‹ Lettres et papiers, 1760-1850, extraits de ses archives; (volume 4)Chapitre 29 sur 69 · VIM · texte numérisé non relu

VIM

naître Espartero S il biaise et veut nous faire endosser à nous et à la Prusse, le désagrément d'articuler un refus à l'Angleterre. Je suis curieux de voir ce qu'on dira et fera à Berlin. Nous ne nous presserons pas de répondre. Mais comment trouvez-vous que Metternich, qui craignait tant que nous ne fissions des concessions à TAnglcterre, soit le premier à entrer dans cette voie, uniquement pour ne pas mécontenter les torys et cela dans une question de principes, de ces principes monarchiques dont il prétend être le seul et le plus ferme défenseur en Europe. Nous voyons vraiment des choses curieuses, mon cher Meyendorif.

Vous aurez remarqué que le premier de l'an, Kisselef a pris sa revanche. Si le gouvernement français en leste là, cette sotte affaire tombera ; s'il continue ses provocations dont il a pris évidemment l'initiative, nous verrons ce qu'il y aura à faire. Périer avait reçu une invitation pour le cercle du jour de l'An; malheureusement la réception à la cour a dû être décommandée à cause d'une indisposition de l'Impératrice dont, grâce à Dieu, elle est remise ; c'était un accès de ces palpitations qui lui durent habituellement vingt-quatre heures.

1. EsPARTERO (Joaquiii-Baldomero), (tue de la Victoire, comte de Luccana, général et homme d'État espagnol, né en 1 792, mort en 1879. Régent d'Espagne (8 mai IU\).

Le même au même.

Saint-Pétersbourg, \" février 1842.

Je vous remercie beaucoup, mon cher baron, poui'

voire lettre du Elle m'a été utile en précisant tout

ce qui s'est dit entre l'Empereur et Rauch. Celui-ci, à la vérité, s'est empressé de venir me faire part de tout ce dont le Roi l'avait chargé, mais mieux vaudrait noir sur blanc. Nous renouvellerons donc le cartel taie quale. C'est ce qu'il y a au fond de mieux. Je suppose que l'arrivée de mon courrier coïncidera avec le retour du Koi; vous pourrez donc entamer immédiatement cette affaire, et je vous engage à le faire, car il faut battre le fer pendant qu'il est chaud. C'est pour n'avoir pas suivi ce sage précepte que la négociation commerciale languit, grâces aux lenteurs qu'ont mises, dans le temps, et l'administration du royaume de Pologne et notre ministre des linances à me fournir les décisions et les informations nécessaires. C'est ainsi que nous avons perdu le moment favorable, et je ne vois pas trop ce ([ue deviendra la négociation commerciale. Puisse-t-ii ne pas en être de même du cartel !

En fait de haute politique, je vous régale aujourd'hui de quelques pièces sur l'Espagne. Je suis surpris que le cabinet prussien n'ait pas donné signe de vie sur cette question. Il faut, je pense, l'attribuer à la maladie de Maltzahn. Notre manière de voir ne saurait différer de

la sienne ; il ne se refusera donc pas à tenir à Londres et à Vienne le même langage que nous. Le prince Metternich a eu le talent ou, pour mieux dire, la faiblesse de compliquer une affaire qui était fort simple : il n'a pas eu le courage de dire non à lord Aberdeen, comme il l'avait dit six semaines auparavant à lord Palmerston ; car, dans le fond de l'âme, il se soucie aussi peu que nous de reconnaître Espartero.

Remerciez Maltzahn de la manière délicate dont il a recommandé à Brassier de se mettre sur la même ligne que ses collègues d'Autriche et de Russie. Cela devient toujours plus nécessaire, ainsi que vous le verrez par une seconde dépêche ci-jointe en copie de Catacazy. Lisez-là à Maltzahn, si vous le jugez nécessaire pour son information personnelle et non comme plainte ou récrimination. N'en faites rien, si vous pensez que cette communication très amicale et très confidentielle doive amener une discussion qui ne peut mener à rien et <{ui ne donnera pas plus de tact et de jugement à ce bon Brassier que le bon Dieu ne lui en a accordé.

D'ici, je n'ai rien de bien saillant à vous mander, si ce n'est qu'une grande décision a été prise la semaine passée. La maladie des chemins de fer nous a gagnés également, et pour débuter dans cette vaste carrière, il a été résolu qu'on ferait un chemin de fer entre Pétersbourg et Moscou, c'est-à-dire sur une dislance de 600 verstes. Ainsi soit-il ! j'espère que ce sera pour le plus grand bien de la Russie.

Vous aurez déjà appris, je pense, que Cancrine a fini

f ARCHIVES DU COMTE CH. DE NESSELRODE. If.r)

par rester. J'en suis bien aise, pour ma part, car, en vérité, je ne sais par qui on aurait pu le remplacer.

Copie d'une dépêche secrète de M. de Caiacazy, en date d'Athènes, le 26 novembre 1841.

Je regrette infiniment de ne pas pouvoir encore annoncer à Votre Excellence une amélioration quelconque dans les relations de la Grèce avec la Turquie. Ce sont toujours les mêmes difficultés sous des prétextes et des formes variés que Ton oppose aux réclamations les plus fondées de la légation ottomane ; ce sont les mêmes illusions que la cour d'Athènes semble se former sur l'assistance qu'elle trouverait delà part des grandes puissances, et plus particulièrement du côté de la France, dans le cas où la Porte voudrait réaliser ses menaces de représailles.

En dernier lieu, les conseillers du Roi ont eu recours à une espèce de diversion diplomatique, en engageant M. le ministre résident de Prusse à joindre ses efforts à ceux de M. de Lagrené et à faire parvenir à Constanlinople ces assurances confidentielles par rapport aux bonnes intentions du gouvernement grec et à la prochaine solution des différends existant entre les deux États.

Pour des raisons qu'il ne m'est pas possible d'appré-

cier, M. Brassier a bien voulu se prêter à ce manège en adressant à M. do Wagner, qui remplace provisoirement à Constantinople M. de Kœnigsmarck, l'invitation de se présenter chez Rifaat-Pacha pour lui faire une communication dans le sens que l'on désirait à Athènes. Cette communication paraît avoir eu lieu, en effet, et elle n'a été connue ici que par une lettre adressée par ordre de la Porte à M. Musurus' pour lui demander l'explication de cette démarclic isolée de la légation prussienne, laite àl'insu des autres représentants et sans qu'elle fût appuyée d'aucun acte ou fait récent propre à convaincre la Porte de la réalisation prochaine des promesses qu'on lui donne.

J'ai cru, Monsieur le comte, devoir m'abstenir de m'entretenir à ce sujet avec mon collègue de Prusse. L'action diplomatique en Grèce dégénère si souvent en petites questions d'amour-propre personnel et en pourparlers oiseux, qu'il m'a semblé préférable d'éviter des explications qui ne m'auraient rien appris de nouveau, ni modifié, sans doute, en rien, les motifs que peut avoir M. Brassier pour prendre à Athènes une attitude complètement différente de celle de ses collègues d'Autriche, d'Angleterre et de Russie.

M. Lyons et M. Prokesch m'ayant cependant prévenu

1. Musurus-Pacha (Constantin), diplomate ottoman, né en 1807, mort en 1891. Gouverneur de Samos (1804); minisire plénipotentiaire à Athènes (1840); minisire à Vienne (1848); envoyé extraordinaire et mmistre plénipotentiaire à Londres (1851); ambassadeur à Londres de 1856 à 1885. Il fnt élevé en 1807 au rang de vizir et de muchir avec le titre de pacha.

qu'ils en rendaient compte à leurs cours, je dois, de mon côté, en faire mention à Votre Excellence, comme d'un incidentqui caractérise la situation et les individus (|ui sont appelés à y prendre part.

J'ai l'honneur, etc.

Le comte Charles de Nesselrode au baron de Meyendor/f.

Saint-Pétersbourg, 7 mars 1842.

Vous m'avez écrit par Damisch une lettre bien intéressante, pleine de détails curieux. Je voudrais, mon cher baron, pouvoir en faire autant de mon côté, en mettant à profit l'excellente occasion que m'offre le départ de Viollier'. Mais que voulez-vous que je vous dise d'ici, dans un moment de calme politique, où aucune des circonstances peu importantes qui se présentent de temps à autre ne réclame une participation directe de notre part?

La non-ratification du traité des nègres, parlaFrance, ne me préoccupe pas beaucoup et ne me fait aucune peine. Au contraire, il y a plutôt de quoi s'en réjouir, car cela prouvera une fois de plus l'inconséquence et la légèreté des Français. Le fait est que, dans l'histoire

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