si bien passé. Voyons maintenant s'il y aura quelque changement dans le ministère prussien. Bulow a certes plus de capacité qu'aucun de ceux qui pourraient être en vue pour remplacer Werther; mais, sommes-nous sûrs de ses principes? A Londres il n'a pas toujours été bien pour nous.

Le pyroscaphc n'est pas arrivé encore ; j'ignore donc ce qui s'est dit et passé dans la dernière huitaine à Londres. Je suis donc obligé de faire aller mon courrier par terre. C'est le même qui vous remeltra mon expédition. Ne l'arrêtez pas pour qu'il ne manque pas le pyroscape de Hambourg.

de l'école navale de Saint-Pétersbourg, servit trois ans, comme volontaire, dans la flotte anglaise. De 1807 à 1809, fit le tour du monde avec l'amiral Golovine. De 1817 à 1822, gouverneur du Kamtchaka. En 1828 se distingua, en sa qualité de commandant d'escadre, par le blocus des Dardanelles, contribua plus tard à l'affranchissement de la Grèce.

1. Napier (sir Charles), amiral anglais, né en 1786, mort en 1800.

Le même au même.

Saint-Pétersbourg, 3 novembre 1840.

La poste allant plus vite que les deux employés du ministère des finances, qui se rendent en Angleterre pour un procès de faux billets de banque, c'est à elle que j'ai confié, de préférence, les excellentes nouvelles que nous avons reçues avant-hier, de la Syrie. J'espère qu'elles feront tomber toutes les singulières combinaisons que Bulow a emportées à Londres. Rauch les a exposées dans une nouvelle lettre à l'Empereur. Vraiment, cher baron, elles n'ont pas le sens commun. Conçoit-on rien de plus étrange que de proposer à l'Angleterre d'étendre les engagements actuels au delà du traité de Londres; de les généraliser et d'en exclure nommément toute attaque sur mer! En d'autres termes, c'est dire à l'Angleterre : u Venez nous défendre, si la France nous attaque par terre, mais nous n'irons pas à votre secours si vous êtes attaqués par mer ».

Comment Bulow qui a tant de sagacité et qui connaît si bien le terrain de Londres a-t-il pu se charger d'une pareille proposition ? D'autre part, on veut faire à la France la concession d'un pachalick de la Syrie, en faveur d'un des fils de Méhémet-Ali, et cela dans un moment où Thiers nous dit, en propres termes, qu'il nous laissera faire de la Syrie ce que nous voudrons et

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OÙ le général Cubières' déclare, en plein conseil, que la France n'est pas en état de faire la guerre. Ce serait donc une concession complètement gratuite. Croyezmoi, Brunnow mène cette affaire à merveille ; au lieu de se plaindre de lui et de le contrecarrer, les cabinets de Vienne et de Berlin devraient le soutenir et suivre son impulsion. Qu'ils soient tranquilles, il ne leur attirera pas la guerre, mais nous fera tous sortir honorablement de la crise actuelle. Les conversations avec Bresson et les longues dépèches de Metternich au comte Apponyi ne peuvent que jeter la confusion dans l'affaire. Qu'on la laisse traiter à Londres, et que Palmerston porte la parole à la France et tout ira bien. Un second centre de délibérations gâtera et compliquera une question qui, aujourd'hui, se présente sous les plus favorables auspices. C'est à peu près dans ce sens que sera rédigée une dépêche que j'irai soumettre aprèsdemain à l'Empereur et qui servira de réponse et à votre dernière expédition et à la lettre de Bauch. Quant à l'envoi deGrolman% à Vienne, et aux plans militaires

1. Cubières (Amédée-Louis Despans de), général, né en 1786, mort en 1853. Lieutenant-général (1837), fut élevé à la pairie (1839) et nommé deux fois ministre de la guerre (1839-1840). Traduit devant la cour des pairs, en 1847, sous l'accusation d'avoir corrompu le ministre Teste pour la concession des mines de sel de Gouhenans, il fut condamné à la dégradation civique et à une amende de 10000 francs. Ce procès produisit une vive impression et précipita, en le déconsidérant, le gouvernement de Louis-Philippe vers sa chute. Le général Cubières obtint un arrêt de réhabilitation de la cour d'appel de Rouen, le 17 août 1852.

2. Grolman (Gharles-Guillaume-Georges de), général prussien, né en

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éventuellement conçus, je n'ai rien à y objecter. Ils sont parfaits et prouvent une sage prévoyance.

Adieu, mon très cher Meyendorff, tâchez d'inculquer des idées un peu plus saines à nos bons Prussiens, dont le coup d'oeil politique ne porte pas loin.

Tout à vous.

Le comte Dmitri de Nesselrode à son père.

Vienne, 4 novembre 1840.

J'ai trouvé l'Autriche dans un état tout à fait inférieur à mon attente. Figure-toi que, malgré vingt-cinq années de paix, les Autrichiens ne sont point parvenus à améliorer leurs finances. Le numéraire est d'une rareté excessive et le papier mis en circulation n'est nullement proportionné aux moyens de remboursement.

1777, mort en 1845. Dès l'âge de quatorze ans embrassa la carrière des armes, devint capitaine d'état-major en 1806, major en 1807. Deux ans plus tard donna sa démission pour entrer au service de l'Autriche, prit part aux campagnes de Franconie et de Saxe, et après la signature de la paix passa en Espagne. Il était chef de bataillon de la légion étrangère de ce pays, lorsqu'il tomba entre les mains des Français en 181'i. Conduit en France, il parvint à échapper et se réfugia en Suisse. En 1815, il rentra dans l'armée prussienne avec le grade de major et fut blessé grièvement à Culm. Nommé général de brigade après la paix de Paris, il réorganisa l'état-major, puis fut successivement général-lieutenant (1825), général en chef dans le grand-duché de Posen (1852) et général d'infanterie en 1857.

Les caisses de l'État sont tellement vides que c'est à peine si l'on a de quoi faire face aux dépenses qu'entraînent les circonstances actuelles. L'une des causes principales de cet état de choses est le système de perception qui est des plus onéreux pour le Trésor, car il absorbe 55 pour 100 des revenus de l'État.

Le prince Melternich vieillit extrêmement. Le prince Paul Esterhazy a dit à quelqu'un qui me l'a répété : qu'il n'avait jamais vu un homme baisser au moral comme au physique autant que le prince Melternich dans ces dernières six semaines.

Le comte Dmitri de Nesselrode à son père.

Vienne, 6 novembre 1840.

Quoique Vienne ne soit pas le centre des affaires politiques comme Londres, j'ai pu néanmoins y suivre toutes les nouvelles phases qu'ont subies les affaires en Orient depuis mon départ de Londres. Les journaux anglais ne tarissent pas, d'éloges sur la modération de Louis-Philippe qui n'a pas voulu faire la guerre. Je ne vois pas du tout en quoi cette conduite est si généreuse, et ne pense pas qu'il faille en louer la magnanimité. Il n'a pas fait la guerre par l'excellente raison qu'il n'avait pas de quoi la faire, et qu'en outre elle ne pouvait

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tourner qu'à son désavantage. Peut-être aurait-il obtenu quelques succès au début d'une campagne, mais ses troupes n'auraient pas manqué d'être écrasées par la supériorité numérique des forces qu'on n'aurait pas tardé à lui opposer ; et d'ailleurs le casus belli n'existait pas. Pour la première fois, d'après moi, il a manqué d'habileté, et quoi qu'en disent ses partisans, je crois que s'il avait signé le traité du 15 juillet, il n'aurait pas eu à lutter contre des obstacles aussi grands que ceux qu'il est appelé à combattre actuellement.

Le comte Charles de Nesselrode au baron de Meyendorff.

Saint-Pétersbourg, G novembre 1840.

Je VOUS ai tant écrit, cher baron, qu'il ne me reste que peu de mots à ajouter à ma dépêche. Celle-ci répond à toutes les questions traitées dans votre dernière expédition et dans la lettre de Rauch. Maintenant que ferez-vous de cette dépêche? Il n'y a aucun inconvénient à la faire mettre telle quelle, par Rauch, sous les yeux du Roi. Quant à Werther, c'est autre chose, car je ne sais jusqu'à quel point le ministre des affaires étrangères se trouve initié dans le secret de la correspondance de l'aide de camp général, et pourtant il est indispensable que Werther sache ce que nous pensons

sur les graves questions dont traite ma dépêche. Pour vous tirer de cet embarras, j'en ai fait faire un second exemplaire duquel j'ai fait disparaître le nom deRauch et toute allusion à sa lettre. C'est aussi cet exemplaire que je me propose de lire à Liebermann une fois mon courrier parti. Quoique nous n'abondions pas entièrement dans le sens de l'Autriche et de la Prusse, j'espère qu'elles seront, à tout prendre, satisfaites des déterminations de l'Empereur et qu'elles finiront par trouver que ce serait gâter une affaire qui est en si bon train que de faire gratuitement des sacrifices et des concessions à la France. Je ne doute donc pas que les nuances qui se sont manifestées en dernier lieu dans nos opinions ne disparaissent promptemenl et que les succès inespérés obtenus en Syrie ne nous mettent tous d'accord. Je me suis hâté de vous envoyer par la poste de mardi les bonnes nouvelles reçues de Constantinople. Depuis il n'en est point parvenu de plus fraîches.

La crise ministérielle en France suspendra nécessairement toute négociation avec elle et nous laissera le temps d'agir. Elle nous est donc favorable ; elle le sera également au maintien de la paix. J'ai le pressentiment que nous nous tirerons à merveille de celte grande crise ; que la Syrie rentrera sous la domination du Sultan et que la France en sera pour ses forfanteries et ses millions inutilement dépensés.

C'est dans cet espoir que je vous renouvelle, mon cher Meyendorff, mes plus sincères amitiés.

P. S. — Rauch, dans sa lettre à l'Empereur, a parlé

d'un voyage de Humboldl à Paris. J'avoue que je n'aime pas trop cette manière d'en appeler à l'opinion de l'Empereur. Il eût été plus court de refuser à Humboldt la permission d'aller à Paris, dans les circonstances présentes, sans en parler à l'Empereur. Maintenant si on la lui refuse, il trompettera partout que c'est la Russie qui s'est opposée à ce voyage. Quoi qu'il en soit, il a fallu répondre, mais l'Empereur a préféré que cette réponse fût adressée directement à Rauch. Je lui écris donc, à cet effet, la lettre ci-jointe que je vous prierai de lui remettre.

Le même au même.

Tsarkoé-Sélo, 14 novembre 1840.

Vous vous rappellerez, mon cher baron, que la lettre de Rauch nous annonçait une communication de Liebermann sur le même sujet. Cette communication, je vous l'envoie aujourd'hui, avec une dépêche qui peut lui servir de réponse. Je vous abandonne, soit de lire cette dépêche in extenso à Werther, soit de lui dire verbalement ce qu'elle renferme en réponse à la sienne. Celle-ci n'est au fond qu'un acte d'accusation contre Brunnow, n'entrant pas dans le fond de l'affaire et la jugeant un peu de travers. Ma réponse justifie notre plénipotentiaire et relève l'inexactitude de quelques assertions de la dépêche prussienne. Lorsque Labanof

VOUS arrivera, d'autres incidents se seront présentés dans l'intervalle et on n'attachera plus la même importance à celui-ci.

Le comte Pahlen m'a écrit qu'Arnim', à son arrivée à Paris, a tenu un langage parfait et qui a même étonné les ministres français, qui ne s'attendaient pas à voir la Prusse assumer une attitude aussi ferme et aussi positive. Je n'en dirai pas autant de celle de l'Autriche. Metternich est vraiment au-dessous du médiocre; il remue ciel et terre, et écrit des volumes inintelligibles pour gâter la plus belle position dans laquelle les trois cours du continent se sont encore trouvées depuis la révolution de juillet. Une expédition du 51 octobre, que le chargé d'affaires d'Autriche a reçue de lui, ces joursci, m'a fait tomber les bras. D'une part, il veut exécuter le traité; de l'autre, il veut, coûte que coûte, faire rentrer la France dans la négociation et, à cet effet, il adresse une dépêche ostensible au comte Apponyi pour le ministre français, qui est le comble de la platitude. En même temps, il envoie Esterhazy par Paris à Londres dans le but évident de raccommoder la France et l'Angleterre à nos dépens. Je vous avoue que la faiblesse et les agitations de Metternich m'ont excessivement découragé. Je vois l'avenir fort en noir et n'espère plus un dénouement tel que les succès en Syrie nous donnaient

1. Arnim (Henri-Frédéric, comte d'), diplomate prussien, né en 1791, mort en 1859. Ministre à Bruxelles (1831), à Paris (1840), à Vienne (1845-1848). En 1849. pendant deux mois, ministre des affaires étrangères et de nouveau ambassadeur à Vienne de 1851 à

le droit de l'attendre. La paix sera sans doute conservée, mais la France aura atteint son but; elle fera modifier la convention de Londres, et la situation des trois cours sera bien plus mauvaise qu'elle n'a été avant la conclusion du traité. Dieu veuille que je me trompe!

L'Empereur a appris avec plaisir les témoignages de confiance et de bonté que vous a donnés le Roi. Il vous recommande de ne pas abuser de la permission qu'il vous a donnée de le voir et devons adresser directement à lui. C'est un moyen dont il faut user avec circonspection et seulement dans les grandes occasions.

Je vois avec plaisir, mon cher Meyendorff, par la lettre que j'ai reçue devons, par Mathieu Wielgorski', que vous pensez sur cela exactement comme l'Empereur, aussi ne manquerai-je pas de lui donner lecture de cette lettre.

Je conçois que Werther tienne par amour-propre à ne pas sortir en ce moment-ci du ministère. C'est fort bien pour lui, mais ce n'est pas bien pour les affaires, car, quoique bien brave et galant homme, il n'est pas à la hauteur de la crise qu'il s'agit de dominer.

1. Wielgorski (Mathieu), 1802-1863, célèbre mélomane russe. L'un des fondateurs de la Société musicale de Russie.

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Le même au même.

Tsarkoé-Sélo, 15 novembre 1840.

Encore un mot, mon cher Meyendorff, car voilà l'Empereur qui relient Labanof*. Ma lettre précédente a été écrite sous l'impression d'une expédition fort peu satisfaisante du prince Metternich, du 31 octobre. Depuis, j'en ai reçu une de Tatichtchef qui vaut un peu mieux. Il paraît heureusement qu'à Vienne les dispositions se suivent et ne se ressemblent pas. Metternich est devenu tout à fait brave ; il envoie, en Syrie, un renfort de 500 hommes d'infanterie, déguisés en soldats de marine et les fait accompagner par 5000 fusils et une batterie de congrève et, ce qui plus est, il ne veut plus même accorder l'hérédité de l'Egypte à Méhémet-Ali. Tout cela devient un peu incompréhensible.

L'idée de la réunion de Wiesbaden est tout à fait tombée après le refus de Palmerston et la manière dont nous avons répondu ; je doute qu'il la reproduise encore. D'ailleurs, je n'en vois pas trop la nécessité. Les dispositions de tous les princes d'Allemagne sont excellentes et la mission de Radowitz* sera parfaitement suffisanlo

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