‹ Lettres et papiers, 1760-1850, extraits de ses archives; (volume 4)Chapitre 30 sur 69 · Secrétaire de légation à Constantinoplo · texte numérisé non relu

Secrétaire de légation à Constantinoplo

des non-ratifications, on n'a pas vu chose pareille, car le traité a été négocié par Guizot quand il était ambassadeuret d'après les instructions et les pouvoirs donnés par Thiers, qui alors était Ministre des affaires étrangères, et c'est ce même Thiers qui, aujourd'hui, s'oppose à la ratification. Ce qu'il y a de plus joli encore, c'est que, dans les conférences, M. Guizot s'est prononcé avec beaucoup de chaleur contre notre proposition de fixer le terme du traité à huit et douze ans; il insistait sur un traité permanent, et aujourd'hui il insiste pour qu'il soit revisé tous les trois ans dans l'une de ses stipulations essentielles.

Par un courrier que je compte expédier à la fin de notre carnaval, je vous enverrai des dépêches à communiquer sur cette question au ministère prussien. Mais qui représentera ce ministère auprès de l'Europe? C'est une grande question dont Liebermann et Rauch attendent la solution avec une impatience et une agitation difficiles à décrire. Si le choix du Roi devait, par malheur, tomber sur Bunsen, je ne vous réponds pas que Liebermann n'en ait un coup d'apoplexie. Ce qui, en attendant, m'enchante, c'est qu'Alvensleben se soit laissé fléchir et qu'il ait accepté une situation où il pourra encore nous être fort utile. Je ne sache pas que l'Empereur ait des préventions contre Canitz, au moins ne m'en suis-je jamais aperçu.

Le même au même.

Saint-Pétersbourg, 19 mars 1842.

Vous comprendrez, mon cher Meyendorff, que personne chez nous ne lit la gazette de Kœnigsberg ; ce n'est que par la Allgmeine Zeitung, cette grande commère de l'Europe, que nous avons eu connaissance de l'infâme article dont traite ma dépêche. L'Empereur m'en parla au bal de dimanche, à Anitschkof, et m'ordonna de vous en écrire. En lui portant, avant-hier, la dépêche à approuver, il me dit : « C'est bien, mais vous ajouterez dans une lettre particulière que mon intention est que cette affaire soit traitée avec les plus grands ménagements et verbalement; que Meyendorff ne donne rien par écrit et ne fasse même pas lire votre dépêche ».

Telles sont les propres paroles de l'Empereur; vous n'aui^ez pas de peine, je pense, à vous y conformer. D'ailleurs, je suis d'avis que tout ce qu'il y avait à faire est fait, car, le lendemain du jour où cette conversation a eu lieu,Matusze\vicz m'a remis la dépêche par laquelle vous rendez compte de la réprimande faite au censeur. L'Empereur en a pris connaissance, mais je ne l'ai pas revu depuis. Ainsi, je pense que ce que vous aurez de mieux à faire, c'est de rendre compte, verbalement à Werther et à Rochow de la pénible impression que cet article a produite chez nous, et d'obtenir en retour la promesse que toutes les mesures seront prises pour

que de pareilles infamies ne se reproduisent pas dans les feuilles prussiennes. Le résultat de vos entretiens, vous le consignerez dans une dépêche où vous direz combien notre indignation est partagée en Prusse; ce qui doit être le cas parmi les honnêtes gens. De cette manière, il ne sera plus question, j'espère, de ce désagréable incident. Pour l'avenir, je pense aussi qu'un pareil scandale ne se renouvellera pas à Kœnigsbe rg où, grâces à Dieu, nous sommes débarrassés de Schœn. Vous recommanderez sans doute à FlotwelT d'avoir l'œil sur la gazette de sa résidence; ce choix est excellent et nous évitera peut-être beaucoup de tracas sur la frontière.

J'ai envoyé votre lettre à Cancrine. Elle est parfaite, et j'appuierai de mon mieux le raisonnement qu'elle renferme. C'est lui qui est le principal obstacle; il croit que ses douaniers sont des saints et les soutient tant qu'il peut; les procédés humanitaires ne sont guère dans son programme. En fait de justice et d'équité, nous sommes malheureusement bien en arrière de toutes les autres nations de l'Europe. Les habitants de la frontière veulent faire de la contrebande chez nous ; les autorités prussiennes les laissent faire et les encouragent ; nos autorités subalternes, qui ont mission de s'y opposer, prennent chaque Prussien pour un contrebandier, le vexent et deviennent injustes et brutales dans l'exercice

1. Flotwell (Édouard-Henri de), homme politique allemand, né en 1786, mort en t865. Président du gouvernement de Magdebourg de 1841 à 1844.

de leurs fonctions. Voilà le tableau exact de ce qui se passe à la frontière, la cause véritable de tous les excès. Il ne sera pas facile d'imaginer un remède à ce mal.

D'après ce que vous dites, l'alTaire de Jérusalem tombera dans l'eau, et d'après ce que me mande Brunnow elle n'est pas très populaire non plus en Angleterre, A l'exception de deux évêques, que Bunsen a su captiver, tout le clergé est contre la réunion des deux églises protestantes. Oxford surtout s'y oppose, et c'est beaucoup en Angleterre, d'après ce que prétend Matuszewicz. Celui-ci m'est tombé dans mon cabinet avant-hier, jeudi, 17 mars, à 9 heures du matin. La veille, seulement, j'avais appris, par la Staatszeitung, son arrivée à Berlin. Il est très frais de visage, mais un peu clopinclopant, ne pouvant comme Woyna' se passer de canne. C'est aussi le seul rapport qui existe entre les deux collègues de Stockholm ; car autant l'un est vif et spirituel^ autant l'autre est lourd et phraseur, au reste brave homme.

En général, notre corps diplomatique n'est pas brillant : Lord Stuart n'est plus qu'un cadavre ambulant, et ne soyez pas surpris d'apprendre un de ces quatre matins qu'il est mort d'un coup d'apoplexie au milieu de la Perspective. Nous ne pleurerons pas le ministre de Hollande, le plus ennuyeux des mortels; vous avez été trop souvent à Baden-Baden pour ne pas le connaître et je vous plains de l'avoir pour collègue. Maltitz m'écrit

1. Woyna (Edouard, comte de), général et diplomate autrichien.

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qu'on VOUS le destine et que Perponcher* se retire. On nous donne Molerus ' qui anciennement était bon garçon et à sa place on envoie Heeckeren à Vienne.

Votre lettre, comme toutes celles que vous m'écrivez, m'a vivement intéressé. Matuszewicz m'en a fourni le complément sur le point le plus essentiel, en me contant avec détail combien vous étiez aimé et considéré à Berlin et en m'assurant que vous vous portiez absolument très bien. Croyez, mon cher MeyendorfT, que personne ne se réjouira jamais plus vivement que moi de tout ce qui peut vous arriver dans ce bas monde d'heureux et de satisfaisant.

P. S. — J'ai pris note de vos vœux pour Vegesack. Il vous restera, et si je vous envoie Dmitri, que vous voulez bien accueillir avec tant d'amitié, ce ne sera pas pour une éternité, Vegesack le remplacera. Mon idée serait de vous donner Félix Fonton, de Varsovie, pour conseiller d'ambassade. C'est un bon garçon, bon travailleur de chancellerie, sachant très bien l'allemand, le russe et le polonais, et pouvant dès lors vous débarrasser d'une foule de détails ennuyeux. Je verrai s'il m'est possible de la réaliser.

i. Perpokcher-Seldnitzki (Henri-Georges, comte de), général el diplomate hollandais, né en 1771, mort en 1856. 2. Molerus (Guillaume, baron de), diplomate hollandais.

Le même au même.

Saint-Pétersbourg, 24 mai 1842.

Butzow ne vous apporte pas grand'chose, et mon fils, qui le suivra de près, ne vous apportera pas davantage; ce sont des courriers sur lest. Je vous défie même d'écrire une dépêche en ce moment; s'il n'y avait pas une petite reine à marier en Espagne, notre ami Melternich, lui-même serait fort embarrassé pour broyer du noir. La seule dépêche que vous recevrez, c'est à la Reine que vous la devrez; elle vous fera connaître notre manière d'envisager la question et vous prouvera que l'Empereur ne se soucie pas beaucoup de s'en mêler. Bornez-vous donc à nous tenir au courant de ce que M. Pageot* continuera à dire et à faire à Berlin.

Dans ma dépêche, vous trouverez quelques phrases obligeantes pour Bulow. J'espère que vous ferez bon ménage avec lui; c'est dans tous les cas un homme d'esprit. Espérons qu'il aura celui de comprendre que la monarchie prussienne ne peut pas être régie par les mêmes institutions que l'Angleterre. Malheureusement l'élément monarchique s'y affaiblit tous les jours davantage Je ne saurais vous dire à quel point la retraite de Rochow m'afflige et m'inquiète pour l'avenir. Dites à ce brave et galant homme combien je l'estime et le regrette,

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